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vendredi 18 juin 2010

139. Kay - Max Dufour

Après une soirée bien arrosée, Francis et ses copains font monter à bord de leur voiture Kay, une belle et mystérieuse autostoppeuse. Francis en tombe amoureux sur le coup. Les choses se gâtent quand elle leur avoue être morte depuis vingt ans ! La voiture fait une embardée, les deux chums de Francis trouvent la mort, Kay disparaît et Francis est sérieusement blessé. Sa vie vient de prendre un virage brutal. Si la guérison de Francis ne fait pas l'ombre d'un doute, qu'en est-il du mystère de la présence de Kay ?

Même si l'intrigue de ce roman tourne autour d'une mort suspecte survenue vingt ans auparavant, on peut difficilement parler de polar. Il y a enquête, oui, mais mené par un amateur bien intentionné, plutôt sympathique, et ce sont les réflexions amusées qu'il porte sur les choses qui sont le charme de ce livre. Amour et humour sont au rendez-vous, et la résolution de « l'enquête », bien qu'elle ne casse rien, m'a tout de même surpris par son audace naturaliste.

Max Dufour a écrit un roman plein de charme que les amateurs de Guillaume Musso et de Marc Levy sauront apprécier. Et ce lecteur-ci a bien aimé.

Cote 6,5 / 10

Kay
Max Dufour
Éditions du treize, 2010
205 pages
15 $
On peut commander « Kay » sur le site des Éditions du treize.

mardi 27 octobre 2009

107. Épitaphes - Jonathan Reynolds

Tous les textes de ce recueil ont parus dans diverses revues, à l'exception d'Épitaphes qui est original.

Blondes. Rousses. Noires
. Confidences de bar qui se terminent par une entourloupette typique du fantastique. Bonne nouvelle avec des dialogues solides. 8 / 10

Saison de lilas. Une histoire de vengeance, de magie et d'adultère. Enlevée et ironique. 6,5 / 10

Cornes en moins. Maison hantée et jeunes qui veulent tenir un pari ne vont jamais de pair. Côté structure, il y a des failles, et même si cette nouvelle n'est pas tout à fait réussie, c'est une de mes préférées. 8 / 10

Elle, sous la pluie. Une femme utilise un sortilège pour ramener à la vie son amant assassiné. Reynolds offre ici son meilleur texte. L'histoire trouble et troublante d'un destin à jamais malheureux. La meilleure du recueil. 10 / 10

L'autre surface. Un jeune homme vit dans le remords constant pour avoir détruit la vie de celle qu'il aime. Joli travail d'écriture dans ce texte : prose rapide et syncopée, mais le rythme rapide, s'il crée une tension, nuit à crédibilité de la phase remords du personnage principal. 5,5 / 10

Fragments. Un écrivain, sa fille, une nouvelle maison, une poupée dans le grenier. Quatre ingrédients pour créer un bon climat d'horreur. Une excellente nouvelle, vraiment très réussie. 8 / 10

Huit, comme le temps qui file... Ah, l'internet, le rêve, le sexe, une belle voisine mystérieuse. Cette nouvelle détonne par son ton ironique, sa sexualité exacerbée. Pas complètement réussie, mais elle a plu à ce lecteur-ci. 7,5 / 10

Épitaphes. Un fou qui vit dans un cimetière et fait des expériences sur des morts, ça n'augure rien de bon pour sa sœur et l'amoureux de celle-ci. Une nouvelle facette du talent de l'auteur fait son apparition, le lyrisme. Vraiment bien. 7,5 / 10

Il y a encore de petites imperfections dans l'écriture de Reynolds. Un manque de fini, à peine une touche. Pas grand chose à vrai dire : une phrase ratée, un choix de mot bizarre (précieux ou archaïque) qui vient créer une rupture de ton... Juste assez pour faire décrocher ce lecteur-ci et briser le charme.

Cote 7,5 / 10

Il ne faut pas confondre ce recueil avec un recueil à la présentation absolument identique (même auteur, même titre, même couverture), paru aux mêmes éditions, mais qui comprend en moins les deux nouvelles les plus explicites (Elle, sous la pluie et Huit, comme le temps qui file) et qui s'adresse donc à un public plus jeune.

Épitaphes
Jonathan Reynolds
Z'ailées, 2008
132 pages

vendredi 18 septembre 2009

99. Jonctions impossibles - Jean-Louis Trudel

Des anges sont tombés. Un texte court peut être empreint d'une gravité extraordinaire en même temps que de la plus élégiaque des beautés. C'est ce qui arrive ici, avec cette remarquable nouvelle d'à peine trois pages qui a laissé à ce lecteur un souvenir fort et durable. Je n'ai pas tout lu l'œuvre de Trudel, mais je dois avouer que ce texte, à mes yeux, représente ce qu'il a fait de mieux. 10 / 10

Jonction. Sans les deux phrases qui l'ouvrent et le ferment, ce court texte est parfaitement incompréhensible. Ne lisez donc pas une édition tronquée ! Sans être remarquable, Jonction est une nouvelle qui démontre que l'auteur a un sacré métier. 6 / 10

Les touristes. Une nouvelle fantastique ayant pour cadre la Guerre de Sécession. Encore là, c'est du solide. Pas de fausse note. 7 / 10

Enfants du soleil. Nouvelle ordinaire et prêchi-prêcheuse. S'oublie comme elle se lit : rapidement. 2 / 10

La clé du songe. Une autre nouvelle avec des anges, tiens, tiens, d'un intérêt limité. 6 / 10

Report 323 : A Quebecois Infiltration Attempt. Un excellent texte, surprenant, complexe. En plus, on découvre que Trudel est capable d'humour ! Ce lecteur-ci en a été jeté par terre. Je rigole, mais Report 323 est une vraie bonne nouvelle. 10 / 10

