vendredi 10 septembre 2010

156. Toi et moi, it's complicated - Dominic Bellavance

Daniel trompe Véronique mais ne veux pas que ça se sache. Aussi quand des vidéos compromettantes apparaissent sur le profil Facebook d'une amie qu'il ne connait ni d'Ève ni d'Adam, les choses prennent une tournure inattendue et les événements se précipitent.

(Comme ça se passe essentiellement sur et à cause de Facebook, les néophytes risquent de s'y perdre, je le crains.)

Parce que mon petit commentaire va dissoner dans le concert unanime de louanges que ce roman s'attire depuis sa parution, je risque bien d'avoir l'air d'une trace de brake dans le cul de la robe de la mariée. Mais tel est mon destin, et je l'assume.


Première constatation, Toi et moi, it's complicated appartient à la chick lit. De la chick lit écrite par un gars, plus crue, plus génitale et directe, mais reste que Bellavance reprend à son compte certains des grands thèmes de ce genre littéraire, à plat, sans les sublimer : l'obnubilation du dating, les rencontres fortuites, le commérage, etc. Mais peut-être est-ce dû tout simplement au fait qu'à mon avis Facebook m'apparait être une extension naturelle de la chick lit, c-à-d une littérature faite de papotage et de jérémiades, de positivisme bon aloi, d'impressions fugaces et de réflexions sans portée. Dans ce cas, on pourrait dire que l'auteur a tenu son pari de représenter le réel avec beaucoup de... réalisme !

Comprenez que je ne reproche pas à Bellavance d'avoir écrit de la chick lit. C'est un jeune gars qui sait ce qu'il fait. Son écriture est allègre et le style est fluide. Pas de faux pas dans ce roman. Ça coule et ce lecteur-ci a apprécié la beauté graphique de la mise en page, qui est très appropriée et l'humour même s'il est parfois forcée et burlesque. J'ai lu ce roman sans déplaisir et sans ennui.


Une poignée de bémols, cependant. J'ai vraiment eu de la difficulté à m'attacher à Daniel, le narrateur. C'est un faux jeton. Il est fourbe, (mauvais) calculateur, incapable de s'assumer et de prendre ses responsabilités. Antihéros antipathique. Il est manipulé et il tente de manipuler. Il porte en lui quelque chose d'odieux, bien que je doive avouer que ses partenaires de romans ne valent guère mieux : les filles ne donnent pas leur place. Bellavance nous présente le portrait de facto d'une jeunesse particulièrement retorse, qui calcule et manipule et est manipulée. Dans un autre contexte, et en plus étoffé, ce petit livre aurait pu devenir un roman d'espionnage.

Aussi, il est de bon ton dans la littérature québécoise bcbg de donner aux personnages les plus vils une langue parlée grossière qui beurre épais dans le vernaculaire. À ce chapitre, Toi et moi, it's complicated n'évite pas ce cliché, comme en témoigne le personnage d'Anne-Sophie. On aurait souhaiter, je ne sais pas, autre chose...

D'une curieuse façon, même si elle est en porte à faux avec le ton badin du roman, la fin est l'élément le plus détonnant du roman. Elle est étonnante et détonante, mais insatisfaisante.

À propos de ce roman, j'adhère à ce que Frédéric Raymond en dit sur son blogue: « Lisez-le dès maintenant, parce que plusieurs des références culturelles pourraient sembler datées dans quelques années. » On ne saurait mieux dire.

Pour un plaisir évanescent. Recommandé avec une petite réserve.


Cote 6 / 10

Toi et moi, it's complicated
Dominic Bellavance
Coups de tête, 2010
126 pages
14,95 $

155. Vent printanier - Hubert Haddad

Vent printanier est le nom de code de l'opération de rassemblement des Juifs français en juillet 42, la Rafle du Vel' d'Hiv', certainement une des heures les plus ignobles de la France.

En deux jours, plus de 13000 Juifs, dont 4115 enfants, ont été arrêtés et rassemblés au Vélodrome d'Hiver de Paris avec l'aide de la police française avant d'être déportés et tués à Auschwitz.

Hubert Haddad a écrit un très court recueil réunissant quatre nouvelles autour du souvenir de cette opération.

Meranda, ou le devoir de mémoire. Adèle cherche son chat dans la ville. Partout elle voit les trains qui lui rappelle sa petite amie juive, Meranda, disparue quelques jours plus tôt dans une rafle. Elle rencontre un vieil homme éploré qui croit qu'elle est Meranda... Une nouvelle sur l'identité et la perte. Très fine nouvelle, et qui mériterait relecture si ce n'était pour le style le l'auteur, surécrit et haché, qui gâche la sauce. 6 / 10

Vent printanier. Son violon sous le bras, Michaï se dirige vers une cérémonie commémorative de la rafle. Il est assailli de souvenirs. Il a perdu sa famille et a assisté à leur embarquement sans pouvoir réagir. Un jeune Rom en cavale l'accompagne sur le chemin vers la gare... La meilleure nouvelle du recueil. La douleur de ce vieil homme qui a tout perdu est palpable, et l'allusion contemporaine aux Roms invite à une réflexion sur l'actualité. Mais encore une fois l'écriture, grr... 7 / 10

La nuit du fou, ou les sonneurs de l'ancien monde.Un vieux photographe qui collectionne les photos des camps fait une rencontre inattendue avec un gamin qui vient de loin... Encore là, une nouvelle qui pourrait être totalement réussie si l'auteur n'avait pas tant chercher les effets de style. 4 / 10

Chasse aux lièvres dans la région des Moulins. Un vieil homme, revendeur de modèles réduits de trains, va rencontrer un collectionneur qui pourrait bien être le soldat allemand qui lui a sauvé la vie en 44...Mon commentaire sur les autres textes vaut pour celui-ci aussi. Malheureusement : 6 / 10

En dépit d'une thématique de premier ordre qui m'auraient normalement interpellé, je n'ai pas été captivé par ce livre. L'écriture est nettement en cause. L'auteur cherche à créer des images fortes, qui finissent par créer une impression de plaquées à force d'être trop étirées.

Pas recommandé. De bonnes histoires, par un auteur qui n'a pas su s'effacer. Grr...

Cote 6 / 10

Vent printanier
Hubert Haddad
Zulma, 2010
62 pages
7,95 $

jeudi 9 septembre 2010

Bientôt sur ce blogue

Avec les rénovations de cet été, je me suis rendu compte que j'avais des tonnes et des tonnes de livres qui encombrait la maison. Je me suis fixé l'objectif de me départir d'une bonne partie de cette collection, au moins 1000 livres, peut-être même 2000. Et il m'en restera autant !

Les livres sont tous en bonne ou excellente condition, avec généralement mon nom et la date d'achat en ex-libris. Je signalerai tout espèce d'anicroches, style surlignement. Une liste apparaîtra bientôt sur le blogue. Les intéressés n'auront qu'à me signaler ce qui les, euh, intéresse.

Beaucoup de romans, d'essais, de documents. De vieux livres, des neufs aussi. Des inconnus et quelques Senécal, tiens. De la sf, des polars, des études sur le marxisme (ah ma folle jeunesse), mais aussi de la littérature générale.

Je vais les donner. Les preneurs n'auront qu'à payer les frais de poste, ou s'arranger avec moi pour un point de chute à déterminer. Je suis à Rigaud, mais aussi parfois à Longueuil. Je vais à Boréal, etc. Je suis retraité et je peux me déplacer un peu. Y a toujours moyen de moyenner.  À plus.

lundi 6 septembre 2010

État des travaux II+

Tout à l'heure, au Salon d'écriture de Valleyfield, j'ai mis un terme au premier jet de À Prokhorovka, avec la 331e section antichar. Là, je fais comme pour un porto : en fût pour 20 ans !

J'avais trois projets de nouvelles il y a quelques semaines, les premiers jets (propulsé par des P&W d'origine) sont terminés pour deux d'entre elles. La troisième a commencé à circuler chez les éditeurs.

Un énorme merci à P., N. et K. de me supporter dans leur nid !

PS
Tiens, un premier refus pour Blaise et Benjamin, mon petit roman jeunesse. C'est un choc et je ne comprends pas. Quel enfant de 0 à 5 ans ne serait pas intéressé par un échange philosophique sur le destin de l'homme et l'avenir des sciences via des cordes quantiques entre Blaise Pascal et Benjamin Franklin ? Je vous le demande... ;-)

dimanche 5 septembre 2010

Mon petit kindle...

J'ai mon kindle en main depuis une douzaine de jours maintenant. Le temps est venu de faire un premier bilan.

