Affichage des articles dont le libellé est écrivain québécois. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est écrivain québécois. Afficher tous les articles

samedi 28 novembre 2009

112. Katapulpe n° 8


Notons d'abord que la couverture de ce huitième numéro de Katapulpe est la chose la plus laide que j'aie jamais vu. Ça semble pas si mal sur la photo ci-contre, mais dans la réalité, c'est affreux en pas pour rire. D'autant plus que le fanzine a été imprimé sur des feuillets colorés simili-fluo : rose nanane, jaune vif, vert pomme, écarlate, et même noir ! Tous les gouts sont dans la nature, certes, mais je n'aurais pas voulu être surpris à lire ce Katapulpe dans les transports en commun ;-)   Sans compter que la même mise en page des textes, avec ses faux alignements, ses ruptures de paragraphes, etc, bien que placé sous le signe de la ludicité, m'a laissé sceptique.


Bonbons acidulés de Hans Delrue. L'inspecteur Thompson est sur les dents, des bonbons ont tué une centaine de personnes et le secret menace de se rompre. Si on arrive à croire qu'une centaine de morts puisse passer inaperçue dans la presse, ça va; autrement la prémisse est bancale. Pourtant, tout le reste est exemplaire, les personnages, la tension, les dialogues. Ce lecteur-ci a été incapable de l'incrédulité nécessaire à la bonne réception de ce texte. 6 / 10

Mardi soir d'Anny Bussières. Un tout petit événement vient ne pas bouleverser la vie propre et rangée de Léopold et Gisèle. Une remarquable nouvelle, la meilleure du numéro, avec quelque chose de retenue dans la manière qui est le gage d'un auteur véritable. 9 / 10

Gare aux papilles ! de Marie-Ève Caron. Un homme (magicien ? savant fou ? thaumaturge ?) invente le bonbon qui donne l'euphorie et le bonheur... En plus d'être trop chargée (ah ce besoin d'accoler un qualificatif à chaque nom et cette abondance de détails inutiles), cette histoire ne va nulle part, elle se termine d'ailleurs sur un paragraphe moralisateur, et elle est écrite par une jeune femme qui en est manifestement à ses premières armes. Comme tel, c'est un texte raté, mais l'auteure montre de belles promesses, notamment au niveau d'une certaine dérision narrative.  3 / 10

Obsèques, ou la mort de ce qui était du bonbon de Catherine Mathis. Ouille. Dans une revue consacrée à la nouvelle littérature (sous toutes ses formes), y a toujours un texte si poétiquement obscur et répétitif que je n'y comprends rien. C'est lui, ici. J'ai franchement hais ça, je cite : Je suis tout. Tout. Mais pas le caillou dans la chaussure, ni le sable sur le légume qui titille la dent et agresse le moi profond lorsque cette dernière, innocente, se laisse aller au plaisir de la mastication. Hein ? Quoi, quoi quoi ? Pour moi, lecteur qui aime se faire raconter quelque chose, une histoire par exemple, ou un simple moment de vie, Mathis est une de ces auteures qui aime s'écouter parler. Non-coté, parce que j'hésite à mettre zéro à un texte dont le sens m'échappe complètement.

Bonbon le moustique de Valérie Bonenfant. Un conte. C'est cute. Le lien avec le thème est ténu (si le thème avait été les pyramides, le moustique se serait appelé Chéops, voilà) mais c'est ok. Sans plus. On aurait vu ça dans Lurelu, plutôt que Katapulpe.  4 / 10

Le baiser de Réjean d'Anne-Marie Bouchard. Sur le chemin du retour à la maison, Réjean se fait attaquer par des petits malfrats. Il se défend et prend le dessus. Puis survient un malentendu... Le thème du bonbon est repris avec originalité, on dirait un bonbon acidulé. Jolie réussite. 8 / 10

Le jongleur de panache d'Eden Turbide. Un homme jongle avec des bonbons Panache sur le coin des rues. Il en mange autant qu'il peut... L'histoire semble pendre une direction au départ (conte lumineux), prend ensuite une tangente plus réaliste (au dépanneur) puis se termine sur une fin très facile. Un léger ré-alignement narratif aurait été nécessaire, à mon avis. Mais, mise à part une tendance à l'excès d'épithètes, l'auteure mène bien sa barque. 5 / 10

Jubilé de cannelle de Pierre H. Charron. Une série d'événements plus ou moins tragiques s'enchaîne lors du spectacle anniversaire du centenaire de Fontaine des Bois. La nouvelle la plus ambitieuse du lot, qui demande une lecture soutenue et même, dans le cas de ce lecteur-ci, une relecture pour bien tout saisir. Charron fait montre d'un réel talent dans la construction de son histoire et de beaucoup de vivacité pour emmêler tout ça bien proprement, sans laisser dépasser une ficelle. C'est charmant et agréable. Bémols : quelques emplois fautifs de vocabulaire (plaidoyer, par ex.) et une concordance des temps qui mériterait d'être plus soignée. 8,5 / 10

Drama d'Alexandre Dumont. En bref : un homme se transforme en paparmenthe. Aussi simple que ça, mais l'auteur fait montre de talent et nous propose une espèce de petite fable sur le monde moderne, ses excès, sa frilosité, qui m'a beaucoup plu. 7 / 10

Saveur nanane de Jessie Lepage. Une nouvelle qui parle de manière poétique et onirique d'inceste (je crois). La manière est roborative, elle crée un mouvement doux et curieux auquel j'ai cédé. Ce n'est pas totalement maîtrisé, mais c'est impressionnant en diable. À vrai dire, je ne sais pas si j'ai vraiment aimé ce texte, mais il m'a laissé sur une ambiguïté qui fait son chemin en moi, sans doute en raison du mélange entre la légèreté (les nananes) et le drame de l'inceste. 7,5 / 10

Quelques bémols : ce lecteur-ci a noté un certain nombre d'emplois fautifs de vocabulaire, c'est ce qui l'a le plus agacé, parce que c'est le travail de la rédaction du fanzine d'y voir et de les signaler aux auteurs. Ce n'est pas mineur. On note aussi une tendance à surcharger les textes de détails qui n'ajoutent rien...

Cote 6,5 / 10. Un excellent numéro avec quatre bons textes. Mais prenez garde à la présentation visuelle, enfilez vos lunettes de soleil.

jeudi 19 novembre 2009

111. Luna Park - Laurent Chabin

Élise et Jappy arrivent sur la Lune y monter un spectacle pour commémorer le 20e anniversaire de l'indépendance du Québec. Le caractère férocement bestial de cette entreprise artistique sera le prétexte pour enfermer Jappy à Luna Park, la prison d'où on ne sort pas. Mais Élise n'entend pas abandonner son homme.

