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jeudi 4 novembre 2010

166. Kinderesser - Marie Laporte

Détective de carrière à la police de Sherbrooke, Robert Laprise est chargé d'enquêter sur la découverte du squelette d'un jeune enfant, puis sur la découverte d'un charnier d'enfants. Pendant ce temps, une fillette est kidnappée...

Tambour battant, l'auteure mène sa barque comme si elle n'avait fait que ça dans sa vie, écrire des romans policiers. Et même si tout n'est pas parfait, on peut dire que Marie Laporte a un bel avenir devant elle si elle persiste dans cette voie. Elle a le sens du découpage, et le rythme et la manière lui viennent avec facilité. Le montage en alternance entre la victime potentielle (que va-t-il arriver à la petite Élodie ?) et le détective qui tente d'élucider ce qui semble être des crimes rituels est parfaitement réussi.

Un bémol. Ce roman m'est apparu comme le canevas d'un plus gros ouvrage. L'auteure tente de mettre de la chair autour de son personnage principal, Robert Laprise, mais l'espace dont elle dispose est si court qu'elle n'y arrive pas et de belles possibilités de « personnagification » (pour employer un terme cher à Élisabeth Vonarburg) ne sont pas exploitées à leur maximum. Je pense, entre autres, à cet arc secondaire de l'intrigue qui tourne autour de l'homosexualité tardivement révélée de Laprise et des difficultés qu'elle engendre avec son ex-femme et ses deux enfants. On a l'impression de lire un roman dégraissé. Malheureusement. il s'agit d' un problème de format particulier à la collection Nova. À huit ou neuf milles mots le roman, l'espace manque parfois.

Un mot pour souligner la couverture de François Pierre Bernier, une très jolie réussite. Regardez là attentivement.

La collection s'adresse à des lecteurs novices de 14 ans et plus. Sur la base de ce lectorat, le roman est une réussite. Par contre, un lecteur plus aguerri restera sur sa faim.

Recommandé parce que l'auteur a du talent, que le roman joue sur la plus grande peur des parents (la disparition d'un enfant) et que la fin est diablement surprenante.

Cote 6,5 / 10

Kinderesser
Marie Laporte
Six Brumes, 2010
66 pages
5 $

dimanche 31 octobre 2010

164. L'incident - Pierre H. Charron

Simon et David sont amis depuis toujours, des frères de sang en quelque sorte. Ils habitent Mirabel et fréquentent le resto de Joe Salvator où, par un petit matin frisquet et neigeux, il se trame de drôles de choses et vers lequel converge une grappe de personnages qui sont loin d'avoir l'âme pure.. Et, pour la seconde fois de sa vie, Simon a une vision de choses maléfiques...

En dépit d'un faiblesse sur laquelle je vais revenir, il est bien ce court roman  qui a une petite ressemblance avec les films de la série Destination finale. Le montage est serré. Ici, pas de taponnage, l'auteur sait où il s'en va et il nous entraîne à sa suite. La construction est très habile avec une multitude de points de vue, un pour chaque acteur du drame, ce qui créé l'impression qu'on ne sait pas d'où va venir le prochain rebondissement. On a affaire à des personnages adultes et les dialogues ont du naturel. Des trois romans de cette collection que j'aie lu, c'est nettement le plus réussi et le plus satisfaisant.

Là où le bât blesse (un peu) ce sont dans les descriptions. Pierre Charron est un auteur qui aime les mots. Son plaisir a à écrire est manifeste tout du long, mais parfois il est un peu emporté par son enthousiasme sans partage pour la métaphore. Ce qui ne donne pas nécessairement un résultat heureux. On assiste alors à de curieux mélanges, qui sont heureusement rares : Reynald s'était formé une carapace et ces irritants coulaient avec allégresse sur sa peau de canard. Là, l'image est confuse, sinon contradictoire, et cette phrase en particulier aurait dû être interceptée à la correction.

Mais c'est bien peu de choses, parce que, d'un autre côté, l'auteur arrive aussi à de jolis bonheurs d'écriture comme lorsqu'il parle d'une « nuit d'enfer au paradis de l'herbe, de la chimie et des plaisirs de la chair ».

Recommandé. La collection s'adresse à de jeunes lecteurs de 14 ans et plus ou à des lecteurs novices.

Cote 7 / 10

L'incident
Pierre H. Charron
Z'ailées, 2010
96 pages
5 $

samedi 10 juillet 2010

144. The Day of the Jack Russell - Colin Bateman

C'est complètement par hasard que j'ai découvert Colin Bateman il y a quatre ans en achetant, en solde, The Horse With My Name (l'auteur est friand de ce genre de calembour pour les titres de ses livres). Ce qui prouve qu'il faut se fier à son instinct et que les librairies sont faites pour ces hasards heureux.

Bateman (son site) est l'auteur d'une vingtaine de romans noirs (parfois policiers) extrêmement drôles, full cynique, et lourds d'une violence pas toujours contenue, souvent plus implicite qu'explicite, mais terrifiante en diable. Le fait que l'action se déroule à, ou autour, de Dublin, dans une ville fictive nommée Crossmaheart, juste après les Troubles (comme disent les Irlandais pour désigner la récente guerre civile et l'occupation britannique qui l'accompagnait) y est pour beaucoup. Une haine palpable, une peur de tous les instants, le sentiment que tout peut s'enflammer en une seconde. Il est à noter que les moins bons romans de Bateman, ceux qui ont le moins fonctionné pour ce lecteur-ci en tous cas, sont ceux qui n'ont pas l'Irlande pour cadre, ou dont les personnages principaux ne sont pas Irlandais.

Ses meilleurs romans sont ceux de la série Dan Starkey, un journaliste malchanceux. Je me promet bien d'y revenir pour présenter plus en profondeur cet auteur unique et si peu traduit en français.

