vendredi 7 novembre 2008

26. Zinc n° 15

Mettons que ça commence mal. Cette bourde en couverture, Ariane Voisine, puis en liminaire Élizabeth plutôt qu'Élisabeth Vonarburg. On sent la négligence dès le départ. Cette première impression va se concrétiser à la lecture des nouvelles.

L'art de la laque, de Zengzi Labarre-Wu. Cette histoire chinoise est mystérieuse, exotique et parfaitement maîtrisée. Quelques coquilles, négligence, négligence. Reste que la nouvelle est très bonne. 8 / 10

L'aïeule du monde, de Sorine Arnaud. Là, ça commence à déraper. L'histoire est correcte et assez bien menée, mais elle est desservie par un vocabulaire approximatif, une grammaire claudicante et une absence de rigueur dans les appellations (par ex., les îles Sentinelles deviennent l'île Sentinelle sans qu'on sache pourquoi). Le texte aurait bénéficié d'une relecture avant parution, ce que la direction littéraire aurait dû assurer. 3 / 10

La robe rose, d'Elsa Dupré. Ça dérape plus sérieusement. Une banale nouvelle fantastique (dans le sens genre littéraire, pas dans le sens de l'enthousiasme qu'elle crée chez le lecteur). Nombreuses fautes de syntaxe, c'est pourtant la base du français, merdouille. Où se cachait la directrice littéraire ? 2 / 10

, de Guillaume Baribeau. J'aime l'idée sur laquelle ce texte s'appuie : un objet extraterrestre vient bouleverser une communauté pendant quelques semaines, puis disparaît sans qu'on sache qui que quoi dont où. C'est porteur. L'auteur a le sens de la péripétie qui anime le récit, ainsi qu'un certain savoir-faire pour les dialogues, rien n'est perdu pour lui. Parce qu'autrement, c'est vraiment, mais vraiment n'importe quoi. Quelqu'un a-t-il lu ce texte avant de l'accepter ? Si la grammaire claudiquait dans les textes précédents, ici elle est carrément unijambiste; tout, absolument tout, la syntaxe, le vocabulaire, la mise en scène, la psychologie des personnages, tout est d'un niveau secondaire II faible. Chou à Mélanie Vincelette !!! Pour avoir inclus cette boulette, on devrait la forcer à rembourser ceux qui ont acheté la revue. En plus, c'est très malheureux pour ce jeune auteur, et ce n'est pas lui rendre service que de publier ce texte dans cet état. 0 / 10

Le sang des prédateurs, de Vincent Saint-Aubin Émard. Une nouvelle fantastique avec un caniche-garou. Tiens, tiens. Correctement faite, bien écrite, avec de l'humour par-dessus le marché. Quelques coquilles, qui montrent que le travail de la direction ne s'est pas poursuivi au-delà de la réception des textes. Mais quand même, c'est bien. 5 / 10

Tous les échos, de Guillaume Voisine. Le meilleur des trois textes phares du numéro, avec ceux de Labarre-Wu et de Côté. Une excellente nouvelle, superbement écrite et racontée, où la psychologie des personnages sert de moteur à l'histoire. 10 / 10

Les feuilles mortes, de Josée Lepire. Je ne ferai pas de commentaire sur ce texte parce que je n'y ai rien compris. Ça arrive. La fatigue, sans doute. Non-coté.

Avant l'aube, d'Ariane Gélinas. J'aime bien l'écriture de Gélinas et les thèmes qu'elle privilégie. Ici, l'aliénation. Le résultat est un texte dense, qui ne souffre que d'être trop court. 6,5 / 10

L'assassin, d'Alexandre Lemieux. Une bonne histoire, bien ficelée, sans grande surprise car on s'imagine bien dès le départ que l'auteur dirige le lecteur vers ce genre d'entourloupette. C'est efficace. Mais il y a un bémol (qui s'applique ici, ainsi qu'à beaucoup d'oeuvres relevant de la ssfq), c'est l'emploi constant du nom propre accompagné d'un titre au long (ex., madame Durivage) dans toutes les circonstances et quelque soit le rapport du narrateur au personnage ainsi désigné. À force de l'utiliser, l'auteur affaiblit son texte. Il existe quelque chose qui s'appelle le pronom personnel (elle) qui fait merveille quand on l'emploie. 6 / 10