Il est à peine plus large qu'un Folio. Il st si simple à opérer qu'on peut se mettre à télécharger des livres (et autres textes) dès que la pile est chargée (trois ou quatre heures) et se mettre en mode lecture en quelques minutes. Il est relativement léger, pensez les Bienveillantes en Folio, mais moins que ce que j'aurais cru.

Autrement, il fait ce que toute lisette (j'aime mieux que liseuse) doit faire. Je ne vous referai pas le coup de la publicité. Très utile pour lire des briques de 1000 pages en grand format, ces livres qui vous épuisent les bras et laissent une empreinte dans votre ventre si vous aimez lire sur le dos. D'un autre côté, je dis toujours qu'un gros livre, grand format ou hardcover, est une formidable arme défensive si vous êtes victime d'une attaque; pour voir, essayez de vous défendre avec une lisette, ha ha, c'est ridicule...

Les moins bons points, ou ce pourquoi y a rien pour battre un bon livre en papier :

Son apparente fragilité. Je n'ai pas tenté l'expérience, mais je ne suis pas sûr que cet engin est capable de résister à une chute de quelques pieds. Le bakélite, ça a ses limites. Par contre, hein, lâchez votre livre de poche, il n'y a qu'à le ramasser. Aussi, mon chien a mâchouillé un livre l'autre jour, le livre est encore lisible. Eût-il attaqué la lisette...

Y a rien comme de faire flipper les pages d'un livre pour voir où sont les illustrations, ici, oubliez ça...

Le kindle ne sent pas l'encre.

Le clavier est non accentué. Speak white, me houspille mon petit kindle.

Si la pile lâche, you're out, my friend (oupse, c'est l'influence du kindle). Pas de piles de rechange, faut recharger à l'usb ou sur une prise ordinaire. Tu pars le matin pensant lire dans l'autobus, paf, la pile s'éteint à l'arrêt, ben, t'es pogné pour regarder les côtés d'autobus jusqu'au centre-ville... En passant, l'icone de charge de la pile sur le kindle est pas claire du tout, en fait, elle est illisible.

Dans les publicités, on voit le monde lisant avec leur lisette, au soleil, dans un hamac, un mojitos à la main. Très joli, très vendeur. Maintenant imaginez que vous allez prendre l'autobus par -20 et que vous attendez trente minutes à l'arrêt avant de monter à bord, votre lisette dans la poche de votre parka ou dans votre malette. Je parie que la pile ne tiendra pas le coup, qu'elle se déchargera au froid... mais, là, c'est juste mon opinion...

J'ai l'air négatif, mais je n'ai pas la chanson. J'aime bien mon petit kindle, déjà j'ai fait plein de chargements de livres gratuits ou à très bas prix. J'ai même télécharger les cinq petites nouvelles que les éditions Alto ont publié pour célébrer leur cinquième anniversaire de fondation. J'ai lu La légende de McNeil et J'irai me crosser sur vos tombes. Je commence L'Ancienne famille et Le chevalier de Mornac.

C'est vraiment très bien fait, bien que pas si convivial qu'on prétend.

samedi 4 septembre 2010

154. J'irai me crosser sur vos tombes - Édouard H. Bond

Engagé par le gros Robillard pour réaliser une trilogie porno avec un budget de 4000 $, François Martineau fait appel à Ed Hardcore pour lui pondre un scénario sur mesure. Hardcore écrit J'irai me crosser sur vos tombes. On se prépare à tourner, la vedette des films, la wannabe pornstar Marissa Cherry nous est présentée dans un chapitre écrit par Mélodie Nelson (une jeune auteure qui n'a pas la langue dans sa poche, mes amis, croyez-moi).

À la veille du tournage, Martineau flaube tout l'argent sur un party de « sachets » avec sa sœur. Apprenant ça, Robillard décide de donner une leçon à Martineau et lui fait câlisser une  volée monumentale par ses hommes de main. La pauvre soeurette est sérieusement amochée. L'irresponsable réalisateur perd un œil dans la bagarre, mais retrouve un semblant de dignité.

En effet, toute sa vie, Martineau a fuit, mais là, devant le mal fait à sa sœur, il décide de prendre sa revanche. Il emprunte le gun à Ed Hardcore et s'en va au bureau de Robillard. Il tire et tue à qui mieux mieux, et finalement réussit à pogner Robillard pour un showdown final dans la salle du cinéma où l'on joue justement un de ses films... Je n'en dis pas plus, sinon que le duel final devant un écran de cinéma porno ne déplairait pas à Quentin Tarantino.

En passant, pour ceux à qui ça échapperait, le titre de ce roman est un hommage à J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian.

J'irai me crosser sur vos tombes marque une évolution par rapport aux deux autres romans de l'auteur. (J'espère qu'ils ont été écrits dans l'ordre où ils ont été publiés, sinon je vais encore avoir l'air d'un moron). Ici, au-delà du sordide et de la drôlerie (les deux sont en quantité considérable dans le roman), l'accent est mis sur la psychologie des personnages, qui sont moins caricaturaux que dans Prison de poupées et Maudits. Bond a donné suffisamment de chair à Martineau pour que le lecteur parvienne à s'identifier à lui.

Par certains côtés, ce n'est pas le meilleur des romans de l'auteur (quant à moi, c'est Maudits). J'y ai senti une certaine précipitation dans l'action, avec une tension dramatique moins forte, moins prenante; mais la psychologie vient enrichir considérablement le roman. L'auteur passe à un autre niveau, tout en habitant le même univers. Le lecteur familier de l'œuvre retrouvera St-Jean-de-Matha, son infâme prison des femmes et l'alter ego de l'auteur, Ed Hardcore. Dans un moment absolument décapant, on apprend que Ed souffre de dysfonction érectile !

Et pis, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval un auteur capable de décrire un personnage ainsi :
Julie, simplement vêtue d'une camisole sale pis d'une culotte slaque, avait le regard creux d'un cadavre, les traits tirés d'un vieillard pis la joie de vivre d'un cochon à l'abattoir.
En terminant : Bond aime les points d'exclamation. Treize à la douzaine ! Normalement, ce n'est pas ma tasse de thé, mais je dois avouer qu'il y a un tout petit paquet d'auteurs qui en maîtrise le placement, alors, ici, j'aime bien !

Fortement recommandé. Le blogue à trois têtes de l'auteur est ici.

Note 8 / 10

J'irai me crosser sur vos tombes
Édouard H. Bond
Robert ne veut pas lire, 2009
122 pages
(format électronique seulement)
4 $

vendredi 3 septembre 2010

Parlant de plagiat

Il n'y a pas que les auteures médiocres (ici et la suite) qui empruntent allègrement à Wkipedia, les moins pires aussi le font.

Pas besoin d'en ajouter.

jeudi 2 septembre 2010

153. Péchés mignons - Claude Bolduc

Succion. Le vampire Vlad va chez le dentiste soigner sa carie. Il se découvre une nouvelle vocation... Qui a dit que l'épouvante se mariait mal à l'humour ? Bolduc maîtrise parfaitement l'art du dialogue et du détail. Ça porte. 10 / 10

Les grands préparatifs. Louis va mourir demain, son réfrigérateur est encore plein, lui qui n'aime pas gaspiller de la nourriture... Péché de gourmandise ! Un texte honnête qui ne m'a pas vraiment harponné. 6,5 / 10

Privilèges. Sam n'est pas prêt à tout sacrifier pour satisfaire les caprices de sa fille, déjà qu'il a déjà beaucoup donné; mais sa femme et sa fille ne l'entendent pas ainsi... HaaaAAaa ! Grand cri extatique et jubilatoire de ce lecteur-ci. Qu'est-ce que c'est bon ce petit texte-là. Huit pages seulement et pas un mot gaspillé. Il faut vite élever une statuette pour sacrifier (des petits fruits) au culte de Bolduc, culte que je suis disposé à officialiser (moyennant royalties, bien sûr). 10 / 10

À tout péché. Jean essaie de terminer d'écrire sa nouvelle mais il est constamment dérangé par une espèce de vendeur auquel rien ne résiste... Cette nouvelle est longuette, et la chute est prévisible. Une coche moins réussie que les autres. 5,5 / 10

In vino mendacium... Matt entend des voix dans sa tête. Faut dire qu'il a un problème de boisson. On devine bien que c'est pas de bon augure... Alors que les autres textes font dans l'humour, celui-ci est d'un autre registre. Plus sérieux, plus soutenu. Solidement fait, même si la chute est attendue. 6,5 / 10

Menus travaux chez la famille Brodeur. Gérard fait des rénovations dans un logement occupé par une famille de BS qui ne le cède en rien aux Bougon. Il en a pour son argent... Et le lecteur aussi en a pour son argent ! C'est truculent, vulgaire, et j'ai rarement autant rigolé de ma vie. Jubilatoire ! Merci et bravo, M. Bolduc ! 10 / 10

Le grand tripoteur. Gaston meurt en se rendant travailler. Là, il va rencontrer son Créateur... L'après-vie comme délice gastronomique. Ironique, sans doute, mais, aux yeux de ce lecteur-ci, plutôt moyen. 6 / 10

Chasse à l'âme. Robert Giguère se déguise en prêtre pour échapper aux policiers qui sont à ses trousses. Mais voilà qu'il doit donner l'extrême-onction à un mourant dont l'âme, mal bénie par ce faux prêtre, aura quelque difficulté à entrer dans l'au-delà... Un texte impeccable, avec un retournement très fin. 8 / 10

Ce recueil s'inscrit dans une collection qui cible expressément les ados de 14 ans et plus. Ne vous y trompez pas, un adulte y trouvera son compte également, foi de moi-même.

