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dimanche 3 avril 2011

176. Janine Sutto - Jean-François Lépine

Née en France et arrivée au Québec à huit ans, Janine Sutto a très jeune été fascinée par le théâtre. Ça a été la toute première et seule passion  professionnelle. Sa carrière a démarré assez rapidement, les comédiens français ou avec l'accent étaient recherchés dans les années 40, ils avaient la classe et la qualité de parlure qui faisaient défaut aux comédiens du terroir. Il faut voir comment les pièces jouées à cet époque étaient lourdement plombées d'acteurs étrangers, souvent en plein déclin, ou fuyant la guerre en Europe, ou les deux.

On ne va pas passer ici la carrière de Janine Sutto en revue, Jean-François Lépine le fait très bien dans la biographie qu'il consacre à sa belle-mère (il est marié à Mireille Deyglun, une des deux filles de Mme Sutto). Signalons que Mme Sutto a eu une carrière d'une qualité et d'une longévité extraordinaire. À plus de 90 ans, elle devait jouer dans le musical des Belles-Soeurs, mais a dû déclarer forfait en raison d'une opération à la hanche.

Lépine est un journaliste. Ça parait : des faits, des dates, des chiffres... L'émotion n'est pas au rendez-vous, c'est malheureux. Pourtant voilà une femme qui aurait mieux mérité. Elle a vécu la passion avec un bon nombre d'hommes du milieu, elle a eu une fille trisomique dont elle a choisi de s'occuper tout en menant de front sa carrière, elle a aussi une grande gueule avec des opinions assez carrées sur les gens et les pièces qu'elle joue ou qu'elle voit. Mais cette passion, ce bouillonnement intérieur, est raconté d'une manière un peu clinique et sans âme véritable.

Janine Sutto - Vivre avec le destin est une biographie irréprochablement factuelle, mais certes pas une biographie émotionnelle ni psychologique...

Cote 6 / 10

Janine Sutto - Vivre avec le destin
Jean-François Lépine
Libre Expression, 2010
381 pages
29,95 $

mercredi 17 novembre 2010

Des titres et des nouvelles

Quand je suis revenu à l’écriture, je me suis dis que j’aurais le moins de secret possible. Ni sur les titres de mes textes, ni sur leur destination, ni même – quand la chose se produira, si jamais elle se produit – sur les sommes gagnées et sur les tirages. Les auteurs sont généralement fort discrets sur ces sujets, et c’est une discrétion qui m’étonne toujours un peu; car je n'ai pas l'intention de l'être... Je peux vous produire mes T-4 si ça vous fait plaisir. Tout ça a, pour moi, très peu d'importance.

J’aime bien l’approche franche de François Barcelo, par exemple. Dans son livre (Écrire en toute liberté) ainsi que dans sa présentation aux Grands communicateurs, il n’hésite pas à appeler un chat un chat et à parler argent et tirage; encore qu’il le fasse de manière un peu elliptique, mais, que je sache, c’est le seul auteur à le faire.

Pour les quelques 8000 mots de Maternité noire, prix Solaris en 91, j’ai touché au total 344 $, c-à-d 300 $ au concours et 44 $ de droits d’auteur (payés à hauteur de 8 $ la page imprimée).

Alamo et Mathieu m'ont fait remarquer que de nommer les nouvelles sur lesquelles je travaille pouvait être maladroit dans la mesure où je compte les soumettre à Brins d’éternité (Alamo fait partie du comité de lecture) et au prix Solaris (qui requiert l’anonymat de l’auteur).

À noter que Brins d’éternité semble recevoir les textes signés mais que cette signature est retirée sur les copies destinées aux membres du comité de lecture qui évaluent donc les textes sans en connaître le perpétrateur…

J’ai entièrement confiance dans la probité des gens de ce comité de lecture – j’en connais quelques-uns pour les avoir rencontré brièvement à Boréal ou au lancement du dernier Brins, autrement par leurs blogues.

Le fait qu'Alamo, ou d’autres, vont savoir que le texte qu'ils ont sous les yeux est de moi peut-il les influencer ? C’est à chacun de répondre pour soi-même, mais quant à moi, la réponse est négative. Je suis un optimiste.

Quant à l’anonymat requis pour participer au prix Solaris, c’est la même chose. L’anonymat était une chose facile à réaliser il y a dix ans à peine, d’où cette clause au concours. Mais là, avec l’avènement d’Internet et des blogues, nous sommes dans un nouveau paradigme (compte double au scrabble) des capacités et des moyens de communication des individus – dont, nous, les auteurs de fiction – profitons sans vergogne, y compris moi, auteur de fiction poche.

