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mardi 9 novembre 2010

167. Parmi les cris, un chant s'élève... - Sima Vaisman

Sima Vaisman avait 40 ans lorsqu'elle a été arrêtée en décembre 1943 à Lyon, transférée à Drancy avant d'être embarquée, sous l'œil des gendarmes français, pour Auschwitz à bord du Transport n° 66 le 20 janvier 1944 en compagnie de 1155 déportés juifs : 640 hommes et 515 femmes. Parmi eux, il y avait 221 enfants de moins de 18 ans, et de ceux-là, 16 avaient 3 ans et moins.

En 45, à la libération, il ne reste du convoi 66 que 72 personnes dont 30 femmes.

Huit jours après la libération par les Russes du camp de Neustadt Gleve où elle se retrouve après la liquidation d'Auschwitz-Birkenau par les SS, Sima Vaisman écrit ce témoignage qui ne sera retrouvé qu'en 1970 et fera l'objet d'une publication cette année-là, puis en 2002 chez Lafon.

Si Sima Vaisman a pu survivre si longtemps à Auschwitz, 16 mois, c'est parce qu'elle était médecin et que les Allemands, dans leur délire industrialo-génocidaire, maintenait la fiction d'une infirmerie pour les mal en point, malades qui allaient finir dans les chambres à gaz de toute manière.

 Le témoignage de Vaisman est très court, soixante-huit pages à peine, mais il a la force de la vérité. L'auteure décrit sobrement, sans effet de style ni de pathos, dans une prose simple et sans concession, la condition des camps, le sort des détenues, le travail quotidien, la mort toujours présente. Jamais Vaisman ne se plaint du traitement qu'elle subit.

Il y a un moment de grâce dans ce livre, lors de la libération du camp en mai 45. Vaisman emploie alors l'adverbe « magnifiquement » pour qualifier le ravitaillement et les soins que les Russes apportent à ces rescapées de l'enfer. Une expression qui n'est pas sans rappeler la scène de libération du superbe film de Daniel Mann, tourné en 1980, Playing for Time.

Un livre difficile, indispensable : une expérience personnelle de l'horreur totale

Cote 9 / 10

Parmi les cris, un chant s'élève...
Sima Vaisman
Michel Lafon, 2002
89 pages
avec une carte du camp de travail Auschwitz-Birkenau

vendredi 10 septembre 2010

155. Vent printanier - Hubert Haddad

Vent printanier est le nom de code de l'opération de rassemblement des Juifs français en juillet 42, la Rafle du Vel' d'Hiv', certainement une des heures les plus ignobles de la France.

En deux jours, plus de 13000 Juifs, dont 4115 enfants, ont été arrêtés et rassemblés au Vélodrome d'Hiver de Paris avec l'aide de la police française avant d'être déportés et tués à Auschwitz.

Hubert Haddad a écrit un très court recueil réunissant quatre nouvelles autour du souvenir de cette opération.

Meranda, ou le devoir de mémoire. Adèle cherche son chat dans la ville. Partout elle voit les trains qui lui rappelle sa petite amie juive, Meranda, disparue quelques jours plus tôt dans une rafle. Elle rencontre un vieil homme éploré qui croit qu'elle est Meranda... Une nouvelle sur l'identité et la perte. Très fine nouvelle, et qui mériterait relecture si ce n'était pour le style le l'auteur, surécrit et haché, qui gâche la sauce. 6 / 10

Vent printanier. Son violon sous le bras, Michaï se dirige vers une cérémonie commémorative de la rafle. Il est assailli de souvenirs. Il a perdu sa famille et a assisté à leur embarquement sans pouvoir réagir. Un jeune Rom en cavale l'accompagne sur le chemin vers la gare... La meilleure nouvelle du recueil. La douleur de ce vieil homme qui a tout perdu est palpable, et l'allusion contemporaine aux Roms invite à une réflexion sur l'actualité. Mais encore une fois l'écriture, grr... 7 / 10

La nuit du fou, ou les sonneurs de l'ancien monde.Un vieux photographe qui collectionne les photos des camps fait une rencontre inattendue avec un gamin qui vient de loin... Encore là, une nouvelle qui pourrait être totalement réussie si l'auteur n'avait pas tant chercher les effets de style. 4 / 10

Chasse aux lièvres dans la région des Moulins. Un vieil homme, revendeur de modèles réduits de trains, va rencontrer un collectionneur qui pourrait bien être le soldat allemand qui lui a sauvé la vie en 44...Mon commentaire sur les autres textes vaut pour celui-ci aussi. Malheureusement : 6 / 10

En dépit d'une thématique de premier ordre qui m'auraient normalement interpellé, je n'ai pas été captivé par ce livre. L'écriture est nettement en cause. L'auteur cherche à créer des images fortes, qui finissent par créer une impression de plaquées à force d'être trop étirées.

