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mercredi 3 novembre 2010

165. Solaris n° 176

Trois nouvelles seulement, dont une massive. L'illustration de la couverture est superbe, évoquant Blade Runner et Cinquième élément. Par contre, la nomenclature des auteurs fait pic-pic avec sa typographie maigrichonne et ses boulets de retour à la ligne.

Pour l'honneur d'un Nohaum de Philippe-Aubert Côté. Un groupe de Néomorphes doit mener une expédition de repérage dans une Moscou dévastée. Ils y trouveront une colonie d'humains qui s'acharnent à rester en vie... Côté nous offre un texte long et ambitieux, la création d'un monde dans toute sa complexité. L'arrière-monde est longuement élaboré et, en apparence, parfaitement cohérent. Beaucoup d'inventivité dans les détails, et une fin bien enlevée et réussie.

Par ailleurs, cette longue nouvelle souffre de quelques problèmes. Le premier, c'est la prose elle-même : correcte et bien sage, certes, mais sans éclats, sans passion, et terne à souhait. Conséquence de cette prose monotone, les enjeux dramatiques sont tous exposés  sur le même registre, sans qu'on puisse bien les distinguer les uns des autres, ainsi l'adoption de Renardeau présente la même importance dans le texte que les massacres d'humains de Ter-Holf et les problèmes maritaux d'Arhiann. Et, en raison de cette prose appliquée et du manque de relief des enjeux, le texte dégage un ennui certain...

Aussi, l'auteur semble véritablement fasciné (trop ?) par l'arrière-plan du monde qu'il crée – à trop vouloir en faire, il se perd dans les détails. Tenant absolument à nous faire partager sa passion, Côté livre une masse d'information pas nécessairement pertinentes à l'histoire qu'il raconte – je pense ici à l'épisode Renardeau, joli mais un peu inutile, qui permet cependant à l'auteur de nous livrer quelques notions de mythologie néomorphe qui n'ajoutent rien à son texte, sinon de la couleur locale.) Pour l'honneur d'un Nohaum souffre d'un surpoids d'information, une forme pernicieuse d'infobésité morbide. Tout au long de cette histoire, je me demandais sans cesse : cette nouvelle est-elle trop longue ou trop courte, livre-t-elle trop d'information ou pas assez ? En dépit de la longueur de ce texte, le lecteur se demande s'il n'est pas en train de lire le canevas d'un roman, si l'auteur n'a tout simplement pas manqué d'espace pour exprimer ses idées. En tous cas, c'est l'impression que ça m'a donné.

Dernière chose, rédhibitoire celle-là : la psychologie des personnages, on nage dans le cliché.

On dira : quel long commentaire pour une seule nouvelle de Solaris ! C'est inusité. La longueur inhabituelle du texte (54 pages, soit, au pif, de 22 à 25 milles mots) justifie à elle seule ce long commentaire; mais il y a aussi que nous sommes en présence d'un jeune auteur plein d'ambition et de talent, à qui il ne reste qu'à trouver en lui les ressources nécessaires pour injecter dans ses textes de la vie et des émotions. Il en est capable, les dix dernières pages de Pour l'honneur d'un Nohaum le prouvent. 6 / 10

Le double d'éternité de Frédéric Vacher. Dernier grand peintre de l'humanité, Ernesto Garcia Perez est extirpé de son éternité numérisée par un milliardaire qui cherche à faire revivre la civilisation humaine sur Mars longtemps après la destruction de la Terre... Ce texte-là m'a soufflé. Une réflexion pas banale sur l'art et l'apparence, sur la volonté et la contrainte, menée par une écriture sans faille. Prenant, totalement brillant. Premier texte publié de Vacher, je vous dis qu'il faut dorénavant surveiller ce jeune auteur. 8,5 / 10

L'art du dragon de Sean McMullen. Un jour apparaît dans le ciel un gigantesque dragon métallique qui va de ville en ville bouffer les grandes œuvres d'art de l'humanité  Variation très amusante sur le thème du conte de fées et de bien autres choses, en plus. Comme pour le texte précédent, il s'agit d'une réflexion sur la présence de l'art dans la culture humaine, mais sur un registre complètement différent, very tongue in cheek. Bravo pour cette trouvaille. 8,5 / 10

Deux longs articles complètent le numéro, le premier sur la revue Amazing Stories par Marc Ross Gaudreault et les Carnets du futurible de Mario Tessier. C'est intéressant, oui, mais je réitère qu'à mon avis les Carnets devraient apparaître dans la version en ligne de Solaris afin de laisser la place à une fiction supplémentaire. Après tout, si j'achète Solaris, c'est pour la fiction.