L'homme de Reims, de Mathieu Fortin. Objectivement c'est une nouvelle très réussie, avec un punch final bien amené. On ne sera pas saisi par la beauté du style ou la profondeur de la psychologie, mais le lecteur reste subjugué par la maîtrise du récit dont fait montre Fortin. (NB À la toute fin, le lecteur substituera capitulation à capitalisation pour la bonne compréhension du texte.) 7 / 10

Entre chien et loup, de Pascale Raud. De façon générale, les jeunes auteurs présentés ici semblent moins préoccupés par la création d'une voix personnelle, d'un style, que par la parfaite efficacité de l'histoire. Ce n'est pas le cas avec Raud. Un texte onirique et bizarre qui m'a beaucoup plu. 7 / 10

Sac
rés touristes, d'Isabelle Piette. Curieux mélange d'excursion touristique qui tourne à la révélation pour les touristes et à l'épiphanie pour les guides. Ça n'a pas fonctionné pour moi, hélas, tout simplement parce l'humour des situations m'a semblé gros et borderline cliché, ce qui donne une première partie tombant à plat. 4 / 10

La mort blanche, d'Empereur Ghoule. Les Premières Nations dans l'espace ! Pourquoi pas. Une idée géniale. C'est une nouvelle à chute, dans le mauvais sens du terme, c-à-d qu'au-delà de la joke finale, il n'y a rien. 3 / 10

Terrible Aliénor, de Danie Blais. Ô, lecteur, lectrice, tu aimes les adjectifs, épithètes et autres qualificatifs ? Il n'y en a jamais assez à ton goût. Ben là, tu vas être comblé... C'est le carnaval ! Faudrait dire à l'auteure que les adjectifs, c'est comme la crème fouettée, un peu, c'est bon, trop, ça écoeure. 4 / 10

L'enfant des dieux, d'Héloïse Côté. Un texte supérieur d'une auteure qui a du métier, et ça parait. Pas de fausse note, une histoire simple, fine, riche, avec une finale pas piquée des vers. 9 / 10

Il ne faut pas que je dorme, de Claude Bolduc. La présence de Bolduc et de son texte fantastique (impeccable, au demeurant) fait doublement tache dans un numéro spécial consacré aux nouvelles voix de la science-fiction. C'est une excellente nouvelle, par ailleurs. 7 / 10

L'élite des rêveurs, de Matin Blois et Sébastien Lévesque. Un très quelconque court extrait du prochain roman d'une série. Beaucoup de bruit et de fureur, tout ça incompréhensible parce que garroché sans repère. Chou à la direction littéraire ! Difficile à juger, mais ça ressemble à du produit jeunesse taylorisé. 3 / 10

En somme, un numéro extrêmement décevant avec quelques textes vraiment poches, et de rares réussites. Ce qui aurait pu être une vitrine pour le genre et les auteurs qui l'écrivent s'avère être une douche qui refroidira les ardeurs des lecteurs aventureux qui voudraient s'initier à la sf québécoise moderne.

Outre sa négligence, je reproche à la direction littéraire son absence de jugement dans le choix de certains textes, et son inaptitude à aider les auteurs à produire de meilleures nouvelles. La direction littéraire, ce n'est pas qu'émettre des accusés de réception. On lui reprochera aussi le mélange des genres. Nouvelles voix de la science-fiction... Pourtant, Bolduc et Côté ont une oeuvre littéraire assez considérable derrière la cravate... Et les textes relèvent aussi bien de la sf que du fantastique, de la fantaisie ou de la fantasy. Bref, c'est l'auberge espagnole.

Gros spleen pour ce lecteur-ci.

Cote 4 / 10

16 commentaires:

Pat Isabelle a dit…

Ah! Je ne connaissais pas cette revue.

richard tremblay a dit…

C'est une revue littéraire qui fait une incursion en pays sffq.

M a dit…

Il n'y a pas eu de direction littéraire: il y a eu un appel à texte, oui, mais qui s'est adressé aux jeunes auteurs de la SFFQ environ un mois avant la date de tombée (un mois et demi, peut-être...) ce qui n'est rien pour favoriser de bons textes, travaillés et cohérents... Et il n'y a eu qu'une correction orthographique (et encore, les auteurs n'ont pas approuvé les corrections) et aucune possibilité de retravailler les textes soumis. Ce qui, dans le cas de mon texte, donne une nouvelle formée d'un truc écrit il y a dix ans (la lettre d'amour, révisée, quand même) et de parties composées en quelques jours en mai.

Je suis déçu aussi de cette mouture de la revue et de tous les problèmes dont j'ai entendu parler entre les branches.