The Day of the Jack Russell (ha ha) est le deuxième titre d'une nouvelle série amorcée avec Mystery Man (2008). Le personnage principal n'est jamais identifié (à la manière du Nameless de Bill Pronzini), propriétaire d'une boutique de polars à Dublin et qui profite de ses (trop) nombreux temps libres pour résoudre de petites enquêtes dont la police ne veut pas s'occuper. Il est habile, il est futé, et les enquêtes qu'on lui confie ont tendance à se complexifier rapidement. Témoin cette histoire-ci où le vol d'un Jack Russell naturalisé aura des répercussions de plus en plus larges, au point où y seront mêlés des trafiquants de drogue, le MI5, le chef de la police de l'Irlande et deux femmes enceintes.

Cette nouvelle série est nettement moins prenante que celles consacrées à Starkey ou à Martin Murphy, notamment parce que l'élément comique se trouve moins dans les situations (là où excelle Bateman) que dans les réparties aigre-douces entre Mystery Man et sa blonde. D'où déception. Il y a pourtant d'excellents moments mais le roman est lent à démarrer (75 pages à patauger) et je ne peux pas le recommander sinon aux fans finis de Bateman, dont je suis, et qui l'auront de toute façon déjà lu. Si vous voulez connaître Bateman, je vous recommande plutôt I Predict A Riot, 100 % excellent.

Cote 6,5 / 10

The Day of the Jack Russell
Colin Bateman
Headline, 2009
375 pages
10,82 $ chez Amazon

vendredi 18 juin 2010

139. Kay - Max Dufour

Après une soirée bien arrosée, Francis et ses copains font monter à bord de leur voiture Kay, une belle et mystérieuse autostoppeuse. Francis en tombe amoureux sur le coup. Les choses se gâtent quand elle leur avoue être morte depuis vingt ans ! La voiture fait une embardée, les deux chums de Francis trouvent la mort, Kay disparaît et Francis est sérieusement blessé. Sa vie vient de prendre un virage brutal. Si la guérison de Francis ne fait pas l'ombre d'un doute, qu'en est-il du mystère de la présence de Kay ?

Même si l'intrigue de ce roman tourne autour d'une mort suspecte survenue vingt ans auparavant, on peut difficilement parler de polar. Il y a enquête, oui, mais mené par un amateur bien intentionné, plutôt sympathique, et ce sont les réflexions amusées qu'il porte sur les choses qui sont le charme de ce livre. Amour et humour sont au rendez-vous, et la résolution de « l'enquête », bien qu'elle ne casse rien, m'a tout de même surpris par son audace naturaliste.

Max Dufour a écrit un roman plein de charme que les amateurs de Guillaume Musso et de Marc Levy sauront apprécier. Et ce lecteur-ci a bien aimé.

Cote 6,5 / 10

Kay
Max Dufour
Éditions du treize, 2010
205 pages
15 $
On peut commander « Kay » sur le site des Éditions du treize.

lundi 15 mars 2010

134. Mortes-Eaux - François Aussanaire

De cet auteur, je ne connaissais que la très bonne Horn parue dans Alibis 29.  Dans ce petit recueil-ci, François Aussanaire se révèle un maître de la courte nouvelle à chute. Je vais déroger un peu à mon habitude car, comme il y a trop de textes pour les noter individuellement, je vais simplement survoler les plus marquants.

Horn. Il n'y a rien de plus triste qu'un hospice pour vieux... mais alors quand les vieux commencent à mourir en rafale, rien ne va plus. Une nouvelle pas triste du tout. Mordante, ironique. Un pur régal. 10 / 10

Square de l'Atlantique. Dans un square rachitique face à l'océan, un vieux observe les gens. Ce n'est pas tant la chute de cette nouvelle qui saisit que le ton nostalgique et empreint d'humanité que déploie l'auteur pour faire parler ce vieillard grincheux. 9 / 10

Je hais les cyclistes. Un homme déteste tant et si bien les cyclistes qui engorgent les routes où il adore rouler, qu'il décide de prendre les moyens pour s'en débarrasser. D'une rare méchanceté et d'une totale mauvaise foi, ce narrateur cynique. Quelle nouvelle, avec une chute digne d'une médaille. 10 / 10

Le coureur des grèves. Parce qu'il opère un petit commerce pour lequel il n'a pas tous les permis requis, un homme est talonné par l'Administration. Un étonnant cri du coeur que cette nouvelle qui oppose la liberté personnelle à la bureaucratie tenace. Une réussite atypique de l'auteur. 8,5 / 10

Lutte des classes. Le grand patron d'un consortium en métallurgie est pris en otage et va être exécuté. Ah ! l'ironie de la chute imprévisible m'a jeté par-terre, et j'ai rarement autant ri. 10 / 10

Rue des Suicidaires. Cet inspecteur placide commet un impair irréparable lors de la reconstitution d'une scène d'homicide et, par conséquence, prend la décision d'en finir avec ses jours. On dirait presque du Simenon par la grisaille, la vie vue par le petit bout de la lorgnette. Après la pluie vient le crachin, dit le proverbe brestois. 9 / 10

Cercle polar. Un écrivain publié à compte d'auteur se voit refuser une invitation au Salon du polar et décide de se venger. Dans cette nouvelle noire et hilarante, ce sont les lecteurs qui se régalent. Le plus long texte du recueil, une merveille. 10 / 10

Presque rien. Trois vols de banque audacieux commis le même après-midi par un seul homme. L'homme cache son trésor, se fait attraper pour une babiole, purge deux ans en taule, sort de prison et retrouve son butin considérable. Le crime parfait, une fin heureuse ? Vous ne connaissez pas Aussanaire qui trouve moyen de broyer l'espoir de son personnage... 9 / 10

Il y a quelques textes plus faibles, avec des chutes peut-être plus prévisibles ou une tonalité moins heureuse. Mais huit excellentes nouvelles sur quatorze, c'est vraiment impeccable. Mortes-eaux est un formidable recueil de nouvelles par un auteur qui ne sera pas méconnu encore longtemps, foi d'ermite !