Luna Park est une espèce de suite à Élise, le premier roman de cette maison d'éditions. Je dis « espèce de suite » car, ici, la présence d'Élise et de Jappy est périphérique à l'action. En fait, le lecteur est convié à suivre le train de pensées d'un individu condamné à rester à jamais sur la Lune et qui est comme le Big Brother de la place.

Quand je dis suivre le train de pensées de cet individu, il faudrait dire le train de ses récriminations incessantes. Ce gars-là, c'est le Rogatien Dubois de la Lune, l'humour en moins : il a ses idées sur toutte, il chiale contre toutte, il hait toutte, il paranoïe sur toutte, et en plus, il sait toutte toutte toutte car il est branché - politiquement et électroniquement. Certes, le personnage possède faconde et truculence, mais ce lecteur-ci doit admettre qu'il s'est très vite lassé de ce narrateur peu inspirant.


Chabin est un artisan compétent qui peine à rendre l'aigreur de son personnage. Il en met trop, constamment.
Luna Park est un pamphlet virulent qui tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge, mais dont l'âme est inexistante. Cette virulence est désincarnée. La réflexion sombre dans les lieux-communs. Ça s'étire. Le gars fulmine et digresse, mais l'action ne survient pas.

La truculence lasse à la fin. La prose est extrêmement maniérée et étudiée. D'autant que les arguments et le vocabulaire sont lourdement datés; parce qu'au fond, qui donc, en tout sérieux, oserait en 2009 parler du lumpenproletariat et bâtir conséquemment une grille d'analyse socioéconomique marxisante ?

Luna Park est un roman au développement très lent où il ne se passe à peu près rien.
Les choses y sont dites et déclamées, mais pas ressenties le moins du monde. Il n'y a rien qui soit vécu de l'intérieur. Idem pour les coups de gueule, où l'on sent l'habileté d'une technique qui n'empêche pas le léger tirage à la ligne. En fait, ce roman ressemble au canevas d'un plus gros roman que l'auteur n'aurait pas écrit.

Et la révélation finale au sujet de PARC est une sacrée couleuvre ad hoc, mes aminches. Et les couleuvres ad hoc sont les plus difficiles à avaler...

Brèfle, comme disait Bérurier, un roman longuet, qui m'a ennuyé pas mal (9 jours pour lire 114 pages, ouille), fait avec la compétence d'un bon artisan mais sans l'émotion d'un vrai artiste.

Une chose correcte sans plus, lue et oubliée dans le même élan.
Pas recommandé par ce lecteur-ci.

Cote 3,5 / 10

Luna Park
Laurent Chabin
Coups de tête, 2009
114 pages

lundi 16 novembre 2009

110. Maudits ! - Édouard H. Bond

Dans Maudits !, Sergio est armé d'une manchette, d'un harpon et d'une haine profonde de l'humanité. Ça tombe bien, une bande d'ados en limousine croise son chemin en s'en allant à l'après-bal. Ils sont souls, stones, gonflés de poutine et de désir. Édouard les avait pourtant avertis de ne pas prendre la route 343... (Extrait de la 4e de couverture) Toute la manière, toute la saveur de Bond est dans ce « Ça tombe bien »

J'ai bien l'impression d'être le dernier à venir parler de ce bouquin-là, sorti il y a quelques petits mois. Mais si les premiers volent la vedette, les derniers n'ont pas toujours torts, et vogue la galère des métaphores mélangées qui vient s'échouer ici.

Car il est bon, ce roman, à mon avis supérieur à Prison de poupées dont j'avais pourtant pensé le plus grand bien. L'histoire c'est celle d'un écrivain, Édouard Bond, qui met en garde un groupe d'ados en goguette de ne pas emprunter la route 343. Les jeunes n'écoutent pas la voix de l'auteur; entre en scène Sergio, prototypique héros de slashers, qui va leur en faire voir de toutes les couleurs.

L'action est non-stop, la psychologie sommaire comme il se doit, mais Bond est un sacré écrivain et il arrive à créer des personnages crédibles, indépendants, à bien les développer dans les limites du genre. On rigole aussi, malgré la violence qui se manifeste, le récit est riche en gags de toutes sortes.

Au final, ça donne un roman extraordinairement divertissant, parfaitement maîtrisé, écrit dans une langue qui n'est pas de bois, au contraire, mais bien en chair, humide, léchante, rose de désir et rouge de sang...

Seul petit bémol, les intercalaires ont laissé ce lecteur-ci complètement indifférent. Ils sont inutiles, arbitraires et le roman aurait trouvé une plus grande cohérence sans cet inutile rappel à la réalité. Une peccadille.

Édouard Bond est un formidable écrivain.

Cote 9 / 10

Maudits !
Édouard H. Bond

Coups de tête, 2009
141 pages

mardi 27 octobre 2009

107. Épitaphes - Jonathan Reynolds

Tous les textes de ce recueil ont parus dans diverses revues, à l'exception d'Épitaphes qui est original.

Blondes. Rousses. Noires
. Confidences de bar qui se terminent par une entourloupette typique du fantastique. Bonne nouvelle avec des dialogues solides. 8 / 10

Saison de lilas. Une histoire de vengeance, de magie et d'adultère. Enlevée et ironique. 6,5 / 10

Cornes en moins. Maison hantée et jeunes qui veulent tenir un pari ne vont jamais de pair. Côté structure, il y a des failles, et même si cette nouvelle n'est pas tout à fait réussie, c'est une de mes préférées. 8 / 10

Elle, sous la pluie. Une femme utilise un sortilège pour ramener à la vie son amant assassiné. Reynolds offre ici son meilleur texte. L'histoire trouble et troublante d'un destin à jamais malheureux. La meilleure du recueil. 10 / 10

L'autre surface. Un jeune homme vit dans le remords constant pour avoir détruit la vie de celle qu'il aime. Joli travail d'écriture dans ce texte : prose rapide et syncopée, mais le rythme rapide, s'il crée une tension, nuit à crédibilité de la phase remords du personnage principal. 5,5 / 10

Fragments. Un écrivain, sa fille, une nouvelle maison, une poupée dans le grenier. Quatre ingrédients pour créer un bon climat d'horreur. Une excellente nouvelle, vraiment très réussie. 8 / 10

Huit, comme le temps qui file... Ah, l'internet, le rêve, le sexe, une belle voisine mystérieuse. Cette nouvelle détonne par son ton ironique, sa sexualité exacerbée. Pas complètement réussie, mais elle a plu à ce lecteur-ci. 7,5 / 10

Épitaphes. Un fou qui vit dans un cimetière et fait des expériences sur des morts, ça n'augure rien de bon pour sa sœur et l'amoureux de celle-ci. Une nouvelle facette du talent de l'auteur fait son apparition, le lyrisme. Vraiment bien. 7,5 / 10

Il y a encore de petites imperfections dans l'écriture de Reynolds. Un manque de fini, à peine une touche. Pas grand chose à vrai dire : une phrase ratée, un choix de mot bizarre (précieux ou archaïque) qui vient créer une rupture de ton... Juste assez pour faire décrocher ce lecteur-ci et briser le charme.

