samedi 28 novembre 2009

112. Katapulpe n° 8


Notons d'abord que la couverture de ce huitième numéro de Katapulpe est la chose la plus laide que j'aie jamais vu. Ça semble pas si mal sur la photo ci-contre, mais dans la réalité, c'est affreux en pas pour rire. D'autant plus que le fanzine a été imprimé sur des feuillets colorés simili-fluo : rose nanane, jaune vif, vert pomme, écarlate, et même noir ! Tous les gouts sont dans la nature, certes, mais je n'aurais pas voulu être surpris à lire ce Katapulpe dans les transports en commun ;-)   Sans compter que la même mise en page des textes, avec ses faux alignements, ses ruptures de paragraphes, etc, bien que placé sous le signe de la ludicité, m'a laissé sceptique.


Bonbons acidulés de Hans Delrue. L'inspecteur Thompson est sur les dents, des bonbons ont tué une centaine de personnes et le secret menace de se rompre. Si on arrive à croire qu'une centaine de morts puisse passer inaperçue dans la presse, ça va; autrement la prémisse est bancale. Pourtant, tout le reste est exemplaire, les personnages, la tension, les dialogues. Ce lecteur-ci a été incapable de l'incrédulité nécessaire à la bonne réception de ce texte. 6 / 10

Mardi soir d'Anny Bussières. Un tout petit événement vient ne pas bouleverser la vie propre et rangée de Léopold et Gisèle. Une remarquable nouvelle, la meilleure du numéro, avec quelque chose de retenue dans la manière qui est le gage d'un auteur véritable. 9 / 10

Gare aux papilles ! de Marie-Ève Caron. Un homme (magicien ? savant fou ? thaumaturge ?) invente le bonbon qui donne l'euphorie et le bonheur... En plus d'être trop chargée (ah ce besoin d'accoler un qualificatif à chaque nom et cette abondance de détails inutiles), cette histoire ne va nulle part, elle se termine d'ailleurs sur un paragraphe moralisateur, et elle est écrite par une jeune femme qui en est manifestement à ses premières armes. Comme tel, c'est un texte raté, mais l'auteure montre de belles promesses, notamment au niveau d'une certaine dérision narrative.  3 / 10

Obsèques, ou la mort de ce qui était du bonbon de Catherine Mathis. Ouille. Dans une revue consacrée à la nouvelle littérature (sous toutes ses formes), y a toujours un texte si poétiquement obscur et répétitif que je n'y comprends rien. C'est lui, ici. J'ai franchement hais ça, je cite : Je suis tout. Tout. Mais pas le caillou dans la chaussure, ni le sable sur le légume qui titille la dent et agresse le moi profond lorsque cette dernière, innocente, se laisse aller au plaisir de la mastication. Hein ? Quoi, quoi quoi ? Pour moi, lecteur qui aime se faire raconter quelque chose, une histoire par exemple, ou un simple moment de vie, Mathis est une de ces auteures qui aime s'écouter parler. Non-coté, parce que j'hésite à mettre zéro à un texte dont le sens m'échappe complètement.

Bonbon le moustique de Valérie Bonenfant. Un conte. C'est cute. Le lien avec le thème est ténu (si le thème avait été les pyramides, le moustique se serait appelé Chéops, voilà) mais c'est ok. Sans plus. On aurait vu ça dans Lurelu, plutôt que Katapulpe.  4 / 10

Le baiser de Réjean d'Anne-Marie Bouchard. Sur le chemin du retour à la maison, Réjean se fait attaquer par des petits malfrats. Il se défend et prend le dessus. Puis survient un malentendu... Le thème du bonbon est repris avec originalité, on dirait un bonbon acidulé. Jolie réussite. 8 / 10

Le jongleur de panache d'Eden Turbide. Un homme jongle avec des bonbons Panache sur le coin des rues. Il en mange autant qu'il peut... L'histoire semble pendre une direction au départ (conte lumineux), prend ensuite une tangente plus réaliste (au dépanneur) puis se termine sur une fin très facile. Un léger ré-alignement narratif aurait été nécessaire, à mon avis. Mais, mise à part une tendance à l'excès d'épithètes, l'auteure mène bien sa barque. 5 / 10

Jubilé de cannelle de Pierre H. Charron. Une série d'événements plus ou moins tragiques s'enchaîne lors du spectacle anniversaire du centenaire de Fontaine des Bois. La nouvelle la plus ambitieuse du lot, qui demande une lecture soutenue et même, dans le cas de ce lecteur-ci, une relecture pour bien tout saisir. Charron fait montre d'un réel talent dans la construction de son histoire et de beaucoup de vivacité pour emmêler tout ça bien proprement, sans laisser dépasser une ficelle. C'est charmant et agréable. Bémols : quelques emplois fautifs de vocabulaire (plaidoyer, par ex.) et une concordance des temps qui mériterait d'être plus soignée. 8,5 / 10

Drama d'Alexandre Dumont. En bref : un homme se transforme en paparmenthe. Aussi simple que ça, mais l'auteur fait montre de talent et nous propose une espèce de petite fable sur le monde moderne, ses excès, sa frilosité, qui m'a beaucoup plu. 7 / 10

Saveur nanane de Jessie Lepage. Une nouvelle qui parle de manière poétique et onirique d'inceste (je crois). La manière est roborative, elle crée un mouvement doux et curieux auquel j'ai cédé. Ce n'est pas totalement maîtrisé, mais c'est impressionnant en diable. À vrai dire, je ne sais pas si j'ai vraiment aimé ce texte, mais il m'a laissé sur une ambiguïté qui fait son chemin en moi, sans doute en raison du mélange entre la légèreté (les nananes) et le drame de l'inceste. 7,5 / 10

Quelques bémols : ce lecteur-ci a noté un certain nombre d'emplois fautifs de vocabulaire, c'est ce qui l'a le plus agacé, parce que c'est le travail de la rédaction du fanzine d'y voir et de les signaler aux auteurs. Ce n'est pas mineur. On note aussi une tendance à surcharger les textes de détails qui n'ajoutent rien...