Pas recommandé. De bonnes histoires, par un auteur qui n'a pas su s'effacer. Grr...

Cote 6 / 10

Vent printanier
Hubert Haddad
Zulma, 2010
62 pages
7,95 $

dimanche 1 août 2010

148. Stalin's Folly - Constantine Pleshakov

L’état d’impréparation des forces armées soviétiques en juin 1941 était dû en grande partie aux hésitations de Staline, ainsi qu’aux purges politiques qui avaient eu pour conséquence d’affaiblir considérablement l’état-major et l’ensemble du corps des officiers.

En mai 1941, après des mois de tergiversations, Staline se rendait finalement aux arguments de son état-major prônant une attaque préventive contre les Allemands le plus tôt possible, c’est-à-dire dès l’instant. Les Soviétiques étaient convaincus que l’armée allemande ne pouvait se lancer à l’attaque avant l’été 42 et que, s’ils frappaient immédiatement, ils déstabiliseraient les préparatifs d’Hitler.

L’ordre des préparatifs d’attaque est alors donné. Les divisions soviétiques montent en position, les réserves et les approvisionnements sont amenés au plus près du front, et les lignes défensives assurant l’arrière sont abandonnés. Ce qui fait que lorsque les Allemands lancent l’opération Barbarossa, l’invasion de l’URSS, le 22 juin 1941, ils prennent de court les Soviétiques et trouvent devant eux une Armée rouge en plein mouvement de repositionnement, sans aucune ligne défensive en profondeur. Le front russe est alors facilement enfoncé, les divisions encerclées par paquet, et tout s’effronde. L’avance allamande est spectaculaire, les Soviétiques n’ont aucune position de repli, les villes tombent les unes après les autres…

Dans son ouvrage, Pleshakov argumente que, contrairement à la croyance populaire, Staline et son état-major n’ont pas été surpris par Barbarossa, mais par son déclenchement précoce. Ce livre, basé sur de l’information nouvelle, est diablement intéressant et raconte les premiers jours de Barbarossa selon le point de vue des Soviétiques, alors que la débâcle menace le pays et que la Wehrmacht semble invincible. L’auteur a su construire un essai remarquable, plein de vie, en dépit de deux petits bémols.

Le premier, la langue de l’auteur a tendance a devenir un petit peu fleurie par moment, ce qui étonne et m’a agacé. Le second, c’est que plutôt que d’utiliser le système habituel d’appellation des armes allemandes, l’auteur utilise le système russe, ce qui fait que Pz.I et Pz. II deviennent T-I et T-2; Ju-88, U-88, etc.) C’est très mineur, pas rédhibitoire le moins du monde, juste un peu bizarre.

Recommandé.

Cote 7,5 / 10

Stalin’s Folly
The Tragic First Ten Days of WWII on the Eastern Front
Constantine Pleshakov
283 pages
Mariner Books, 2006

samedi 31 juillet 2010

147. Grandfather's Tale - Timothy Erenberger

Ah la la, qu’est-ce que je me suis fait avoir. Ce livre est présenté sur Amazon comme une biographie et les très nombreux commentaires positifs des lecteurs sont, a posteriori, d’un enthousiasme suspect. J’aurais dû me méfier. Une telle unanimité pour un livre obscur, loin d’être un chef d’oeuvre de la littérature générale, aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Je suis tombé dans le panneau et j’ai commandé le livre. D’autant qu’un examen plus attentif de la jaquette montre que ce sont des G.I modernes qui illustrent les “mémoires” d’un sniper nazi. Idiot que je suis ! Mais il faut dire que l'auteur a fait preuve de beaucoup de détermination en galvanisant lui-même les commentaires sur son livre, utilisant pour ce faire une longue série d'avatars et de pseudonymes. Sur son site, il se vante d'avoir vendu 10 000 exemplaires de Grandfather's Tale. Bravo l'auto-marketing !