Cote 7,5 / 10

Il ne faut pas confondre ce recueil avec un recueil à la présentation absolument identique (même auteur, même titre, même couverture), paru aux mêmes éditions, mais qui comprend en moins les deux nouvelles les plus explicites (Elle, sous la pluie et Huit, comme le temps qui file) et qui s'adresse donc à un public plus jeune.

Épitaphes
Jonathan Reynolds
Z'ailées, 2008
132 pages

lundi 26 octobre 2009

106. A pour alphabet - Chantale Mercier

À Sainte-Bonté, des jeunes filles sont tuées, puis tatouées, par un tueur en série. Rosalie, la tante d'une des victimes, mène sa propre enquête et, surprise, surprise, découvre le coupable avant les forces policières.

Ce roman est d'un amateurisme affligeant. L'auteure commet toutes les erreurs qu'une débutante peut faire sans en omettre une seule. Mais il y a pire que l'amateurisme en littérature, comme on verra à la fin de ce billet.

En vrac : Les dialogues manquent cruellement de naturel, les personnages s'expriment comme des tragédiens sans talent qui lisent des lignes bidon.

Le point de vue, lui, est hors de contrôle, passant d'un personnage à l'autre inopinément et de manière incohérente. La narration souffre aussi d'un manque de maîtrise : les descriptions sont appuyées, répétitives, et l'auteure s'emberlificote avec régularité dans des détails non-pertinents pour l'histoire, mais qui font « jolis » dans un roman. La chronologie de l'action est pour le moins approximative et la manière dont Rosalie mène l'enquête, risible.

Qui plus est, l'auteure n'hésite pas à donner ses impressions sur la situation en cours et à passer des opinions sur les personnages dans la narration. Quelle horreur.

Enfin, le vocabulaire est souvent enfantin, parfois erroné (perpétuer, pour perpétrer un meurtre), et certains mots très importants sont mis en majuscules pour montrer leur IMPORTANCE. C'est tellement poche que ce n'en est plus drôle du tout.

(Parait-il que l'auteure a bénéficié d'un coach d'écriture pour la rédaction de ce roman. Je n'ose imaginer ce que ça aurait donner sans.)

On nage dans la niaiserie tout du long de ce roman. Mais la niaiserie, l'insipidité, l'infantilisme sont des valeurs personnelles que chacun définit pour lui-même, selon son histoire, ses convictions, son éducation, ses lectures. Ce n'est certainement pas tous les lecteurs qui partageront mon point de vue. (Il n'y en aura peut-être même pas un...) Par contre, ce qui est inadmissible, c'est le plagiat. Il y a dans un chapitre hautement touristique de ce roman des phrases entières qui sont tirées de la Wikipédie, telles quelles, sans mention de source, rien; elles sont données comme l'œuvre de l'auteure, mais le style correct est si loin de ce que Chantale Mercier est capable de produire que la supercherie est tout de suite découverte. Honte.

Tout n'est cependant pas perdu : le livre lui-même est un bien bel objet. La couverture est magnifique et la police de caractères qui a été utilisée est un vrai régal pour l'œil.

Cote 1,5 / 10

A pour alphabet
Chantal Mercier
JKA, 2009
256 pages

samedi 26 septembre 2009

100. Vers l'est - Mathieu Handfield

Hauteville est un meurtrier, Paul Moreau un vieil homme qui se meurt d'un cancer, Yves Normandin un ex-comédien recyclé en prof de collège. Ces trois hommes que rien ne destine à se rencontrer vont pourtant se retrouver ensemble dans une quête impossible vers l'est du pays pour y trouver la rédemption, la paix, le sens d'une vie... Mais c'est sans compter la présence d'un ours qui parle et d'une troupe de scouts guidée par le chef Marco, un individu qui aime un peu trop les enfants...

C'est le troisième livre des éditions de Ta Mère que je lis et je dois avouer que je suis vraiment impressionné par la qualité éditoriale de cette micro-maison d'édition. Les plus belles filles lisent du Asimov de Simon Charles était un roman exceptionnel. Plusieurs excuses de Stéphane Ranger m'avait quelque peu déçu mais pas complètement.

Handfield est un auteur que je ne connais pas. Mais il a un sacré talent pour conter et rester au contrôle de cette histoire pleine de rebondissements, de chaleur et de verve. Sa manière n'est pas sans rappeler Tom Robbins, avec la même désinvolture dont est capable Didier van Cauwalaert et le côté jubilatoire des meilleurs textes de Calvino. De grosses références, mais rien que du bon, en somme.

Cote 9,5 / 10

Vers l'est
Mathieu Handfield
Ta mère, 2009
199 pages

mardi 8 septembre 2009

97. Hell.com - Patrick Senécal

Daniel Saul est un des hommes les plus riches du Québec. Dans la jeune quarantaine, beau, fonceur, intelligent, il est sans pitié pour la concurrence et les losers. Daniel a tout pour lui.

Quand un ancien collègue de classe lui propose de devenir membre de Hell.com, un site secret où tout – tout ! – est possible pour ceux qui le fréquentent, Daniel accepte. Il est un « maître du monde » après tout. Il peut tout se permettre.

Mais Daniel a oublié qu'on ne monte pas aux enfers, on y descend. Et leur profondeur, qui est abyssale, n'aura d'égale que son désespoir. (Abrégé de la 4e de couverture)

Il semble bien que Senécal en avait un mauvais en lui. Parce que, autant le dire d'emblée, ce roman n'a vraiment
– mais vraiment – pas fonctionné pour ce lecteur-ci.

Primo, le personnage principal est antipathique et ses motivations douteuses. Ce n'est pas rédhibitoire en soi, mais ça a empêché l'identification entre moi et le perso. Et puis, encore un milliardaire ! Encore un membre de l'élite... Il y avait aussi un fort capital d'antipathie dans le précédent roman de Senécal, Le Vide. Mais la narration se faisait à trois personnages, ce qui diversifiait le propos et l'auteur arrivait à créer un niveau de connivence entre le lecteur et les personnages.

Dans Hell.com, cette connivence ne s'établit pas. Dès le départ, Daniel Saul est odieux, obsédé par sa belle vie et le sexe. Son fils ado est modelé à son image, en pire parce que « full fru ».

Les motivations de tous et chacun sont assez sommaires, voire risibles, en particulier celles de Daniel et de Martin, son confrère de collège. Primitive la psychologie.

