vendredi 3 juillet 2009

85. Prison de poupées - Édouard H. Bond

Prison de poupées, c'est une pénétration à vif dans l'univers ensanglanté d'une prison pour femmes où les prisonnières tentent de survivre aux fantasmes d'une directrice et de sa meute, toutes plus animées les unes que les autres par des instincts sauvages. Les captives sont violées, humiliées, torturées et soumises aux abus de manière telle que même les prisons d'Abou Graïb et de Guantanamo se mettent à ressembler à des CPE. . Un roman décapant, à ne pas mettre entre toutes les mains.

Ayoye ! Prison de poupées n'est pas un livre à mettre entre toutes les mains. Sainte-Nitouche s'abstenir, idem pour les cœurs innocents. Cette histoire sordide et déjanté se déroule dans un milieu carcéral complètement destroy. À mon avis, ce livre appartient plus à une collection qui se serait mieux appelé Coups de bite que Coups de tête.

D'entrée de jeu, il convient de savoir que le H du patronyme de l'auteur, c'est pour Hardcore (on imagine quand même qu'il s'agit d'un subtil nom de plume, là, parce que je ne suis pas sûr que la Direction de l'état civil aurait accepté un prénom pareil). En tous cas, ça nous le place tout de suite. Et, après avoir lu son roman, je peux dire qu'en voilà un qui remplit ses promesses (contrairement à cette Mme de Saint-Phalle, par exemple, dont j'espérais beaucoup de sa Chandelle au titre si prometteur, ah là là, quelle déception ce fut naguère).

Bref, pour orvenir à nos brebis, celles qui broutent et se broutent avec entrain, avouons qu'on ne s'ennuie pas avec Bond. Prison de poupées est un mix de Jean-Jules Richard, de Mickey Spillane, de San-Antonio, de Jean Narrache et de roman porno. Les événements se déroulent à la prison à sécurité ultra-maximale des femmes de Saint-Jean-de-Matha, haut-lieu de l'imaginaire de l'auteur. Où il donne libre cours à ses délires et autres obsessions : cul, bondage, viols, violence sont au rendez-vous.

Ce n'est pas l'histoire qui intéresse ici ; elle est banale au point d'être insignifiante. C'est le traitement trash que Bond fait subir au langage. Ce gars-là a une voix unique, un sens de l'image qui fait mouche, du détail précis et pittoresque. Dans le paysage de la littérature de genre au Québec, plutôt sage, voilà une voix extraordinairement neuve et originale, qui utilise la langue avec une virtuosité qu'on ne voit pas souvent, témoin cette scène où une convicte est en train de mourir :
La Grande Faucheuse se donne un swing, orlève sa lame impitoyable dins air, son frêle corps élancé, son crâne semble sourire en coin mais c'est pas évident à évaluer d'icitte. [...] Dans le reflet de son arme, dans le miroir du métal, Olivia se mate les fuckin diapositives de sa pauvr'existence. Des jpg pour la plupart flous, des souvenirs à moitié effacés, des histoires pas super mémorables...
C'est comme ça d'un bout à l'autre. Moi, j'ai adoré. J'aime mieux une voix nouvelle qu'une histoire saisissante. Comme a écrit Foglia tout récemment : J'ai pris plaisir au texte beaucoup plus qu'à l'histoire qu'il raconte.

On trouve le blogue de l'auteur en cliquant ici. Divertissant, pas fait pour les enfants.

Cote 8 / 10

Prison de poupées
Édouard H. Bond
Coups de tête, 2007
122 pages

3 commentaires:

Ed. a dit…

Merci beaucoup pour ce huit sur dix, Richard. En espérant te compter parmi les lecteurs du next à paraître en août...

richard tremblay a dit…

J'ai failli acheter J'irai me cr... sur vos tombes (y a des jeunes sur le blogue, désolé) mais j'ai pas de lecteur électronique.

Mais, l'autre, en août, oui, je suis preneur à l'avance.

Ed. a dit…

Pour "J'irai faire des choses pas trop catholiques sur ta tombe", t'as pas besoin de lecteur électronique. Si tu le commandes, tu recevras les épisodes en format PDF dans ta boîte à courriels...