La mémoire est l'axe central de ce roman. La mémoire et l'histoire, qui sont au bout du compte la même chose. Ce père absent, rongé par la culpabilité d'un crime commis à la fin d'une guerre à laquelle il n'a pas participé, c'est le symbole de tout le peuple japonais, entraîné dans une guerre barbare dont le souvenir s'efface des mémoires, ou plutôt, dont la mémoire historique refuse de tenir compte.
Le désir de Toda de savoir ce qui a tourmenté son père, la mémoire que perd sa mère, le neveu qui cherche à comprendre le monde à travers ses devoirs scolaires, tous ces éléments constituent un voyage dans le secret des souvenirs et du passé qui finit toujours par nous rattraper. Zakuro est le mot japonais pour la grenade (le fruit). Au Japon, la grenade est le symbole de la sottise, dans le roman, le narrateur finira par y voir le symbole rouge qui apparaît au centre du hinomaru, le drapeau national.
Zakuro est un livre à l'écriture d'une beauté aride (je sais, là, c'est cliché, genre l'écriture qui ressemble à un jardin japonais, etc). Un livre fin et subtil, qu'il faudrait faire lire de force à tous les aspirants auteurs question de leur montrer ce que c'est que :
- la simplicité,
- la reprise des thèmes,
- la mise en écho,
- la convergence thématique.
La structure de ce roman est complètement dépouillée, apparente comme un arbre dont on voit les branches en hiver. Le lecteur est à même de voir et de sentir la proximité de la mécanique fictionnelle. Il y a quelque chose d'exaltant à sentir le moteur de la fiction si près de soi, si proche d'être compris par ses pauvres petits neurones à soi. L'art de Shimazaki est de tout relier, de tout bien ficeler, les personnages, les événements personnels et historiques, les images, les objets... de les mettre en résonance les uns contre les autres, et de donner au lecteur un livre bouleversant dont la principale qualité esthétique est la limpidité.
Vivement recommandé par ce lecteur-ci, encore sous le charme et le choc.
Cote 9,5 / 10
Zakuro
Aki Shimakazi
Actes sud, 2008
151 pages

10 commentaires:
Je l'ai lu l'an passé, prêté par une amie. Suis restée sous le choc aussi.
C'est un parfait exemple de ce que j'aime chez les auteurs japonais.
J'y repense et je me désole d'arriver un jour à les imiter!
La simplicité et la limpidité cachent un travail extraordinaire, et aussi une différence culturelle difficile à surmonter.
En apparence, ça a tellement l'air facile à imiter... jusqu'à qu'on s'y frotte. Alors là...
C'est sûr que la structure de leur langue et de leur société les aide à atteindre une telle aridité. Et oui, c'est quand on essaie de les imiter qu'on découvre le problème : c'est dur de faire aussi aride sans tomber dans le "vide".
Ouille, ça donne le goût. Encore des dépenses :P
cette auteure est à découvrir sans faute, un vrai bonheur de lecture
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Hon ???
254-6011 ! Lol
c'est une auteure talentueuse, j'ai lu tous ses livres. J'en ai parlé dans mon blogue, Ma page littéraire... Comme bcp d'auteurs japonais, c'est subtil, de la dentelle !
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