Mais, bon, on ne lit pas Senécal pour les mêmes raisons qu'on entreprend Les frères Karamazov. Pas le même rayon. On veut de l'action, du suspense, on veut se faire harponner dans le flanc et être emporté par le flot. On veut que ça bouge ! Que ça déménage ! On veut commencer le roman lundi soir et le terminer mardi matin.

Ce lecteur-ci a beaucoup été déçu. Hell.com est divisé en deux grandes parties. La première et la deuxième. (Ha ha ha.) La première raconte l'apprentissage des limites de Hell.com par Daniel, et c'est une partie qu'un célèbre Tremblay (François-Bernard, celui-là) a ainsi qualifié : C'est
Anne-Marie Losique qui nous fait découvrir la Culture du X. Aussi poche que ça.

Ça se corse un tantinet dans la seconde partie où Daniel Saul, ayant connu comme son illustre prédécesseur
son chemin de Damas, vire capot à propos de Hell.com et décide qu'il va sauver la vie de son fils en tentant de l'arracher à cet enfer... Partie cousue de fil blanc, sans aucune surprise, mais avec du ressort dans la jambe qui fait qu'on a enfin le goût de lire la suite. Mais c'est venu trop tard pour moi. Ça m'a pris plus d'une semaine à terminer ce gros roman, que je ne recommande pas.

Cote 5 / 10

Hell.com
Patrick Senécal
Àlire, 2009
557 pages

lundi 31 août 2009

96. Un tour en Arkadie - Francine Pelletier

Son astronef n’obtenant plus de contrat, Frédérique Laganière accepte sans gaieté de cœur de transporter Nicola Piccino et sa cargaison vers Arkadie à bord du Gagneur. Piccino est un individu un peu louche, et le fret qu’il emporte est-il bien du matériel agricole? Frédérique est habitée par un doute sur la légitimité du cargo et de son affréteur, mais il faut bien vivre…

L’intuition de Frédérique se confirme lorsqu’à peine arrivé en orbite d’Arkadie, Piccino sort un pistolet et menace de faire exploser le Gagneur et son équipage (Frédérique et sa pilote Cristane) si la cargaison n’est pas détournée de sa destination initiale. Posée en catastrophe, la barge est aussitôt capturée par des mercenaires à la solde des loyalistes qui mettent la main sur Piccino et le soumettent sans plus attendre à une torture brutale.


Piccino, Frédérique et Cristane seront libérés par des nationalistes lors d’une action militaire menée contre les mercenaires. À l’abri dans les grottes où se terre un groupe de nationalistes dissidents, Frédérique sera mise au courant des relations pas très claires que la planète entretient avec les grandes puissances de Cristobal, l’Hindustan et le Zhongguo, ainsi que de la complexité de la politique arkadienne, divisée entre loyalistes, fidèles à l’ancienne administration des compagnies minières, et nationalistes, eux-mêmes scindés en rebelles, qui revendiquent l’autonomie d’Arkadie et son détachement des pouvoirs des compagnies minières).


Les sympathies de Frédérique et de Cristane se portent d’emblée vers les nationalistes rebelles. Les deux Cristobaliennes feront équipe avec eux jusqu’à la fin de la lutte. Ce qui amène le lecteur à conclure que toutes les deux sont atteintes du syndrome de Stockholm, avec une mention spéciale à Frédérique; non seulement embrasse-t-elle la position idéologiques des rebelles qui la séquestrent « pour son bien », mais elle en pince très sérieusement pour le chef présumé de ceux-ci, Nicola Piccino lui-même (alias Nikolaï, alias Ouri), un homme qui lui a menti, et l’a kidnappée et brutalisée en la menaçant de mort. Mais il est si séduisant !


Jusqu’à ce point, le roman a un certain élan, une tension soutenue par l’écriture lente et mesurée de Pelletier qui est une sacrée conteuse. Mais à partir du moment où Frédérique se retrouve dans le repaire des rebelles, l’élan est coupé net et le roman devient essentiellement statique. Il y a bien quelques sursauts d’action dans la dernière moitié, cependant le lecteur est emprisonné dans un filet de paroles, d’explications et de laborieuses descriptions de déplacements. Par ailleurs, dans la mesure où la vraie vie de guérilla doit justement ressembler à ça : beaucoup de parlotte, de coupage de cheveux en quatre et d’arguties théoriques, mêlés à quelques actions violentes assez rare, on pourrait dire que l’aspect mimétique du roman de Pelletier est parfaitement réussi. Et pourtant, je me suis ennuyé, parfois considérablement, et la tentation d’en sauter des bouts m’a souvent tourmenté.


En entrevue télévisée, Francine Pelletier avouait avoir simplement cherché à écrire un roman d’aventures dénonçant la guerre. La question se pose donc à savoir si elle a réussi son pari. Hélas, il n’y a pas que l’enfer qui soit pavé de bonnes intentions, les romans ennuyeux le sont aussi. Un tour en Arkadie est un roman où l’aventure est terne, répétitive et relève pour l’essentiel de la discussion. Quant à la dénonciation de la guerre, il est remarquable – en même temps que pervers – de constater que les scènes de combat soient les plus réussies, les plus fougueuses et certainement les plus emballantes du roman (ce qui n’est certes pas nouveau en soi, puisque c’est généralement le destin de la plupart des œuvres antimilitaristes, je ne vois que Paths of Glory, le film de Kubrick, à ne pas entrer dans ce moule).


Le matériau romanesque sur lequel Un tour en Arkadie est bâti est trop ténu pour un ouvrage de cette longueur. Ramassé, ça aurait pu être un court roman soutenu. Bien sûr, on se s’attend pas d’un roman de Francine Pelletier qu’il soit plein d’actions, de poursuites et de dialogues percutants. Pelletier est maîtresse des atmosphères feutrées, du mystère, du non-dit… Mais avec ce roman est tout simplement long et ennuyeux.


Un dernier point, plus sérieux car il est l’âme du matériau romanesque, concerne le personnage principal. Frédérique Laganière est une jeune femme dont les épaules ne sont pas assez larges pour supporter l’intrigue du roman. Elle n’a ni la prestance, ni l’intellect, ni la maturité pour être héroïne de roman. Il y a, en elle, trop d’innocence (dans tous les sens du terme) et d’ingénuité pour que le lecteur adhère au personnage. Contrairement à son père, Manuel, qui était le héros de Si l’oiseau meurt…, le précédent roman de cette série, et qui devait faire face à des problèmes similaires, mais qui lui était porté par la quête de sa propre identité; dans Un tour en Arkadie, Frédérique Laganière est tout simplement ballottée par des mouvements sociaux qu’elle comprend à peine et dont elle ne saisit pas toujours la portée. Elle devient donc l’observatrice immature d’une société qu’elle est incapable d’appréhender.