Note 9 / 10

Pour commander ce livre, allez sur la page des éditions Nouvelles Paroles.

Mortes-Eaux
François Aussanaire
Nouvelles Paroles, 2009
138 pages
12 € (19,60 $)

lundi 1 mars 2010

130.Toujours vert - Jean-François Poupart

En 2018, les icônes du rock qui n'ont pas encore succombé à leurs années de sex, drugs and rock 'n' roll sont des vieillards. Leur maison de retraite : Evergreen, une gated community du sud de la Floride, ultime rempart de l'éternelle jeunesse et du faux-semblant. Lorsqu'un matin on découvre le cadavre de Jon Lord dans la piscine de Lou Reed, le maire décide de faire appel à un enquêteur : le caractériel Mike Burns. Son mandat ? Démontrer qu'il s'agit d'un accident. Déjà qu'on aime pas mourir à Evergreen, s'il fallait en plus qu'on y soit assassiné... (Extrait de la 4e de couverture)

Ce lecteur-ci n'a pas été capable d'accrocher à cette histoire pourtant prometteuse. Tant à cause du narrateur qui n'a pas emporté mon adhésion que par le ton général du roman qui oscille entre cynisme implacable, petits potins à la Échos Vedettes et une enquête qui n'est pas toujours un modèle de limpidité (à cause de la mémoire défaillante du narrateur et des procédés litotiques employés par Poupart).

Certaines descriptions sont incisives, certaines observations sont bang sur la cible. Il y a un déboulonnage par moments jouissif du culte de la vedette (pour ne pas dire du cul de la vedette, lisez, vous comprendrez, bien que la fesse soit un élément négligeable du roman). Mais ce déboulonnage sombre parfois dans la surenchère cynique, voire dans une espèce de règlement de comptes avec ces immenses icônes populaires, et là, trop c'est comme pas assez. L'auteur aurait été bien inspiré de moduler son registre un tout petit peu.

Et les trips de drogue, la réalité altérée longuement décrite, encore là, trop, c'est trop. Modération, svp. En somme, un roman qui aurait tout eu pour être férocement original et mémorable, et qui finalement se révèle être une gourmandise appétissante mais beaucoup trop acidulée pour qu'on souhaite la partager avec des amis.

Quand même, il y a du bon ici. Recommandé avec réserve.

Cote 6,5 / 10

Toujours vert
Jean-François Poupart
Coups de tête, 2009
109 pages

jeudi 11 février 2010

126. Montre & magouilles - Gilles Massicotte

Donald Berger est détective au service de police de Val-d'Or. Pour souligner ses 25 ans de service, ses collègues lui ont préparé une soirée bien arrosée où on lui remet une montre en or. Sur le bracelet, il y est inscrit : « Donald Berger, un quart de siècle ». À la suite d'un meurtre, Berger se trouve sur les lieux du crime. À côté du corps, les policiers découvrent la montre du détective. C'est alors que l'enquête se retournera contre lui... (Quatrième de couverture)

À lire le résumé précédent, on croirait que Donald Berger est le personnage principal de cette histoire. Eh non. Il apparaît dans le premier chapitre, puis il est mis en prison et on n'en reparle plus tant que ses collègues ne complètent pas l'enquête.

Bien qu'il soit presque totalement raté, ce court roman se révèle au bout du compte plutôt sympathique. Pourquoi ? Sans doute parce son auteur est un policier à la retraite et qu'il y a du véridique qui se glisse dans son récit, que l'auteur ne tente pas d'épater la galerie avec une intrigue surfaite mettant en scène des personnages tourmentés par un passé lourd et complexe et un criminel aux motivations tarabiscotées à l'extrême.

L'intrigue est assez ténue et l'enquête extrêmement décousue, mais ceux d'entre nous qui ont des membres de la famille travaillant comme policiers-enquêteurs sauront que les enquêtes se terminent le plus souvent de la manière que l'auteur décrit : sans cris, sans tractations, mais par des aveux souvent imprévisibles du coupable. De ce point de vue, voilà un roman qui colle à la réalité quotidienne des policiers. (Mon père était lieutenant-détective aux enquêtes criminelles de la CUM.) Ce n'est pas palpitant, mais c'est véridique.

Quelques bémols : ce n'est pas une bonne idée de mettre des amis de la vraie vie comme personnages de roman, les points de vues sont quelque peu flottants, et le vocabulaire vacille. Tout de même, comme je l'ai dit plus haut, l'ensemble demeure sympathique et se mérite une petite recommandation.

Cote jeunesse : 5 / 10
+14 ans

Montre & magouilles
Gilles Massicotte
Z'ailées, 2009
62 pages

dimanche 31 janvier 2010

122. Alibis n° 33

Créativité létale d'André Marois (son blogue est ici). Un homme décide de se venger de celui qui le cocufie. Il devra faire preuve d'imagination car son budget "revanche" est restreint. Correctement faite, un rien verbeuse, de la bien belle ouvrage mais qui laisse peu de traces. 7 / 10 

Le représentant « Déjà 20 ans, la chute du Mur » Patrick de Friberg (son blogue). Un texte étonnant, touffu et complexe, qui demande une lecture assidue. C'est pourtant parfaitement lisible. Une belle réussite. 8 / 10

Dans l'antre du dragon d'Alexandre Babeanu (son blogue). Durant la Première Guerre, deux soldats français doivent aller miner un mur souterrain. Wow. Quel texte puissant. Sobre. Extrêmement prenant. Une réussite exemplaire. Bravo, M. Babeanu. 10 / 10

Le testament de Jean Pettigrew. Un scénario de Meurtres & Mystères. J'en ai lu quelques pages. Soporifique et exténuant. J'ai abandonné sans avoir l'impression de manquer quoi que ce soit.

