mardi 22 février 2011

173. Solaris n° 177

Je ne fais pas ça souvent, mais j'ai relu la plupart des nouvelles de ce numéro. Faut dire que la première lecture ne s'était pas faite dans les meilleures conditions : la veille, mon père venait de perdre la vie dans un accident d'auto et nous nous étions réunis, mon frère, ma soeur et moi, dans sa petite maison de La Macaza. Couché seul dans son petit lit vide, je ne trouvais pas le sommeil. Disons que j'avais l'esprit ailleurs et le rêve de la distraction facile que semblait m'offrir Solaris ne s'est pas concrétisé cette nuit-là. Sur le coup, les nouvelles me sont apparues mornes et sans attrait, et je me suis
décidé à les relire.

Or donc, redux (1).

L’heure approche où j’aurai tes yeux de Frédérick Durand. C’est Noël et, au vieux manoir, on s’apprête à recevoir les quatre sœurs du père, dont Geriane qui vient d’être ramenée d’entre les morts. Mais Geriane a une idée derrière le crane… Autant à la première lecture, j’ai détesté, autant à la deuxième j’ai été subjugué. Tout est fin, l’humour, la sensibilité, les personnages. Un beau gros coup de cœur. 8 / 10

Les anneaux de Saturne de Guy Genest. Le colonel SS Otto Braun écoute du jazz et boit de la vodka pour se détendre après une longue journée de travail à régler le cas de petites Juives. Il boit beaucoup. On cogne à son appartement, on défonce sa porte, mais qui donc sont toutes ces personnes qui entrent chez lui ?... Difficile de soutenir l’intérêt du lecteur quand on télégraphie la fin dès la deuxième page. Heureusement, c’est court. Se lit sans déplaisir, mais ne laisse aucun souvenir. 5,5 / 10

Le tunnel de Denis Dallaire. Encore une fois, François ne pourra tenir les promesses faites à son fils et à sa fille. Là, il a une bonne excuse : il est coincé dans un bouchon de circulation monstre dans le tunnel Hippolyte-La Fontaine. Se sentant coupable, il décide de sortir de son véhicule et de tenter de sortir à pied… Une jolie nouvelle, plus sympathique que véritablement réussie, mais qui joue bien du symbolisme rat-culpabilité. 6 / 10

Question d’équilibre de Claude Bolduc. Julien fait un cauchemar qui est aussi une nouvelle réalité… Difficile de résumer ce texte fichtrement onirique, qui ne répond qu’à la logique des rêves. J’ai eu beau le relire deux fois plutôt qu’une, je n’ai pas réussi à embarquer. J’étais comme un passager qui regarde un incident sans se sentir concerné. 6 / 10

Ombres jumelles d’Ariane Gélinas. La soeur jumelle de Floriane vit dans sa penderie, à l’abri des regards de la famille. Elles grandissent côte à côte. Devenue femme, Floriane abandonne sa jumelle pour un amoureux. Floriane revient quelques mois plus tard au plus grand bonheur de la jumelle qui jure bien que cette séparation ne se produira plus jamais… Champetier souligne dans son éditorial que, parmi les auteurs de la relève, Ariane Gélinas est la voix féminine la plus personnelle, la plus facile à reconnaître depuis Nathasha Beaulieu. Il a parfaitement raison. Et cette nouvelle étrange, au dénouement implacable, est l’illustration de son talent considérable. 8 / 10

L’horloge vivante de Philippe Roy. Pierre est un artiste qui fabrique des installations horlogères. Un jour, son ami Jason lui demande de surveiller sa villa pendant qu’il va en Europe avec sa femme. Pierre se présente à la maison, qui est verrouillée, découvre sa première installation horlogère, Nevermore, et le cadavre de la femme de Jason… Une nouvelle fantastico-policière assez réussie, ma foi, qui a tenu mon intérêt en éveil jusqu’à la fin. Le mélange fantastique-policier n’est jamais évident à prime abord (pour moi, en tous cas), mais ici ça fonctionne. 6,5 / 10

La plage de Sylvain Johnson. Pour contrer un criminel dangereux qui sévit dans une petite localité, la police fait appel à un second monstre homicide afin de deviner ses intentions. Mais le plan déraille... Cette courte nouvelle va droit au but, efficacement, sans effusions inutiles (péché mignon qui guette souvent les auteurs de fantastique). Sans être génial, le résultat est satisfaisant. 6 / 10