Cote 8 / 10

Péchés mignons
Claude Bolduc
Vents d'ouest, 2000
135 pages

lundi 30 août 2010

En uniforme, pis deux par deux

Les portes du péni-i-i-i-tencier
Bientôt vont se refermer
Et c'est là que je finirai ma vi-i-i-ie
Comme d'autres gars l'ont finie...
Saperlipopette que mon sac à dos est lourd...

La gang de la maternelle, Benjamin est avec maman dans le fond.

La commission Bastarache, c'est par là ?

L'entrée à la maternelle s'est fort bien déroulée. Pas de larmes, pas de nostalgie, juste un tout petit peu d'appréhension. Première journée en forme d'avant-midi. Demain, un autre avant-midi. Mercredi, première journée complète.

Je l'aime mon p'tit gars.

mercredi 25 août 2010

T'as de beaux (nouveaux) yeux, tu sais...

La journée l'a beaucoup fatigué, en prime, il faut s'habituer à les porter...

Déjà, ça s'arrange un peu...

Les yeux de Bette Davis, l'haleine d'un chameau...

mardi 24 août 2010

152. Le peignoir - Suzanne Myre

Mon seul credo dans la vie, c'est qu'il n'est jamais trop tard pour devenir moins niaiseux. Découvrir un nouvel auteur, même après que tout l'univers l'ait déjà fait, ça rend moins idiot. En raison du battage publicitaire autour de la sortie de Dans sa bulle, et parce qu'elle a un petit air effronté et rigolard sur ses photos, j'ai donc emprunté un recueil de nouvelles de Suzanne Myre à la bibliothèque de Rigaud.

Nom d'une Bobinette ! Dans les années 60, les petites Québécoises souffraient de Bobinomania et s'identifiaient à l'hilarante et contestataire Bobinette. En plus, elles tombaient souvent amoureuses de Bobino. Tiens, parlant de Bobinette, faudrait d'ailleurs l'inclure dans les précurseures du féminisme au Québec, mais là, je digresse. Une nouvelle drôle empreinte de nostalgie sur le désir, avec une fin douce-amère assez saisissante. 8 / 10

Gingembre salvateur. Infirmière, la narratrice possède un sens olfactif de qualité supérieure. Les odeurs l'agressent, les effluves la lassent. Le Man of Passion de son chum lui pue au nez. Rien de va plus. Jusqu'à ce qu'elle découvre Steve, humble vadrouilleur de l'hôpital, qui sent bon le gingembre. On retrouve dans ce texte deux préoccupations importantes de l'auteure : l'odorat et la stratification sociale. Ici, l'un permet de transgresser l'autre. Le texte le moins intéressant du lot, parce que verbeux en diable. 6,5 / 10
 
Le peignoir. La nouvelle qui donne son titre au recueil est la pierre angulaire du livre. C'est la plus longue, la plus complexe, la plus satisfaisante aussi pour ce lecteur-ci. Manon va chercher l'inspiration pour ses toiles dans un spa très au-dessus de ses moyens où sa kleptomanie se manifeste. Elle y est accompagnée par Christian, son conjoint souffre-douleur. Le peignoir est une novella de 85 pages au ton incisif. L'incomparable sens de  la répartie de l'auteure accompagne une très fine analyse des couples, du vieillissement, du désir et du sens créatif, tout ça emmêlé d'une manière douce et prenante. 9,5 / 10

Le moustique erre. Vous recherchez le calme, le silence. Vous empruntez donc le chalet de votre amie Rachel pour le weekend pensant ainsi vous éloignez de la famille et des bruits de la ville. Ah-ha ! Clownesque, pittoresque, drôle, une nouvelle vraiment réussie qui met en vedette une narratrice, un chat, un moustique et une famille dont on ne se débarrasse pas facilement. Décapant. 8,5 / 10

Tendres tendons.La narratrice en utilisant l'exerciseur elliptique de son presque chum, ce qui donne l'occasion à l'auteure de décortiquer les petits travers de la vie quotidienne. Longuet, avec des dialogues qui tirent à la ligne. 7 / 10

La massothérapeute. La vie d'Hedwidge est fade et sans intérêt et, sous les conseils de son amie Martine, elle décide de remédier à la situation en se prenant une massothérapeute qui lui prescrit un régime militaire sans faille. Mais Hedwidge arrive à percer le mystère de sa masso, car mystère il y a. Un texte plein de finesse, où la drôlerie réside dans les actions de la protagoniste plutôt que dans son sens de la répartie qui tue. Un peu détonnant dans ce sens, mais j'ai beaucoup apprécié que l'auteure change de registre. 8 / 10

Ce recueil, qui parle sur un ton ironique de la solitude et du rapport avec les autres, des sens (ouïe, toucher et surtout odorat) et de la vie quotidienne est une totale réussite qui a donné à ce lecteur-ci le goût de lire les autres livres de l'auteure, question de rattraper son retard. Périple littéraire qui se poursuit en ce moment avec Dans sa bulle, dont on se reparle incessamment.

Vivement recommandé pour une lecture ravigotante. On ne s'ennuie pas une seconde avec Suzanne Myre.

Cote 8,5 / 10

Le peignoir
Suzanne Myre
Marchand de feuilles, 2005
175 pages

mercredi 18 août 2010

151. Zakuro - Aki Shimakazi

Vingt-cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Tsuyoshi Toda apprend d'un ami que son père qu'il croyait mort déporté en Sibérie après la guerre est toujours vivant, qu'il vit sous un nom d'emprunt dans une ville proche de a famille avec laquelle il n'a jamais plus établi de contact et qu'il se prépare à quitter le Japon pour Los Angeles. Pourquoi ce long mutisme, cette absence ? La question hante Toda et lorsque son père accepte de le rencontrer, ce sera pour lui remettre une lettre dans laquelle il explique ses actions et son silence en demandant pardon pour ses gestes. Dans une scène déchirante, il viendra brièvement au chevet de sa femme souffrant d'alzheimer et qui l'attend depuis tout ce temps sans jamais avoir perdu espoir de le revoir.

La mémoire est l'axe central de ce roman. La mémoire et l'histoire, qui sont au bout du compte la même chose. Ce père absent, rongé par la culpabilité d'un crime commis à la fin d'une guerre à laquelle il n'a pas participé, c'est le symbole de tout le peuple japonais, entraîné dans une guerre barbare dont le souvenir s'efface des mémoires, ou plutôt, dont la mémoire historique refuse de tenir compte.

Le désir de Toda de savoir ce qui a tourmenté son père, la mémoire que perd sa mère, le neveu qui cherche à comprendre le  monde à travers ses devoirs scolaires, tous ces éléments constituent un voyage dans le secret des souvenirs et du passé qui finit toujours par nous rattraper. Zakuro est le mot japonais pour la grenade (le fruit). Au Japon, la grenade est le symbole de la sottise, dans le roman, le narrateur finira par y voir le symbole rouge qui apparaît au centre du hinomaru, le drapeau national.

Zakuro est un livre à l'écriture d'une beauté aride (je sais, là, c'est cliché, genre l'écriture qui ressemble à un jardin japonais, etc). Un livre fin et subtil, qu'il faudrait faire lire de force à tous les aspirants auteurs question de leur montrer ce que c'est que :
  • la simplicité,
  • la reprise des thèmes,
  • la mise en écho,
  • la convergence thématique.

La structure de ce roman est complètement dépouillée, apparente comme un arbre dont on voit les branches en hiver. Le lecteur est à même de voir et de sentir la proximité de la mécanique fictionnelle. Il y a quelque chose d'exaltant à sentir le moteur de la fiction si près de soi, si proche d'être compris par ses pauvres petits neurones à soi. L'art de Shimazaki est de tout relier, de tout bien ficeler, les personnages, les événements personnels et historiques, les images, les objets... de les mettre en résonance les uns contre les autres, et de donner au lecteur un livre bouleversant dont la principale qualité esthétique est la limpidité.

