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samedi 10 octobre 2009

102. Porteur de mémoires - Patrick Desbois

« Une balle, un Juif. Un Juif, une douille, » a dit le SS-Gruppenführer Otto Ohlendorf durant son procès pour crimes de guerre à Nuremberg en 47.

Presque soixante-dix ans après le génocide des Juifs durant la Seconde guerre mondiale, on trouve encore de nouvelles avenues de recherche, de nouvelles manières de pressentir la vérité.

Sur les traces de Richard Rhodes (Masters of Death), Patrick Desbois analyse la Shoah par balles, c'est-à-dire ce segment de l'Holocauste qui a été conduit
par les groupes spécialisées des SS, les Einstazgruppen et les différents unités de l'Ordnungpolizei contre les populations juives sur le front de l'Est avant même la construction des camps d'extermination. Il estime qu'il n'y a pas moins d'un million de victimes enterrées dans 1 200 fosses en Ukraine.

Desbois a été sur le terrain avec une équipe. Il a parcouru l'Ukraine dans tous les sens, un véritable continent d'extermination. Et il a compté les douilles
près des fosses communes vidées par les Allemands lors des retraites de 43, puis de 44. Il a trouvé des témoins de ces massacres, de hommes et des femmes qui vivent depuis 70 ans avec ce terrible secret. À l'époque, ces témoins avaient 5 ans ou 10 ans. Ils ont vu leurs amis, leurs camarades de classe et leurs voisins abattus comme des chiens et jetés dans des fosses communes.

Douilles trouvées à Khvativ, Ukraine

Desbois préfère laisser la parole à
ceux qui ont vu et qui se taisent depuis. L'ouvrage est dur, impitoyable; la vraie horreur elle est là, pas ailleurs, dans ces descriptions sobres de scènes insoutenables. « Je me souviens d'un jeune Juif qui avait des jumeaux, il les portait dans ses bras, un Allemand s'est approché de lui, il a tiré sur un enfant puis sur l'autre et le troisième tir fut pour le père. » Trois balles, trois Juifs. Trois Juifs, trois douilles.

Desbois est allé compter les douilles oubliées en Ukraine. Il en a ramené un ouvrage qu'il faut lire absolument. Par devoir de mémoire.


10 / 10

Porteur de mémoires
Patrick Desbois
Michel Lafon, 2007
330 pages
Illustré, cartes
Disponible aussi en édition de poche


mardi 29 juillet 2008

9. Zeppelins - Charles Stephenson

Charles Stephenson examine toute la production d'aéronefs rigides en Allemagne depuis l'introduction des premiers zeppelins en 1900 jusqu'à leur mise au rancart en 1940.

Les deux fournisseurs de dirigeables furent la Luftschiffbau Zeppelin GmbH, société fondée par le comte von Zeppelin, et sa compétitrice, la Schütte-Lanz Luftschiffbau.

Stephenson s'attarde aux développements techniques des aéronefs et présente aussi les différentes manières dont les zeppelins furent utilisées durant la Première guerre mondiale; toutes stratégies qui s'avérèrent infructueuses en dépit d'un utilisation de départ assez prometteuse. En 1915, les Allemands commencèrent le bombardement de Londres qui culmina en 1916. Mais les raids de zeppelins étaient coûteux (le nombre de vaisseaux perdus est considérable) et la technologie des avions progressa beaucoup plus rapidement que celle des dirigeables. Il y eut quelques raids en 1917 et quelques autres, enore plus rares, en 1918. Si les bombardements créèrent un certain mouvement de terreur dans la population civile, ils furent pratiquement inefficaces du point de vue stratégique.

Les zeppelins connurent leur apogée dans les années 30 avec le transport des passagers. Les deux derniers zeppelins (LZ-127 et LZ-130) effectuèrent des missions de reconnaissance et de repérage au-dessus de la Pologne et près des côtes britanniques jusqu'au tout début de la Seconde guerre mondiale. Goering ordonna leur destruction en 1940 pour en récupérer l'aluminium. Ce qui restaient des zeppelins fut détruit par le feu dans leur hangar en 1940.


Il s'agit ici beaucoup plus d'un ouvrage de référence que d'une histoire des zeppelins. Tous les dirigeables allemends construits s'y trouvent, référencés selon leur utilisation civile ou militaire. Ça reste d'un intérêt assez limité à cause notamment de la brièveté du livre, une cinquantaine de pages très, très largement illustrées.

Mais ça va servir à cet auteur-ci à rédiger sa nouvelle qui s'intitule justement
Le Zeppelin.

Cote 6,5 / 10