Les jardiniers du monde. Cette histoire ne m'a pas embarqué du tout. Le ton désincarné lui sied bien, pourtant, mais rien à y faire, après deux lectures je n'y prends pas intérêt. 5 / 10

Ce sang qui désaltère. Un très bon texte fantastique que cette histoire d'un homme qui va mourir deux fois. Avec de fortes réminiscences historiques, de l'émotion véritable et une retenue exemplaire. 10 / 10

L'amour est une noyade
. Une autre belle réussite dans le mode fantastique, qui mêle avec une extrême habileté mémoires, acculturation, évocation historique, esprit, colère.
Remarquable de puissance. 10 / 10

L'homme possédé
. Il y a dans cette nouvelle -- fantastique, encore une fois -- quelque chose qui ressemble au meilleur de Stephen King, Stephen King le créateur d'atmosphère s'entend, pas le maître de l'horreur. Tout comme King, l'auteur prend tout son temps pour établir ses décors, poser ses repères, créer ses personnages et les mettre en situation. Du vrai bonbon. 10 / 10

Les Prairies, à l'oubli livrées
. C'est inapproprié, je sais, mais en lisant ce texte, je pensais à cet individu qui a décapité un homme dans un autobus au milieu des Prairies. Je n'ai aucune idée pourquoi je pensais à ça. Il n'y a pas de lien logique entre cette histoire et le fait divers, sauf le lieu (qui est vaste). Et pourtant, ce lien bizarre a donné une coloration unique à cette nouvelle que j'ai adoré, mais peut-être pour une raison incongrue. Mais c'est le pouvoir de la littérature, ça, que de créer des liens entre les mondes réel et imaginé. 8 / 10

Là, je vais dire une énormité, mais je crois que le talent de Trudel se livre plus et mieux (ou différemment. si on veut) dans ses textes qui ne relèvent pas de la science-fiction. Je m'explique : sa sci-fi est souvent didactique, avec une forte tendance à la démonstration; elle met en scène des personnages au service des idées. L'auteur est alors plus fasciné par le décor et les idées que par le destin des individus. Quand il donne dans le fantastique, Trudel met les personnages à l'avant-plan, il est plus près de la littérature générale, et plus intéressant pour ce lecteur-ci.

Une anthologie à lire.

Cote 9 / 10

Jonctions impossibles
Jean-Louis Trudel
Vermillon, 2003
137 pages

samedi 29 août 2009

95. Horrifique n° 65

Sous une couverture rigolote de Laurine Spehner, voici le premier numéro de mon abonnement à ce vénérable fanzine. Trois fictions et une bd.

Corpus de Denis Labbé. La petite voix qui lui parle dans sa tête de musique et de peinture n'est-elle pas celle de Jack l'Éventreur ? Un peu lourd à débuter, ça tourne en rond, avant de se terminer dans le sang. 5,5 / 10

Frères de sang de Romano Vlad Janulewicz. Un pacte lie cinq amis pour la vie et pour la mort. Vraiment ? Ça ne renouvelle rien, mais c'est plutôt bien raconté. Pas mal du tout, la nouvelle. 6,5 / 10

La main verte de Romano Vlad Janulewicz. Adélaïde est jalouse du jardin luxuriant de sa voisine Josiane. Comment réussit-elle rien qu'en leur parlant ? Même si on sent venir la fin, cette nouvelle est une réussite totale. Bons personnages, narration contrôlée. 8,5 / 10

Héritage de Mathieu Myskowski. Moi qui n'aime pas la bd dite « sérieuse », j'ai adoré celle-là. Une histoire sans fioritures, juste de la bonne narration. 7,5 / 10

Le numéro est complété par une une revue désopilante des french kiss à l'écran par Daniel Coulombe, une entrevue du cinéaste amateur Fred Martel et le manifeste/cri du coeur des zines de SFFQ.

Un bon numéro d'un fanzine dont on parle peu. 6,5 / 10

jeudi 30 avril 2009

68. La malédiction du coffre - Amy Lachapelle

Katherine, un vrai garçon manqué, reçoit un cadeau qui lui déplait pour son 10e anniversaire : un coffre ancien rempli de trucs de fille comme du maquillage. Après qu'une bagarre éclate dans la rue entre son groupe d'amis et ses pires ennemis, Kath a un oeil bien amoché. Elle a recours au maquillage du coffre afin de camoufler les dégâts. C'est alors que son visage se transforme de façon épouvantable... Elle se rend vite compte que le fameux coffre n'a rien d'ordinaire; il est possédé... (Abrégé de la 4e de couverture.)

Cette Katherine est une fillette avec de la personnalité à revendre. Difficile de résister à son charme. C'est une fonceuse et elle anime le roman avec beaucoup d'entrain. L'anecdote de
La malédiction du coffre est simple à souhait. Katherine reçoit un coffret maléfique (adjectif supérieur à possédé qui ne s'applique pas à des objets, enfin pas dans ce sens-là), elle l'utilise et doit en subir les aléas. Elle se débarrasse sommairement du coffret... Il n'y a une seule anecdote, et aucune d'intrigue secondaire. C'est mince un peu, même pour un public beaucoup plus jeune.

Par contre, ce que le roman manque en aventures, il le gagne dans ce beau petit personnage qu'est Katherine. Ça promet, car la fin de La malédiction du coffre laisse présager une suite.

Un gros, gros bémol : il y a assez de fautes de français pour qu'elles ne passent pas inaperçues. Ce ne sont pas des coquilles, mais des impropriétés (par ex. percevoir pour soupçonner, entrevoir), des conjugaisons boiteuses (le verbe bouillir à l'indicatif, c'est bout pas bouille), etc. C'est malheureux parce que le livre a d'immenses qualités.