Bref, sûrement pas le meilleur numéro de Zinc, ni la meilleure vitrine pour la SFFQ... mais une vitrine quand même, et une initiative à souligner, quand même.

Anonyme a dit…

Mathieu a dit l'essentiel concernant la direction littéraire : il n'y en a pas eu, nous voulions qu'il y en aie une, mais ce n'était pas possible et nous nous sommes faits regarder de travers parce que nous trouvions étrange qu'il n'y en aie pas...

Par ailleurs, merci encore pour ce bon commentaire sur mon texte qui, malgré tout cela, vous a plu. ;-)

Pascale Raud

richard tremblay a dit…

M et Pascale : Avec une direction littéraire un peu plus présente, ce numéro aurait pu être fort bon. Il y a quand même du talent.

Cela dit, de façon générale, les auteurs qui ont participé à l'atelier d'Élisabeth Vonarburg ou ceux qui ont publié dans Brins d'éternité et Solaris (et qui ont donc eu à faire avec une dirlitt engagée) s'en tirent beaucoup mieux que les autres à mon avis.

En ce qui a trait à l'aspect vitrine de l'exercice, je ne suis pas tout à fait d'accord avec Mathieu. Les amateurs du genre se procureront le Zinc, c'est à peu près sûr et relativiseront les choses; mais les lecteurs qui ne connaissent pas le genre, ou, pire, qui ont des idées préconçues vont se voir confirmer que la science-fiction, c'est des histoires écrites n'importe comment par des enthousiastes incapables d'écrire en français correct.

Mais bon, le Zinc 15 est là, faut faire avec.

richard tremblay a dit…

Pascale, en passant, ta maman envoie des courriels pleins d'esprit. Une femme charmante.

M a dit…

Mais la vraie question, c'est: est-ce que le niveau de ce Zinc est supérieur au niveau des autres Zinc? Et, en question complémentaire: est-ce que ce numéro de Zinc est meilleur qu'un numéro d'une autre revue littéraire? Car il ne faut se leurrer: Zinc est une revue "généraliste" qui ne prétend pas comprendre ni les codes, ni les spécificités de l'écriture de la littérature de genre. D'où, d'ailleurs, l'absence de direction littéraire: dans les revues généralistes, on ne fait pas de direction. Les meilleurs textes parmi les soumissions sont publiés. Pas de retravail, pas de commentaires.

Pour ma part, et c'est bien personnel, je préfère lire Biscuit Chinois à Zinc.

Anonyme a dit…

Richard me dit : "Pascale, en passant, ta maman envoie des courriels pleins d'esprit. Une femme charmante."

Vraiment ? Elle vous écrit des courriels ?... On peut plus être tranquille nulle part ;-)

Pascale Raud

richard tremblay a dit…

Mathieu : Je ne suis pas sûr que ton commentaire sur l'absence de direction littéraire s'appliquent à l'ensemble des revues généralistes, parce que a) ce serait bien déprimant, b) les revues ne pourraient pas durer au-delà d'un certain temps, celui de berner le lectorat avec un sous-produit. J'ose croire que le succès dans la durée de XYZ s'appuie aussi sur une dirlitt plus sentie. Mais je suis p-ê naïf sur ce point.

Disons qu'à défaut d'une dirlitt active, Zinc aurait bénéficier que sa réviseuse soit plus éveillée.

Que BC soit une lecture plus satisfaisante que Zinc, 100 % d'accord, même si mon échantillonnage ne se base sur un numéro de chaque revue.

Pascale : a) on n'est plus tranquille nulle part, Big Brother, c'est vrai!, b) abandonne le vouvoiement, svp,,je suis vieux, oui, mais pas tant que ça, sans doute de l'âge de Gabrielle (!!!).

Anonyme a dit…

Richard : ça peut me prendre longtemps avant d'en arriver au tutoiement... peu importe l'âge ;-)
Un jour peut-être...