J’aime beaucoup Francine Pelletier, et je suis généralement sensible à l’esthétique et à la thématique de ses romans, mais là, je dois admettre qu’elle a tout écrit un roman qui n’a pas fonctionné pour ce lecteur-ci.


Cote 6 / 10

Ce commentaire de lecture est initialement paru (sans pointage) dans Brins d'éternité n° 23.

Un tour en Arkadie
Francine Pelletier
Àlire, 2009
334 pages

dimanche 2 août 2009

90. Gustave et le sosie du capitaine Planète - Philippe Girard

Gustave est passionné par les aventures du capitaine Planète. Justement, pour souligner la fin de l'année scolaire, toute sa classe ira voir le film Le sosie du capitaine Planète. Et, pour l'occasion, tous les élèves se déguiseront en un personnage de l'histoire.

Bien sûr, Gustave a choisi le capitaine Planète. Mais, voilà qu'Alexandre, son rival, veut lui aussi incerner ce héros... Pour Gustave, c'est impensable. Comment pourrait-il y avoir deux capitaines Planète ? (4e de couverture)

Gustave est un garçonnet d'à peu près sept ans, qui va à l'école et qui a un caractère un peu intempestif. Ainsi, quand il croit qu'Alexandre lui a chipé un devoir, il lui saute dessus et se bat avec ! La maîtresse doit intervenir.

Le roman alterne entre les aventures du capitaine Planète (Thonk a
un plan diabolique pour se débarrasser enfin du capitaine Auguste Vinicius Planète et conquérir la galaxie : l'emprisonner et le remplacer par un clone à sa solde) et celles de Gustave aux prises avec Alexandre qui veut se déguiser tout comme lui en capitaine Planète pour aller voir le film Le sosie du Capitaine Planète.

Ce petit roman est une réussite. la prose de Girard est fluide, les rebondissements nombreux et le découpage alterné fait merveille. Le thème du double est habilement exploité de toutes sortes de manière et les illustrations -- de style bd -- de l'auteur lui-même sont dans le ton.

Cote jeunesse 8,5 / 10

Gustave et le sosie du capitaine Planète
Philippe Girard
La courte échelle, 2004
93 pages, illustré

vendredi 10 juillet 2009

86. Paul à Québec - Michel Rabagliati

C'est le deuxième Paul que je lis. Paul à la pêche ne m'avait plu qu'à moitié. J'avais avoué mon incompréhension devant l'ampleur du phénomène Rabagliati.

Paul à Québec, c'est mon épiphanie. Là, je retourne ma veste de bord.

Il y a deux soirs, j'ai commencé à lire ce roman dessinée, m'imaginant une fin de soirée agréable et sans histoire. Je me trompais lourdement.

Parce que Paul à Québec, c'est le quotidien de Paul et Lucie et de leur fille Rose, alors que le père de Lucie se meurt d'un cancer en maison de soins palliatifs.

On ne rigole pas. Ou si peu.

Cette histoire-là et la manière simple et directe avec laquelle elle est racontée m'a complètement chaviré. Je me suis mis à brailler quand le père a dû être placé en centre hospitalier pour terminer sa longue agonie et je n'ai pas arrêté de hoqueter jusqu'à la fin.

(J'ai beau me dire que j'étais off mon Paxil depuis deux jours, et que ça crée un environnement favorable au surgissement des émotions refoulées, mais quand même... Je pleurais à gros bouillons et j'étais estomaqué de ma réaction; comme dans une transe schizophrénique, j'étais ému et je me voyais ému comme de l'extérieur, bizarre, bizarre, une espèce d'expérience extracorporelle.)

Le dessin de Rabagliati est d'une remarquable simplicité.Son dépouillement n'est pas sans rappeler celui de Tintin au Tibet. Un roman dessiné que je recommande chaudement. N'oubliez pas vos kleenex.

Cote 8,5 / 10

Paul à Québec
Michel Rabagliati
Pastèque, 2009
187 pages

vendredi 3 juillet 2009

85. Prison de poupées - Édouard H. Bond

Prison de poupées, c'est une pénétration à vif dans l'univers ensanglanté d'une prison pour femmes où les prisonnières tentent de survivre aux fantasmes d'une directrice et de sa meute, toutes plus animées les unes que les autres par des instincts sauvages. Les captives sont violées, humiliées, torturées et soumises aux abus de manière telle que même les prisons d'Abou Graïb et de Guantanamo se mettent à ressembler à des CPE. . Un roman décapant, à ne pas mettre entre toutes les mains.

Ayoye ! Prison de poupées n'est pas un livre à mettre entre toutes les mains. Sainte-Nitouche s'abstenir, idem pour les cœurs innocents. Cette histoire sordide et déjanté se déroule dans un milieu carcéral complètement destroy. À mon avis, ce livre appartient plus à une collection qui se serait mieux appelé Coups de bite que Coups de tête.

D'entrée de jeu, il convient de savoir que le H du patronyme de l'auteur, c'est pour Hardcore (on imagine quand même qu'il s'agit d'un subtil nom de plume, là, parce que je ne suis pas sûr que la Direction de l'état civil aurait accepté un prénom pareil). En tous cas, ça nous le place tout de suite. Et, après avoir lu son roman, je peux dire qu'en voilà un qui remplit ses promesses (contrairement à cette Mme de Saint-Phalle, par exemple, dont j'espérais beaucoup de sa Chandelle au titre si prometteur, ah là là, quelle déception ce fut naguère).

Bref, pour orvenir à nos brebis, celles qui broutent et se broutent avec entrain, avouons qu'on ne s'ennuie pas avec Bond. Prison de poupées est un mix de Jean-Jules Richard, de Mickey Spillane, de San-Antonio, de Jean Narrache et de roman porno. Les événements se déroulent à la prison à sécurité ultra-maximale des femmes de Saint-Jean-de-Matha, haut-lieu de l'imaginaire de l'auteur. Où il donne libre cours à ses délires et autres obsessions : cul, bondage, viols, violence sont au rendez-vous.

Ce n'est pas l'histoire qui intéresse ici ; elle est banale au point d'être insignifiante. C'est le traitement trash que Bond fait subir au langage. Ce gars-là a une voix unique, un sens de l'image qui fait mouche, du détail précis et pittoresque. Dans le paysage de la littérature de genre au Québec, plutôt sage, voilà une voix extraordinairement neuve et originale, qui utilise la langue avec une virtuosité qu'on ne voit pas souvent, témoin cette scène où une convicte est en train de mourir :
La Grande Faucheuse se donne un swing, orlève sa lame impitoyable dins air, son frêle corps élancé, son crâne semble sourire en coin mais c'est pas évident à évaluer d'icitte. [...] Dans le reflet de son arme, dans le miroir du métal, Olivia se mate les fuckin diapositives de sa pauvr'existence. Des jpg pour la plupart flous, des souvenirs à moitié effacés, des histoires pas super mémorables...
C'est comme ça d'un bout à l'autre. Moi, j'ai adoré. J'aime mieux une voix nouvelle qu'une histoire saisissante. Comme a écrit Foglia tout récemment : J'ai pris plaisir au texte beaucoup plus qu'à l'histoire qu'il raconte.