Si cette attitude me nuit et fait que certains de mes textes seront jugés différemment, voire refusés, then so be it. Pour le moment, je persiste et signe comme disait Achille Talon.

Le titre de mes nouvelles, c’est une preuve que j’existe en tant qu’écrivain. C’est pour ça, que je ne les retirerai pas pour le moment, ni le titre ni leur destination. Comme de nombreux auteurs le font, c'est donc une nouvelle réalité à laquelle les revues vont devoir s'adapter.

Mais bon, si j’envoie un texte à Brins d’éternité, je lui donnerai un titre temporaire pour l’occasion ;-)

(Tiens, je me relis, et je me trouve confus... Merdouille, j'ai pas eu ma dose de caféine.)

jeudi 30 avril 2009

67. 38 ans derrière les barreaux - France Paradis

Pendant 38 ans, André Patry a été l'aumonier de la prison de Bordeaux, réputée la plus violente au pays. Il a consacré sa vie à accompagner les prisonniers, à écouter leurs confidences, à leur parler de l’amour inconditionnel de Dieu sans jamais les juger.

Il y a des gens qui ont une capacité de bonté et de dévouement qui vont bien au-delà de la compassion dont nous pouvons faire preuve à chaque jour. André Patry, dit le père Jean, est de ceux-là. Dans un style emphatique, France Paradis fait le portrait d'un être dévoué œuvrant milieu épouvantable. L'auteure et le sujet sont de bons amis, elle est meme devenue bénévole à la prison après avoir connu André Patry.

Je dois avouer ne pas avoir lu les passages s'attardant sur la foi et la religion du père Jean. Pour moi, cet aspect des choses est inintéressant. Je suis convaincu qu'animé par une foi vive ou non, André Patry se serait engagé d'une manière ou d'une autre envers les démunis et les oubliés de la société, le fait qu'il ait été prêtre lui a tout simplement ouvert les portes de la prison de Bordeaux. C'était là son destin. Il y a de belles pages émouvantes dans ce livre : le Noël à la chapelle avec quelques enfants, entre autres. L'auteure évite de nous présenter ces hommes emprisonnés comme des victimes, ce sont des hommes qui ont commis des crimes terribles, parfois de sang-froid, parfois à répétitions. Mais ce sont des hommes d'abord et avant tout, c'est ce que nous montre André Patry.

Seul bémol : la curiosité étant ce qu'elle est, j'aurais bien aimé quelques photos, du père Jean, bien entendu, de la prison, de la potence, de la chapelle, de la maison de la Paix, etc.

Sympathique petit livre qui fait du bien.

Cote 7,5 / 10

38 ans derrière les barreaux : L'histoire du père Jean
France Paradis
Novalis, 2008
152 pages

vendredi 16 janvier 2009

36. Leclerc - Adrien Dansette

Il y a de nombreux autres ouvrages consacrés au maréchal Leclerc. Ce qui est platte, c'est que je sois tombé sur celui-là. Parce que, les amis, Adrien Dansette est soit un lèche-cul de première, soit un maître de la dithyrambe nauséeuse - encore que, à la vérité, l'un n'empêche pas l'autre; voire, l'un conduit directement à l'autre.

Cette hagiobiographie (lisez et vous comprendrez), écrite en 52, cinq ans après que Leclerc ait cassé sa pipe dans un écrasement d'avion, en pleine gloire post-Seconde guerre, vise à faire un portrait plein de complaisances du militaire, faisant passer pour marottes son anti-parlementarisme et sa grande manie des exécutions sommaires.

C'était pourtant un grand chef de guerre et un brillant tacticien, à défaut d'avoir le sens du politique des grands stratèges. Mais ce livre ne lui rend pas justice... J'en lirai un meilleur un de ces jours.

Cote 0 / 10

Leclerc
Adrien Dansette
Flammarion
230 pages, avec des photos.

samedi 20 décembre 2008

34. Envoyé spécial - Michel Jean


Après la publication en 2006 de l'excellent Russie des illusions, un livre de Michel Cormier, correspondant de la SRC, voici un autre livre d'un journaliste qui a longtemps travaillé à la SRC avant d'aller au réseau TVA. Voilà un champ littéraire bien peu exploité au Québec, j'espère qu'on va désormais le développer.
Alors que Cormier, partant de son expérience de terrain, fait un travail d'analyse sur la situation en Russie, Michel Jean se contente plutôt de raconter les aléas souvent limite de la vie d'un envoyé spécial aux quatres coins du monde lors d'évènements ou de crises. C'est absolument passionnant. La plume de Jean est alerte, il a le sens du détail accrocheur et de l'anecdote porteuse de sens. Son portrait de la pauvreté à Haïti, du climat de violence et de corruption permanente qui y règne est magistral,right on the button.