Nonobstant ça, un très fort numéro avec deux excellentes nouvelles et une bonne. 8 / 10

vendredi 5 février 2010

123. Solaris n° 173

Sous une couverture colorée montrant le sourire béat d'une jeune exaltée du pinceau venant de recevoir son catalogue Omer De Serres, le 173e numéro de Solaris nous propose deux textes à relais. En passant, vous verriez cette fille sur la rue, vous changeriez immédiatement de trottoir, elle a l'air inquiétant de Glenn Close dans Fatal Attraction, en moins jolie.

Lupercalia de Guillaume Voisine, Pascale Raud, Philippe-Aubert Côté, Ariane Gélinas et Mathieu Fortin. Ça ne se résume pas, parce que ça part dans toutes les directions. Un échec global. Voisine tente de mettre l'histoire sur les rails, Raud de lui donner une dimension psychologique, Côté relance (avec assez de succès) un texte qui n'allait nulle part, Gélinas introduit le viagra et Fortin termine avec force rebondissements et pim pam poum dans la gueule. Totalement disparate. La psychologie des personnages, embarrassante par ses rationalisations et son incohérence, est rédhibitoire en diable.

Terminalia de Francine Pelletier, Daniel Sernine, Jean-Louis Trudel, Esther Rochon et Élisabeth Vonarburg. Ça pourrait se résumer, mais à quoi bon. Les aïeux ont beau avoir un métier incroyable, le résultat de leur concoction forme une masse qui ressemble à du jello toute sorte de couleurs et à peu près aussi savoureux. Pour développer leur histoire, les jeunes loups s'en sont tenu au schéma de base, s'attardant à approfondir la psychologie de Grey; les vieilles savates (expression employée ici avec tout le respect que ces nobles personnes méritent, wink wink), elles, accumulent les personnages, chaque auteur amenant le sien. On en a une vraie cohorte à la fin. Pelletier jette les bases, Sernine (avec la meilleure prestation de toutes) lance véritablement l'histoire, Trudel recentre le texte vers la science, Rochon introduit le point-virgule et Vonarburg réussit à force de double-back-flips à ficeler l'histoire. Ouf.

Les jeunes loups se font pas le poids contre les ancêtres. C'était à prévoir. Les loups ont sous la ceinture un seul roman pour adultes (les 120 pages du Protocole Reston) et quelques dizaines de nouvelles. Les aïeux ont chacun une dizaine de livres pour adultes et, à eux tous, plusieurs milliers de pages publiées.

Chaque fois que Saul meurt de Sylvie Bérard. Un homme raconte à une fillette les circonstances de sa vie et de l'apocalypse qui s'est abattu sur le monde. Est-une pièce de théàtre en un acte ? Un simple monologue avec des indications de mise en scène ? La forme même rend le texte statique. Le style de l'auteure a beau être fluide et plein de subtilités, reste que ça demeure un monologue, avec ses redites et ses digressions. S'il y a de très beaux moments et des passages émouvants, parfois ça semble n'aller nulle part et on s'ennuie un tout petit peu. Aurait gagné à être raccourci de quelques paragraphes. Quand même, mémorable : 8 / 10

Montée de lait :
Si je veux m'abonner à une revue qui me propose des textes amateurs, sans direction littéraire, acceptés tel quel, d'une médiocrité consternante, je vais envoyer mon argent ailleurs. Sacrament, j'ai payé le prix pour un abonnement à une revue de qualité et voilà ce que m'envoie Solaris : de la mauvaise littérature, du flattage de bedaines d'auteurs. Des fictions incohérentes, médiocres, inacceptables...

Dans un articulet précédant les textes à relais, Mario Tessier explique que le texte à relais (round-robin) est une tradition anglo-saxonne qui remonte à la nuit des temps en SFF. Fort bien. Ce qu'il omet commodément de dire, c'est qu'à l'âge d'or des magazines et des round-robin, il y avait une pléthore de revues sur le marché, que c'étaient des pulps à 10 cents, et que si le truc n'intéressait pas le lecteur, il y avait suffisamment de matière première sur le marché pour passer outre sans se scandaliser. Et que peut ajouter le fait que ce soit une tradition ? En sf et fantastique, il y a aussi une longue tradition pulp de publier des textes minables, mal fichus, médiocre et en-dessous de tout, alors on ne va pas s'y mettre aussi, han. Solaris, câlisse(1), c'est pas un pulp, ou alors qu'on le dise.