On trouve le blogue de l'auteur en cliquant ici. Divertissant, pas fait pour les enfants.

Cote 8 / 10

Prison de poupées
Édouard H. Bond
Coups de tête, 2007
122 pages

mardi 9 juin 2009

80. Marmotte - Bryan Perro

Marmotte est le tout premier roman de Bryan Perro, paru en 1998 chez Glanures, un petit éditeur aujourd'hui disparu. Les Intouchables ont eu la bonne idée de reprendre les trois romans littéraires de Perro, avant qu'il ne se mette à Amos Daragon et connaisse le succès que l'on sait.

Marmotte, c'est l'histoire d'un jeune garçon vivant dans une famille dysfonctionnelle des années 50 à Shawinigan. Et dysfonctionnelle est un terme bien faible, car dans cette famille règne l'abus, l'inceste, la violence, l'alcoolisme, le crétinisme, la maladie...

Si le sujet est sérieux, le ton, lui, est enjoué. Le narrateur, qui souffre d'un manque de connaissance pour vraiment nommer les choses qui l'entourent, a une vision naïve, simple et (bien entendu) puérile des gens et des événements. Ça donne une histoire souvent drôle, parfois touchante, avec une fin apocalyptique inattendue. Tout est dans le ton.

Ce premier roman d'un jeune auteur n'est pas tout à fait réussi. Par moments, Perro s'offre des petits solos de flûte, comme dit si bien Pennac. Et il y aurait eu lieu d'élaguer la marchandise pour en tonifier le propos. Mais c'est un problème extrêmement mineur.

En somme, un bon roman, dur et noir, que ce lecteur-ci recommande.

Cote 7,0 / 10

Marmotte
Bryan Perro
Les Intouchables, 2008 (éd or. 1998)
186 pages

jeudi 28 mai 2009

77. Amour, chocolats et autres cochonneries - Évelyne Gauthier

Que faire quand on a vingt-huit ans, beaucoup d'imagination, qu'on s'appelle Amélie Tremblay, qu'on est un brin cynique, un peu cinglée, plutôt fantasque, pas mal délurée, assez tordue, franchement irrévérencieuse, et qu'on se donne pour défi d'améliorer sa vie, et ce, avant la trentaine ? En compagnie de ses amis, à la fois source de force, d'inspiration et de problèmes, face à une patronne-vampire abusive, à des parents protecteurs, et en proie à des relations fort houleuses avec la gent masculine, Amélie cherche à faire sa place. (Extrait de la 4e de couverture)

Amélie, l'héroïne de ce roman, est-elle cynique ? Naïve, oui, mais pas cynique. Cinglée, alors ? Impulsive, oui, certainement pas cinglée. Délurée ? Moins que sœur Angèle, si on veut mon avis. Jugez un peu sa réaction lorsqu'elle jette un coup d'œil sur la bibliothèque d'un copain : « Un livre me saute aux yeux. Comment faire jouir votre femme comme une folle. Je recule brusquement, comme si j'avais été brûlée vive et je me retiens de ne pas pousser un cri ». Tordue et irrévérencieuse ? Disons plutôt, franchement gourde et idiote.

L'auteure elle-même n'est pas dupe du personnage qu'elle a créé. En effet, ce lecteur-ci a eu comme un malaise vers la fin du roman, alors qu'Amélie se roule dans la fange de l'auto-admonestation et bat sa coulpe avec acharnement
– il n'y a pas une page dans les soixante dernières menant à la résolution finale où l'héroïne ne s'accuse pas d'être gourde, idiote et, de façon générale, sans dessein.

Le roman met donc en scène une gourde extrêmement caricaturale pour laquelle, au bout du compte, je n'ai eu que peu de sympathie. Amélie est une girouette sans consistance, mise au monde pour se mettre les pieds dans les plats et se faire généralement humilier par ses pairs. L'auteure beurre épais.

Pire, elle se répète.
J'ai rigolé à quelques reprises face aux réactions d'Amélie, surtout au début avant que l'effet de répétitions ne vienne gâcher la sauce. Mais la rigolade s'est rapidement transformée en ricanement, et en exaspération devant cette accumulation de sottises. L'auteure utilise TOUJOURS la même recette pour créer des situations qu'elle voudrait drolatiques, amusantes ou embarrassantes. Après 100 pages, ce lecteur-ci a commencé à ressentir une certaine lassitude, voire une lassitude certaine – et le roman pèse 444 pages !

Si l'arc du roman repose tout entier sur le désir éperdu d'Amélie de se trouver un Prince Charmant et de faire un beau mariage, l'auteure a jugé bon d'incorporer deux intrigues mineures afin de donner du nerf à l'histoire et la diversifier un petit peu.

La première de ces sous-intrigues est d'ordre journalistique et place Amélie devant les dilemmes usuels qui se présente à n'importe quel journaliste, à savoir jusqu'où aller pour poursuivre un bon scoop ? Mettre sa vie en danger ? Menacer les emplois de ses collègues ? Ça aurait pu être intéressant et donner de la profondeur au personnage. Hélas, pour croire à ce qui nous est révélé et à la manière que cette révélation se produit, il faut suspendre sa crédulité au vestiaire et mettre son cerveau à off. Sérieux. Disons que le désarroi d'Amélie est loufoque et imbécile.

L'autre sous-intrigue, la vente du magazine où travaille l'héroïne à son principal concurrent géré par sa pire ennemie depuis le secondaire, disons (charitablement) qu'elle ne sert
qu'à étirer la sauce et qu'un éditeur professionnel aurait dû faire la sauter parce qu'elle n'apporte rien, mais rien de rien, ni au roman ni aux personnages. D'ailleurs, l'auteure s'en débarrasse assez cavalièrement, signe qu'elle-même ne croyait pas à sa valeur intrinsèque.

On aura sans doute compris que ce roman appartenant à la chick lit ne m'a pas plu. La chick lit se signale par la légèreté et l'observation humoristique des tensions entre amies de filles, travail, famille et chums de gars. Ces éléments se retrouvent tous dans ce gros roman, l'auteure connait le genre. Mais la légèreté et la finesse des observations ont été remplacé par l'ineptie et le gros trait.

Amour, chocolats et autres cochonneries a obtenu un excellent succès de librairie, semble-t-il.
Même Suzanne, ma tendre et douce, a apprécié ce divertissement. Il y a eu une édition française, je crois. Et l'auteure se prépare à lancer la suite aux mêmes éditions. Assommez-moi avec un deux par quatre, car je suis incrédule !