Vivement recommandé par ce lecteur-ci, encore sous le charme et le choc.

Cote 9,5 / 10

Zakuro
Aki Shimakazi
Actes sud, 2008
151 pages

mardi 17 août 2010

Rien pour concurrencer Air Canada, mais j'ai un premier jet



Sous ce titre à l'humour hautement sophistiqué, bien que recyclé, se cache une double annonce. Une bonne et une moins bonne.


La bonne, j'ai terminé le premier jet d'une nouvelle. Allélouïa ! Yé pour moi ! Un peu plus de 2000 mots, va me falloir trimer les petits bouts qui dépassent, parce qu'il faut qu'elle fasse un max de 2000 mots pour répondre aux consignes de l'appel de textes. Je l'envoie pour commentaire à mon vigile et mentor dès demain, et à toute autre personne intéressée à passer un sale moment déprimant.

La moins bonne, j'ai terminé le premier jet d'une nouvelle. La littérature ne s'en portera pas mieux, hélas. Soyons honnête, Dostoïevski et moi on n'est pas sur le même barreau de l'échelle; nous ne sommes même pas sur la même échelle en fait. Je suis plutôt genre Maurice Limat de bas étage.

Comme je dis souvent : YOWZIE !

lundi 16 août 2010

Message in a bottle

F.,

Ton blogue est introuvable, ce matin, Francesco (si j'ose dire -- si je te connaissais en personne, c'est comme ça que je t'appellerais). Ça arrive à tout le monde de faire des niaiseries, ça vaut pas la peine de te retirer du circuit  pour ça; d'autant que K n'en a pas pris ombrage. Une (mauvaise) plaisanterie suivie par une autre (mauvaise) plaisanterie, ça ne justifie pas de couper les ponts.

Je ne peux pas parler pour les autres, mais moi j'aime ta présence sur le web. Ton humour caustique, tes billets elliptiques en diable, ta manière d'écrire sans fioriture; tu fais partir du petit chemin que j'emprunte chaque matin. Un tour chez Gen, puis chez Pierre, chez toi et chez Pat. Dans cet ordre, immuablement depuis des mois. Sans oublier tous les autres : Karuna, Ed, Isa, etc. Ce matin, sur mon chemin, ta maison est vide et je ressens une petite tristesse. Il y a un ami qui manque.

En souhaitant que le Ciao accroché à ta porte soit temporaire, je te salue.

richard

jeudi 12 août 2010

Hé hé

Hé hé, dit le gars content de lui.

900 mots aujourd'hui chez l'ermite de Valleyfield. Un sommet personnel depuis les années 90.

En quelques séances d'écriture en commun, notre Salon d'écriture, comme on dit Pat et moi, la nouvelle pour Katapulpe a vraiment été lancée sur ses rails, le texte sur Kursk avance et le court roman pour très jeunes lecteurs en est quasi à la moitié. On dirait que la machine débloque enfin !

Maudit que je suis fier de moi !

Tellement que je vais mettre l'état des travaux dans une boîte à la droite de cette page.

mercredi 11 août 2010

Coming soon...

Commentaires sur :
  • Le peignoir - Suzanne Myre
  • Zakuro - Azi Shimazaki
  • Ces messagers venus d'ailleurs - collectif
  • HHhH - Laurent Binet
  • Ceci n'est pas une histoire de dragons - Mathieu Handfield
  • Péchés mignons -  Claude Bolduc

Pour publication papier, je travaille sur
  • une nouvelle pour l'appel de textes courant de Katapulpe (thème : école)
  • une plus longue nouvelle fantastique qui se déroule à Koursk en 43 lors de l'offensive allemande
  • un court essai sur le thème de l'enfermement dans la fiction de Pat Isabelle
  • un très court roman pour enfants qui met en scène des chameaux à Chibougamau
Y a du boulot sur la planche ! Allez, hop, cascade !

La kermesse héroïque

Dimanche a eu lieu à la maison le party d'anniversaire pour les cinq ans de Benjamin. Grosse affaire, puisqu'on avait invité beaucoup d'enfants. Onze au total. Après avoir mangé du spaghetti arrosé de la sauce mitonnée par Suzanne, les enfants ont joué dehors un bon bout de temps, la température s'y prêtant. Ils se sont amusés avec le VTT de Benjamin. Ils ont participé à une pêche de poissons en plastique dans la piscine. Ils ont fait de la trottinette et du vélo, en plus de donner trois douzaines de maïs aux chevaux (particulièrement coopératifs ce jour-là) et de courir gaiement après les chiens et les chats.

Il n'y a rien pour égaler la spontanéité du rire des enfants. Après le dessert, les enfants ont eu droit à un exercice de chimie amusante avec le professeur Dino, classe qui a provoqué d'immenses cris de joie. C'est fou ce qu'on faire  avec de la glace sèche ! Les enfants ont tous beaucoup aimé. Puis le prof Dino a extirpé de ses boîtes quelques animaux exotiques que chacun a pu toucher et prendre dans ses bras à volonté. Colossal succès pour le chinchilla, le lézard, la tortue, le gecko et la couleuvre des blés.

J'ai pris quelques photos, mais l'appareil était déréglé côté luminosité (faudrait que Benjamin arrête de jouer avec), mais quand même. Puis, au moment où le prof Dino sortait ses bêtes, mes piles m'ont lâché pour de bon et j'en avais pas de rechange comme de raison.


 Kathleen - futur modèle


Taylor- futur dentiste


Vincent- futur politicien


Marie-Claude, Matthew, le jubilaire, sa maman, Taylor et, de dos, Marie-Jeanne


 Heureusement que Benjamin ne fait pas d'asthme, il y avait de la bougie en quantité sur son gâteau !


 La séance du prof Dino est sur le point de commencer. On voit le visage de parents tourmentés à l'idée que la chimie amusante se transforme inopinément en chimie catastrophique (Sarah et Ann). Les enfants sont attentifs : Turner, Benjamin, Kathleen (derrière la bouteille), Tristan (dans les bras de maman), Léanne et Keira.


Ah-ha ! De la glace sèche, ça fait de la boucane à la plus grande joie de tous. Pat est dans le coin. Isabelle prend des photos et Rick rigole, ces deux-là sont des chimistes, pour eux, la chimie est amusante.

 
 La maudite couleuvre des blés, ici entre les mains de Benjamin. Elle a été touchée par tous et prise par plusieurs. Après deux Rickard blanches, j'ai trouvé le courage de lui toucher le ventre à cette bestiole. Et je n'ai pas perdu conscience ! On m'applaudit. Pis après ce cliché d'anthologie, plus de jus dans le kodak, flûte alors...


Un gros merci et de gros bisous à Kathleen, Vincent et Tristan, Turner et Taylor, Matthew et Ethan, Léannne et Marie-Jeanne, Nathan, et Keira. Et merci à tous les parents qui sont venus !



 Et pis même Joséphine a eu du bon temps, c't'e vieille bougonneuse !

mardi 10 août 2010

Federer débarque à Rigaud

Pour l'été, nous avons inscrit Benjamin au tennis. L'été s'achève, le cours aussi. Encore deux séances, jeudi et mardi prochains. Benjamin aime plus ou moins, je crois qu'il s'attendait à frapper plus de balles alors qu'il s'agit plus d'une pratique à bien voir la balle, à l'attraper avec la main, etc. Un cours visant à coordonner les gestes plutôt que d'apprendre à frapper comme un dératé.


La foule attentive guette le jeu de l'athlète. Dans l'ordre : Suzie, Alec et Suzanne.

D'émotion, Federer Benjamin en échappe sa raquette.

On a beau être un champion mondial, il faut suivre les directives de son coach. Devant, Samuel et Alexandra, derrière, Benjamin et Marco.


 
Hey, toé, le gros, dégage ou je te tire une balle de tennis dans le front ! Maudit papparazzi !

lundi 9 août 2010

Aujourd'hui, Benjamin a eu cinq ans

Aujourd'hui, 9 août, Benjamin a eu cinq ans. C'est une grosse étape, sinon dans sa vie, du moins dans celle de ses parents. Il a eu droit à tout un party d'anniversaire hier. J'y reviendrai bientôt. Mais ce soir, on a décidé de prendre ça cool un peu. Après la frénésie d'hier, nous sommes allés chercher du poulet à la rôtisserie et on a été pique-niquer au parc municipal de Rigaud.

Là, Suzanne et moi lui avons donné son cadeau, l'objet de bien des prières de sa part - et depuis longtemps à part ça. Un avion téléguidé (le modèle débutant, bien sûr) à piles et en styromousse. Ça va durer le temps que ça va durer, mais nous nous sommes bien amusés au parc à le faire monter et descendre à bras, puisque le paternel (ce nono) avait oublié d'amener les piles !