Michel Jean a couvert la tragédie des Éboulements en 97, l'invasion de l'Irak en mars 2003, la guerre du Liban en 2006, le départ du président Aristide et le tsunami au Sri Lanka. Une vie mouvementée, voire dangereuse, que l'auteur rend avec brio.

Ce lecteur-ci a littéralement dévoré ce livre.

Cote 7 / 10

Envoyé spécial
Michel Jean
Stanké
299 pages

samedi 6 septembre 2008

19. Tragédie à l'Everest - Jon Krakauer

Tragédie à l'Everest, de Jon Krakauer. Avec un remarquable sens de l'humilité et de la compassion, Jon Krakauer raconte les événements qui ont mené, le 10 mai 1996, à la pire catastrophe d'escalade de l'Everest. Ce jour-là, quatre expéditions en route vers le sommet furent surprises par une violente tempête; des trente-quatre alpinistes qui tentaient d'atteindre le sommet, huit ont péri et quelques autres ont subi des amputations suite à des engelures.

Les causes de la catastrophe sont nombreuses. Au premier chef, la commercialisation de l'Everest. En effet, les fenêtres d'accès pour atteindre le sommet sont, somme toute, assez courtes et les expéditions se mettent généralement en marche à peu près au même moment, convergent et créent un embouteillage au sommet. (Au début de mai 96, il y avait environ 350 grimpeurs, guides et sherpas sur les pistes du plus haut sommet du monde.) Et dans la mesure où les membres ont payé souvent plus de 50 000 $ pour arriver au sommet, il y a une pression sur les guides pour mener leur troupe au sommet
au mépris de la prudence et du bon sens. C'est ce qui s'est produit le 10 mai 96.

Si les guides avaient usé de prudence et préparé la descente dans les meilleures conditions, le sommet aurait été évacué dès 11 heures le matin; or, à 15 heures, des grimpeurs montaient encore et attendaient leur tour pour atteindre le sommet. Quand la tempête (chute des températures accompagnée de blizzard) a frappé vers 17 heures, la noirceur avait envahi les lieux et la catastrophe était inévitable.

De plus, les grimpeurs sont de plus en plus des amateurs en mal d'exploit (grimper le plus haut sommet de chaque continent, très populaire) ou de sensations fortes. Ils sont en forme physiquement (encore que pas toujours) mais ils ne sont pas aguerris pour une ascension aussi difficile que celle-là. Finalement les bouteilles d'oxygène, qui permettent aux expéditions de monter plus vite, sans procéder aux périodes d'adaptation au manque d'oxygène, créent un faux sentiment de sécurité chez les grimpeurs.

Ajoutez là-dessus une tempête imprévue d'une rare violence... (Depuis 1996, il semble que les autorités népalaises aient changé pour le mieux les conditions d'émission des permis d'ascension.)

Jon Krakauer était du nombre de l'équipe la plus touchée. Le récit de cette tragédie est haletant. Une des choses qui m'a troublé, c'est l'absence de moralité des alpinistes, ou plutôt le retour à une moralité de survie. Par exemple, au moins trois des personnes décédées lors de cet événement, ont été abandonnées vivantes à leur sort parce que l'effort nécessaire pour les ramener au camp mettaient en péril la survie de ceux qui tentaient de leur porter secours. (La vraie amoralité, ou moralité rustique, disons, est démontrée par cette équipe japonaise qui, montant au sommet la journée après la catastrophe, est passée devant deux alpinistes pakistanais en perdition, mais toujours vivants, sans arrêter leur ascension. Les Japonais ont continué à grimper et, lors de leur descente, ont retrouvé le cadavre d'un des Pakistanais tandis que l'autre avait disparu...)

Ce qui élève ce récit au-delà de l'anecdote, c'est bien évidemment la participation active de Krakauer à l'expédition, de l'ascension, à la catastrophe, à la descente. Son comportement n'est pas sans reproche. Il a abandonné des gens à la mort, c'est un fardeau qui le hante.

Un livre dur qui parle de la folie des hommes, de l'attrait de l'exploit, du pouvoir de l'argent, de la moralité confrontée à la réalité. Fortement recommandé.

