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dimanche 4 avril 2010

137. Régime mortel - Éric Nataf

Obèses hypochondriaques, s’abstenir. Ce roman, divisé en deux parties, plaira aux amateurs de techno-science (page 9 à 382) et aux amateurs de thriller (page 383 à la fin). C’est l’histoire d’une méchante compagnie agroalimentaire pour qui la fin justifie les moyens et qui lance sur le marché un yogourt dont les obèses raffolent tellement qu’ils en deviennent accros au point d’en mourir parfois (enfin un produit scientifiquement prouvé pour vous faire maigrir… à la condition de ne pas en trépasser inopinément).

Comme dans tout bon roman qui se respecte, un homme – un seul – a compris le danger et se donne la mission, avec l’aide de quelques amis qui ont à cœur la défense des intérêts de l’homme, d’être l’agent 007 du yogourt et de démasquer les méchants fermenteurs. Si le rythme s’accélère et devient définitivement plus intéressant en deuxième partie, la première section du roman est plus répétitive et quelquefois ennuyeuse. Entendre des scientifiques, et j’en suis une, remâcher entre eux des concepts scientifiques laisse deviner que l’auteur veut s’assurer que tous les lecteurs ont bien compris ses idées (et elles se tiennent, il faut bien l’avouer).

La deuxième section est nettement plus dynamique bien que le côté scientifique y soit assez développé pour que le lecteur s’y retrouve sans avoir lu la première partie.

La fin est riche en rebondissements qui nous tiennent en haleine. J’ai un petit bémol quant à l’explication finale. La vraie raison d’être de ces fermenteurs menteurs est un peu tirée par les cheveux. C’est d’une ampleur qui ne cadre pas avec le rythme et l’emphase du roman.

Et que les obèses se rassurent : vous pouvez perdre du poids en mangeant du yogourt sans crever puisque celui du roman a été retiré du marché, et ce grâce à notre agent nutritionniste vigilant. En passant, si vous aimez ce roman, l’auteur s’assure de mettre en référence de bas de page plusieurs de ses romans. Comme ça, si vous développez une dépendance (comme au yogourt), vous n’avez plus qu’à aller les acheter…

Ainsi s’exprime l’ermitaine.

Régime mortel
Éric Nataf
Odile Jacob Thriller, 2009
édition originale 2008
559 pages
17,50 $

vendredi 12 mars 2010

133. Mamba - Jean Beaudry

Alors que les préparatifs du rassemblement populaire de la St-Jean-Baptiste au Stade olympique vont bon train, un mamba s'échappe du cargo sur lequel il avait été embarqué dans un panier de fruits et va semer la terreur à Montréal. Un journaliste enquête, la police est sur les dents, le maire de la ville ne sait plus où donner de la tête. Un affrontement terrible se prépare...

(Comme tout le monde sait, le mamba est un serpent au venin extrêmement toxique et au comportement territorial agressif. Ce n'est pas le genre de bestiole qu'on garde chez soi avec minet et pitou dans le but de le cajoler sur ses genoux le soir devant la télé.)

Les personnages sont en papier à bricoler. Ils sont animés de réactions consternantes. Les personnages principaux ne laissent pas une forte impression dans l'imaginaire du lecteur. Ce sont des clichés ambulants.

Quant à l'intrigue, elle est cousue de fil blanc. De la première à la dernière ligne. Avec une finale télégraphiée qui ne surprendra personne. 

Ce thriller d'horreur s'embourbe dans de longues scènes inutiles qui exaspèrent le lecteur le plus indulgent plutôt que de faire haleter; c'est donc l'antithèse d'un thriller.

Ce qu'il faut souligner de Mamba, c'est le désir de l'auteur d'insérer une intrigue sociopolitique dans l'histoire. Ce n'est pas réussi (loin de là), mais il se mérite un bon point pour avoir essayer.

En somme, c'est mal écrit et mal foutu. On oublie de le lire.