Pascale

M a dit…

Richard, pas nécessairement de sous-produits sans direction littéraire, mais un produit parfois inégal: certains thèmes attirent moins que d'autres, donc les "meilleures" nouvelles ne sont pas aussi bonnes que pour d'autres thèmes. Mais pour avoir jasé avec des gens qui ont publié dans pas mal toutes les revues de littgen du Québec, la direction littéraire est un concept qu'ils ne connaissent pas. Pour eux, quand le texte est soumis, c'est que l'auteur le considère au top ce qu'il peut être (ce qui n'est pas toujours vrai). D'ailleurs, quand je fais de la dirlitt, les auteurs qui acceptent le moins les critiques et les suggestions sont ceux qui écrivent habituellement de la littgen et ne comprennent pas que les littératures de genre demandent d'autres codes que la littérature générale, et c'est souvent là-dessus qu'il faut travailler: trop souvent, les auteurs de littgen croient que la SF ou le fantastique permet de faire n'importe quoi... Et ilsrefusent de questionner leur texte, sous prétexte qu'il est bon comme il a été soumis. Ce qui ne veut pas dire qu'il pourrait être meilleur.

richard tremblay a dit…

Je m'aperçois en discutant avec toi que j'amalgame à la dirlitt la révision de textes (que je conçois comme liées, mais c'est un autre débat). Dans la plupart des cas où j'ai écrit qu'une dirlitt plus présente s'imposait, il aurait fallu lire qu'une révision de textes plus sérieuse s'imposait.

Mais reste que Zinc a du plomb dans l'aile...

Anonyme a dit…

Ici l'auteur de "Là". J'ai lu votre commentaire. Merci pour les premières phrases. Pour ce qui est de la suite, je dois préciser que le quoi quand pourquoi, etc. était voulu. J'ai décidé de ne pas nommer les lieux en question afin de créer l'impression d'un univers parallèle et de laisser plusieurs questions en suspens. Je peux comprendre que cette histoire ne vous a pas plu mais de là à dire que c'est n'importe quoi, c'est que vous n'avez peut-être pas compris les niveaux secondaires. C’est en grande partie du surréalisme, donc il y a plusieurs éléments symboliques et très absurdes à première vue. Pour ce qui est de la langue, j'ai voulu que les dialogues soient dans un langage courrant et donc il ne faut pas s'attendre à ce que les personnages s'expriment dans un français impeccable. Bien sûr, en relisant le texte, j'ai noté que certaines structures de phrase étaient peut-être fautives et redondantes mais dans l’ensemble je crois que ça se tient. Pas pour vous évidemment. Ça je ne peux rien y faire. J’ai reçu de bons commentaires et pas de la part de n’importe qui. Finalement, j’ai beaucoup aimé les autres nouvelles. Je crois que les auteurs ont beaucoup de talent et d’imagination.
Guillaume Baribeau

richard tremblay a dit…

Il y a de très bonnes choses dans ta nouvelle, Guillaume (tu me permettras de te tutoyer), je les ai soulignées, et ce serait bien malheureux si tu cessais d'écrire. Ce contre quoi j'en ai, c'est le support que la direction de la revue n'a pas apporté aux auteurs en les forçant à la réécriture.

D'autre part, tu sembles prendre assez légèrement le fait que la nouvelle comporte des phrases bancales (on est d'accord là-dessus, semble-t-il, tu dis qu'il n'y en a que quelques unes, moi je dis qu'il y en a beaucoup; on s'entend sur le principe, pas sur le nombre), là je ne suis pas d'accord. La phrase, c'est le matériau de base de tout texte; si la fondation est solide, l'édifice sera droit et de belle apparence.

Finalement, tu dis que tu as reçu de bons commentaires et pas de « n'importe qui. » Bravo, voilà un commentaire qui pique. Là, tu fais preuve de style et d'esprit. J'aime. Il y a de la graine d'écrivain en toi.

Anonyme a dit…

Bonjour!

J'arrive un peu sur le tard – c'est mon habitude – pour mettre mon grain de sel.

En ce qui concerne la présence de textes non-SF dans ce numéro de Zinc, j'avais d'abord répondu à l'invitation que malheureusement, je n'écrivais pas de SF, ce à quoi on m'a répondu que le fantastique était accepté aussi. J'ai également spécifié que la nouvelle que j'avais à offrir était plus courte que les longueurs demandées, mais cela n'a heureusement pas posé de problème.

Je n'ai pas poussé la rigueur jusqu'à faire remarquer que la désignation «nouvelles voix», dans mon cas…

C'est vrai qu'un nouvelliste n'est jamais vraiment connu, mais je me suis dit que tant qu'à m'inviter, on avait dû se renseigner à mon sujet.

Anonyme a dit…

Bonjour Richard,

Merci pour la belle note de 3 sur 10, ça fait plaisir de voir que mon post-it humoristique a réalisé un meilleur score qu'une grosse brique de Tom Clancy! ;-)

Reste positif!
Empereur GHOULE