D’abord et avant tout, ce n’est pas une biographie. Il s’agit d’un livre de fiction ayant un lointain rapport avec la réalité de la Seconde Guerre mondiale. En fait il s’agit de l’équivalent papier d’un jeu vidéo, un First Person Shooter (les initiés comprendront), dans le style Call of Duty. C’est débordant d’action. Le maigre talent de l'auteur réside dans sa capacité à mettre sur pied un engin littéraire pareil à une locomotive lancée sur ses rails et qui avance sans ralentir -- et tout aussi subtil.

Au-delà, il n’y a rien. Rien de rien. Dire que les personnages sont stéréotypés, c’est faire insulte à tous les personnages stéréotypés de la littérature. Réalisme : zéro. Par exemple, Erenberger imagine que les snipers allemands étaient amalgamés au sein d’unités intégrés indépendantes d’une trentaine d’individus. Pour lui, les snipers se déplaçaient en groupe, se cachaient tous ensemble dans un coin, et ensemble, à eux trente, repoussaient les hordes soviétiques lancées contre eux. Le livre est rempli jusqu’au goulot d’actions massivement répétitives, d’erreurs factuelles et historiques, d’un nombre considérable de coquilles, et de bien mauvaise prose anglaise.

Ce livre publié à compte d’auteur est absolument horrible. L’auteur est même incapable d’écrire le nom d’Adolf Hitler correctement. Faut être poche pas à peu près.

La gars a tout simplement reproduit en livre les aléas d’un jeu vidéo. Au niveau le plus simple, vous êtes juste là, avec Gregor (le “grand-père” de l’histoire), bien assis dans une tranchée et vous faites feu à tire-larigot sur des tombereaux de soldats ennemis (russes pour la plupart). À la fin de chaque mission, pardon, chapitre, Gregor trouve une cache d’armes de meilleure qualité, qu’il maîtrise instantanément. Les munitions ne lui manquent jamais. Il est promu, il va sur tous les théâtres d’opérations et participe à toutes les batailles d’importance. À la fin de la guerre, Gregor survit.

Honnêtement, c’est le pire livre que j’aie lu de ma vie. Et j’en ai lu des verts et des pas mûrs en quarante et quelques années. Le pire.

Cote 0 / 10.
Zéro est faible : il faudrait que j'invente une cote négative, un 0 Kelvin, juste pour ce torchon.

Grandfather's Tale : The Tale of a German Sniper
Timothy Erenberger
Writer's Club Press, 2000
279 pages
20 $ bou hou hou, de la bonne argent jetée aux orties

mercredi 10 février 2010

125. Twilight of the Gods - Erik Wallin & Thorolf Hillblad

Twilight of the Gods sont les mémoires de guerre d'un jeune fasciste suédois volontaire dans la 11e division d'infanterie motorisée SS Panzergrenadier "Nordland" sur le front de l'Est en 44-45. Ce qui les rend intéressants, c'est le fait qu'ils ont été recueillis tout juste à la fin de la guerre en 45 alors que l'auteur (Erik Wallin, Hillblad est le journaliste qui recueille ses propos et les met en forme) est encore tout imbu de l'idéologie nazie qu'il a assimilée mur à mur.

Ce type-là est vraiment convaincu de la justesse de la cause nationale-socialiste. Je dois admettre avoir été un peu ébranlé. C'est une chose de lire un essai sur le nazisme, ou les mémoires édulcorés des commandants d'état-major, mais ici on est dans le vif du sujet, avec un jeune homme véritablement convaincu de la supériorité de la race aryenne sur les Untermenschen bolchéviques et sur les hordes asiatiques. Haine qui va croissante alors que les forces soviétiques, composées en bonne partie de combattants Tatars, Mongols, Kirghizes et autres, refoulent l'armée allemande jusqu'à Berlin avant de lui donner le coup de grâce. La haine est palpable, réelle en même temps qu'irréaliste, et soixante-dix ans après le fait, son intensité donne le frisson. Cela dit, il ne faut pas confondre le Waffen-SS, qui était volontaire et politisé, avec le conscrit de la Wehrmacht, sans toutefois nier la prévalence de l'idéologie raciale dans la psychologie des individus.