Cote jeunesse 5 / 10
Laisserais-je Benjamin lire ce livre s'il en avait l'âge ? Oui.

La malédiction du coffre
Amy Lachapelle
Z'ailées, 2009
100 pages

samedi 25 avril 2009

65. Les fantômes de Péka - Mathieu Fortin

Pierre-Karl, dit Péka, possède un double don, celui de voir des fantômes et de prédire la mort des gens qu'il connaît. Aidé du fantôme de son grand-père, il va tenter de déjouer la mort. Mais ce don exceptionnel ouvre aussi la porte à des individus aux intentions douteuses qui vont tenter d'utiliser Péka pour éveiller Shâ-Rhô, un esprit malveillant...

Au-delà du savoir-faire de Fortin, j'ai un curieux sentiment à propos de ce roman. En effet, dans la mesure où il s'agit du premier tome d'une série, alors là, c'est une réussite. L'auteur a tendu ses lignes à gauche et à droite, en en laissant sous-entendre plus qu'il n'en donne à comprendre. Le lecteur se prépare à des développements qui se produiront dans les prochains romans. Very goude. C'est l'effet « saga ».

Par contre, si Les fantômes de Péka sont un volume unique et sans suite, alors c'est un peu raté. L'arrière-plan occupe trop de place et les lignes tendues (relations avec le père, l'école, Mélodie et Jérôme les nouveaux voisins) forment des interférences nuisant à l'efficacité de l'histoire.

Le roman se lit bien, ça bouge en dépit d'une petite longueur au voyage de pêche. Il y a de l'action et les personnages sont bien typés. Mais ça demeure conventionnel, selon moi à cause des prochains tomes à venir.

Cote jeunesse 6,5 / 10
Ferais-je lire ce roman à Benjamin s'il en avait l'âge ? Oui.

Les fantômes de Péka

Mathieu Fortin
Z'ailées, 2009
109 pages

mardi 31 mars 2009

57. Nocturne n° 11

Le site de Nocturne se trouve à cet endroit. Il s'agit d'un fanzine traditionnel, c'est-à-dire que la revue est photocopiée en noir et blanc sur des feuilles 8½ x 14 pliées en deux et brochées. L'aspect est bien entendu rudimentaire mais sympathique.

Ça commence sur une entrevue d'Éric Gauthier par l'Empereur Ghoule. C'est cute et intéressant, en raison surtout du style volontairement ampoulé et gothique de l'Empereur, mais on risque de se fatiguer si c'est comme ça de numéro en numéro. À suivre, donc.

La marionnette d'Éric Bourdon. Une bonne histoire de sorcellerie en Afrique. Bien qu'on sache comment ça va se terminer dès qu'apparait la statuette, reste que l'auteur arrive à créer une bonne atmosphère livrée grâce à une prose irréprochable. 8 / 10

Le chant du cygne de Rachel Gilbert. Des gens au village se mettent à mourir en série, y aurait-il de la sorcellerie là-dessous ? Un homme enquête. Cette nouvelle souffre de deux maux : le premier, une surcharge de détails inutiles (ah la fascination de l'architecture médiévale) ; le second, l'irréparable dichotomie entre les deux parties du texte : la première présente l'enquêteur comptabilisant les morts, la seconde une longue explication sur les motifs de la coupable. Avec pas de lien réel entre les deux. 3 / 10

Ombres d'Alexandre Bocquier. Dans une ville à l'abandon, les Ombres enlèvent femmes et enfants qu'on ne revoit plus. Le ton compassé que le narrateur utilise pour parler de sa femme adorée sonne complètement faux dès le départ et oriente la lecture vers une fin dès lors annoncée. Erreur de débutant. La construction du climat est bien faite. 5 / 10

Le cœur sur la main, 2e partie, de Michaël Moslonka. Je ne sais pas si un résumé de l'épisode précédent m'aurait permis de comprendre un peu plus les événements de cette 2e partie d'une saga. Parce que j'ai à peu près rien saisi. Faut avouer que la construction elliptique et la prose maniérée n'aident en rien. Je réserve mon jugement là-dessus, avec la parution des prochains numéros. Non-coté pour le moment.

Est-ce un tendance lourde ou une simple coïncidence, mais deux des trois nouvelles complètes se terminent sur le protagoniste se donnant la mort, alors que la troisième se termine sur cette phrase, qui incite au seppuku : Vivre était pire que n'importe quelle malédiction. Ouf.

Cote 4 / 10

dimanche 22 mars 2009

52. Ian Flibus 1. L'Île aux Treize Os - Alain Ruiz

Au Québec, les séries jeunesse pleuvent et, s'il s'en trouve de bonnes, il y en a aussi de moins bonnes pour dire les choses, hum, charitablement. Ian Flibus, l'écumeur des mers – appartient à la seconde catégorie; ce qui ne devrait pas empêcher son succès, je crois, tout simplement parce que ce qui rend la série vraiment très quelconque risque de séduire nombre de fans amateurs d'anachronismes et de jeux de mots insipides.

Résumons l'intrigue. Rêvant de devenir pirate, le jeune Ian Flibus s'engage sur le brigantin Fleur de Lys où il devient le second du capitaine Kutter. À peine en mer, le navire entre en collision avec une épave et l'équipage doit subir l'assaut de forces surnaturelles malveillantes. Mais les hommes du Fleur de Lys sont pleins de ressource et, grâce aux deux savants qui les accompagnent, ils viendront à bout des embûches.