Vingt ans de Meurtres & Mystères. Suite au scénario de Pettigrew, une longue entrevue avec le directeur d'une troupe de théâtre qui en monte. Si vous aimez les M&M, voilà 65 pages qui devraient vous satisfaire.

Une bon article de Mario Tessier (qui est comme dieu, omniscient et omniprésent ?!) sur les auteurs de polar historique, article que j'ai beaucoup aimé et qui m'a donné de nouvelles pistes de découvertes littéraires.

Un numéro que je n'aurais pas acheté si je n'avais pas été abonné. C'est comme ça.

Note 3 / 10 - à cause du long dossier M&M qui fait la moitié du numéro. Parce que les fictions sont irréprochables.

lundi 26 octobre 2009

106. A pour alphabet - Chantale Mercier

À Sainte-Bonté, des jeunes filles sont tuées, puis tatouées, par un tueur en série. Rosalie, la tante d'une des victimes, mène sa propre enquête et, surprise, surprise, découvre le coupable avant les forces policières.

Ce roman est d'un amateurisme affligeant. L'auteure commet toutes les erreurs qu'une débutante peut faire sans en omettre une seule. Mais il y a pire que l'amateurisme en littérature, comme on verra à la fin de ce billet.

En vrac : Les dialogues manquent cruellement de naturel, les personnages s'expriment comme des tragédiens sans talent qui lisent des lignes bidon.

Le point de vue, lui, est hors de contrôle, passant d'un personnage à l'autre inopinément et de manière incohérente. La narration souffre aussi d'un manque de maîtrise : les descriptions sont appuyées, répétitives, et l'auteure s'emberlificote avec régularité dans des détails non-pertinents pour l'histoire, mais qui font « jolis » dans un roman. La chronologie de l'action est pour le moins approximative et la manière dont Rosalie mène l'enquête, risible.

Qui plus est, l'auteure n'hésite pas à donner ses impressions sur la situation en cours et à passer des opinions sur les personnages dans la narration. Quelle horreur.

Enfin, le vocabulaire est souvent enfantin, parfois erroné (perpétuer, pour perpétrer un meurtre), et certains mots très importants sont mis en majuscules pour montrer leur IMPORTANCE. C'est tellement poche que ce n'en est plus drôle du tout.

(Parait-il que l'auteure a bénéficié d'un coach d'écriture pour la rédaction de ce roman. Je n'ose imaginer ce que ça aurait donner sans.)

On nage dans la niaiserie tout du long de ce roman. Mais la niaiserie, l'insipidité, l'infantilisme sont des valeurs personnelles que chacun définit pour lui-même, selon son histoire, ses convictions, son éducation, ses lectures. Ce n'est certainement pas tous les lecteurs qui partageront mon point de vue. (Il n'y en aura peut-être même pas un...) Par contre, ce qui est inadmissible, c'est le plagiat. Il y a dans un chapitre hautement touristique de ce roman des phrases entières qui sont tirées de la Wikipédie, telles quelles, sans mention de source, rien; elles sont données comme l'œuvre de l'auteure, mais le style correct est si loin de ce que Chantale Mercier est capable de produire que la supercherie est tout de suite découverte. Honte.

Tout n'est cependant pas perdu : le livre lui-même est un bien bel objet. La couverture est magnifique et la police de caractères qui a été utilisée est un vrai régal pour l'œil.

Cote 1,5 / 10

A pour alphabet
Chantal Mercier
JKA, 2009
256 pages

vendredi 3 juillet 2009

85. Prison de poupées - Édouard H. Bond

Prison de poupées, c'est une pénétration à vif dans l'univers ensanglanté d'une prison pour femmes où les prisonnières tentent de survivre aux fantasmes d'une directrice et de sa meute, toutes plus animées les unes que les autres par des instincts sauvages. Les captives sont violées, humiliées, torturées et soumises aux abus de manière telle que même les prisons d'Abou Graïb et de Guantanamo se mettent à ressembler à des CPE. . Un roman décapant, à ne pas mettre entre toutes les mains.

Ayoye ! Prison de poupées n'est pas un livre à mettre entre toutes les mains. Sainte-Nitouche s'abstenir, idem pour les cœurs innocents. Cette histoire sordide et déjanté se déroule dans un milieu carcéral complètement destroy. À mon avis, ce livre appartient plus à une collection qui se serait mieux appelé Coups de bite que Coups de tête.

D'entrée de jeu, il convient de savoir que le H du patronyme de l'auteur, c'est pour Hardcore (on imagine quand même qu'il s'agit d'un subtil nom de plume, là, parce que je ne suis pas sûr que la Direction de l'état civil aurait accepté un prénom pareil). En tous cas, ça nous le place tout de suite. Et, après avoir lu son roman, je peux dire qu'en voilà un qui remplit ses promesses (contrairement à cette Mme de Saint-Phalle, par exemple, dont j'espérais beaucoup de sa Chandelle au titre si prometteur, ah là là, quelle déception ce fut naguère).

Bref, pour orvenir à nos brebis, celles qui broutent et se broutent avec entrain, avouons qu'on ne s'ennuie pas avec Bond. Prison de poupées est un mix de Jean-Jules Richard, de Mickey Spillane, de San-Antonio, de Jean Narrache et de roman porno. Les événements se déroulent à la prison à sécurité ultra-maximale des femmes de Saint-Jean-de-Matha, haut-lieu de l'imaginaire de l'auteur. Où il donne libre cours à ses délires et autres obsessions : cul, bondage, viols, violence sont au rendez-vous.