Ces mémoires se distinguent aussi sur le plan de la description des combats et de la vie au front. Sur le strict plan militaire, il faut noter la part que l'auteur donne à l'aviation soviétique dans le harcèlement des troupes allemandes. On parle relativement peu du rôle de l'aviation russe dans les livres relatant la guerre sur le front de l'Est, les historiens se concentrant plutôt sur l'inconcevable domination soviétique en troupes, blindés et artillerie et mettant de côté l'omniprésence des Yak et des Chtourmovik et le rôle dominant de la VVS (Armée de l'air soviétique).

Dans un style naïf et ampoulé, plein de romantisme racial, les scènes de combat sur le terrain sont parmi les mieux décrites que j'aie lues. Comme Wallin faisait partie d'un compagnie de reconnaissance (et de harcèlement), la vie au front était trépidante pour le moins, constamment sur la ligne de feu quand ce n'est pas au-delà, toujours au contact de l'ennemi et parmi les dernières troupes à décrocher. Sans répit de décembre 44 à mai 45.

Le livre se termine avec la chute de Berlin et la fuite des SS paniqués, et la chance que l'auteur a de se retrouver à l'ambassade suédoise pour être rapatrié in extremis. Une fois de retour dans son pays d'origine, Wallin sera brièvement jeté en prison pour crimes de guerre.

Cote 9 / 10

Twilight of the Gods
A Swedish Volunteer in the 11th SS Panzergrenadier
"Nordland" on the Eastern Front
Erik Wallin; Thorolf Hillblad
Stockpole, 2009 (éd or. 1945)
134 pages
cartes, photos
24,95 $

samedi 10 octobre 2009

102. Porteur de mémoires - Patrick Desbois

« Une balle, un Juif. Un Juif, une douille, » a dit le SS-Gruppenführer Otto Ohlendorf durant son procès pour crimes de guerre à Nuremberg en 47.

Presque soixante-dix ans après le génocide des Juifs durant la Seconde guerre mondiale, on trouve encore de nouvelles avenues de recherche, de nouvelles manières de pressentir la vérité.

Sur les traces de Richard Rhodes (Masters of Death), Patrick Desbois analyse la Shoah par balles, c'est-à-dire ce segment de l'Holocauste qui a été conduit
par les groupes spécialisées des SS, les Einstazgruppen et les différents unités de l'Ordnungpolizei contre les populations juives sur le front de l'Est avant même la construction des camps d'extermination. Il estime qu'il n'y a pas moins d'un million de victimes enterrées dans 1 200 fosses en Ukraine.

Desbois a été sur le terrain avec une équipe. Il a parcouru l'Ukraine dans tous les sens, un véritable continent d'extermination. Et il a compté les douilles
près des fosses communes vidées par les Allemands lors des retraites de 43, puis de 44. Il a trouvé des témoins de ces massacres, de hommes et des femmes qui vivent depuis 70 ans avec ce terrible secret. À l'époque, ces témoins avaient 5 ans ou 10 ans. Ils ont vu leurs amis, leurs camarades de classe et leurs voisins abattus comme des chiens et jetés dans des fosses communes.

Douilles trouvées à Khvativ, Ukraine

Desbois préfère laisser la parole à
ceux qui ont vu et qui se taisent depuis. L'ouvrage est dur, impitoyable; la vraie horreur elle est là, pas ailleurs, dans ces descriptions sobres de scènes insoutenables. « Je me souviens d'un jeune Juif qui avait des jumeaux, il les portait dans ses bras, un Allemand s'est approché de lui, il a tiré sur un enfant puis sur l'autre et le troisième tir fut pour le père. » Trois balles, trois Juifs. Trois Juifs, trois douilles.

Desbois est allé compter les douilles oubliées en Ukraine. Il en a ramené un ouvrage qu'il faut lire absolument. Par devoir de mémoire.


10 / 10

Porteur de mémoires
Patrick Desbois
Michel Lafon, 2007
330 pages
Illustré, cartes
Disponible aussi en édition de poche


mardi 9 juin 2009

79. Army Group South - Antonio J. Muñoz

Depuis presque vingt ans, un des grands axes de la recherche historique sur la Seconde guerre mondiale porte sur la responsabilité de la Werhmacht quant à sa participation aux crimes de guerre et aux crimes contre l'humanité commis sur le front de l'Est.

