Comme tout le monde a déjà fait son compte-rendu avec volubilité, je vais donc y aller de ma vision impressionniste de Boréal 2012.
Les méandres de Québec
Tous les jours, j’ai trouvé le moyen de me perdre à Québec. Quand ce ne sont pas les rues qui changent de nom au gré de la fantaisie des arrondissements, ce sont les panneaux routiers qui manquent pour indiquer la bonne voie à suivre (pour passer de la 40 Est à la 440 Est, entre autre, avec mes trois passagers à l’arrivée, nous nous sommes pratiquement retrouvés à Ste-Anne-de-Beaupré avant de comprendre que j’avais loupé la bretelle), et dimanche, les autorités dûment incompétentes de la ville avaient pris l’hallucinante initiative de fermer certaines entrées d’autoroute pour un marathon couru sous la pluie ! Je me suis donc perdu et reperdu. Québec et le labyrinthe du Minotaure, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Aucune félicitation aux autorités municipales.
Dépression passagère avec éclaircies prochaines (on l’espère)
Un petit nuage gris a plané sur mon congrès. Je ne les nommerai pas, parce qu’il s’agit essentiellement de choses personnelles, mais il y a un bon nombre d’écrivains chevronnés qui sont en questionnement par rapport à l’écriture, voire peut-être en crise. J’en ai compté quatre, ce qui est considérable, car ce sont tous des auteurs importants de la ssfq. Fichtre.
Des scènes pires que le naufrage du Titanic
La lenteur du service dans les restos de la Vieille Ville a donné lieu à des scènes qui auraient indignées les naufragés du Titanic. Des promesses de s’attendre pour aller manger ont été trahies parce que les groupes grossissaient sans bon sens. Les gens préféraient alors abandonner les autres, parce qu’il semble que tout groupe de plus de trois personnes voyait son temps d’attente s’allonger de manière exponentielle selon des critères qui n’ont rien à voir avec la réalité. Quoi !? Un restaurant débordé par l’arrivée de douze clients ! On aura tout vu.
Il faut en parler au groupe d’une quinzaine d’individus que nous formions alors que nous sommes entrés au Chatauteuil (si je ne m’abuse sur l’orthographe). Une heure après s’être assis, je fus le premier servi et personne d’autre n’a reçu son repas avant que je ne finisse le mien quarante-cinq minutes plus tard. Après deux heures d’attente, j’ai payé et je suis parti alors que mes amis commençaient tout juste à recevoir leurs assiettes.
À vrai dire, sur les quatre repas pris à Québec, il n’y a que deux fois où l’on a été servi avec promptitude, et les deux fois, curieusement, c’était dans les succursales d’une chaîne de restaurants montréalais. Quin toé Québec ! Prends-en de la graine !
Une renarde écossaise et un cousin
On trouve toujours des gens intéressants à Boréal. Là, j’ai pu discuter avec une jolie et intéressante renarde écossaise et je me suis découvert un cousin éloigné; ceci, bien sûr, dans la mesure où tous les Tremblay sont des cousins, heureusement pas tous consanguins. En incluant ce Tremblay, on peut dire qu’il y a plus de Tremblay (Élisabeth, François-Bernard, Martin et moi) que de Côté (Héloïse, Dave, P-A) en sffq. Nous revendiquons maintenant le statut de prima familia du milieu. Respect !
Crowley et Jaworski
Les deux invités internationaux étaient John Crowley et Jean-Philippe Jaworski. Le premier fut éminemment discret (d’autant que, bas sur patte, on pouvait difficilement le distinguer dans la foule, voire à la table des panels) et avait un peu l’air de s’ennuyer poliment, comme s’il avait été invité par des Bantous à une cérémonie indéchiffrable. Dans son cas, la barrière de la langue a sans doute joué en sa défaveur). Je n’ai pas acheté un seul de ses livres, notamment parce que son roman le plus célèbre, Little, Big, gît dans ma bibliothèque depuis 1982 tandis que je n’arrive pas à tourner la première page de ce roman à l’écriture fleurie et boursoufflée. Mon préjugé, là, pleinement assumé qui plus est.