L'air du douanier devant un colis suspect.

Pendant que j'essaie de comprendre les instructions, mon diablotin de fiston tente de m'éborgner avec l'antenne de la télécommande.


- Aimes-tu ton cadeau, Benjamin ?
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

Piché peut atterrir sans essence ? Moi je décolle sans essence !

mardi 3 août 2010

150. Playing for Pizza - John Grisham

Dans le but de continuer à jouer au football, le quart de seconde zone Rick Dockery, récemment congédié par les Browns de Cleveland après une bourde monumentale, décide l’aller jouer avec les Panthers de Parme de la Ligue italienne de football américain. L’Italie va se révéler une expérience mémorable.

Ce livre est un roman atypique dans l’œuvre de Grisham. Une sorte de comédie romantique sur fond de football en Italie. Un drôle de mélange, mais qui a fort bien fonctionné pour ce lecteur-ci. C’est léger, chaleureux et s’y entrelacent le soleil, la bonne bouffe et les paysages superbes. Une excellente lecture d’été.

Dans la majorité des romans de Grisham, le héros est un incurable naïf, et, ici, Dockery ne brise pas ce moule. Comme je l’ai dit plus haut, ce roman est un drôle de mélange et je ne sais pas jusqu’à quel point il va plaire aux deux publics cibles. Les amateurs de romance sauront-ils gouter la partie football américain, et les amateurs de football américain seront –ils emballés par la comédie romantique ? La question se pose.

Quant à moi, amateur tout à la fois de Grisham et de football, j’ai beaucoup aimé. L’histoire est prévisible et ne réserve aucune surprise. Le plaisir réside dans la prose légère qui s'attarde aux charmes de l‘Italie et dans les personnages chaleureux et sympathiques qui peuplent cette histoire, et même dans ce vilain qui virera sa cuti à la fin, ou enfin presque.

Recommandé pour une lecture légère.

Cote 6,5 / 10

Playing for pizza
John Grisham
Doubleday, 2007
270 pages

lundi 2 août 2010

149. Le seul défaut de la neige - François Barcelo

Ce court roman de Barcelo a déjà été commenté chez François et chez Pat qui en ont dit chacun tant de bien que le commenter à nouveau serait inutilement répétitif. Si vous voulez savoir tout le bien que je pense de ce romanticule, allez voir chez les blogueurs ci-haut. J'adhère totalement à leurs propos.

Barcelo écrit beaucoup, voire beaucoup trop, généralement un (petit) roman adulte par année. Son œuvre assez considérable compte plusieurs romans avec lesquels il faut compter : Agénor, Agénor, Agénor et Agénor, Les Plaines à l'envers, Je vous salue, Marie, Vie sans suite, Aaa, Aâh, Ha ou les amours malaisés, Le Voyageur à six roues... Depuis le début du millénaire, il était dans une phase moins intéressante et ses derniers six ou sept romans souffraient de tiràlaligne, une forme d'urticaire propre à l'écrivain essoufflé. Le seul défaut de la neige marque un beau retour à la forme. Sur une intrigue minimaliste, cousue de fil noir (si j'ose dire), on suit la spirale infernale et drolatique d'un personnage naïf et plein de bonne volonté, pas très fûté, qui s'enfonce dans un écheveau de problèmes tissé par le destin au plus grand bonheur du lecteur. Yanick Casault est un anti-héros typique de Barcelo.

Ce qui étonne de cette nouvelle collection, c'est son format. Audacieux, diront certains. Ridicule, diront d'autres (dont je). Ma parole, les éditeurs ne savent vraiment plus quoi inventer pour endiguer l'hémorragie de lecteurs et tenter de les ramener vers le livre papier.

Voilà que nous avons maintenant droit au livre style format CD de musique. (Choix éminemment discutable, voire ironique, quand on sait la désaffection des acheteurs vis-à-vis du CD, mais bon, il semble qu'il y ait un petit connard au marketing qui s'est aperçu que les acheteurs de CD aimaient bien lire les notes qui viennent sous forme de petits bouquins brochés. Wow ! s'est-il dit, estomaqué. Les gens aiment lire les pamphlets de CD. Et hop ! Kompak naissait dans son cerveau fiévreux. Kompak, la collection qui ressemble à un CD. (Soyons quand même heureux que le petit connard au marketing n'ait pas remarqué que les gens lisent aussi les côtés des boîtes de céréales, parce qu'on se serait retrouvé avec une collection rivalisant avec les grosses boîtes de Corn Flakes.)

Je fais un pari avec vous. D'ici deux ans, Kompak aura retrouvé une allure plus normale. Pourquoi ? À cause de ceci : imaginez un présentoir de livres standard, en treillis, le genre qui tourne. Ça existe encore, je vous jure. Mettez-y un Coups de tête, on voit le livre; maintenant, mettez-y un Kompak, pfiou, il disparaît !

C'est pas le petit connard au marketing qui a pensé à ça, il ne lit pas, ce crétin-là, à l'exception des livres de Malcolm Gladwell. Imaginez un peu le slogan : Kompak, le livre qu'on ne voit pas dans les racks ! Aussi, essayez d'imaginer ce que ce sera que de tenir entre ses mains un Kompak quand le format passera à 200, puis à 300 pages, comme chez Coups de tête, la collection avec laquelle elle rivalise. Ce qui est exotique et génère un buzz aujourd'hui révélera bien vite tous ses défauts.

Deux ans, je vous dis. Foi d'ermite.

Cote 8,5 / 10. Vivement recommandé pour une bonne heure et demie de sourires et de rigolade.

Le seul défaut de la neige
François Barcelo
XYZ, coll. Kompak, 2010
143 pages
14,95 $

Là où je vais acheter des livres

Ma librairie de rêve existe déjà. Je suis chanceux, je n'ai pas besoin de l'imaginer, elle est là, avec moi tout le temps. C'est Amazon.ca.

On ne peut rêver de lieu plus convivial.

Je veux boire ma petite liqueur en fouinant les livres ? Je n'ai qu'à poser mon verre bien froid à côté de moi. Je peux y aller nu comme un ver, hé, personne ne froncera les sourcils devant mon habillement sommaire ou excentrique. Je peux manger des choses qui dégoulinent, je peux magasiner les doigts sales, je peux péter, roter, chanter à tue-tête ! Je peux même, essayez ça dans vos librairies de rêve, me payer un ronplonplon réparateur si l'envie m'en prend. Je peux y jouer à des jeux vidéos, visionner du porno ou les dernières informations en ligne... Je peux m'abandonner à la rêverie. Oui, monsieur, madame, comme environnement, c'est imbattable et on peut difficilement demander mieux...

Pas un maudit client dans les jambes, pas un tapon assis dans son fauteuil avec seize livres et son café pendant que je rôde en attendant utopiquement une place qui se ne se libérera jamais. Personne qui sent le swing ou le parfum ou la cigarette. Seul bémol, pas de mignonne petite brunette, avec une queue de cheval, qui repousse ses lunettes sur son nez sans quitter son bouquin des yeux. Comme quoi il n'y a rien de parfait.

Outre sa convivialité, ce que j'aime par-dessus tout d'Amazon, ce sont les commentaires personnels. Les lecteurs sont les meilleurs conseillers possibles, leur enthousiasme, leurs coups de cœur, les suggestions qu'ils proposent font de cette fonction l'atout le plus important du site. C'est là que j'ai découvert - littéralement - des dizaines d'auteurs et encore plus de livres, merci à tous ceux qui laissent des commentaires : vous êtes l'élément essentiel de ma librairie. La plupart des librairies en ligne présentent, elles aussi, des dizaines de milliers de titres, et toutes celles où j'ai commandé (Gallimard, Renaud-Bray, Archambault, Indigo et Pantoute) offrent un service de livraison impeccable. Mais il n'y a qu'Amazon (et ses avatars américains, français et britanniques) à me présenter un bouche-à-oreille aussi intéressant.

Le fait qu'elle présente des centaines de milliers de titres est un point qui joue en sa faveur, bien sûr. Le choix est proprement colossal, en anglais et en français. En plus, évidemment, de toutes les bébelles qu'une librairie moderne doit proposer pour ferrer son client : dvd, cd, et autres cossins...

Je ne parle pas des prix, imbattables, de la facilité de navigation, des listes personnelles, des envies cadeaux, etc., etc., du Kindle disponible seulement sur Amazon.