Cote 6,5 / 10. Un excellent numéro avec quatre bons textes. Mais prenez garde à la présentation visuelle, enfilez vos lunettes de soleil.

10 commentaires:

KGirard a dit…

C'est vrai que l'image semble pas si pire... Qu'est-ce qui fait que la couverture est si laide?

richard tremblay a dit…

Les couleurs d'abord. Les détails sont flous et on note la pixelisation de l'image. Finalement ça a l'air d'une fraise gigantesque, mais non, c'est pas ça. C'est peut-être l'agrandissement démesuré d'une enveloppe de bonbon à la fraise.

Entk, ça agresse l'oeil pour de vrai.

Et puis le mot bonbon qui a l'air d'avoir été ajouté à la main in extremis.

Enfin, c'est matière de gout...

Hans Delrue a dit…

Bon, je vais devoir travailler mieux mes prémisses - merci pour l’exemplarité du reste…

Ceci dit, j’ai eu la témérité de lire le magazine dans les transports en commun, sous l’œil déconcerté de mes voisins. J’avoue qu’il m’a fallu quelque effort pour rester concentré sur les textes. ;-)

Eden Turbide a dit…

Ma première critique à vie pour ma première nouvelle à vie!

Merci d'avoir pris le temps de lire ma nouvelle. Je prends note de tes conseils.

Pour la surenchère d'épithètes, je plaide coupable. C'est un tic d'écriture que je m'efforce de corriger.

En tout cas, le "l'auteure mène bien sa barque" m'a fait très plaisir. Contente que tu n'es pas vu que du négatif dans mon texte, je ne suis donc pas une cause perdue. ^^

Et encore merci.

Pierre H.Charron a dit…

Comme je l'avais déja dit, ma nouvelle dans Katapulpe est une version écourtée à la dernière minute. Je m'étais trompé dans la longueur du texte. Quand je me relis,moi je vois les coupures et ca m'agacent! De plus, Katapulpe n'a pas mis des paragraphes aux bon endroits. J'ai moi-même de la misère à me relire.

Àlors là je suis très content de mon 8.5. Je sais que tu es très juste dans ton appréciation,que tu connaisses ou pas l'auteur. J'avoue que ca me stressait de passer sous la loupe de mes pairs...Je prends bien notes de tes points négatifs et je m'efforcerai de corriger ces aspects.

Ce genre de scénario me tricotait dans la tête depuis un certain temps. Content que ca t'es plu. Même si il faut relire pour en saisir tout son sens.

Alors, je me remets à mon clavier. J'ai une dose d'énergie positive.

Moi aussi j'ai pas tripé sur la couverure, mais j'ai bie aimé l'image À la fin de mon texte que je vais taire ici...pour pas vendre le punch ;)

Benoit Bourdeau a dit…

J'étais présent au lancement et je dois avouer que, malgré une page couverture so-so, j'aime bien l'idée de la couleur fluo choisie pour les pages de ce numéro.
De plus, quand j'ai acheté mon exemplaire, je pouvais choisir entre 3-4 sacs de papier couleur fluo (je me souviens du jaune, rose, vert). Le fanzine y était inséré, de la même façon qu'un sac à surprise.
Côté originalité, je dois dire que Denis et sa gang réussissent à m'épater chaque fois. Seul le papier lettre qui compose les pages du numéro 6 et qui se défait après quelques manipulations, j'aime la présentation.
Pour les nouvelles, je me garde une petite gêne, je débute, j'ai beaucoup de croûte à manger et j'espère que vous allez aimé ma nouvelle parue dans Brins d'éternité!

Anonyme a dit…

Michel Gingras dit:

Contrairement à toi, j'ai trouvé ce numéro moyen. La couverture est laide, mais j'aime l'audace de l'éditeur a essayer des nouvelles choses pour chaque numéros: pour le numéro sur lettre, du papier à lettre, etc.

richard tremblay a dit…

@Pierre : un jour, j'aimerais bien lire la version longue de cette nouvelle

@Hans & Eden : ouf, je suis quand même content de savoir de mes petits commentaires ne vous ont pas déprimés outre-mesure

@Benoît : je me souviens de ta nouvelle dans Katapulpe 5 qui était pas mal, idem pour une autre dans BÉ; au plaisir de lire la prochaine !

@Michel : je me commande le n° 7 pour avoir le plaisir de te lire

Anonyme a dit…

Michel Gingras dit:

Good. Tu pourras peut-être même faire la critique du no.7 au complet si ça te dit ;)

Comme Benoît B. je vais avoir d'autres publications, dont une dans Nocturne no.15 et une autre dans Brins d'Eternité no.27. J'ai bien hâte de passer sous ta loupe, car c'est avec des critiques qu'on s'améliore.

Guillaume Voisine a dit…

Pas lu encore.

Je suis d'accord pour les pages fluos intérieures: buhhhh, non, j'aime pas.

Mais la couverture, j'hais pas. Pour vrai, ça fit avec le style Katapulpe, je trouve.

Une inspiration pour un prochain Brins, peut-être ;) ? (Pas certain que notre directrice artistique serait d'accord - et c'est pour ça qu'elle est là!)