Ah oui, dernier point, mineur mais agaçant, l'auteure est une fan finie du point d'exclamation ! Elle s'en sert pour marquer n'importe quelle émotion : joie, horreur, jubilation, entêtement, morosité, peur, crainte, nommez l'émotion il y a toujours, toujours, toujours, un point d'exclamation pour la mettre en valeur !!! Treize à la douzaine. C'est affolant pas à peu près.

Cote 3,5 / 10

Amour, chocolats et autres cochonneries...
Évelyne Gauthier
De Mortagne, 2007
445 pages

mercredi 13 mai 2009

74. Paul à la pêche - Michel Rabagliati

Je ne sais pas lire les bandes dessinées « sérieuses ». J'oublie tout simplement de regarder le dessin. Je lis le texte et je peux lire plusieurs pages en remarquant à peine le dessin.

J'ai choisi Paul à la pêche à la bibliothèque sur la base des excellentes critiques que la série reçoit à travers la presse et les blogues. « Ça risque d'être pas mal, tant d'unanimité, c'est bon signe », me suis-je dit in petto.

Mon verdict est mitigé. Paul à la pêche est un roman, avec moins de mots et plus de dessins. Ça se lit en une heure, deux heures si vous vous attardez aux dessins.

L'histoire est mince mais habilement menée. Le dessin est simple, rustique à la limite, mais correct, c'est pas sophistiqué pour cinq cennes, mais c'est parfaitement cohérent avec le propos.

C'est léger, presque amusant, les retours en arrière sont joliment amenés. C'est léger même si l'histoire prend un tour dramatique à compter de l'épisode de la fillette et de son chien. Suivent alors d'autres revirements qui donnent au récit un tour tragique. Puis ça devient mélo comme un film mexicain des années 60 et ça se termine sur une note tellement sirupeuse qu'un lecteur diabétique va devoir prendre de la metformine rien que pour lire la fin sans défaillir.

Tout compte fait, Paul à la pêche, ce sont les petites affaires de la vie ordinaire dans un emballage lui aussi plutôt ordinaire. On pourrait parler de parfaite concordance entre le propos et la manière. Cependant, aux yeux de ce lecteur-ci, l'enthousiasme que la série génère relève soit d'une mouvance snob, soit d'une sensibilité qui lui échappe totalement. Il refuse de se prononcer là-dessus parce qu'il reconnait bien qu'une partie de ce qu'il peut reprocher au roman dessiné est en relation avec sa propre incapacité à prendre le médium avec le sérieux qu'il mérite.

Bref, ni le dessin, ni le texte, ni l'anecdote n'ont fonctionné pour moi.

Cote 5,5 / 10

Paul à la pêche
Michel Rabagliati
La pastèque, 2006
208 pages

mardi 5 mai 2009

72. Les Moufettes attaquent au crépuscule - François Bélisle

La maison des jeunes de Dorbourg, une ville de 20 000 habitants, ferme ses portes dans des circonstances plutôt louches. Daniel accepte mal la décision et décide, avec ses amis, de faire entendre haut et fort son mécontentement à la haute société de la municipalité. (Abrégé de la 4e de couverture.)

Les Moufettes attaquent au crépuscule est le premier d'une série de deux (pour l'instant, il semble y en avoir un 3e en lecture). Ayant déjà dit tout le bien que je pensais des Moufettes livrent de la pizza, je dois admettre que le premier tome n'est peut-être pas aussi limpide que le deuxième. En effet, la narration, un peu plus hachée et nettement plus elliptique (voire trop), demande une attention de tous les instants. Ce n'est pas une lecture facile et coulante, il faut y mettre un effort.

Le tome est aussi plus politique dans son propos, avec des jeux de coulisses et des crocs-en-jambes administratifs qui ne seront pas à la portée des lecteurs moins aguerris, et met en scène des adultes calculateurs et fourbes comme on les aime.

Encore une fois, l'auteur apporte un grand soin à la vérité psychologique de ses personnages, et offre un bon choix de narrateurs qui apportent tous et chacun quelque chose à l'édifice romanesque. Mais, au bout du compte, sans que ce soit un défaut, il reste que les Moufettes attaquent au crépuscule est un roman plus exigeant que celui qui le suit.

Cote jeunesse 6,5 / 10
Ferais-je lire ce livre à Benjamin s'il en avait l'âge ? Oui.

Les Moufettes attaquent au crépuscule
François Bélisle
Z'ailées, 2007
164 pages

70. Terreur au camp d'hiver - Zachary Icks

Pascal et ses amis se retrouvent au Camp de la terreur, un camp d'hiver dont la thématique est... la peur ! Pendant toute leur semaine de relâche, ils ne vivront que pour une émotion : la peur, sous toutes ses formes ! Activités basées sur les films d'horreur, bal costumé, chasse au trésor... la semaine sera palpitante... Sauf qu'avant de partir en relâche, madame Bergeron, une suppléante, a juré de se venger des mauvais coups de Pascal et ses amis... Et si l'horreur devenait réalité ? (4e de couverture)

Cet auteur se décrit comme un ermite, voilà de quoi le rendre sympathique dès le départ ! Mais trêve de billevesées, comme disait le Capitaine.

Wow ! Quel formidable roman et quel coup d'envoi pour cette surprenante nouvelle collection. Un roman d'action enlevé et sans merci, sans pause publicitaire, une redoutable machine qui roule à toute allure vers la finale. Les personnages sont bien typés, spécialement Pascal, le héros de cette aventure, et dans la personne de Mme Bergeron, Icks a créé un vrai beau monstre, plein de rage débordante. Les dialogues sont naturels.

J'ai lu ce roman à toute vitesse, entraîné par le mouvement. Cette histoire de vengeance disproportionnée est cousue de fil noir (le blanc ne s'impose pas), à la limite elle ne tient pas la route. Il y a trop d'incohérences et d'invraisemblances pour être même-un-peu crédible : comment Bergeron entre-t-elle chez Pascal, comment les X apparaissent-ils puis disparaissent-ils ? On imagine guère des moniteurs laissant des enfants retrouver seuls le chemin du camp en pleine forêt. Bon, ça ne tient pas la route quand on examine les péripéties de plus près, mais tout le plaisir vient de la promenade.

Cote jeunesse 9,5 / 10
Laisserais-je Benjamin lire ce livre s'il en avait l'âge ? Deux fois plutôt qu'une.

Terreur au camp d'hiver
Zachary Icks
Z'ailées, 2009
103 pages

69. Gina - Emcie Gee

Hank est-il gangster, tueur à gages ? Le Noctambule est-il le repaire qu'il semble être ? Le Balafré est-il mort ? Et Gina est-elle une simple pute dont Hank tombe amoureux en la découvrant entre les bras de tous les salauds du coin ? Est-elle, oui ou non, la fille du boss ? (Abrégé de la 4e de couverture.)

