mardi 10 novembre 2009

109. Mangez-moi - Agnès Desarthe

Myriam est une femme qui cherche à ancrer sa vie, à lui donner de la stabilité. Elle est seule, elle n'a pas revu son fils depuis des années, le cirque pour lequel elle travaillait a dû la remercier. Elle ouvre donc un petit restaurant. Chez moi est un lieu discret, pas annoncé, où elle habite car elle n'a pas d'autre chez-soi, et où l'on sert de la cuisine inspirée et réconfortante. De fil en aiguille, la clientèle afflue, pourtant Myriam ressent toujours une profonde insatisfaction.

Comment résister à un titre pareil ? Écrit par une femme, en plus ! Mais ce n'est pas du tout ce qu'on pense, ou si peu.

Il y a dans ce roman d'indéniables bonheurs d'écriture. C'est allègre, léger, ça effleure parfois des vérités simples et profondes sans les toucher. Et il y a derrière tout ce bonheur, ce plaisir, ces personnages étranges et attachants, un drame sous-jacent, une blessure profonde qui revient périodiquement hanter Myriam.

Tout est dans le ton et la manière de l'auteure. Car elle écrit bien, Mme Desarthe, elle le sait, et elle aime bien montrer ce dont elle est capable, un peu d'esbrouffe littéraire peut-être, du gongorisme à la limite, ce qui parfois nous vaut un petit air de flûtiau, genre : «
Nous nous rencontrons sur le terrain de jeu de l'amitié, ce terrain vague, insoupçonné derrière la palissade qui gondole à peine sous le vernis social ». Une palissade qui gondole sous le vernis social ! Merdouille, mon Jacquouille ! On appelle ça s'écouter parler, madame, monsieur. Heureusement, il y a peu de ces scories élégantes même si on les remarque de sorte que l'ouvrage est généralement bien contrôlé.

Ce lecteur-ci a bien aimé ce livre-là. Entre autre parce qu'on y cause bouffe sur un mode sympathique. Le drame sous-jacent est joliment résolu à la toute fin pour la plus grande joie de tous et toutes.

Une agréable lecture qui a peu de poids, certes, mais dont on reprendrait volontiers. Comme de la meringue.
Le site de l'auteure est ici.

Cote 6,5 / 10

Mangez-moi

Agnès Desarthe
Olivier, 2006
308 pages

2 commentaires:

Gen a dit…

En l'occurence, elle s'écoute écrire, non?

Ou elle se lit écrire...

Ah pis, c'tait correct de même pis jeurtoune dans mon trou comme y dirait l'autre...

richard tremblay a dit…

C'est que tu as raison, ma foi, j'avais pas remarqué à quel point l'expression que j'employais était sinon fautive, du moins bizarre.