Amazon, c'est une expérience totale. Mon expérience totale.

dimanche 1 août 2010

148. Stalin's Folly - Constantine Pleshakov

L’état d’impréparation des forces armées soviétiques en juin 1941 était dû en grande partie aux hésitations de Staline, ainsi qu’aux purges politiques qui avaient eu pour conséquence d’affaiblir considérablement l’état-major et l’ensemble du corps des officiers.

En mai 1941, après des mois de tergiversations, Staline se rendait finalement aux arguments de son état-major prônant une attaque préventive contre les Allemands le plus tôt possible, c’est-à-dire dès l’instant. Les Soviétiques étaient convaincus que l’armée allemande ne pouvait se lancer à l’attaque avant l’été 42 et que, s’ils frappaient immédiatement, ils déstabiliseraient les préparatifs d’Hitler.

L’ordre des préparatifs d’attaque est alors donné. Les divisions soviétiques montent en position, les réserves et les approvisionnements sont amenés au plus près du front, et les lignes défensives assurant l’arrière sont abandonnés. Ce qui fait que lorsque les Allemands lancent l’opération Barbarossa, l’invasion de l’URSS, le 22 juin 1941, ils prennent de court les Soviétiques et trouvent devant eux une Armée rouge en plein mouvement de repositionnement, sans aucune ligne défensive en profondeur. Le front russe est alors facilement enfoncé, les divisions encerclées par paquet, et tout s’effronde. L’avance allamande est spectaculaire, les Soviétiques n’ont aucune position de repli, les villes tombent les unes après les autres…

Dans son ouvrage, Pleshakov argumente que, contrairement à la croyance populaire, Staline et son état-major n’ont pas été surpris par Barbarossa, mais par son déclenchement précoce. Ce livre, basé sur de l’information nouvelle, est diablement intéressant et raconte les premiers jours de Barbarossa selon le point de vue des Soviétiques, alors que la débâcle menace le pays et que la Wehrmacht semble invincible. L’auteur a su construire un essai remarquable, plein de vie, en dépit de deux petits bémols.

Le premier, la langue de l’auteur a tendance a devenir un petit peu fleurie par moment, ce qui étonne et m’a agacé. Le second, c’est que plutôt que d’utiliser le système habituel d’appellation des armes allemandes, l’auteur utilise le système russe, ce qui fait que Pz.I et Pz. II deviennent T-I et T-2; Ju-88, U-88, etc.) C’est très mineur, pas rédhibitoire le moins du monde, juste un peu bizarre.

Recommandé.

Cote 7,5 / 10

Stalin’s Folly
The Tragic First Ten Days of WWII on the Eastern Front
Constantine Pleshakov
283 pages
Mariner Books, 2006

samedi 31 juillet 2010

147. Grandfather's Tale - Timothy Erenberger

Ah la la, qu’est-ce que je me suis fait avoir. Ce livre est présenté sur Amazon comme une biographie et les très nombreux commentaires positifs des lecteurs sont, a posteriori, d’un enthousiasme suspect. J’aurais dû me méfier. Une telle unanimité pour un livre obscur, loin d’être un chef d’oeuvre de la littérature générale, aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Je suis tombé dans le panneau et j’ai commandé le livre. D’autant qu’un examen plus attentif de la jaquette montre que ce sont des G.I modernes qui illustrent les “mémoires” d’un sniper nazi. Idiot que je suis ! Mais il faut dire que l'auteur a fait preuve de beaucoup de détermination en galvanisant lui-même les commentaires sur son livre, utilisant pour ce faire une longue série d'avatars et de pseudonymes. Sur son site, il se vante d'avoir vendu 10 000 exemplaires de Grandfather's Tale. Bravo l'auto-marketing !

D’abord et avant tout, ce n’est pas une biographie. Il s’agit d’un livre de fiction ayant un lointain rapport avec la réalité de la Seconde Guerre mondiale. En fait il s’agit de l’équivalent papier d’un jeu vidéo, un First Person Shooter (les initiés comprendront), dans le style Call of Duty. C’est débordant d’action. Le maigre talent de l'auteur réside dans sa capacité à mettre sur pied un engin littéraire pareil à une locomotive lancée sur ses rails et qui avance sans ralentir -- et tout aussi subtil.

Au-delà, il n’y a rien. Rien de rien. Dire que les personnages sont stéréotypés, c’est faire insulte à tous les personnages stéréotypés de la littérature. Réalisme : zéro. Par exemple, Erenberger imagine que les snipers allemands étaient amalgamés au sein d’unités intégrés indépendantes d’une trentaine d’individus. Pour lui, les snipers se déplaçaient en groupe, se cachaient tous ensemble dans un coin, et ensemble, à eux trente, repoussaient les hordes soviétiques lancées contre eux. Le livre est rempli jusqu’au goulot d’actions massivement répétitives, d’erreurs factuelles et historiques, d’un nombre considérable de coquilles, et de bien mauvaise prose anglaise.

Ce livre publié à compte d’auteur est absolument horrible. L’auteur est même incapable d’écrire le nom d’Adolf Hitler correctement. Faut être poche pas à peu près.

La gars a tout simplement reproduit en livre les aléas d’un jeu vidéo. Au niveau le plus simple, vous êtes juste là, avec Gregor (le “grand-père” de l’histoire), bien assis dans une tranchée et vous faites feu à tire-larigot sur des tombereaux de soldats ennemis (russes pour la plupart). À la fin de chaque mission, pardon, chapitre, Gregor trouve une cache d’armes de meilleure qualité, qu’il maîtrise instantanément. Les munitions ne lui manquent jamais. Il est promu, il va sur tous les théâtres d’opérations et participe à toutes les batailles d’importance. À la fin de la guerre, Gregor survit.

Honnêtement, c’est le pire livre que j’aie lu de ma vie. Et j’en ai lu des verts et des pas mûrs en quarante et quelques années. Le pire.

Cote 0 / 10.
Zéro est faible : il faudrait que j'invente une cote négative, un 0 Kelvin, juste pour ce torchon.

Grandfather's Tale : The Tale of a German Sniper
Timothy Erenberger
Writer's Club Press, 2000
279 pages
20 $ bou hou hou, de la bonne argent jetée aux orties

vendredi 30 juillet 2010

Bientôt dans une certaine chaumière de Rigaud...

Il est tout petit, wi-fi, presque le fin du fin de la technologie de M. Bezos. J'ai craqué. Il arrivera fin août à la maison. On s'en reparlera à ce moment.

L'argument vendeur par rapport aux Kobo, Nook, Sony, et tutti quanti, ce petit clavier au bas de l'appareil qui permet de prendre des notes dans le texte. Quelle fabuleuse idée !

jeudi 29 juillet 2010

Comme un rire d'enfant - Alamo St-Jean

Alamo St-Jean, son blogue est ici, fait la preuve qu'une histoire n'a pas besoin d'être très longue pour avoir de la profondeur et du punch. Jeune auteur des littératures de l'imaginaire, ses textes sont assez inclassables merci.

Comme un rire d’enfant

Tel qu'entendu avec l'auteur, ce texte a été retiré le 11 août.

mardi 27 juillet 2010

D'un service de presse l'autre...

Au printemps dernier, je me faisais offrir le service de presse des éditions du Marchand de feuilles, proposition qui avait suscité un enthousisame débordant de ma part (je ne reviendrai pas sur mes rêves de grandeur de l'époque). J'ai reçu deux livres et j'ai fait un commentaire sur Brigitte des Colères, un  roman, disons, perfectible. Ça n'a pas eu l'air de plaire au Marchand de feuilles, qui a coupé court à l'expérience sans explication. Le courriel envoyé n'a pas donné de résultat. J'aurais au moins aimé savoir les raisons du pourquoi.

Il y a deux semaines, surprise, un autre éditeur me fait une demande similaire. Cette fois, c'est la maison Popfictions. Je deviens mou comme une guenille quand on m'offre un livre, et j'accepte encore une fois. J'espère juste que Popfictions est moins susceptible que Marchand de feuilles.

En attendant, il y aura au moins deux ouvrages de cet éditeur qui seront commentés dans les prochaines semaines. On verra à l'usage.

vendredi 23 juillet 2010

Comment divertir un garçon de quatre ans pour pas cher

Un mot :

Et je ne pense même pas à la piscine de petites balles colorées à l'entrée du magasin.

Benjamin et moi nous sommes allés magasiner chez Ikea l'autre jour. Avant de l'acheter, je voulais voir un certain buffet question de m'assurer que la bête entrerait bien dans la chambre de bains de l'étage.

Il faut dire que j'aime magasiner les outils, les jouets, les livres, la papeterie, l'électronique, les bébelles en général. Faire l'épicerie est un bonheur. Benjamin a hérité de ce gène bien paternel, parce que, pour sa part, Suzanne déteste ce qu'elle considère comme une corvée. Mais, lâchez-nous lousse, tous les deux, moi et fiston, dans à peu près n'importe quel magasin, et notre plaisir sera immense.