Voilà un roman si parfaitement maîtrisé que ce lecteur-ci a de la difficulté à croire qu'il est vraiment l'oeuvre d'une si jeune auteure. Parce que nous sommes face à une incontestable réussite.

Roman noir et riche en atmosphère. Sans compter la connaissance experte du français argotique et des mécanismes psychologiques de la sexualité masculine que l'auteure possède. On a là un roman bien ficelé, solide, dur et rigolo dans sa truculence, avec des moments de franche comédie (les poivrots qui se tiennent la bite aux chiottes, c'est pas banal). Le montage est serré, et franchement j'ai été complètement happé par le livre. Une belle heure de lecture. Recommandé par ce lecteur-ci.

Cote 8 / 10

Gina
Emcie Gee
Coups de tête, 2009
92 pages

jeudi 30 avril 2009

68. La malédiction du coffre - Amy Lachapelle

Katherine, un vrai garçon manqué, reçoit un cadeau qui lui déplait pour son 10e anniversaire : un coffre ancien rempli de trucs de fille comme du maquillage. Après qu'une bagarre éclate dans la rue entre son groupe d'amis et ses pires ennemis, Kath a un oeil bien amoché. Elle a recours au maquillage du coffre afin de camoufler les dégâts. C'est alors que son visage se transforme de façon épouvantable... Elle se rend vite compte que le fameux coffre n'a rien d'ordinaire; il est possédé... (Abrégé de la 4e de couverture.)

Cette Katherine est une fillette avec de la personnalité à revendre. Difficile de résister à son charme. C'est une fonceuse et elle anime le roman avec beaucoup d'entrain. L'anecdote de
La malédiction du coffre est simple à souhait. Katherine reçoit un coffret maléfique (adjectif supérieur à possédé qui ne s'applique pas à des objets, enfin pas dans ce sens-là), elle l'utilise et doit en subir les aléas. Elle se débarrasse sommairement du coffret... Il n'y a une seule anecdote, et aucune d'intrigue secondaire. C'est mince un peu, même pour un public beaucoup plus jeune.

Par contre, ce que le roman manque en aventures, il le gagne dans ce beau petit personnage qu'est Katherine. Ça promet, car la fin de La malédiction du coffre laisse présager une suite.

Un gros, gros bémol : il y a assez de fautes de français pour qu'elles ne passent pas inaperçues. Ce ne sont pas des coquilles, mais des impropriétés (par ex. percevoir pour soupçonner, entrevoir), des conjugaisons boiteuses (le verbe bouillir à l'indicatif, c'est bout pas bouille), etc. C'est malheureux parce que le livre a d'immenses qualités.

Cote jeunesse 5 / 10
Laisserais-je Benjamin lire ce livre s'il en avait l'âge ? Oui.

La malédiction du coffre
Amy Lachapelle
Z'ailées, 2009
100 pages

67. 38 ans derrière les barreaux - France Paradis

Pendant 38 ans, André Patry a été l'aumonier de la prison de Bordeaux, réputée la plus violente au pays. Il a consacré sa vie à accompagner les prisonniers, à écouter leurs confidences, à leur parler de l’amour inconditionnel de Dieu sans jamais les juger.

Il y a des gens qui ont une capacité de bonté et de dévouement qui vont bien au-delà de la compassion dont nous pouvons faire preuve à chaque jour. André Patry, dit le père Jean, est de ceux-là. Dans un style emphatique, France Paradis fait le portrait d'un être dévoué œuvrant milieu épouvantable. L'auteure et le sujet sont de bons amis, elle est meme devenue bénévole à la prison après avoir connu André Patry.

Je dois avouer ne pas avoir lu les passages s'attardant sur la foi et la religion du père Jean. Pour moi, cet aspect des choses est inintéressant. Je suis convaincu qu'animé par une foi vive ou non, André Patry se serait engagé d'une manière ou d'une autre envers les démunis et les oubliés de la société, le fait qu'il ait été prêtre lui a tout simplement ouvert les portes de la prison de Bordeaux. C'était là son destin. Il y a de belles pages émouvantes dans ce livre : le Noël à la chapelle avec quelques enfants, entre autres. L'auteure évite de nous présenter ces hommes emprisonnés comme des victimes, ce sont des hommes qui ont commis des crimes terribles, parfois de sang-froid, parfois à répétitions. Mais ce sont des hommes d'abord et avant tout, c'est ce que nous montre André Patry.

Seul bémol : la curiosité étant ce qu'elle est, j'aurais bien aimé quelques photos, du père Jean, bien entendu, de la prison, de la potence, de la chapelle, de la maison de la Paix, etc.

Sympathique petit livre qui fait du bien.

Cote 7,5 / 10

38 ans derrière les barreaux : L'histoire du père Jean
France Paradis
Novalis, 2008
152 pages

lundi 27 avril 2009

66. Morlante - Stéphane Dompierre

1701. Dans la cale d'un bateau anglais, Morlante poursuit tranquillement sa carrière d'écrivain. Mais on ne l'emploie pas pour son talent à raconter des histoires ou pour sa calligraphie soignée. Quand le bateau est la cible de pirates ou d'une armée ennemie, il range sa plume, sort ses machettes et rentre dans le tas. On ne marque pas son époque en écrivant des lignes, mais en tranchant des gorges. (Quatrième de couverture.)

J'ai aimé le premier roman de Dompierre, Un petit pas pour l'homme, et j'ai moins aimé son deuxième, Mal élevé -- allez savoir pourquoi, peut-être parce que c'était un peu bonnet blanc et blanc bonnet. Mais je me suis régalé avec Morlante, son troisième roman, un virage sidérant pour cet auteur que je n'aurais jamais soupçonné être capable d'un roman semblable.

C'est un roman d'aventures avec des pirates, des flibustiers et un écrivain au pouvoir destructeur si grand (quand il abandonne la plume pour ses machettes) que les empires se l'arrachent et les autres en sont terrifiés. Mais il fait son affaire tout seul... J'ai beaucoup ri. Dompierre a un sens de la répartie et du deadpan qui sont jouissifs. Et, malgré les anachronismes langagiers, il est arrivé à me faire croire à ses personnages et à leur histoire. Une jolie réussite à tous les points de vue, et non dépourvue de profondeur; puisque Dompierre parle en même temps du rapport de l'écrivain au monde.

Coups de tête passe à un nouveau format : plus grand et plus large (proche du trade paperback américain), avec un plus grand nombre de pages et une augmentation en conséquence du prix de vente à 15 $. Ce qui demeure très abordable quand même.

Drôlement recommandé par ce lecteur-ci.

Cote 8,5 / 10

Morlante
Stéphane Dompierre
Coups de tête, 2009
154 pages