On fait valoir l'aspect ludique de l'exercice, la célébration de la communauté, patati patata. Bouillie pour les chats. Je paie pour une revue qui me présente des textes de qualité, je casque 30 $ par année pour ça, c'est quand même pas de la marde, je suis le cochon de consommateur. Si la direction veut se payer du bon temps, qu'elle le fasse en-dehors de la revue. Cet exercice de *ludisme* et de *communauté* aurait très pu se produire dans le cadre de Boréal (où il aurait pris tout son sens, non ?) Chaque auteur aurait eu une heure pour écrire son bout d'histoire et, à la fin de la journée, on photocopie l'ensemble, on vend les textes 5 $ la shotte et tout le monde est content. Je les aurais acheté sans rechigner ces deux textes-là. Pour le plaisir et pour encourager. Quand on ne tente pas de me faire prendre des vessies pour des lanternes, je suis bon joueur. Là, dans ce numéro de Solaris, je dis que c'est un abus de confiance. Je me suis fait floué. Pour paraphraser George Carlin  : Penches-toi par en avant, consommateur, j'ai une nouveauté à t'introduire dans l'oeil de bronze.

Un dernier mot : Solaris publie quatre numéros par année. C'est, avec Brins d'éternité, la seule revue SFF de niveau professionnel au Québec. Pis là, on assène au lecteur confiant un numéro composé de deux longs textes qui, s'ils avaient été signé par un seul auteur, n'auraient jamais -- JAMAIS -- été publié dans cet état.

Longue montée de lait, largement édulcorée, je vous l'assure. Excusez-la.

Je tiens à souligner que je ne jette le blâme sur personne, ni sur Tessier qui a proposé l'idée, ni sur Champetier et Pettigrew qui l'ont accepté, et surtout pas sur les auteurs qui se sont prêtés au jeu avec plaisir (j'imagine). Je dis seulement que Solaris est le moins bon support pour ce genre de fantaisie.

Note : 2 / 10 (Bérard, la Halak de ce numéro, empêche l'humiliation du zéro).

(1) Uniquement pour la rime.

jeudi 28 janvier 2010

121. Solaris n° 172

La vie des douze Jésus de Luc Dagenais. Après la multiplication des pains, la multiplication des Jésus. Une bonne idée, un excellent traitement, vif et sarcastique, et pourtant la nouvelle m'a laissé plutôt indifférent. Peut-être parce qu'elle fait appel à un monde, la religion, qui a été évacué de mon univers intellectuel. Aussi, bémol, il y a de légers décrochages dans la narration quand le guide devient très familier avec ses ouailles. 7 / 10

Comme Sasha de Gaël-Pierre Covell. Une puissante créature malfaisante hante le Marais alors que la France est à feu et à sang durant la guerre de Succession d'Autriche. Un texte touffu, lourdaud à de nombreux moments, que j'ai pourtant beaucoup apprécié. 7 / 10

Le masque du clown rouge de Tyler Keevil. On ne fait pas facilement des affaires dans ce Cuba ensorcelé. Une nouvelle banale et sans attrait, un exotisme de pacotille, des personnages incolores, bref, à part une finale assez enlevée, médiocre. 4 / 10

Cold storage de Raymond Dumoulin. Zombies et heavy metal forment ici un très heureux mélange. Le style de Dumoulin me plait énormément. Il a une manière incomparable de créer des ambiances et de mettre ses personnages en scène. Cela dit, je dois avouer que la longue scène de poursuite à la fin était justement ça, longue, voire interminable. La chute est amusante. 8 / 10

La visite du vendredi de Claude Bolduc. Vous avez une petite verrue sur la main ? Ne lisez pas cette excellente nouvelle. Bolduc est un maître. Un texte drôle, une fin grinçante... Vive impression sur ce lecteur-ci. 10 / 10

L'appel de la pluie de Claude Bolduc. Un texte plus atmosphérique (si j'ose dire, compte tenu du titre), de nature plus poétique, auquel je n'ai pas vraiment adhéré. 5 / 10

De l'amour dans l'air de Claude Bolduc.On ne rigole pas avec les philtres d'amour. Mais le lecteur, lui, il rigole bien des mésaventures de Robert, un sceptique de la sorcellerie. Très bonne histoire qui perd un tout petit peu de son rythme à la fin. 9 / 10