C'est long à lever l'ancre. Si tous les personnages se retrouvent sur le pont de la Fleur de Lys dès les premières pages, le vaisseau, quant à lui, ne quittera ses amarres que vers la moitié du livre. Pour des supposés bourlingueurs des mers, ces pirates-ci semblent plutôt sédentaires !

Il y a force calembours, rarement heureux, des anachronismes à la pelletée, un pavillon aux réparties « savoureuses », et des personnages en bois flotté (en carton-pâte ils ne résisteraient pas à l'eau de mer). C'est grotesque, clownesque, une véritable auberge espagnole de l'humour, avec le résultat final qu'à trop vouloir en faire l'auteur devient franchement pathétique.

C'est plutôt nul si on demande mon avis.
Ferais-je lire ce livre à Benjamin s'il avait l'âge ? Non.

Cote 2 / 10

Ian Flibus, l'écumeur des mers
1. L'île aux Treize Os
Alain Ruiz
Boomerang, 2008
301 pages

mercredi 18 mars 2009

50. Chroniques du jeune Houdini 1. Le magicien de rue - Denis Ramsay

Une autre série jeunesse québécoise – il en pleut – lancée comme c'est la mode maintenant : les quatre premiers titres sont disponibles simultanément dans un joli présentoir et le premier est offert à prix spécial. Idée que je trouve géniale, qui me permet de monter une bibliothèque jeunesse (pour Benjamin, éventuellement !) à prix modique.

La singularité de cette nouvelle série est d'être de nature « réaliste » (par opposition aux séries sf ou fantasy), relativement moderne (l'action se déroule à la fin du 19e siècle) et d'être absolument sans connexion avec le Québec. Ça change et j'aime.

De l'auteur je ne sais rien sinon que sa plume est diablement efficace et son style maîtrisé. L'histoire raconte les premières aventures du grand magicien Harry Houdini, alors qu'il avait 14 ans en 1888. Arrivé à New York pour ramener à la maison un ami de son père débarqué d'Europe, Harry sera pris contre son gré dans la tourmente de la grande ville, dans une guerre des gangs sans merci, et seule sa magie pourra le sauver, lui et ses deux amis.

La construction est simple, et le roman avance sans coup férir. C'est de la bien belle ouvrage. Il n'y a que vers la fin où ça se défait un tout petit peu, mais c'est mineur, et le public cible risque de ne pas remarquer les quelques écarts langagiers (mégaspectacle, par ex.) assez rares.

Évidemment, c'est aussi à la fin que le climat de violence atteint un paroxysme
– et la petite aventure guillerette de Harry Houdini prend une tournure plus lourde et plus sociale. Ça rappelle le film de Scorsese « Gangs of New York », pour le climat et pour le lieu, en partie parce que l'action se déroule aux Five Points.

Ce premier tome profite d'un bon ancrage historique. Ça m'a donné le goût d'en savoir plus sur le personnage et sur l'époque; ce que j'ai fait grâce à wiki. Même l'intrigue secondaire sur les cornichons est intéressante
– faut quand même le faire !

Un portrait réaliste d'une époque dure et violente. Very interesting !

Cote jeunesse 7 / 10



Chroniques du jeune Houdini
1. Le magicien de rue
Denis Ramsay
LER (Les éditeurs réunis), 2009
190 pages

mardi 3 mars 2009

47. Les voyageurs de la nuit - René Beaulieu

Dernier chant. Côté littérature, il y a vraiment peu de choses dont je sois absolument certain, mais de ce qui suit, oui : dans un texte, plus il y a de noms communs avec une majuscule, plus le texte est abscons, c'est-à-dire inutilement difficile, à la limite confus et incompréhensible. Ici, côté majuscule, ça s'impose : Croyant, Hérésie, Avènement, Souvenir, Révélation, Vision, Jeune Monde, Petit-Jeune Monde, Vieux Monde, Grand-Vieux Monde, Révélatrice, Matrice, Éphémère, Ancêtre, Créatrice, Réceptacle, Don, Mère, Espoir, Espérange, Guiméa, Vimia, Rémial, Guérisseur, Sage, Bienheureuse, Espoir, Vision, Gouffre, j'en oublie sûrement quelques-uns et c'est sans compter les déclinaisons : Guérison, Guérir, Guérisseuse, Révéler, Révélation, etc. Trop, c'est comme pas assez. À force de mettre de l'emphase sur autant de mots et de concepts plus ou moins vagues, Beaulieu dilue la force de cet artifice littéraire. Voilà une histoire beaucoup trop longue, surchargée de sens, qui par moment ne semble aller nulle part; et qui n'a vraiment pas plu à ce lecteur-ci. 3 / 10

Inaccessible. Comme point de départ d'une nouvelle, il y a souvent, chez Beaulieu, un homme qui va trouver une femme animé d'un curieux sentiment de culpabilité ou d'inadéquation. Je pense à Fantômes d'amour (Solaris), Sandra (XYZ) et Inaccessible. On se doute bien que la relation homme-femme formera le cœur du texte. Ici, un beau texte sur la perte et l'abandon de l'être aimé, mais vu par la porte de la mort. 8 / 10

À l'est, rien de nouveau (en collaboration avec Serge Mailloux). Ce qui cloche dans cette histoire de guerre, c'est l'approximation du vocabulaire militaire, ainsi que l'absence de la réelle intensité des combats. Faible. Par contre, la fin est jolie et très réussie. 5 / 10

Les survivants envieront les morts
.
Une espèce de fin du monde qui aurait pu être ironique, j'imagine, mais la nouvelle rate son but, coincée par des élans d'une poésie « mystérieuse » et répétitive. 4 / 10