Ce n'est pas l'histoire qui intéresse ici ; elle est banale au point d'être insignifiante. C'est le traitement trash que Bond fait subir au langage. Ce gars-là a une voix unique, un sens de l'image qui fait mouche, du détail précis et pittoresque. Dans le paysage de la littérature de genre au Québec, plutôt sage, voilà une voix extraordinairement neuve et originale, qui utilise la langue avec une virtuosité qu'on ne voit pas souvent, témoin cette scène où une convicte est en train de mourir :
La Grande Faucheuse se donne un swing, orlève sa lame impitoyable dins air, son frêle corps élancé, son crâne semble sourire en coin mais c'est pas évident à évaluer d'icitte. [...] Dans le reflet de son arme, dans le miroir du métal, Olivia se mate les fuckin diapositives de sa pauvr'existence. Des jpg pour la plupart flous, des souvenirs à moitié effacés, des histoires pas super mémorables...
C'est comme ça d'un bout à l'autre. Moi, j'ai adoré. J'aime mieux une voix nouvelle qu'une histoire saisissante. Comme a écrit Foglia tout récemment : J'ai pris plaisir au texte beaucoup plus qu'à l'histoire qu'il raconte.

On trouve le blogue de l'auteur en cliquant ici. Divertissant, pas fait pour les enfants.

Cote 8 / 10

Prison de poupées
Édouard H. Bond
Coups de tête, 2007
122 pages

dimanche 17 mai 2009

76. Les Allergiks 1 : Où est Agota ? - André Marois

Agota, la soeur de Vincent n'est pas rentrée ce soir. Tout le monde est inquiet. Aidé de ses amis et de sa mère, Vincent part à sa recherche.

On ne peut pas dire grand chose de cette intrigue puisqu'elle ne fait que débuter dans ce premier épisode de la série des Allergiks. J'ai déjà dit ce que je pensais de la collection Epizzod, je n'y reviendrai donc pas.

Les Allergiks sont une série plus prosaïquement policière (sur la base du premier livre à tout le moins). L'auteur a un sacré métier, ça parait. Tout est maîtrisé, la langue, les descriptions, les dialogues, l'établissement des liens entre les personnages. C'est pas génial, mais c'est sans bavure (à l'exception de deux ou trois expressions franchouillardes qui détonnent un peu dans la parlure québécoise, mais enfin...)

De la littérature jeunesse qui ne prend pas son lectorat pour des gnochons.

Deux petits points en finissant : 1. N'importe qui peut obtenir un livre gratuit d'une des séries de la collection Epizzod. il suffit de s'inscrire à cet endroit. 2. Le prix du livre passe de 7,95 $ à 4,95 $. Ce n'est pas moi qui va applaudir. Comme une série est construite sur 13 épisodes, voilà que le total atteint la rondelette somme de 65 $ pour un très, très court roman qui, dans des circonstances ordinaires, coûterait au plus 15-18 $. Une arnaque prohibitive et franchement dégueulasse. Chou à la Courte échelle !

ERRATA : On me signale que si tous les épisodes étaient réunis en un seul volume, ça ne ferait pas un « très court roman » comme je le prétends ci-haut. Ça donnerait plutôt un roman d'une assez bonne épaisseur, l'erreur est mienne.

Cote jeunesse 6,5 / 10
Ferais-je lire ce livre à Benjamin s'il en avait l'âge ? Oui.

Les Allergiks 1 : Où est Agota ?
André Marois
La courte échelle, 2008
37 pages

Une petite montée de lait pour clore ce commentaire. Epizzod. Epizzod. C'est beau vouloir faire moderne, langage malléable, cool, sms, texto, mais, sacrament, on vas-tu arrêter de nous prendre pour des cruches incultes pis écrire comme du monde ? (Ouf, ça fait du bien.)

mardi 5 mai 2009

69. Gina - Emcie Gee

Hank est-il gangster, tueur à gages ? Le Noctambule est-il le repaire qu'il semble être ? Le Balafré est-il mort ? Et Gina est-elle une simple pute dont Hank tombe amoureux en la découvrant entre les bras de tous les salauds du coin ? Est-elle, oui ou non, la fille du boss ? (Abrégé de la 4e de couverture.)

Voilà un roman si parfaitement maîtrisé que ce lecteur-ci a de la difficulté à croire qu'il est vraiment l'oeuvre d'une si jeune auteure. Parce que nous sommes face à une incontestable réussite.

Roman noir et riche en atmosphère. Sans compter la connaissance experte du français argotique et des mécanismes psychologiques de la sexualité masculine que l'auteure possède. On a là un roman bien ficelé, solide, dur et rigolo dans sa truculence, avec des moments de franche comédie (les poivrots qui se tiennent la bite aux chiottes, c'est pas banal). Le montage est serré, et franchement j'ai été complètement happé par le livre. Une belle heure de lecture. Recommandé par ce lecteur-ci.