Le patient de l'interne Freud de Philippe-Aubert Côté. Dans cette nouvelle, presque tout est bon, bien fait. L'écriture coule, le lecteur est captivé, l'histoire est fascinante et le décor superbement mis en place. Il y a un certain name-dropping auquel l'auteur cède, mais il faut dire que la Salpêtrière, à cette époque-là, était riche en personnalités qui ont fait leur marque par la suite, c'était donc relativement inévitable. Le problème que suscite le name-dropping, c'est que l'esprit du lecteur prend la tangente et se met à vagabonder pendant quelques secondes à chaque fois qu'une personnalité connu fait son apparition, le temps de se rappeler si ses références concordent avec ce que l'auteur nous présente, c'est-à-dire juste assez de temps pour s'extirper du récit un tout petit peu. Rien de rédhibitoire en soi, mais ça aurait gagné à être resserré un peu, là, à mon avis. Ça se gâte seulement à la fin avec une chute intello-littéraire que j'ai trouvé peu convaincante. Pourtant le reste, c'est du bonbon. 7,5 / 10

Deux points pour conclure.

Les derniers mots du commentaire d'Élisabeth Vonarburg sur Suprématie de Laurent McAllister m'ont fait bondir (et dieu sait qu'au poids que j'ai, ça en prend pour me propulser dans les airs). « J'espère, écrit-elle en substance, qu'ayant démontré leur capacité à bien faire du space opera, les auteurs sauront explorer dans leurs prochains romans d'autres concepts, d'autres décors, d'autres problèmes philosophiques et éthiques ». Venant de la part d'une auteure qui depuis longtemps ne fait que de la fantasy (à peu de choses près), on avouera que ça ne manque pas de piquant. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais... Miséricorde ! J'aime mieux lire une bonne histoire de space opera qu'une sempiternelle mouture de fantasy, aussi originale tente-t-on de nous faire croire qu'elle soit (ou qu'elle fut, je ne sais pas trop bien)...

Une bonne note à Joël Champetier pour ce spécial-qui-n'en-est-pas-un-100 %-fiction. J'aime bien la chronique de Mario Tessier, Les Carnets du futurible, érudite et amusante, mais voilà le genre de truc qui pourrait être remisé sans problème dans la version internet de la revue. Moi, je veux des fictions. Beaucoup de fictions. Et, de ce point de vue là, ce numéro 100 % fiction m'a procuré une bien grande satisfaction...

Note 8,5 / 10


samedi 12 septembre 2009

98. Solaris n° 171

Lettre d'amour de Neil Gaiman. Une statue tombe amoureuse d'une passante. C'est joli, ça chatoie, mais c'est sans intérêt. 5 / 10

Orange
de Neil Gaiman.
Un cas de possession ou de pouvoirs surnaturels vu à travers un formulaire d'enquête. Formidablement original en même temps qu'équivoque. On en voudrait plus. 8 / 10

Ors blancs d'Alain Bergeron. À Aquilenne, André Antonikas, séméiologue et historiosophe, fait la rencontre de Maître Amras Pamdophire de Leon, ingénieur électrologiste, qui n'est peut-être pas celui qu'il parait être. Quel formidable texte, riche et écrit dans une langue irréprochable tout à fait juste. Une situation politique complexe, rendue avec finesse, des personnages crédibles et profonds.Tout simplement superbe. Alain Bergeron est un des meilleurs auteurs au Québec. 10 / 10

Recette maison d'Éric Gauthier. Deux filles fabriquent des confitures aux pouvoirs étonnants qu'elles partagent avec les locataires de l'immeuble où elles habitent. Du fantastique urbain tout à fait charmant, servi par une prose séduisante. J'ai complètement adoré. 9 / 10

Désaxés de Jean-Louis Trudel. Cette nouvelle-là n'a pas réussi à me divertir. Il y a plein de choses dedans (voir le blogue de l'auteur) mais tout ça forme un amalgame qui ne lève malheureusement pas; la sous-intrigue familiale donne l'impression d'être plaquée là. Intéressant pour l'intellect sans doute, mais sans émotions véritables. 6 / 10

La mort aux dés d'Élisabeth Vonarburg. Mémé raconte à ses petits-enfants l'histoire du Vagabond éternel, condamné à vivre très longtemps pour avoir contester un dieu mineur. Même le talent considérable de l'auteure n'a pas su rendre intéressante cette histoire qu'on ne vit pas mais qui nous est présentée à la manière d'une saynète édifiante. Pour s'y retrouver, ce lecteur-ci aurait eu besoin d'une généalogie, d'un atlas, d'un lexique et d'une éphéméride. J'imagine que si vous avez lu Tyranaël, ça vous paraîtra plus lumineux qu'à moi. C'est touffu comme ça a pas de bon sens. Trop, c'est comme pas assez. J'ai lâché à quatre pages de la fin en dépit du fait que j'ai apprécié le ton solennel et l'aspect hiératique du texte. 4 / 10

Le numéro se termine avec des Carnets du futurible de Mario Tessier un peu plus sages qu'à l'ordinaire et les critiques de livres.