L'autre. Un être et son double tentent tout à tour de protéger et d'agresser une jeune femme qui se trouve être à la fois leur esclave et leur bien-aimée. L'ambiguïté beaulinienne (ça se dit ?) face à la femme, qu'on retrouve dans les nouvelles citées antérieurement, prend ici une dimension plus hard. On notera qu'avec le temps le rapport de l'homme face à la femme dans les textes de Beaulieu passera de la recherche de la domination au malaise. Très bonne nouvelle. 7,5 / 10

Partage. Une nouvelle sur l'acculturation et le phagocytisme. Prévisible mais très réussie au bout du compte. J'ai aimé. 7 / 10

Les voyageurs de la nuit. Un autre thème récurrent chez Beaulieu, c'est l'éveil. L'éveil de la conscience, du moi, au monde, à la vie, à l'autre, etc. Cette nouvelle que Beaulieu tient lui-même pour une des meilleures de la ssfq publiées dans les années 90 ne m'a pas tellement plu. Longuet, le propos a tendance à s'affadir tant il est étiré et à devenir ennuyeux. C'est juste ça, mon problème. 6 / 10

Les textes n'ont pas tous bien vieilli, hélas ! L'impression que j'en garde, le livre terminé, c'est qu'il s'agit de textes appartenant au Beaulieu de la première époque, au moment où il a commencé à publier (en même temps que moi, soit dit en passant, mais Beaulieu, lui, a poursuivi son labeur) – avant que son style ne s'épure et n'acquiert la gravitas qu'il a maintenant. D'ailleurs, à l'exception de Dernier chant et de l'Autre, toutes les nouvelles sont des versions remaniées de textes déjà parus. Les textes les plus courts sont nettement les meilleurs.

En terminant, je dirai que ce recueil a une valeur nostalgique pour les fans de Beaulieu – dont je suis – et une valeur historique pour ceux qui ne savent rien de la sffq des années 80 et 90. Par contre, si vous avez la chance, mettez la main sur Légendes de Virnie, c'est antérieur mais c'est du bon.

Cote 6 / 10

Les voyageurs de la nuit
René Beaulieu
Les éditions de l'À Venir, 1997
123 pages

lundi 2 mars 2009

46. Le magasin des Suicides - Jean Teulé

Depuis dix générations, les Tuvache ont pignon sur rue avec leur Magasin des Suicides. Les affaires vont rondement même si on ne rigole pas dans la business. Michima Tuvache et sa femme, Lucrèce, ont trois enfants. Les deux plus vieux sont sans joie et dépressifs, broyant constamment du noir pour la plus grande joie de leurs parents. Mais le troisième, le petit Alan, est un jeune garçon doué pour le bonheur. Cet enfant, c'est un véritable oiseau de malheur !

Heureuse trouvaille que ce petit roman d'un auteur que je ne connaissais pas. Sur un sujet qui aurait pu être difficile, Teulé réussit une merveille d'humour qui rappelle l'humour noir anglais, style Arsenic and Old Laces. Le roman est composé de minuscules tableaux (150 pages divisés en 34 chapitres), pleins d'une vitalité souvent macabre (l'emploi fait le larron), avec des personnages bien composés, humains et rigolos.

Un roman qui, avec l'air de parler de tout autre chose, nous cause de destinée, de bonheur et d'échappées belles.

Cote 7,5 / 10

Le magasin des Suicides
Jean Teulé
Pocket, 2007
157 pages

vendredi 7 novembre 2008

26. Zinc n° 15

Mettons que ça commence mal. Cette bourde en couverture, Ariane Voisine, puis en liminaire Élizabeth plutôt qu'Élisabeth Vonarburg. On sent la négligence dès le départ. Cette première impression va se concrétiser à la lecture des nouvelles.

L'art de la laque, de Zengzi Labarre-Wu. Cette histoire chinoise est mystérieuse, exotique et parfaitement maîtrisée. Quelques coquilles, négligence, négligence. Reste que la nouvelle est très bonne. 8 / 10

L'aïeule du monde, de Sorine Arnaud. Là, ça commence à déraper. L'histoire est correcte et assez bien menée, mais elle est desservie par un vocabulaire approximatif, une grammaire claudicante et une absence de rigueur dans les appellations (par ex., les îles Sentinelles deviennent l'île Sentinelle sans qu'on sache pourquoi). Le texte aurait bénéficié d'une relecture avant parution, ce que la direction littéraire aurait dû assurer. 3 / 10

La robe rose, d'Elsa Dupré. Ça dérape plus sérieusement. Une banale nouvelle fantastique (dans le sens genre littéraire, pas dans le sens de l'enthousiasme qu'elle crée chez le lecteur). Nombreuses fautes de syntaxe, c'est pourtant la base du français, merdouille. Où se cachait la directrice littéraire ? 2 / 10

Là, de Guillaume Baribeau. J'aime l'idée sur laquelle ce texte s'appuie : un objet extraterrestre vient bouleverser une communauté pendant quelques semaines, puis disparaît sans qu'on sache qui que quoi dont où. C'est porteur. L'auteur a le sens de la péripétie qui anime le récit, ainsi qu'un certain savoir-faire pour les dialogues, rien n'est perdu pour lui. Parce qu'autrement, c'est vraiment, mais vraiment n'importe quoi. Quelqu'un a-t-il lu ce texte avant de l'accepter ? Si la grammaire claudiquait dans les textes précédents, ici elle est carrément unijambiste; tout, absolument tout, la syntaxe, le vocabulaire, la mise en scène, la psychologie des personnages, tout est d'un niveau secondaire II faible. Chou à Mélanie Vincelette !!! Pour avoir inclus cette boulette, on devrait la forcer à rembourser ceux qui ont acheté la revue. En plus, c'est très malheureux pour ce jeune auteur, et ce n'est pas lui rendre service que de publier ce texte dans cet état. 0 / 10