Cote 8 / 10

Gina
Emcie Gee
Coups de tête, 2009
92 pages

mercredi 22 avril 2009

62. Alibis n° 30

Comme une oeuvre de Turner de Leslie Watts. Quelle chouette petite histoire de vol de tableau (compliqué d'autre chose) mettant en vedette une délicieuse héroïne de onze ans, décidée et frondeuse. Ça donne le goût de lire d'autres textes de Leslie Watts. Bravo. 10 / 10

Petites coupures de Michel-Olivier Gasse. Nouvelle très réussie, où ce qui n'est pas dit explicitement est important. Excellente création de personnages impulsifs et vivants. J'ai beaucoup, beaucoup aimé. 10 / 10

Les cathédrales de la mort de Jean-Jacques Pelletier. Ce long texte (70 pages) constitue le prologue de la « Faim de la Terre », le dernier tome des « Gestionnaires de l'apocalypse ». Je suis réfractaire à la manière de Pelletier. J'aime qu'il y ait des personnages auxquels je puisse me raccrocher dans un roman, fussent-ils sympathiques ou antipathiques (concordance des temps, quelqu'un ?). Ici, les personnages sont des enveloppes vides. Je dois admettre que c'est bien fait, que ça bouge, qu'il y a un mouvement irrésisitble vers l'avant, mais au-delà de ce mouvement, qu'y a-t-il ? Pour moi : trop de mécanique, pas assez d'humains. 6 / 10

Suit la deuxième partie de l'Enquête sur le polar du même Pelletier. Érudite, profonde, mais s'attardant trop à mon goût dans les dédales du Nouveau Roman. 7 / 10

Le numéro se termine avec les sympathiques réminiscences de François Hardel sur son voyage au Salon du polar de Paris, le Crime en vitrine de Norbert Spehner et les recensions de livres.

Un très bon numéro : 7,5 / 10

samedi 11 avril 2009

59. Les Moufettes livrent de la pizza - François Belisle

Les Moufettes, Larry, Daniel, Philippe et Stéphanie, sont à exécuter leurs travaux communautaires à la suite du geste commis pour sauver La Hutte, la maison des jeunes de Dorbourg... Nos quatre Lascars se retrouvent alors bénévoles pour le bazar annuel de l'école primaire Cocon d'Or. Alors qu'elle veille aux préparatifs, Stéphanie fait une horrible découverte. Les Moufettes se transformeront alors en enquêteurs en herbe... (abrégé de la 4e de couverture)

Les moufettes livrent de la pizza
sont le deuxième tome de la série des Moufettes. C'est celui que j'ai acheté car mon libraire n'avait plus le premier en stock, ça m'apprendra à découvrir des auteurs en retard.

L'intrigue de ce petit roman est simple et se développe dans deux directions qui ne semblent pas reliés en apparence mais qui se rejoindront à la toute fin : alors que la police enquête sur une histoire de trafic de drogue, Stéphanie découvre une main humaine sectionnée dans un sac laissé pour la vente du bazar.

Si l'intrigue est simple, son traitement est assez étonnant en raison surtout de la multiplicité des points de vues ; ça, et la narration à plusieurs personnages du déroulement d'une même scène apportent une sophistication dont on est rarement témoin dans un roman jeunesse.

Finalement, je n'ai que du bien à dire de ce roman. Belisle apporte beaucoup de soin à la psychologie des personnages principaux. On y croit. Son écriture est maîtrisée, l'histoire est racontée avec vivacité et vraisemblance. Il y a du pathos, de l'amour, de l'humour avec les policiers Beauregart et Beauregard (qu'on peut appeler les Dupont et Dupond de Dorbourg), du suspense, mais tout ça est correctement dosé
– et si l'amitié triomphe à la fin comme il se doit dans ce genre de littérature, l'auteur parvient à son but sans faire la morale. Un roman sans faux pas, sans fausse note. Yé.

En somme, un excellent roman que ce lecteur-ci recommande avec chaleur. En plus, à 9,95 $, c'est une aubaine.

Cote jeunesse 8 / 10

Ferais-je lire ce livre à Benjamin s'il en avait l'âge ? Et comment donc.

Les Moufettes livrent de la pizza
François Belisle
Éditions Z'ailées, 2008
165 pages

mardi 31 mars 2009

56. Des gueules d'enterrement - San-Antonio

Pour les noces de son neveu, Bérurier achète un appareil photo aux Puces. Cadeau banal ? Pas si on découvre imprimé sur la pellicule la tête d'un mort... C'est le signal de départ d'une enquête échevelée, mais cohérente, et bien menée.

Publié en 57, ce roman appartient à la fin de la première période de San-Antonio. Les personnages sont presque tous là (manque Mathias qui remplacera Favier, Bérurier ne porte pas encore le double prénom Alexandre-Benoît) et leurs voix respectives sont presque trouvées.

Les romans de la première période (telle que définie par moi) vont jusqu'à En peignant la girafe : c'est la période où les intrigues prennent le pas sur l'anecdote et les digressions, l'auteur cherche le ton juste, les personnages se forment (et se déforment dans le cas de Bérurier et de Pinaud), la dernière guerre, l'occupation et la Libération jouent un rôle encore important dans les histoires. L'univers San-Antonio est un work in progress.

Lentement le ton émerge. Il y en a parfois des fulgurances dans l'image et la métaphore. On rigole pas mal, surtout vers la fin, où l'auteur se démarque un peu, mais il ne faut jamais oublier qu'au-delà de l'humour, les romans du célèbre commissaire sont rodés au quart de tour, pas de temps mort, rien que du rythme et une gallerie de portraits bons pour la postérité. Avec une intrigue béton dans le cas qui nous préoccupe.

J'ai adoré cet opus.