Jaworski m’a semblé d’un tout autre calibre. Grand, les yeux sur l’horizon plutôt que sur le bout de ses chaussures, la langue jouait en sa faveur. Affable, articulé, pas chiant pour deux sous, sa participation aux panels m’a laissé un si bon souvenir qu’en vrai groupie littéraire je me suis procuré ses deux livres. Le petit (gros vendeur à cause de ses 386 pages à peine) et le gros (quasi 1000 pages, moins vendeur à cause de son poids). C’est de la fantasy, bien sûr, mais le monde n’est pas parfait.
Le centre Morrin
Alors là, très joli, très historique, le centre Morrin. En plus, dans les vieux temps, c’était une prison, ainsi qu’un lieu de pendaison. On parle d’atmosphère, là, mes aminches. Il est situé dans le Vieux-Québec, très pittoresque, très bioutifoule, véry touristique, mais pas très habité par du vrai monde; un endroit full froideur, bien propre, balayé tous les jours, avec une dimension humaine égale à zéro…
Donc, un site merveilleux. Mais pour y tenir un congrès, c’est autre chose. Les salles étaient petites (compte tenu du populo sur place), elles étaient mal aérées, pas climatisées (personne n’a mis les ventilateurs de plafond en marche, horreur, cent personnes dans une salle, quand bien même elles ne font rien, ça génère son lot de BTU), mal sonorisées et affreusement insonorisées.
Sans compter la dispersion de la salle d’exposition, heureusement dans le même bâtiment, mais si mal signalée que je ne l’ai jamais vue, et de la salle des signatures et des tables de vente, malheureusement située dans un bâtiment à proximité, de sorte qu’on y pensait pas tout le temps…
Comme a souligné quelqu’un sur son blogue, c’était bien situé à proximité des restaurants et des dépanneurs. Oui, c’est juste, mais si seulement la visite des dépanneurs vous passionne…
Caméra, caméra
En tant que photographe amateur, je suis plutôt du genre mitrailleur, me disant que sur un grand nombre de photos il y en aura bien une qui ne sera pas mauvaise. Mais pour prendre une montagne de photos, encore faut-il avoir des piles. Les miennes m’ont lâché dès samedi matin. J’étais tellement découragé que j’ai remisé l’appareil dans le coffre à gants de la torpédo sans une autre pensée pour lui…
Le concours d’écriture sur place
Un peu à l’exemple de Geneviève Blouin qui, lorsque contrainte à produire un texte sous pression, a tendance à se tourner vers le polar, moi je me tourne vers le mood-piece. Trente-cinq ans plus tard, on ne se refait pas, c’est un peu triste… Enfin, ma petite nouvelle a trouvé un écho de sympathie chez Valérie qui a eu la bonté de s’en souvenir et de m’en glisser un mot avant le départ. Grosse bise à matante Valérie.
À propos de ce concours, je me pose une question personnelle. Dans quelle catégorie m’avait-on mis : auteurs chevronnés ou auteurs montants ? J’ai bien commis quelques textes dans Requiem/Solaris, mais ça remonte à 79, 80, 81 et 91, c.-à-d. à la préhistoire, et depuis ce temps, rien sinon une courte nouvelle dans Alibis. Je suis intrigué, comme aurait dit Crowley.
Malgré tout
J'ai l'air chialeux, je fais un BB de moi, mais au contraire, j'ai totalement adoré mon expérience. Les gens, l'accueil (sauf la matrone du hall d'entrée), les panels, les invités (même les petits)... J'y retournerai sans hésitation dans deux ans - mais pas avant.
À l’an prochain
Bon, faque c’est ça qui est ça. On se retrouve donc tous dans un an à Montréal, là où les rues sont quadrillées, les salles climatisées, le service dans les restaurants prompt…
En un mot, là où la civilisation existe. Tourlou.