Le sang des prédateurs, de Vincent Saint-Aubin Émard. Une nouvelle fantastique avec un caniche-garou. Tiens, tiens. Correctement faite, bien écrite, avec de l'humour par-dessus le marché. Quelques coquilles, qui montrent que le travail de la direction ne s'est pas poursuivi au-delà de la réception des textes. Mais quand même, c'est bien. 5 / 10

Tous les échos, de Guillaume Voisine. Le meilleur des trois textes phares du numéro, avec ceux de Labarre-Wu et de Côté. Une excellente nouvelle, superbement écrite et racontée, où la psychologie des personnages sert de moteur à l'histoire. 10 / 10

Les feuilles mortes, de Josée Lepire. Je ne ferai pas de commentaire sur ce texte parce que je n'y ai rien compris. Ça arrive. La fatigue, sans doute. Non-coté.

Avant l'aube, d'Ariane Gélinas. J'aime bien l'écriture de Gélinas et les thèmes qu'elle privilégie. Ici, l'aliénation. Le résultat est un texte dense, qui ne souffre que d'être trop court. 6,5 / 10

L'assassin, d'Alexandre Lemieux. Une bonne histoire, bien ficelée, sans grande surprise car on s'imagine bien dès le départ que l'auteur dirige le lecteur vers ce genre d'entourloupette. C'est efficace. Mais il y a un bémol (qui s'applique ici, ainsi qu'à beaucoup d'oeuvres relevant de la ssfq), c'est l'emploi constant du nom propre accompagné d'un titre au long (ex., madame Durivage) dans toutes les circonstances et quelque soit le rapport du narrateur au personnage ainsi désigné. À force de l'utiliser, l'auteur affaiblit son texte. Il existe quelque chose qui s'appelle le pronom personnel (elle) qui fait merveille quand on l'emploie. 6 / 10

L'homme de Reims, de Mathieu Fortin. Objectivement c'est une nouvelle très réussie, avec un punch final bien amené. On ne sera pas saisi par la beauté du style ou la profondeur de la psychologie, mais le lecteur reste subjugué par la maîtrise du récit dont fait montre Fortin. (NB À la toute fin, le lecteur substituera capitulation à capitalisation pour la bonne compréhension du texte.) 7 / 10

Entre chien et loup, de Pascale Raud. De façon générale, les jeunes auteurs présentés ici semblent moins préoccupés par la création d'une voix personnelle, d'un style, que par la parfaite efficacité de l'histoire. Ce n'est pas le cas avec Raud. Un texte onirique et bizarre qui m'a beaucoup plu. 7 / 10

Sac
rés touristes, d'Isabelle Piette. Curieux mélange d'excursion touristique qui tourne à la révélation pour les touristes et à l'épiphanie pour les guides. Ça n'a pas fonctionné pour moi, hélas, tout simplement parce l'humour des situations m'a semblé gros et borderline cliché, ce qui donne une première partie tombant à plat. 4 / 10

La mort blanche, d'Empereur Ghoule. Les Premières Nations dans l'espace ! Pourquoi pas. Une idée géniale. C'est une nouvelle à chute, dans le mauvais sens du terme, c-à-d qu'au-delà de la joke finale, il n'y a rien. 3 / 10

Terrible Aliénor, de Danie Blais. Ô, lecteur, lectrice, tu aimes les adjectifs, épithètes et autres qualificatifs ? Il n'y en a jamais assez à ton goût. Ben là, tu vas être comblé... C'est le carnaval ! Faudrait dire à l'auteure que les adjectifs, c'est comme la crème fouettée, un peu, c'est bon, trop, ça écoeure. 4 / 10

L'enfant des dieux, d'Héloïse Côté. Un texte supérieur d'une auteure qui a du métier, et ça parait. Pas de fausse note, une histoire simple, fine, riche, avec une finale pas piquée des vers. 9 / 10

Il ne faut pas que je dorme, de Claude Bolduc. La présence de Bolduc et de son texte fantastique (impeccable, au demeurant) fait doublement tache dans un numéro spécial consacré aux nouvelles voix de la science-fiction. C'est une excellente nouvelle, par ailleurs. 7 / 10

L'élite des rêveurs, de Matin Blois et Sébastien Lévesque. Un très quelconque court extrait du prochain roman d'une série. Beaucoup de bruit et de fureur, tout ça incompréhensible parce que garroché sans repère. Chou à la direction littéraire ! Difficile à juger, mais ça ressemble à du produit jeunesse taylorisé. 3 / 10

En somme, un numéro extrêmement décevant avec quelques textes vraiment poches, et de rares réussites. Ce qui aurait pu être une vitrine pour le genre et les auteurs qui l'écrivent s'avère être une douche qui refroidira les ardeurs des lecteurs aventureux qui voudraient s'initier à la sf québécoise moderne.

Outre sa négligence, je reproche à la direction littéraire son absence de jugement dans le choix de certains textes, et son inaptitude à aider les auteurs à produire de meilleures nouvelles. La direction littéraire, ce n'est pas qu'émettre des accusés de réception. On lui reprochera aussi le mélange des genres. Nouvelles voix de la science-fiction... Pourtant, Bolduc et Côté ont une oeuvre littéraire assez considérable derrière la cravate... Et les textes relèvent aussi bien de la sf que du fantastique, de la fantaisie ou de la fantasy. Bref, c'est l'auberge espagnole.

Gros spleen pour ce lecteur-ci.

Cote 4 / 10

samedi 20 septembre 2008

22. Le loup du sanatorium - Mathieu Fortin

Adrien et quatre de ses copains décident d'aller passer la nuit au sanatorium désaffecté du village de St-Édouard. Une bien mauvaise idée, car le sanatorium n'est pas vraiment abandonné !