En prison de Dave Côté. Thomas perd son père dans un accident de voiture. Bientôt un trou lui apparait dans le dos et tout se complique… Je me suis promis en ce début d’année de noter plus sévèrement les textes que je lis. Ben là, je craque. Une très belle nouvelle de littérature générale (c’est la lecture que j’en fais, hein, mais on pourrait la lire comme une nouvelle d'horreur ou de fantastique; c'est aussi la beauté de la chose, ces interprétations à étage) sur l’incommunicabilité et les manques et les erreurs d’un père vis-à-vis de son fils (deux fois répétées ici). C’est absolument sensationnel. Avec Ariane Gélinas, Dave Côté est le meilleur jeune auteur de la relève québécoise; même qu'à vrai dire je ne vois personne qui puisse rivaliser, au jour d'aujourd'hui, avec leur manière de faire de la littérature et leur capacité particulière à imaginer. 9 / 10

Mon journal pendant la drôle de crise de Jean-Pierre Laigle. Un homme écrit son journal personnel alors que le monde autour de lui se pulvérise à la vitesse de l'éclair, que les crises économiques et politiques se métamorphosent sous ses yeux en crises militaires... La seule nouvelle de SF du numéro, et une excellente histoire, haletante, bien maîtrisée, qui court vers sa fin ultime à toute vapeur. C'est la meilleure nouvelle de Laigle que je connaisse. 7 / 10

Je passe sous silence les Carnets du futurible que je n'ai pas été capable de terminer. 

En somme, un fort bon numéro à la thématique presque entièrement fantastique. 6,5 / 10

AJOUT : La couverture de Solaris ne fait pas l'unanimité, mais moi j'aime bien ce mélange d'art primitif et naïf vivement coloré. Par contre, la disposition des noms des auteurs : pas fort.


(1) Chuis pas tellement sûr que ça s'applique, mais j'aime la sonorité du mot, alors je le garde.

17 commentaires:

François Bélisle a dit…

Je t'ai tu déjà dit que je t 'aimais? Dans le sens... Que je vais essayer de t'envoyer les meilleures chips au ketchup du monde! Welcome back L'Ermite!

Anonyme a dit…

Je suis heureux que ta relecture ait pu te distraire un peu après ces tristes événements entourant le décès de ton père. Bon courage, à toi et ta famille!

Joël Champetier

Benoit Bourdeau a dit…

Mes sympathies à toi et à ta famille.

Dave côté a dit…

Heeeey, tout un compliment!!
Merci beaucoup!
et je t'envoie tout plein d'énergie positive. bon courage!

Gen a dit…

Bon retour l'Ermite! :)

richard tremblay a dit…

Merci tout le monde. J'ai ajouté un mot sur la couverture de Solaris, j'avais oublié.

@François : ;-)

Martine a dit…

Mes condoléances, Richard.
Martine

Pierre H.Charron a dit…

Bon retour Richard et que le printemps renait aussi dans ton coeur.

richard tremblay a dit…

Merci à vous deux. Et bienvenue sur mon petit blogue, Martine.

Ed. a dit…

Mes condoléances, Richard.

richard tremblay a dit…

Merci Ed.

M a dit…

Toutes nos pensées vont vers toi, Ermite, ainsi qu'à Ermitaine et Ermiton et tous les autres...

La tête dans les étoiles... a dit…

Toutes mes condoléances.

richard tremblay a dit…

M & Caro : Merci.

claude b. a dit…

J'espère que le moral va bien, Richard. Oui, j'étais plutôt sur un mode onirique. Ils sont beaux, mes rêves! Et parfaitement d'accord avec ton commentaire sur Ariane.

richard tremblay a dit…

Claude : le moral est bon, la paperasse mortuaire me tient occupé.

Ariane_Gelinas a dit…

D'abord, Frédérick et moi nous joignons aux autres pour t'offrir nos condoléances, Richard.
Tes commentaires sur ma nouvelle (et mon écriture) m'ont aussi fait très plaisir, je tenais à t'en faire part. J'espère que mes prochains textes te plairont autant, en tout cas, c'est toujours agréable de découvrir tes commentaires de lecture !