De la fin de la seconde guerre jusqu'au début des années 90, la Werhmacht a bénéficié d'un traitement de faveur dans l'opinion publique occidentale. Pour les besoins de la guerre froide, le rôle qu'elle a joué dans le génocide des Juifs et des Tsiganes, l'assassinat de masse des populations civiles soviétiques et le traitement criminel des prisonniers de guerre russes, n'a jamais été questionné sérieusement.

Sa responsabilité a été balayé sous le tapis grâce à la complicité des Américains qui, dans le cadre de la guerre de l'espionnage qui s'amorçait, avaient besoin d'hommes connaissant bien l'ennemi, à la fois le terrain et la machine militaire de l'URSS. Et
quoi de mieux que les commandants de la Werhmacht (spécialement ceux de l'Ostheer) qui venaient de combattre durant quatre ans dans les territoires appartenant à l'ennemi. Ces hommes-là ont occupé des postes de commandament prestigieux dans la nouvelle armée allemande, la Bundeswehr, et à l'OTAN. Il ne fallait pas que le passé déteigne sur la « cause », ce qui fut fait. La couleuvre de l'innocence de la Werhmacht fit aussi l'affaire de l'Allemagne abattue, puisqu'elle montrait que ce n'étaient pas tous les Allemands qui étaient coupables, que la Werhmacht avait fait une guerre dure, mais chevaleresque.

Il est singulier de constater que le rôle et l'innocence de la Werhmacht n'ont été remis en question qu'à partir des années 90, à l'effondrement de l'Union soviétique, effondrement qui marque la fin de la guerre froide. Il est aussi singulier de penser que la guerre froide a été gagné en partie grâce à des criminels de guerre et des génocidaires. Depuis ce moment les historiens remettent en question « l'innocence » de l'armée allemande et interroge les liens entre les directives hitlériennes, l'aide apportée aux unités d'extermination SS et la prise en charge des bataillons de la police.

Alors que les preuves s'accumulent contre les groupes d'armées Nord et Centre, Antonio Munoz entreprend de montrer la connivence
factuelle, mais inavouée, du groupe d'armées Sud (dans l'axe Kiev-Odessa-Rostov) avec les Einsatzgruppen C et D et les diverses forces policières allemandes et nationales de l'arrière-front.

Je dois admettre que si la démonstration apparaît solide et bien faite, elle est par contre extrêmement difficile à lire car l'auteur utilise un mélange touffu de pédanterie et de statistiques de déplacement et d'assignation. À sa décharge, il faut admettre que la nature de ce style d'ouvrage est plutôt technique, basé en grande partie sur des rapports de mouvements de troupes.

En somme, un ouvrage nécessaire mais exigeant.

Cote 6,5 / 10

Army Group South
Rear Army Security and the Holocaust 1941-1943
Antonio J. Mu
ñoz
Academic Publishing Group, 2009
140 pages
photos, illustrations et cartes

dimanche 29 mars 2009

54. Noirs dans les camps nazis - Serge Bilé

Le sort fait aux Noirs dans les camps nazis ne se distingue en rien de celui fait aux autres : même monstruosité, même démesure, même implacabilité. C'est seulement que jusqu'à présent on en a très peu parlé et que la bibliographie sur le sujet est quasi inexistante. Même après si longtemps, les faits de l'Holocauste continuent de surprendre. On croit tout savoir, on s'aperçoit qu'il y a de larges territoires totalement méconnus.

Dans son petit livre, Serge Bilé fait œuvre de pionnier en français du moins, car il semble y avoir quelques études en allemand. Il commence par l'historique un peu ironique du premier Konzentrationlager construit en 1904 par les Allemands pour emprisonner et exterminer le peuple herero de Namibie. En un an, 60000 d'entre-eux seront tués, soit 80 % de la population totale. Un véritable génocide, le premier du 20e siècle, reconnu comme tel en 2004 par le gouvernement allemand et pour lequel des excuses officielles ont été présentés (sans compensation cependant).

Le livre de Bilé est unique et essentiel, malgré une tendance à râtisser trop large. On prendra pour exemple cette asssez longue introduction à l'enfer nazi via le massacre des Hereros, et une fin qui fait un lien assez gros avec le racisme que les Noirs subissaient aux États-Unis à la même époque où les camps étaient libérés. Le racisme américain est un sujet sulfureux en soi, mais un peu à côté de la track quand on l'associe au nazisme.