Sa petite menotte dans la mienne, nous sommes entrés chez Ikea vers 11 h 30. Et, dès le grand escalier monté, Benjamin est devenu comme possédé. Quel prodige cet endroit pour un enfant curieux ! La vraie caverne d'Ali Baba.

Il a essayé presque toutes les chaises, faisant tourner celles qui tournaient, faisant balancer celles qui balançaient. Il m'a longuement interrogé sur le pourquoi de ceci et le pourquoi de cela (il n'en est pas encore au comment). Il a établi ses préférences quant aux couleurs des chaises : le rose, magnifique ! le bleu, ordinaire! le brun, c'est beau, papa ! Il a adoré les tissus à carreaux, en plus de s'extasier devant les meubles rétro, style seventies.

On a passé une heure dans les chaises et fauteuils. Calvaire, je commençais à trouver ça long, moi même qui suis d'ordinaire d'une patience infinie...

On sort enfin de ce département-là et on se retrouve dans les lits -- heureusement, ça ne l'intéresse qu'à moitié. Mais que trouve-t-on près d'un lit et qui fascine un garçon de quatre ans ? Les lampes et autres luminaires ! J'ai faim et je tente d'amener Benjamin au resto Ikea goûter aux tites boulettes suédoises qui ont l'air bin bonnes sur les pancartes. Benjamin ne veut pas entendre parler de ça. On continue notre périple.

Je jure qu'il n'y a pas une lampe, un luminaire ou une ampoule qui pouvait être allumée dans ce gigantesque magasin qui ne l'a pas été, et plusieurs fois à part ça. On a mis trois heures et demi, trois heures et demi, pour se rendre au meuble que je voulais voir.

Nous sommes sortis de cet enfer un peu après 15h00. Benjamin était ravi, moi épuisé. Mais le buffet fitte, comme qu'on dit.

mercredi 21 juillet 2010

146. Queen Size - Louise Tremblay-D'Essiambre

Ce premier jour de l'année scolaire, Pauline Ferland fait connaissance avec ses élèves de secondaire. Certains vont lui donner des difficultés, elle est capable de les identifier immédiatement, d'autres vont lui donner de grandes joies. En même temps, elle est en réflexion face à sa vie personnelle qui n'est pas un paradis. Où est le bonheur quand on est obèse ?

Il n'y a pas vraiment d'intrigue dans ce court roman, seulement une épiphanie; celle de Pauline qui, la première nuit de la rentrée scolaire, trouve le courage de se regarder dans un miroir, sans préjugés, et de s'accepter finalement telle qu'elle est. Quarante-huit heures dans la vie de cette femme joviale et bonne que son obésité empêche de vivre pleinement.

Tout l'art de l'auteure, et il est considérable si on tient compte de l'absence d'un arc narratif fort, est de tisser le quotidien de Pauline avec habileté et d'attirer le lecteur dans l'univers émotionnel et psychologique de cette femme qui a toutes les difficultés du monde à s'aimer et à s'imaginer être aimée. Son quotidien nous est minutieusement décrit, tout comme ses états d'âme. Le style est coulant, plaisant et Queen Size est l'oeuvre d'une écrivaine en pleine possession de ses moyens.

Pourtant l'auteure n'évite pas un impair qui aurait sans doute coulé une auteure moins habile qu'elle. Au dernier tiers du roman, la narration simple, jusque-là orientée sur le point de vue de Pauline, passe à une narration où l'auteure intervient directement dans le récit, avec notamment des encouragements dans le style : « Il ne faut lâcher, ma Pauline ! » Oh la la... Normalement, là, de dépit, j'aurais dû arrêter ma lecture en lançant le livre à bout de bras dans mes plants de tomates. Mais non, je ne l'ai pas fait. Tremblay-D'Essiambre survit à cet impair difficilement pardonnable, par son seul talent. Qu'on me comprenne, l'impair n'étant pas tant l'intervention de l'auteure dans son récit, il s'agit là d'un choix narratif parfaitement justifiable, que son irruption inopinée au beau milieu du roman; chez quelqu'un de moins talentueux, ça aurait donné l'impression d'un auteur maîtrisant mal ses procédés. Ici, ça passe; ça se remarque, mais ça passe.

Malgré deux bémols, le second étant le ton mélo de la fin, je recommande ce roman. Une bonne lecture pour la midinette en soi (part que j'assume pleinement, merci).

Cote 7 / 10

Queen Size
Louise Tremblay-D'Essiambre
Guy S-Jean, 1997
192 pages

145. Biscuit chinois n° 13

Biscuit chinois est une revue de littérature populaire; que des nouvelles, pas de critiques de livres, pas de commentaires philosophiques, que de la fiction. Chaque numéro est thématique, ici, c'est hôtel/motel. (Le site de BC est ici.)


Qui aura la peau de Panzer Bishop ? de Geneviève Blouin. Le président d'une ligue de combats extrêmes cherche à en redorer l'image par des moyens... extrêmes. La classique histoire de l'arroseur arrosé, version arts martiaux mixtes, en plus angoissant. Bien fait, mais ce lecteur-ci aurait aimé en savoir plus sur ce lutteur vieillissant et bedonnant (pensez Rocky) que sur le président qui n'est, au fond, qu'une fripouille de la pire espèce. Si l'auteure n'évite pas les clichés, il faut reconnaître qu'elle sait manier sa barque avec dextérité. 7 / 10

Cuba libre de Cathy Bazinet.Une touriste à Cuba prend conscience de le triste réalité d'un pays où un portier d'hôtel est plus riche qu'un neurochirurgien. Assez réussi, mais il y a du paternalisme dans l'attitude de cette touriste qui ne sait plus comment réagir. 6 / 10

Dodge Motel de Marie-Jeanne Gagné. Un jeune homme en panne d'auto fait une rencontre qui scellera une amitié. On nage dans le bon sentiment et l'utopie psychologique, ici. Pas vraiment réussi à cause du côté gnangnan des personnages, mais d'une lecture somme toute agréable. 5 / 10

Monsieur Stone d"Annie Cloutier. Dans un futur dystopique, une femme a un vague-à-l'âme sexuel qu'elle tente de combler au motel de Monsieur Stone. Une nouvelle de sf assez solide. Un style hachuré qui fourmille de petites idées. Une fin qui nous ramène joliment au point de départ. 8 / 10

Denise de Mélanie Jannard. Cadotte est un sans-abri désinstitutionnalisé, sa trajectoire va rencontrer celle de Mélanie. Yowzie ! Quel texte ! Solide, original. Ancré dans le ici et maintenant, sans fioritures. Émotions fortes à la clé. Il faut surveiller Mélanie Jannard, elle a un talent incroyable. 9,5 / 10

Le plaster de Simon Thibault. Un gars et une fille vont au motel consommer le début de leur séparation lente. Une bonne idée qui n'est pas portée par des personnages; on sent la fascination de l'auteur pour son idée, au détriment d'un peu de tout le reste. Froid. 6 / 10

En guise de remerciement d'Ulysse Hubert. Un suicidaire loue une chambre dans un motel tenu par un couple qui a un secret bouleversant à partager. Une nouvelle tout à fait réussie, où l'humour est subtil et charmant. Ce lecteur-ci en redemande. 8,5 / 10

Nuit blanche d'Aude Maltais-Landry. Par une tempête de neige dans un petit village du Grand Nord (à ce qu'il m'a semblé), une jeune femme attend un ami et observe la vie autour d'elle. Sur un canevas simple et avec des repères minimalistes, l'auteure crée une nouvelle fortement atmosphérique, peut-être même trop; parce qu'il m'a semblé que les meilleurs moments de ce joli texte étaient ceux qui étaient empreints du réalisme le plus prosaïque (la scène du grilled-cheese, par exemple). 7,5 / 10

Au final, une lecture extrêmement satisfaisante, un numéro que je recommande d'emblée. J'ai beaucoup aimé. Tiens, je m'abonne... De la bonne littérature avec de jeunes auteurs d'ici bourrés de talent, que peut-on demander de mieux ?

Cote 7,5 / 10

mardi 20 juillet 2010

Le Salon d'écriture des deux ermites

Cet après-midi, dans le secret le plus absolu, deux ermites se sont rencontrés pour un salon d'écriture à Valleyfield. (Salon curieusement tenu dans une salle à dîner.)

Aucune photo n'ayant été prise de l'événement, je me permets de mettre une photo d'un bernard-l'ermite. Lointain rapport, je sais, mais c'est joli.