Note 2 / 10

Mamba
Jean Beaudry
Héritage, 1979
173 pages

lundi 16 novembre 2009

110. Maudits ! - Édouard H. Bond

Dans Maudits !, Sergio est armé d'une manchette, d'un harpon et d'une haine profonde de l'humanité. Ça tombe bien, une bande d'ados en limousine croise son chemin en s'en allant à l'après-bal. Ils sont souls, stones, gonflés de poutine et de désir. Édouard les avait pourtant avertis de ne pas prendre la route 343... (Extrait de la 4e de couverture) Toute la manière, toute la saveur de Bond est dans ce « Ça tombe bien »

J'ai bien l'impression d'être le dernier à venir parler de ce bouquin-là, sorti il y a quelques petits mois. Mais si les premiers volent la vedette, les derniers n'ont pas toujours torts, et vogue la galère des métaphores mélangées qui vient s'échouer ici.

Car il est bon, ce roman, à mon avis supérieur à Prison de poupées dont j'avais pourtant pensé le plus grand bien. L'histoire c'est celle d'un écrivain, Édouard Bond, qui met en garde un groupe d'ados en goguette de ne pas emprunter la route 343. Les jeunes n'écoutent pas la voix de l'auteur; entre en scène Sergio, prototypique héros de slashers, qui va leur en faire voir de toutes les couleurs.

L'action est non-stop, la psychologie sommaire comme il se doit, mais Bond est un sacré écrivain et il arrive à créer des personnages crédibles, indépendants, à bien les développer dans les limites du genre. On rigole aussi, malgré la violence qui se manifeste, le récit est riche en gags de toutes sortes.

Au final, ça donne un roman extraordinairement divertissant, parfaitement maîtrisé, écrit dans une langue qui n'est pas de bois, au contraire, mais bien en chair, humide, léchante, rose de désir et rouge de sang...

Seul petit bémol, les intercalaires ont laissé ce lecteur-ci complètement indifférent. Ils sont inutiles, arbitraires et le roman aurait trouvé une plus grande cohérence sans cet inutile rappel à la réalité. Une peccadille.

Édouard Bond est un formidable écrivain.

Cote 9 / 10

Maudits !
Édouard H. Bond

Coups de tête, 2009
141 pages

mardi 8 septembre 2009

97. Hell.com - Patrick Senécal

Daniel Saul est un des hommes les plus riches du Québec. Dans la jeune quarantaine, beau, fonceur, intelligent, il est sans pitié pour la concurrence et les losers. Daniel a tout pour lui.

Quand un ancien collègue de classe lui propose de devenir membre de Hell.com, un site secret où tout tout ! est possible pour ceux qui le fréquentent, Daniel accepte. Il est un « maître du monde » après tout. Il peut tout se permettre.

Mais Daniel a oublié qu'on ne monte pas aux enfers, on y descend. Et leur profondeur, qui est abyssale, n'aura d'égale que son désespoir. (Abrégé de la 4e de couverture)

Il semble bien que Senécal en avait un mauvais en lui. Parce que, autant le dire d'emblée, ce roman n'a vraiment
mais vraiment pas fonctionné pour ce lecteur-ci.

Primo, le personnage principal est antipathique et ses motivations douteuses. Ce n'est pas rédhibitoire en soi, mais ça a empêché l'identification entre moi et le perso. Et puis, encore un milliardaire ! Encore un membre de l'élite... Il y avait aussi un fort capital d'antipathie dans le précédent roman de Senécal, Le Vide. Mais la narration se faisait à trois personnages, ce qui diversifiait le propos et l'auteur arrivait à créer un niveau de connivence entre le lecteur et les personnages.

Dans Hell.com, cette connivence ne s'établit pas. Dès le départ, Daniel Saul est odieux, obsédé par sa belle vie et le sexe. Son fils ado est modelé à son image, en pire parce que « full fru ».

Les motivations de tous et chacun sont assez sommaires, voire risibles, en particulier celles de Daniel et de Martin, son confrère de collège. Primitive la psychologie.