Cote 8 / 10

Des gueules d'enterrement
San-Antonio
Fleuve noir, 1977 (éd. or. 1957)
217 pages

vendredi 13 février 2009

43. Alibis n° 25

Le monde change ! de Norbert Spehner. Une galipette spehnérienne typique. Ce n'est son meilleur opus, mais c'est lisible et léger comme de la crème fouettée sans gras. 4 / 10

Le double de Geneviève Blouin. L'écriture n'est pas complètement maîtrisé – il y a de l'eau dans l'huile –, mais le récit l'est. Et ça se termine sur une excellente chute. Prometteur. 6 / 10

La piqûre du scorpion de Sébastien Aubry. Une longue nouvelle dont la chute est amenée par un événement récent de l'astronomie qui ne surprendra pas le lecteur le moindrement informé. Mais c'est très bien fait au demeurant, l'auteur navigue allègrement dans la thématique qu'il a choisi. Le ton est léger et les personnages sont intéressants. Ce lecteur-ci a beaucoup aimé et il en redemande. 7 / 10

Retour de bâton de Peter Sellers. On vante beaucoup Sellers dans les pages d'Alibis. Jusqu'ici, je demeurais sur ma réserve. Ses textes étaient bons, mais pas géniaux. C'était, pour moi, un bon hacker (excusez mon latin) comme il s'en fait treize à la douzaine, rien de plus. Puis arrive cette excellente et extraordinaire nouvelle : sombre, riche de ramifications, et mettant en scène de vrais personnages en chair et en os. Et une chute inattendue et tragique. Désormais, je suis un fan. 10 / 10

En conclusion, le numéro offre deux articles :
Entrevue avec Patrick Sénécal par Steve Laflamme. Excellente conversation où Sénécal se révèle énormément. Par contre, c'est une entrevue à la Marc Cassivi, c'est-à-dire que les questions (reproduites texto) sont tellement longues que les réponses de Sénécal sont parfois plus courtes. Laflamme croit que son analyse et ses questions sont au moins aussi importantes que les réponses de l'interviewé. Ben non, Steve. Une question, ça se résume, on laisse la place à l'invité, please... (On se rappellera que dans ses entrevues, il arrive à Cassivi de résumer les réponses des personnalités qu'il interviewe avec des points de suspension entre parenthèses (...), mais jamais ses questions si cruciales !) Cassivi m'irrite au plus au point, il fait partie de cette nouvelle génération de pseudo-simili-quasi-journalistes qui se croient des vedettes par-delà de l'information. Masbourian en est un autre, mais talentueux celui-là. Mais là, je dérape. 9 / 10

Polars écolos de Pierre Monette. Un chouette article, bien documenté. Qui m'a semblé manquer d'ampleur pourtant. 7,5 / 10

Un très bon Alibis. 7 / 10

mardi 10 février 2009

42. Alibis n° 22

Œil pour œil de Nancy Kilpatrick. Une histoire de vengeance longuement ruminée et mise en place, assez improbable pourtant. En effet, comment la fille de la victime peut-elle devenir l'agent de probation du meurtrier ? À lire en laissant sa crédulité au vestiaire. 6 / 10

Une fois le miroir traversé de Christiane Lahaie. Ouille. Une courte nouvelle à chute, dont la chute, justement, tombe complètement à plat parce qu'elle arrive du champ gauche et qu'elle n'a rien à voir avec les tergiversations du meurtrier. Bon climat, gâché par la dernière phrase. 4 / 10

Fin de soirée dans le métro de Martine Latulippe. Tout le contraire de la précédente. Ici, la chute fonctionne parfaitement parce que tout le texte mène vers elle. Excellent, mais si court. 8 / 10

Avis de tempête de Norbert Spehner. Spehner a trop longtemps enseigné la littérature pour en faire un objet plein de gravité et de futures dissertations. Jolie histoire, amusante, pour passer le temps sur un mode léger. 7 / 10

Les voies du Seigneur sont impitoyables de Luc Baranger. Une réjouissante nouvelle qui se passe en Abitibi dans les années trente. La laideur n'empêche pas la mesquinerie, ni la bêtise, et la justice immanente frappe toujours. 8 / 10

Poissons rouges d'Éric Holstein. Percutante, cette histoire ? Like a freight train running through the middle of my head, chantait Springsteen. Sans conteste la meilleure nouvelle d'Alibis jamais lue par ce lecteur-ci. Ce Holstein a du Frederick Forsyth en lui, incontestablement. De qui se réclamer en effet lorsqu'un auteur arrive à rendre palpitant le dispositif de sécurité d'un meeting du Front national lors des présidentielles de 2000 ? La nouvelle est extraordinaire, ancrée dans le présent politique, cynique, amère, avec des personnages puissamment dessinés. Même l'intrusion d'un peu de fantastique dans la résolution ne m'a pas gêné, c'est dire. 10 / 10

Le numéro est complété par un article « alimentaire » de Norbert Spehner, ainsi que par sa Vitrine du crime qui est un incontournable.

Le meilleur Alibis que j'aie lu, avec un texte vraiment bien (Baranger) et une nouvelle monumentale (Holstein).

Cote 9 / 10

mardi 3 février 2009

41. Alibis n° 29

Le prix de Diane de Luc Baranger. L'explication du complot derrière la mort de Lady Di enfin révélé. Un complot dans un complot dans un complot. Très bien fait, le narrateur est un personnage haut en couleur qui en a vu d'autres et l'histoire est prenante. Une réussite. Bravo à l'auteur pour l'utilisation modérée, mais d'autant plus authentique, de quelques expressions québécoises. 8 / 10

Horn de François Aussanaire. Alors là, chapeau. Quel texte amusant, ironique, méchant et grinçant. J'ai rigolé tout du long, et pourtant il n'y a pas de quoi rire dans cet hospice où les morts se bousculent au portillon. Aussanaire est un auteur qui rafle tous les prix sur son passage, vivement un livre. 10 / 10

Le dormeur de Martine Latulippe. Mystérieuse et vaporeuse cette très courte nouvelle, pleine d'atmosphère, de bruits sourds, avec un chat et un amant qui dort. 7 / 10

Warren Road de Peter Sellers. La livraison de pizza mène au crime. Cette nouvelle, plus axé sur la psychologie que le suspense ou l'action est prenante et extrêmement bien réussie. Je dois souligner la traduction de Luc Baranger qui, ici comme dans la nouvelle suivante, donne un tour résolument québécois au texte sans joual ni sacre. 8 / 10

Les habitués du Backroom de Peter Sellers. Là, j'ai trouvé que Sellers étirait la sauce un petit peu. Une nouvelle psychologique encore une fois, avec une formidable traduction de Baranger. 7 / 10

Je note toutefois que sur les 5 nouvelles de ce numéro, une seule est originale, celle de Baranger. Les textes de Latulippe et Aussanaire sont des reprises, ceux de Sellers des traductions. Est-ce un signe ?