Le roman commence sur les chapeaux de roues et l’auteur a le pied sur l’accélérateur tout du long. C’est de la mécanique réglée au quart de tour. C’est brutal, violent, sanglant, punché… et impossible à mettre de côté une fois commencé.

Le loup du sanatorium est un roman d’horreur qui s’adresse aux ados. Il faut donc l’aborder dans cette perspective. Mais reste que ce lecteur-ci – dont l’adolescence est un lointain souvenir – y a pris un plaisir qu’il ne renie pas (c’est quand même chic de parler de soi à la troisième personne, j’y prends goût).

La fin est assez conventionnelle, avec le bien triomphant du mal, encore que ce ne soit pas aussi simple, l’auteur nous réservant une surprise. La chute en forme d'épilogue m'a jeté sur le cul, absolument. Ça se termine sur une très jolie ambiguïté (voulue par l’auteur) qui jette une lumière sombre sur l’histoire qui vient après le roman… et dont on aimerait en savoir plus.

Le seule bémol que j'émets, c'est la manière un peu tarabiscotée avec laquelle l’histoire est racontée. Les quelques lignes temporelles parallèles ont fait faire de la surchauffe à mes deux neurones encore actifs, et les démarcations auraient gagné à être plus franches par moment. C’est mineur, pourtant une fois le roman terminé, j'ai dû réfléchir à ce que je venais de lire afin d’en trouver la logique temporelle. À la décharge de l'auteur, il faut admettre que cette structure en parallèle lui permet de dynamiser le récit d'une manière saisissante. Pas de temps mort, pas même de ralentissement; l’engin est lancé et il fonce à vitesse grand V.

Mathieu Fortin est aussi l’auteur, entre autres, de deux nouvelles parues dans Solaris, dont l’excellente Cancer.

Le loup du sanatorium
Mathieu Fortin
Six Brumes

72 pages

Cote 6,5 / 10

jeudi 24 juillet 2008

8. 17 heures, Scotty's Square - Robin Kowalczyk

L'autobus de la ligne 51 passe une fois tous les cinq ans à Londres – presque au rythme de certaines lignes de la STM, en somme. Les pires rumeurs circulent à son sujet, car si on le prend on ne revient pas nécessairement avec. En 1950, un Anglais, un Écossais et un Irlandais tentent d'en avoir le cœur net, montant à bord pour un aller-retour aux limites de l'horreur (ainsi va la quatrième de couverture, à peu de choses près).

L'auteur, qui habite la Rive-Sud, a 18 ans. On peut imaginer qu'il en avait 16 ou 17 ans à la rédaction. Ça paraît.

Les points positifs : c'est bref à 202 pages, l'auteur maîtrise la langue française (très bon point, souvent dévalorisé par de nombreux auteurs) et il a une bonne culture générale. Les points négatifs : le roman est désespérément fade, l'horreur et le fantastique ont raté le rendez-vous. Les «rebondissements» sont faxés sans surprise, tandis que les dialogues sont pimentés à l'esbroufe creuse. Ça cause et ça ne sait pas toujours pourquoi. Aussi, notons la surabondance d'épithètes, l'auteur est incapable de mettre un mot sans lui coller un qualificatif
– défaut de novice. Il y a un problème de remplissage par le vide et un autre de rythme (ce que Maurice Druon appelle le pacing, mais uniquement après avoir pris ses pilules pour les nerfs).

Les éditions du CRAM rendent un bien mauvais service à ce jeune homme en publiant son roman en l'état. Ce livre n'aurait jamais dû voir le jour. C'est platte à dire, mais c'est ça qui est ça.

Kowalczyk a du talent, à l'état brut, qui doit être encadré et raffermi par une solide direction littéraire. Et c'est le devoir d'une direction littéraire de parfois s'opposer au désir légitime de tout auteur de voir son manuscrit publié.


Cote 1 / 10

NB Le contraste de la couverture a été ajusté par éclaircissement. En réalité, elle est presque noire et, à mon avis, très, très réussie.

mardi 15 juillet 2008

6. Solaris n° 167

L'épine de cerf, d'Esther Rochon. Dès le départ, j'ai un problème. Comment parler d'un texte qui est tout à l'opposé de ce qu'on aime en littérature ? Je n'aime ni le fantastique (j'ai essayé, je suis réfractaire sans rémission) ni les allégories. Or l'Épine du cerf est une allégorie fantastique ou un texte fantastique allégorique, comme on voudra. J'aime pourtant Rochon, l'Espace du diamant est l'un des meilleurs romans que j'aie lu (il est dans mon top 25).

Les villes invisibles
, d'Élisabeth Vonarburg. Ce texte-là fait ce qu'il peut pour que le lecteur n'y trouve pas son plaisir. Il est écrit à la seconde personne du pluriel (le vous), ça crée un gouffre entre le texte et le lecteur, un grand espace froid, peu invitant et difficile à combler. La fin est télégraphiée depuis le début (surtout si on connaît un peu l'auteure). N'empêche que j'ai été harponné et, malgré les aspects intello-frigo du texte, j'ai aimé. En dépit de.

Jos Montferrand et le grand brigand des routes
, d'Alain Ducharme. Un conte. Cute. Rien à en dire d'autre.

La machine à raconter des histoires
de Francine Pelletier. Le meilleur texte du numéro. Une bonne histoire, sobrement racontée, plantée dans le décor de Vilvèq, une vie entière offerte au lecteur qui en redemande.