Mais, bon, on ne lit pas Senécal pour les mêmes raisons qu'on entreprend Les frères Karamazov. Pas le même rayon. On veut de l'action, du suspense, on veut se faire harponner dans le flanc et être emporté par le flot. On veut que ça bouge ! Que ça déménage ! On veut commencer le roman lundi soir et le terminer mardi matin.

Ce lecteur-ci a beaucoup été déçu. Hell.com est divisé en deux grandes parties. La première et la deuxième. (Ha ha ha.) La première raconte l'apprentissage des limites de Hell.com par Daniel, et c'est une partie qu'un célèbre Tremblay (François-Bernard, celui-là) a ainsi qualifié : C'est
Anne-Marie Losique qui nous fait découvrir la Culture du X. Aussi poche que ça.

Ça se corse un tantinet dans la seconde partie où Daniel Saul, ayant connu comme son illustre prédécesseur
son chemin de Damas, vire capot à propos de Hell.com et décide qu'il va sauver la vie de son fils en tentant de l'arracher à cet enfer... Partie cousue de fil blanc, sans aucune surprise, mais avec du ressort dans la jambe qui fait qu'on a enfin le goût de lire la suite. Mais c'est venu trop tard pour moi. Ça m'a pris plus d'une semaine à terminer ce gros roman, que je ne recommande pas.

Cote 5 / 10

Hell.com
Patrick Senécal
Àlire, 2009
557 pages

mardi 24 février 2009

45. Je hurle à la lune comme un chien sauvage - Frédérick Durand

Jacques est un prostitué mâle qui est engagé pour une partouze chez des bourgeois. Ce qui promettait d'être un petit travail assez peinard, se transforme en cauchemar quand un participant trouve la mort.

Je suis un peu coincé par ce roman, ou cette longue nouvelle. D'un côté, c'est un formidable récit d'action, emballant, haletant, qui attrape son lecteur à la gorge et ne le lâche pas avant le point final - ou le poing final, c'est selon.

D'autre part, je suis resté sur mon appétit. Il n'y a rien avant le roman, rien après. Le roman n'existe que dans cet instantané. On ne sait presque rien du personnage et à la fin on n'en saura guère plus. Les autres personnages, c'est moins encore : ils n'apparaissent dans le texte que pour faire avancer cette formidable locomotive lancée sur ses rails.


Au bout du compte, je donne une bonne note, parce que mon plaisir de lecture fut grand. Un petit livre pour passer admirablement une couple d'heures. Sans compter que le titre est génial

Durand, l'écrivain, est un entertainer de première.

Cote 8 / 10

Je hurle à la lune comme un chien sauvage
Frédérick Durand
Coups de tête, 2008
88 pages

jeudi 16 octobre 2008

23. Red Storm Rising - Tom Clancy

De la merde dans un bas de soie, ça reste de la merde. Servez-la dans un enrobage hard tech, ça devient de la merde en inox, ou encore un thriller qui se vend à 12 milliards d'exemplaires. J'ai lu 326 pages de ce roman, mon record d'endurance avec cet auteur. Après de multiples tentatives sur différents romans, je jette l'éponge, je ne suis pas capable, je suis vici par Clancy.

Pour pallier une sérieuse pénurie de pétrole, les Soviétiques attaquent l'Europe, déclenchant la 3e guerre mondiale. Leur élan guerrier sera enrayé par l'ingéniosité et la persévérance des troupes américaines (cherchez pas les Européens dans cette guerre européenne, ils sont en vacances) qui triompheront au bout du compte. Un résumé parfait et je n'en pas lu la moitié ! Quelle perspicacité !

Je n'ai pas grand chose à dire de ce roman à part que c'est long, fastidieux, un véritable pensum et une colossale perte de temps. Par contre, c'est riche de détails techniques qui, au final, se révèlent assez creux et inintéressants. En ce sens, ça me rappelle beaucoup la sf dite franche, souvent fascinée par la bébelle et ce qui brille... De plus, pour un thriller, c'est aussi trépidant qu'un éléphant mâchouillant des cacahuètes. Ça s'étire. Bon, j'arrête là.

Cote 2 / 10

Red Storm Rising
Tom Clancy
725 pages