À la surprise générale, dont la mienne, ils ont produit chacun plusieurs centaines de mots, l'un face à l'autre, la face plongée dans l'écran de leur portable et les doigts enchaînés au clavier. Peu de mots furent échangés et on n'entendit que quelques grognements inintelligibles (satisfaction ou insatisfaction, nul ne sait) échappés entre des sippes de café.

Mais les ermites ont aimé cette expérience commune (rarissime chez des êtres aussi retirés) et se promettent bien de remettre ça dès la semaine prochaine alors que le Salon d'écriture se transportera à Rigaud.

dimanche 11 juillet 2010

L’indécence du rêve et de ses effets à courts et moyens termes - Pat Isabelle

Pat Isabelle est un ami et nous avons beaucoup de choses en commun : on aime les mêmes littératures et nous écrivons tous les deux. Pat est un jeune écrivain plein de modestie et d'humour. Il a du talent à revendre et un style très particulier, caractérisé par une naïveté pas toujours innocente, mis au service de quelques thèmes forts et récurrents dont je me promets bien de vous entretenir dans un proche avenir, ici ou ailleurs. À suivre.


L’indécence du rêve et de ses effets à courts et moyens termes.


  Tel qu'entendu avec l'auteur, ce texte a été retiré le 11 août.   

samedi 10 juillet 2010

144. The Day of the Jack Russell - Colin Bateman

C'est complètement par hasard que j'ai découvert Colin Bateman il y a quatre ans en achetant, en solde, The Horse With My Name (l'auteur est friand de ce genre de calembour pour les titres de ses livres). Ce qui prouve qu'il faut se fier à son instinct et que les librairies sont faites pour ces hasards heureux.

Bateman (son site) est l'auteur d'une vingtaine de romans noirs (parfois policiers) extrêmement drôles, full cynique, et lourds d'une violence pas toujours contenue, souvent plus implicite qu'explicite, mais terrifiante en diable. Le fait que l'action se déroule à, ou autour, de Dublin, dans une ville fictive nommée Crossmaheart, juste après les Troubles (comme disent les Irlandais pour désigner la récente guerre civile et l'occupation britannique qui l'accompagnait) y est pour beaucoup. Une haine palpable, une peur de tous les instants, le sentiment que tout peut s'enflammer en une seconde. Il est à noter que les moins bons romans de Bateman, ceux qui ont le moins fonctionné pour ce lecteur-ci en tous cas, sont ceux qui n'ont pas l'Irlande pour cadre, ou dont les personnages principaux ne sont pas Irlandais.

Ses meilleurs romans sont ceux de la série Dan Starkey, un journaliste malchanceux. Je me promet bien d'y revenir pour présenter plus en profondeur cet auteur unique et si peu traduit en français.

The Day of the Jack Russell (ha ha) est le deuxième titre d'une nouvelle série amorcée avec Mystery Man (2008). Le personnage principal n'est jamais identifié (à la manière du Nameless de Bill Pronzini), propriétaire d'une boutique de polars à Dublin et qui profite de ses (trop) nombreux temps libres pour résoudre de petites enquêtes dont la police ne veut pas s'occuper. Il est habile, il est futé, et les enquêtes qu'on lui confie ont tendance à se complexifier rapidement. Témoin cette histoire-ci où le vol d'un Jack Russell naturalisé aura des répercussions de plus en plus larges, au point où y seront mêlés des trafiquants de drogue, le MI5, le chef de la police de l'Irlande et deux femmes enceintes.

Cette nouvelle série est nettement moins prenante que celles consacrées à Starkey ou à Martin Murphy, notamment parce que l'élément comique se trouve moins dans les situations (là où excelle Bateman) que dans les réparties aigre-douces entre Mystery Man et sa blonde. D'où déception. Il y a pourtant d'excellents moments mais le roman est lent à démarrer (75 pages à patauger) et je ne peux pas le recommander sinon aux fans finis de Bateman, dont je suis, et qui l'auront de toute façon déjà lu. Si vous voulez connaître Bateman, je vous recommande plutôt I Predict A Riot, 100 % excellent.

Cote 6,5 / 10

The Day of the Jack Russell
Colin Bateman
Headline, 2009
375 pages
10,82 $ chez Amazon

lundi 5 juillet 2010

Reflets - Stéphanie Descôteaux

Voici une courte nouvelle qui détonne dans le courant littéraire actuel. Pas de dialogue, pas de vernaculaire. Seulement une longue description attentive aux détails et une vie que le lecteur découvre grâce à des mots simples, justes, bien sentis. Qui a dit que les jeunes ne savaient plus faire de description ? (En supposant que Stéphanie Descôteaux ne soit pas une nonagénaire férue de littérature !)

Reflets

  Tel qu'entendu avec l'auteure, ce texte a été retiré le 29 juillet.

dimanche 4 juillet 2010

143. La face cachée du soleil - François Aussanaire

Le recueil porte en sous-titre recueil de nouvelles noires et néanmoins délicieuses (à noter que le sous-titre de la page de garde diffère de celui de la couverture). L'éditeur ne ment pas. Ce sont des nouvelles noires et délicieuses !

Comme il y a quatorze nouvelles dans le recueil, je ne procéderai pas au cas par cas, sinon on sera encore là demain. Mais allons voir les plus notables :

L'allumeur de soleil. La météo est morose et bousille le tourisme de la Bretagne ? Méfiez-vous des initiatives du Bureau touristique régional ! Comme quoi, on s'en prend toujours au messager... 8,5 / 10

Two steps more. Il y a de curieux hiéroglyphes sur un rocher près de la falaise. C'est un mystère dont Catherine va bientôt connaître la signification. C'est très court et la fin est complètement inattendue. 9 / 10

Putain de rat ! Il part en solitaire faire la traversée de l'Atlantique. Son canot est insubmersible. Ça va être difficile, mais il sent qu'il va y arriver. Il se trompe... Ha ha ha, qu'est-ce que je me suis bidonné. ! Non seulement est-ce une histoire drôle, mais l'auteur fait montre d'un prodigieux métier en prodiguant l'air de rien une véritable montagne d'informations sur cette aventure. 10 / 10

Le cadeau des Blancs. Idrissa veut apprendre à jouer au foot comme ses idoles européennes. Mais le foot, en zone de guerre, c'est dangereux. Une jolie histoire avec une conscience. Sa fausse chute, puis la vraie, sont très réussies. 8,5 / 10

Promenons-nous dans les bois... Une cueillette de champignons en forêt, une chute sur une racine, une entorse et c'est le cauchemar... Une nouvelle parfaitement réussie avec une fin étonnante. 8,5 / 10

Mamie est morte. Mamie est morte mais la jeune narratrice ne sait pas bien ce que ça veut dire. On la tient dans l'ignorance « pour son bien ». Mais elle veut en avoir le cœur net... Alors là, attention, c'est prodigieux. Ça fait longtemps que je n'avais pas été secoué comme ça par un texte. C'est proprement génial. Pas un mot de trop et pas un mot qui manque. 10 / 10


Six excellents textes sur quatorze, aux yeux de ce lecteur-ci, c'est pas rien.

Aussanaire est un maître de la très courte nouvelle. Son sens du timing et de la chute est pratiquement sans défaut. Et à la drôlerie et à l'ironie de son premier recueil, l'auteur ajoute ici de nouvelles couleurs, dont l'horreur inconcevable. Je mets au défi quiconque de lire Mamie est morte... et de pas ressentir un petit frisson devant le drame de la jeune héroïne, une histoire d'ignorance pourtant truffée uniquement de bonnes intentions.

C'est plus noir, plus triste aussi, La face cachée du soleil marque une évolution dans son œuvre. On ne peut que s'en réjouir.

Cote 8,5 / 10

La face cachée du soleil
François Aussanaire
Éditions de la rue nantaise, 2010
80 pages
12 € (± 20 $ avec les frais d'expédition)
Disponible sur le site des Éditions de la rue nantaise

MIne de rien, ce billet est le 500e que je publie. Tiens, je vais me payer un p'tit chip au ketchup pour me récompenser.

jeudi 1 juillet 2010

Chaud dedans ! - François Aussanaire

Je lis un texte comme celui-ci et je me dis que, certaines nuits, je ne voudrais pas être Mme Aussanaire – ou, pour être politically correct, la personne qui partage la vie de l'auteur. Cette nouvelle, soumise aux Mille mots, vient tout juste d'être publié dans le second recueil de nouvelles de l'auteur, La Face cachée du soleil. Mon commentaire va paraître demain; je vous avertis, je suis un fan fini. En attendant, régalez-vous !|

Chaud dedans !
François Aussanaire

  Tel qu'entendu avec l'auteur, ce texte a été retiré le 13 juillet.