jeudi 29 septembre 2011

182. Brins d'éternité n° 30

Pour son trentième numéro, Brins d'éternité offre cinq fictions, dont une reprise.

Le masque de Daniel Sernine. Dernière de sa tribu, Agathe est une jeune Amérindienne qui a épousé un Blanc. Un chêne séculaire aux propriétés mystérieuses croit sur le lot convoité où ils habitent... Voilà une nouvelle typique de la première époque de l'auteur : vocabulaire précis, voire précieux, rythme lent, très forte création d'atmosphère, enracinement dans l'ici et l'autrefois... Ça reste quand même un peu longuet. Il faut applaudir l'effort de la direction de Brins de ressusciter un texte que les lecteurs de la nouvelle génération ne peuvent pas avoir connu. Ça pourrait devenir l'amorce d'une tradition, tiens, pourquoi pas. 6,5 / 10

Escale à Kama de Meddy Ligner. L'équipage de la mission d'exploration sur Korolev VII rencontre un peuple un peu déconcertant et doit faire face à une rage de dents inexplicable... Ouin, c'est correctement écrit, avec de multiples points de vue, mais l'incessante passion érotique d'un humain pour une phorcybde est une couleuvre que ce lecteur-ci a été incapable d'avaler; et comme il s'agit du ressort primordial de ce texte, il y a déception à l'arrivée. 4 / 10

Le chat de Tchernobyl de Jean-Pierre Laigle. En visite à Tchernobyl, un auteur de sf se prend de pitié pour un chat vivant dans cet enfer radioactif et le ramène à la « civilisation » dans une ville voisine. De retour dans son pays, l'auteur est assailli par des rêves où il s'inquiète du destin de ce chat... Si ce n'était de la toute dernière phrase - trop explicative et moralisante - de cette nouvelle, le Chat de Tchernobyl serait une nouvelle extraordinaire. J'ai tout aimé : le ton laconique, les descriptions, ce chat mystérieux, la gravité du propos, tout, tout, tout, ou presque. Mais j'avoue un préjugé favorable dès le départ : la Russie et les chats sont deux de mes passions. 7,5 / 10

Tronçonneuses et viscères d'Alamo St-Jean. Cherchant à trouver les meilleurs combattants
pour renforcer leur armée de guerre, deux Hlululalou-Kmumpfs enlèvent des humains pour les mettre à l'essai dans une espèce de Survivor galactique assez sanglant... L'auteur propose un  texte plein de verve et de viscères. La langue est verte, l'hémoglobine rouge. J'ai rigolé lors de l'infortune finale des deux extraterrestres, bien amenée. Ça ne plaira pas à tout le monde, mais à moi, oui, ça a plu. 6,5 / 10

Comme le vent qui s'écoule entre nos doigts de Pierre-Luc Lafrance. La dernière nuit du narrateur à Reykjavík se vit en compagnie d'individus, disons, particuliers. Une rencontre qui marquera sa vie... Lafrance est un génie du titre. Cette histoire qui commence par une fermeture et se termine par une ouverture est un modèle d'équilibre entre la tristesse de ce qui finit et la joie de ce qui débute. Un très, très gros coup de coeur.   8 / 10

Le numéro est complétée par une revue de quelques films  projetés au festival Fantasia, et deux articles asssez pointus sur des auteurs fantastiques : Ann Radcliffe et Edgar Poe.

En somme, un excellent numéro intergénérationnel (ha !). Félicitations à la direction de Brins.

Cote 7 / 10

Je ne sais pas qui a pondu la publicité au dos de couverture pour la Suite du temps de Sernine. Le gag est vraiment bien, félicitations à celui ou celle qui en a eu l'idée !

3 commentaires:

Gen a dit…

Pour la pub, à ce que je sache, c'est l'oeuvre de Daniel! :)

Alamo a dit…

Merci pour la critique, content de t'avoir fait sourire le temps de la lecture! ;)

Daniel Sernine a dit…

«Celui ou celle» te remerci(e)... :O/