On peut faire de ce roman deux lectures toute aussi désagréable l'une que l'autre. La première est de nature xénophobe. Ici, les gens qui font irruption dans l'univers de Cicius, petit bourgeois blanc du Plateau, ils viennent d'ailleurs (des étranges comme on dit), sont bruyants, fatigants, gueulards, véhéments, ils n'ont aucun respect pour les conventions morales et sociales du pays qui les a adopté, et, ô horreur, ils se reproduisent comme des bêtes ! En somme, ils menacent la populace des alentours en refusant totalement et obstinément de s'intégrer. Le calme ne revient sur le quartier que lorsque leur maison passe au feu et qu'ils doivent déménager par la force des choses. Donc, la paix revient sur la société quand les étrangers quittent la région.
On peut aussi en faire une lecture sociologique. Ces gens qui déboulent dans ce beau quartier habité par une faune de bourgeois argentés (professeurs d'université, médecins, etc.) sont des gens sans aucune classe, une grosse famille italo-espagnole avec un père qui travaille dans la construction. On voit de quoi il s'agit. Des prolétaires, en somme, qui se reproduisent comme des bêtes. Leur seule présence sème l'inquiétude dans les foyers douillets. Leur incapacité de s'intégrer va générer des querelles sans fin.
Tiens, on pourrait aussi y voir une métaphore sur l'irruption du primitivisme, voire de la barbarie, dans notre époque bénie. Ou aussi une métaphore sur le féminisme tonitruant qui a déboulé dans la société avec la délicatesse d'un bulldozer. Etc. Les niveaux d'interprétation ne manquent pas, car il s'agit d'un roman simple, à la structure grossière, qui se livre facilement.
Mais, au-delà de ça, le roman ne fonctionne pas pour plusieurs raisons :
Primo, les personnages sont inexistants, l'auteure ne parvient pas à les rendre vivants, ni Cicius, ni Sidonie, la belle anthrologue, ni même les nombreuses greluches de la famille Crispa.
Secundo, le langage est tellement affecté qu'il en est involontairement drôle : « Le jasmin [...] est en pleine floraison. Le parfum pénétrant de ses minuscules fleurs blanches se baguenaude dans la maison à la recherche de mon nez.» Pages après pages.
Tertio, le roman est lent à démarrer. Le lecteur doit se cogner 150 pages de monologue (le narrateur aime se parler à lui-même à haute voix, et en termes fleuris) avant de voir débouler les méchants voisins, qui sont surtout des méchantes voisines. À la page 158, elles arrivent. On espère que ça va enfin commencer.
Quarto : l'auteure fait parler Esmeralda Crispa un français qui tient plus du bulgare que de l'espagnol natif du personnage. Ce lecteur-ci n'a jamais lu un accent aussi raté.
Cinquo : il n'y a pas de progression dramatique. On assiste à une série d'anecdotes burlesques entre Cicius et ses amazones, mais sans que ça mène nulle part. D'ailleurs, la résolution de « l'intrigue » est tellement poche que les bras m'en sont tombés : Mme Crispa gagne une croisière et sa maison brule alors qu'elle n'y est pas. La belle anthropologue globe-trotter achète alors le terrain et se fait construire une belle maison 100 % écologique à côté de celle de son chum : exit donc, les prolos, les barbares, les bruyantes féministes, les étranges, selon votre interprétation de la chose.
J'ai eu un malaise face à ce roman qui navigue les eaux ambigües du mépris xénophobe ou sociologique. Et, à maintes reprises, je me suis surpris à penser, à l'instar du protagoniste, qu'il fallait « en finir, une fois pour toutes, avec cette pathétique saga ».
Un bon point pour l'auteure, elle reprend à la suite de Robert Merle un mot de vieux français, très joli, qu'il faudrait employer plus souvent dans nos vies : s'occocouler, dont je vous laisse trouver la définition tout seul comme des grands.
Note 2 / 10
Méchants voisins
Monique de Gramont
Hurtubise, 2009
449 pages
28,95 $
28,95 $

9 commentaires:
Ouch.
lol! L'Ermite frappe encore ;)
Sans blague, on se demande à te lire comment ça se fait que l'auteur n'a pas déjà la Ligue de tout ce qui existe (noirs, femmes, hispaniques, etc) sur le dos! :p
Pas folle, l'auteure, il n'y a pas de Noirs dans son roman !
La page couverture est drôle:)
En fait, le femme derrière me fait penser aux photos des bedons en plastiques.
Bon sang d'idiot que je suis, j'ai acheté le livre sur la foi de la couverture, narquoise et colorée, et de la 4e de couverture, prometteuse.
28,95 $ avant taxe.
There is one born every minute.
Si on me demande pourquoi je rédige des commentaires négatifs, c'est que je suis un sucker pour acheter des livres poches.
He he!
28.95
C'est assez cher...
J'avais reçu ce roman pour en parler dans mon blogue, j'ai pu à peine le terminer. Vos méchants commentaires sont les miens. On se demande pourquoi de tels livres sont publiés...
Qu'un livre soit mauvais, je veux bien, mais qu'il soit si irrémédiablement mauvais, ça dépasse l'entendement.
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