Ne pouvant étayer son propos sur à peu près aucune matière statistique, ni grandes études, et pour cause, ce champ de l'histoire est encore à faire, Bilé livre une série de témoignages personnels de survivants ou de leurs compagnons de camps. C'est peu de chose pour le moment, pourtant ce livre est indispensable.

Cote 8 / 10

Noirs dans les camps nazis
Serge Bilé
Le serpent à plumes, 2006
147 pages

vendredi 16 janvier 2009

36. Leclerc - Adrien Dansette

Il y a de nombreux autres ouvrages consacrés au maréchal Leclerc. Ce qui est platte, c'est que je sois tombé sur celui-là. Parce que, les amis, Adrien Dansette est soit un lèche-cul de première, soit un maître de la dithyrambe nauséeuse - encore que, à la vérité, l'un n'empêche pas l'autre; voire, l'un conduit directement à l'autre.

Cette hagiobiographie (lisez et vous comprendrez), écrite en 52, cinq ans après que Leclerc ait cassé sa pipe dans un écrasement d'avion, en pleine gloire post-Seconde guerre, vise à faire un portrait plein de complaisances du militaire, faisant passer pour marottes son anti-parlementarisme et sa grande manie des exécutions sommaires.

C'était pourtant un grand chef de guerre et un brillant tacticien, à défaut d'avoir le sens du politique des grands stratèges. Mais ce livre ne lui rend pas justice... J'en lirai un meilleur un de ces jours.

Cote 0 / 10

Leclerc
Adrien Dansette
Flammarion
230 pages, avec des photos.

mercredi 20 août 2008

15. Night of the Caribou - Douglas How

Un épisode méconnu de la seconde guerre mondiale s'est déroulé dans les eaux du fleuve et du golfe Saint-Laurent. À partir de mai 42, la Kriegsmarine envoya des sous-marins dans le golfe pour perturber les convois alliés vers le Royaume-Uni. Cet épisode est connu sous le nom de bataille du Saint-Laurent. Une bataille qui s'étendra jusqu'à la toute fin de la guerre, puisque le dernier bâtiment coulé par un U-Boot l'est le 16 avril 1945.

Le 10 octobre 1942, le traversier SS Caribou, affecté à la navette entre la Nouvelle-Écosse et Port-aux-Basques à Terre-Neuve, fut coulé par le U-69, emportant dans son naufrage 49 civils (dont dix enfants de moins de dix ans), 57 militaires et 31 membres d'équipage.

Ce naufrage suscita une grande indignation à Terre-Neuve, alors dominion indépendant, tant au regard des pertes humaines (barbarie teutonne !) qu'au chapitre des conditions dans lesquelles la traversée fut faite et sur la protection que la marine canadienne avait accordé au traversier. Ce dernier point fut l'objet d'une controverse alimentée par une des dernières réflexions connues du capitaine du Caribou ( « Je ne vois pas mon escorte ») juste avant le torpillage et par le mutisme des forces militaires canadiennes qui se contentèrent des boniments habituels, qui se voulaient rassurants, plutôt que de répondre aux interrogations de la population. Il faut dire, à la décharge des autorités militaires, que celles-ci ne souhaitaient pas donner le moindre indice à l'ennemi, en révélant la nature véritable de l'escorte, sa manière de procéder ou les opérations subséquentes au torpillage.

Un demi-siècle après le naufrage, la controverse existe toujours. Douglas How tente d'y mettre un terme en faisant un compte-rendu à la minute près des événements depuis l'embarquement des passagers jusqu'au torpillage du traversier et au sauvetage en mer des survivants quelques heures après le naufrage.

La lecture de l'ouvrage est assez ardue, tout spécialement au début, car l'auteur fait entrer les personnages dans le récit par wagons entiers. Comme le Caribou plus tard, le lecteur est vite submergé. Les choses s'améliorent dans la seconde partie, constituée par la traversée et le torpillage. L'auteur est ici à son mieux. Il arrive à faire vivre le chaos et l'urgence d'un naufrage grâce à un découpage serré et une panoplie de témoignages le plus souvent contradictoires.

Night of the Caribou n'est pas un livre sans faille. Mais il y a suffisamment de bon pour que ce lecteur-ci y ait pris un grand intérêt, et le recommande chaudement.

Cote 7,5 / 10

Night of the Caribou
Douglas How
Lancelot Press
153 pages (avec des photos)