Le dôme de Saint-Macaire, de Jean-Louis Trudel. Après deux nouvelles assez ennuyeuses (Les noms de la proie et La solitude des dieux), Trudel revient en belle forme. Une histoire solide, dynamique, avec un background fascinant. On lui reprochera un peu quelques lourdeurs pontifiantes : « Il caressait toujours les mêmes rêves d'un monde meilleur à bâtir, et ce monde aurait la perfection des rêves qui n'ont jamais été gâchés par l'épreuve de la réalité » et « Mais il avait un rêve plus important que le sacrifice de sa bonne conscience ».

La disparition, de David Dorais.
Youïlle, youïlle. Encore du fantastique, servi par une écriture correcte mais qui n'évite pas la surcharge par moment.

Au bout du compte, un assez bon numéro : un très bon texte, deux bons.

Cote 6,5 / 10


vendredi 11 juillet 2008

5. Antoine Noblecourt et la quête de Neith - Alain Jetté

« Un jeune Québécois est entraîné malgré lui dans l'Égypte des dieux et des déesses.
Et puis que peut-on faire, à onze ans, lorsque son poisson rouge se transforme en déesse égyptienne et que des événements fantastiques viennent bousculer le quotidien ?
Antoine Noblecourt voit sa vie transformée lorsque Dame Neith lui demande rien de moins que de sauver son univers ! Commence alors une série de quêtes et d'épreuves afin de découvrir qui est le responsable de l'enlèvement du dieu Amon. » (Extrait de la quatrième de couverture.)

Voilà un curieux roman qui est une sorte de work in progress, ou plutôt de talent en développement, car l'auteur qui termine le roman n'est plus le même que celui qui l'a amorcé. Au fur et à mesure que le roman progresse, on sent l'auteur prendre de l'assurance, son métier se fait devant nos yeux, et, quelque chose d'assez miraculeux se produit, on assiste à la naissance d'un écrivain.
La quête de Neith a suscité mon adhésion pour la qualité des dialogues, le sens de la répartie et l'humour dont Alain Jetté fait preuve.

Il y a de petits défauts qui émergent par moment : vocabulaire chancelant (carcan pour carquois, par ex.), points de vue flottants, français un peu laborieux (Mais plutôt que de s'insulter, son père lui répondit, et se remplit d'une patience qu'Antoine n'aurait pas eue, pensa-t-il. p.95)... Rien qui ne se corrige. Mais tous ces défauts apparaissent surtout au début et se dissipent dans le déroulement du roman. De sorte que le lecteur se retrouve à la fin avec un produit de meilleure qualité.

Un gros point négatif cependant : l'utilisation des mots en capitales. La majuscule est, avec le point d'exclamation, la plaie des auteurs débutants (ou des bloguistes reconvertis dans le roman) qui veulent souligner l'importance d'un point quelconque, surtout en dialogue. Mon verdict : pas besoin.

On aurait juste souhaiter que ce jeune auteur sympathique ait été entouré d'une direction littéraire plus soutenue. Pour éliminer les couacs et les mésalignements de point de vue qui existent et viennent gâcher le plaisir de lecture-spécialement au début du livre. Ce sont peut-être des points qui ne gêneront pas
– ou ne gêneront pas autant – les jeunes garçons et filles qui sont le lectorat normal de ce livre. Reste que Alain Jetté est promis à un bel avenir.

Cote : 5 / 10

vendredi 4 juillet 2008

4. L'Ombre de l'oubli - Anne Jutras

Chanel, Maxime et Justine sont hébergés par Gabriella pendant que leurs parents respectifs sont en voyage d'affaires. Mais les souvenirs de leur passé et de leurs parents s'effilochent. Ils ne peuvent même plus quitter la villa de Gabriella. Que se passe-t-il ? Mais qui est donc cette mystérieuse Gabriella qui leur donne à manger de curieux biscuits qui provoquent l'amnésie ?

Il se publie énormément de choses dans la littérature jeunesse d'ici. Et le bon grain n'est pas toujours séparé de l'ivraie... À regret il faut dire que l'Ombre de l'oubli appartient à la seconde catégorie. Voilà un roman qui aurait véritablement bénéficié d'une direction littéraire exigeante et soutenue.

Les problèmes sont nombreux, mais pas rédhibitoires si chacun est pris séparément. C'est de leur agglutination que naît l'obstacle au plaisir de lecture.

Primo, ce sur quoi je me suis buté (principalement), l'inconstance des personnages. Ce sont de véritables girouettes émotives. On peut admettre que, sous le stress, les émotions des individus dérapent ou même ne fassent plus de sens. Mais, ici, c'est d'une ligne à l'autre, d'une réplique à l'autre, que leurs émotions virevoltent, basculent, et pirouettent... Ça sent tout simplement le manque de maîtrise de l'auteure.

Secundo, le niveau de langage. Utilisant une langue parfois recherché, parfois relâché, parfois québécoise, parfois franchouillarde , les personnages se cherchent une âme langagière tout au long du roman. Un problème qui restera irrésolu jusqu'à la fin.

Tertio, le vocabulaire de l'auteure est parfois approximatif, ce qui est agaçant. Voir furibond et barjo, parmi quelques autres.

Quatro, l'Ombre de l'oubli est un roman où les personnages décrivent les émotions qui les habitent plutôt que de les vivre. Et comme ils vivent un tourbillon incessant d'émotions, ça nous donne des descriptions idoines.

Quinto ! Ce roman est un véritable festival du point d'exclamation ! En veux-tu, en v'là ! Ce maniérisme est extrêmement courant chez les auteurs débutants ! Mais rien qu'un bon travail de direction littéraire n'aurait pu prévenir ! Ou atténuer !

Direction littéraire inadéquate, voilà le problème de fond de ce roman.


Cote 2 / 10