Le numéro se termine deux articles : une espèce de table ronde sur le polar jeunesse au Québec avec sept auteurs du cru. Plus ou moins intéressant parce que trop dispersé, finalement les auteurs révèlent peu de choses. 5 / 10

Un excellent article de Jean-Jacques Pelletier sur le polar. Long, érudit, écrit avec un soin de clarté et une bonne dose d'humour. C'est un modèle. C'est aussi la première partie d'une enquête dont on attend la suite impatiemment. 10 / 10

Aucun Alibis ne serait complet sans le Crime en vitrine de Norbert Spehner. Cette recension exhaustive des livres est pimentée de résumés pertinents et surtout de commentaires pas piqués des vers. Sans oublier les calembours. Chaque recension est un amuse-gueule (comme on ne dit plus). 10 / 10

Un bon numéro avec un texte hors du commun, ou devrais-je écrire horn du commun : 7 / 10

jeudi 13 novembre 2008

27. Les vacances de Maigret - Georges Simenon

Les vacances de Maigret de Simenon.Dans ma pauvre tête ignare, le commissaire Maigret c'est Jean Gabin (chiant, sinistre et emphysémateux) ou encore Jean Richard (prolo et convivial). Trop de télé, manifestement.

À peine arrivé aux Sables d'Olonne, une petite station balnéaire, Mme Maigret est hospitalisée pour une appendicite aigüe. En attendant le rétablissement de sa femme, Maigret s'installe dans une routine assez confortable qui le mène de bars-tabacs en bistrots en troquets y avaler un petit blanc... Dieu qu'il boit, le commissaire, en fait, toute la France buvait, mes amis. Puis il y a un accident mortel très louche, et Maigret décide de s'inviter dans l'enquête.

C'est Pat Isabelle qui m'a fait découvrir Simenon, curieusement en parlant sur son blogue de sa (relative) déception à la lecture de ses romans. Étant un émule de saint Thomas, j'ai décidé d'aller voir de mes propres yeux.

La société que décrit Simenon n'existe plus, le roman a été écrit en 47. Cette France-là est révolue. On s'ennuie poliment dans cette histoire plutôt ordinaire. J'avais beaucoup entendu parler de la grisaille du style de Simenon, je ne croyais pas que c'était si juste. L'intrigue est assez ordinaire, Maigret sait qui est le coupable assez tôt dans le roman et il ne lui reste plus qu'à découvrir ses motifs et à le confondre. Du policier psychologique, en somme. C'était peut-être tout simplement un Maigret moyen.

Les vacances de Maigret
Georges Simenon
187 pages

Cote 6,5 / 10

samedi 2 août 2008

10. Alibis n° 24

Emballe-moi, de Natasha Beaulieu. Cette nouvelle-là, qui n'est pas policière, m'a complètement soufflé. Tout y est bon, l'idée, les personnages, le traitement et la finale. Beaulieu s'y révèle (pour moi, bien entendu, les autres savaient déjà) une remarquable nouvelliste avec sa voix bien à elle. 10 / 10

Petit feu, d'André Marois. Un texte noir, très atmosphérique. Superbement écrit, un peu desservi par une fin adéquate mais sans surprise. Il faut se laisser porter par l'ambiance, goûter l'écriture pleine de finesse. 8 / 10

Cest écrit, de Marc Simard Nataren. Texte sur le pouvoir de l'écriture, ou l'écriture du pouvoir dans ce cas-ci. C'est correctement fait, mais sans plus. Dès le départ, l'hameçon est faible et le poisson (moi) n'a pas bien mordu. La fin est prévisible en diable (pas dans le détail, mais on sent que ça ne peut se terminer que comme ça). 4 / 10

Le poids de la culpabilité, de Ricardo Codina.
J'ai aimé cette nouvelle noire malgré que la lecture en ait été parfois ardue en raison d'une narration qui a du mal à bien identifier l'une et l'autre des deux narratrices. J'ai dû relire quelques passages pour aplanir les difficultés. Il y a aussi confusion entre mi-temps et mitan. 6,5 / 10

...en suspens, de François Lévesque. La faiblesse de ce texte réside dans le fait que les émotions du protagoniste sont plus démontrées que vécues. L'auteur voulait trop bien faire en soulignant à grands traits l'accablement dont son personnage est la victime. Ce lecteur-ci n'a vraiment pas marché. Le second et ultime pic de la finale m'a semblé un peu précipité. 3 / 10

Meurtres mortels, de Peter Sellers. Très bonne nouvelle, avec des personnages bien campés, une mise en scène parfaite gâchée par une fin totalement aberrante. Quoi, un gars qui simule sa mise en bière pour éliminer son comparse, hum ! 4 / 10

Le cavalier de l'éclair, de Rick Mofina. Pas mal, celle-là, encore que le pay-off soit décevant. Une mise en scène qui prend son temps, des personnages de carton-pâte mais bien faits si le lecteur accepte ces limites-là; puis une cassure, un crime, on se dit que ça va devenir super intéressant. Si le crime est parfait, il y a quand même un petit prix à payer. Mais, bon, l'héroïne va s'en sortir. 6 / 10

Un numéro moyen, avec des textes plutôt noirs que policiers. Une réussite hors du commun, la nouvelle de Beaulieu.

Cote 5,5 / 10