Un homme s’éveille. Il a perdu la mémoire. Il ne se rappelle de rien. Il regarde autour de lui, tout est nouveau à ses yeux. L’amnésie est en profondeur. Bientôt Jean-Pierre (car c’est ainsi qu’il se prénomme) rencontre d’autres survivants du grand Voile de lumière qui a oblitéré le passé de tous et chacun. Ils seront pris en charge par des êtres venus d’une autre planète qui les guideront sur la voie du salut.
La première partie de ce roman est plutôt bien faite. Elle raconte le retour à la conscience de Jean-Pierre et des autres habitants de la région de Saint-Tite qui retrouvent peu à peu quelques effets de souvenirs éthérés, souvent liés au corps, au mouvement… Cette mise en place de la mémoire physique est traitée avec intelligence, même si elle est forcément répétitive.
Pourtant, aidés en cela par des extra-terrestres dont on ne sait s’ils ont eux-mêmes à l’origine du cataclysme ou s’ils viennent en aide par altruisme aux victimes, les gens doivent reformés des familles qui ne sont pas les leurs, habités des maisons qui ne leur appartiennent pas, vivre une vie selon un rythme et des cadences qui leur sont étrangères ; ce sont des réfugiés amnésiques que leurs bienfaiteurs tentent de rediriger vers une vie dite normale.
La seconde partie, la plus longue, marque le retour à la domesticité et pousse un peu plus en profondeur le processus d’apprentissage de la vie commune et communautaire, ainsi que la ré-acquisition personnelle des souvenirs – Jean-Pierre se rappelle par bribes avoir eu une relation tumultueuse avec une femme dans sa « vie d’avant », le Voile de lumière n’a donc pas tout ravagé. Les extra-terrestres sont extrêmement présents dans cette nouvelle vie, ils contrôlent tout et font peu confiance aux indigènes. Leur aide semble procédée d’un mystérieux projet relevant de quelque chose de plus vaste que la simple mansuétude. Assez vite, une sourde méfiance s’installe entre les villageois et leurs guides.
Malheureusement, cette seconde partie s’étire longuement. Elle devient même ennuyeuse à force de répétitions, du moins jusqu’à ce qu’apparaisse un groupe d’individus qui ont gardé toute leur mémoire. Ce sont des rescapés qui ont échappé au Voile de lumière parce qu’ils travaillaient dans les mines et n’ont pas été affecté par le reset général. Ils proposent le renversement des forces extra-terrestres. Ce sont alors les meilleurs moments du roman que cette analyse politique des jeux de pouvoirs entre les rebelles et les rescapés qu’ils tentent d’aider. Il y a quelque chose qui rappelle immanquablement le formidable roman de Robert Merle, Malevil, qui traitait aussi de la vie post-cataclysmique et de la politique appliquée aux petits groupes de survivants. Champetier se révèle un romancier particulièrement doué dans ce passage qui aurait pu être aride ou maladroit. Les divers liens de confiance ou de méfiance se nouent et se défont avec intelligence et clarté.
Si la première partie est plutôt introspective, et la deuxième domestique et politique, la troisième est entièrement tournée vers l’action. La rébellion débute. Les insurgés contre les extra-terrestres. Je n’en dis pas plus, ce sera au lecteur de voir comment les choses se jouent.
Cependant, le dénouement est décevant : mené tambour battant, il m’a quand même semblé précipité et la réaction des extra-terrestres m’est apparue vraiment peu crédible. Pour des gens qui ont traversé la galaxie, le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils manquent de ténacité.
En bref, Reset un roman correctement fait à partir d’un canevas qui ne s’élève que rarement au-delà de l’anodin et du banal. Décevante parce que convenue et sans surprise, la fin tue le roman et le ramène à un honnête épisode d’une télé-série comme V ou Eureka, par exemple. Et, comme ces séries, tout ça demeure à la fin assez facilement oubliable.
Cote 6 / 10
Reset – Le voile de lumière
Joël Champetier
Àlire 2010
306 pages
14,95 $
Ce commentaire est initialement paru dans le 29e numéro de Brins d'éternité. J'ajouterais ceci : de mémoire, il me semble qu'il y a dans ce roman un nombre déconcertant de noms et de prénoms qui renvoient à des personnalités connues de la sffq ? Suis-je fou ?

