Tragédie à l'Everest (Into thin air)
Jon Krakauer
Presses de la cité
310 pages

Cote 9 / 10

mardi 2 septembre 2008

18. Le petit blond dans un grand parc - Pierre Richard

Avec ce livre et Comme un poisson sans eau, j'aurai lu toute l'œuvre littéraire de Pierre Richard. Car, ma foi, il sait écrire l'acteur, joliment et drôlement. Richard raconte ici son enfance tiraillée entre son vrai père qu'il n'a pas vraiment connu, un beau-père toujours à la recherche d'un coup fumant pour faire fortune, et ses deux grand-pères aussi différents que possible, l'un aristocrate, chef d'industrie, droit et de vieille lignée française, l'autre, l'immigré, chef d'une petite entreprise, près de ses employés et, malgré cela, plutôt Front populaire qu'extrême-droite.

Richard évoque les années de guerre, il a 6 ans lors de la chute de la France en 40. Pour un enfant, les soldats, les véhicules, les avions, tout ça a quelque chose de fascinant, surtout quand on est loin du front comme le sera sa famille. Il raconte ses premières années à l'école, au théâtre, l'annonce de sa vocation à ses parents et surtout à ses grands-pères. C'est mené de main de maître, avec compassion et drôlerie, sans aucune méchanceté pour les imbéciles qui lui ont fait la vie dure quand il était jeune.

Le livre se termine sur une évocation extrêmement touchante de la présence de son père réel dans sa vie. Une présence désirée, toujours fugace, et le désir du père qui l'aura marqué toute sa vie.

Le petit blond dans un grand parc
Pierre Richard
Olivier Orban
163 pages

Cote 8 / 10

mercredi 13 août 2008

14. Comme un poisson sans eau - Pierre Richard

Contrairement à ce que laisse entendre la quatrième de couverture, Comme un poisson dans l'eau n'est pas une autobiographie ou des mémoires. Il s'agit du texte du spectacle Détournement de mémoires donné par Richard en 2006 et écrit en collaboration avec Christophe Duthuron. En revanche, c'est inspiré de la vie de l'auteur-acteur. Donc des simili-ou quasi-mémoires.

Quoi que cette bête livresque soit, c'est extrêmement drôle. Il y avait longtemps que je
n'avais pas ri autant en lisant; si l'acteur est un comique burlesque, comme auteur il a le génie du comique de situation et des traits de personnalités. C'est court malheureusement, aux alentours de 200 pages avec une typographie assez aérée. Mais enfin, j'ai ri...

Le site officiel de Pierre Richard se trouve juste ici. C'est là que j'ai appris qu'il a écrit un autre livre, Le petit blond dans un grand parc, qui semble être une autobiographie en bonne et due forme de ses années de jeunesse. C'est à voir. On s'en reparle puisque j'ai commandé l'ouvrage que j'attends avec une certaine fébrilité.

Cote 7,5 / 10

mardi 5 août 2008

11. C'est dans la poche ! - Jacques Sadoul

L'influence de Jacques Sadoul sur le dévelopement et la reconnaissance de la sf en France est indubitable. Il a écrit un important ouvrage d'introduction au genre, Histoire de la science-fiction moderne, à la fois populiste et fouillé.

Comme directeur littéraire, il était passionné de littérature de genre, tout spécialement de sf dont il était friand. Il a joué un rôle central aux Éditions J'ai lu. (Je mets tout ça au passé car Sadoul a pris sa retraite de l'édition en janvier 1999. Depuis il semble se consacrer à l'écriture.)

Il a écrit ici un court livre de mémoires truffé d'anecdotes sur les grands et les moins grands de la sf (surtout américaine). Sadoul, qui écrit aussi des romans, est un prosateur habile qui sait comment divertir son public. Il manie l'auto-dérision avec bonheur, ce qui est bien, car manifestement il ne se compte pas pour des prunes, avec raison sans doute, mais bon. Par moment on frisotte l'outrecuidance (10 points à moi pour avoir utiliser ce mot, depuis le temps), encore que l'auteur a sufisamment de bagout pour ne pas céder à la suffisance. Il sait faire la part belle à la chance dans son métier d'éditeur et de directeur de collections.

C'est dans la poche
se lit en deux ou trois heures Gros-Max (comme dit ma tendre et douce), et si ça ne survolte pas les neurones, ça ne les taxe pas outre mesure non plus et, au bout du compte, c'est du plaisir assuré...

Cote 7 / 10

C'est dans la poche !
Jacques Sadoul
J'ai lu
285 pages (avec photos)