vendredi 22 juillet 2011

179. Alibis n° 39

C'est sous une couverture très évocatrice de Laurine Spehner que s'ouvre le nouveau numéro d'Alibis. Il y a seulement quatre nouvelles, trois québécoises, dont une longue de Pierre-Luc-Lafrance.

Trois coups l'annoncent de Geneviève Blouin. Marie espionne un tortionnaire travaillant pour un pays ami. Mais la mission ne se déroule pas comme prévu et Marie se retrouve dans le pétrin... Quelle super chouette nouvelle. Violente, haletante, avec des personnages bien campés et une finale qui donne un petit frisson. Maîtrisée. Irréprochable. 7,5 / 10 (4)

L'otage de Geneviève Parent. Une femme dont l'identité ne nous est pas dévoilée est  retenue prisonnière par on ne sait quel groupe. Nous sommes peut-être en Amérique du Sud, mais rien n'est sûr. Le jour, elle travaille en compagnie d'autres otages, le soir, elle est souvent prise à partie pour des viols. Un jour les otages sont libérés. La femme retrouvera-t-elle vraiment la paix ?... Un texte à l'écriture soutenue, tournoyante, poétique, qui exige un effort certain du lecteur. L’atmosphère est privilégiée par rapport aux détails : on ne sait rien de ces gens, de ce pays, de ces terroristes. Ça crée un effet d'hallucination réussi, mais le texte est quand même longuet. 6,5 / 10 (4)

Tatouage de Peter Sellers. Un tatoueur tombe amoureux d'une jolie fille qu'il soupçonne de se faire battre par son chum. Une idée de vengeance fait son chemin dans la tête du tatoueur quand le chum vient dans sa boutique... Bonne idée et belle narration, Sellers est un pro. Malheureusement un détail cloche sérieusement (je vous laisse deviner lequel) et vient ruiner (pour moi en tous cas) cette histoire à la toute fin. Habile, mais y a de la triche. 5,5 / 10 (5)

Du viol comme d'une solution au mal de vivre de Pierre-Luc Lafrance. Ex-policier, maintenant détective privé, Tom Brousseau croise à nouveau le chemin de Jessy Lessard, un prédateur sexuel notoire, dans une sombre histoire de trip sexuel bizarre et banlieusard... Avec Tom Brousseau, Lafrance rend hommage aux hard-boilers américains, Mickey Spillane n'est pas loin, et il le fait avec son aisance habituelle. Car il faut bien avouer que Lafrance a une des plumes les plus agréables au pays, un style qui rappelle Champetier par sa précision, son efficacité et le naturel des dialogues. Cette novella est belle réussite, en dépit de quelques élisions pas nécessairement justifiées et de quelques répétitions scéniques, genre cette propension de Brousseau à vouloir étouffer les rires de ses interlocuteurs à coups de poing dans la gueule. Ce lecteur-ci en redemande (pas des coups de poings dans la gueule, on s'entend). 7 / 10 (4)

Le numéro se termine par un article sur les détectives des pays étrangers par le très érudit Norbert Spehner, l'homme qui a tout lu, qui signe aussi l'imperturbable Crime en vitrine, qu'il faut lire attentivement pour une bonne pinte de rigolade.

Un très bon  numéro. 7 / 10 (4)

2 commentaires:

Gen a dit…

Contente que t'aie aimé "Trois coups"!!! :)

Pierre-Luc Lafrance a dit…

Bien content de voir que mon texte t'a plu (ainsi qu'à Gen). C'est con, mais comme il s'agit d'un genre nouveau pour moi, j'étais plus curieux que d'habitude de voir les commentaires et les réactions des gens. Et tu n'y es pas allé avec le dos de la main morte avec le compliement... je ne suis pas sûr que je vais passer dans la porte...