Somme toute, un numéro peu mémorable, à l'exception des textes de Bergeron et de Gauthier. 7,5 / 10

jeudi 7 mai 2009

73. Solaris n° 170

Le boucher de Nicolas Weinberg. Petit-Coude et Pot-de-Rouge font la rencontre du Boucher à l'auberge en plein coeur de la nuit. Le meilleur de cette histoire fantastique qui n'est pas piquée des vers, c'est la truculence des personnages et la justesse des dialogues et des situations. Excellente nouvelle. 10 / 10

Grains de silice de Mario Tessier. Si vous lisez le texte contenu dans la nouvelle, l'humanité va cesser d'exister. L'enthousiasme de Joël Champetier pour cette nouvelle me fait sourciller. À le croire il s'agit du texte le plus déterminant de 2009 - année à peine entamée. Je ne partage pas son point de vue. À vrai dire, je me suis un peu ennuyé bien que ce soit très court. 5 / 10

La règle des tiers
de François Lévesque.
Peines d'amour et cauchemars ne font pas bon ménage comme on l'apprend dans cette nouvelle urbaine. Agréable lecture. 7 / 10

Hoenzolam d'André Dumaine. Un couple visite une ville de saltimbanques. Elle est emballée, il a l'impression que c'est une arnaque prétentieuse. Dans cette nouvelle tout l'art réside dans l'habileté de l'auteur à créer une atmosphère bizarre, fellinienne, juste par esquisses. 9 / 10

Comme des nuages dans un ciel d'été de Georges Boulevard. Une histoire de survie dans un monde en pleine décrépitude. Fortement onirique, mais parfaitement réussie. J'ai embarqué dans cette histoire et j'y ai pris un plaisir considérable jusqu'au dernier mot. C'est le genre de texte que je souhaiterais avoir écrit. 10 / 10

La jolie fille de Pol Pot de Geoff Ryman. La fille de Pol Pot essaie de trouver sa place dans un Cambodge moderne où le passé est partout. Brillant. Une pure merveille. Élégiaque et lent. More of Geoff Ryman, Mister Champetier. 10 / 10

Un très fort numéro. Tout excellent, ou presque.

Cote 8,5 / 10

jeudi 29 janvier 2009

39. Solaris n° 169

Cherche criminel de génie de Matthew Hughes. Bien faite la nouvelle, du vrai travail professionnel. Est-elle « très drôle » comme le claironne Champetier dans l'éditorial ? Pas pour ce lecteur-ci en tous cas, qui a trouvé le comique forcé et étiré, mais ça se laisse lire sans embûches et ça s'oublie rapidement. Correct et ordinaire. 5,5 / 10

Un poisson qui tue un homme n'est pas toujours une tragédie de Marc-André Charron. Une étonnante première nouvelle qui se déroule au Japon. J'ai bien aimé, à part deux ou trois petits décrochages langagiers sous forme d'apparitions de québécismes dans un texte autrement écrit en français international, décrochages injustifiés à mon avis. Autrement, c'est très bien. 7 / 10

Éternelle jeunesse d'Isabelle Piette. Une courte fable moderne sur la mémoire qui s'inscrit aussi dans le corps. Une joli réussite, mais un texte trop court à mon goût 7 / 10

Nourrir les monstres de Michel Lamontagne. Alors là, coup de cœur full intense. Sur une idée extrêmement bizarre, le lecteur a droit à un texte absolument impeccable, ramassé, et pourtant plein d'émotions. C'est remarquable. Lamontagne est un auteur qui se fait rare. Doit-on s'en désoler si c'est pour écrire des joyaux comme Nourrir les monstres ? 10 / 10

Singulier pluriel de Lucas Moreno. Une autre histoire de phagocytes, il y en a tant. Mais tout est dans le traitement; et Moreno opère un sans faute à partir d'une idée un peu éculée. Tout est dans la manière. Jeune auteur à suivre. 8 / 10

Deux soeurs - Plan fictif - Lima Pérou de Hugues Morin. Cette histoire au traitement extrêmement intellectuel ne m'a pas convaincue, mais elle est plaisante à lire. Je ne suis pas sûr d'avoir tout bien compris, mais j'ai aimé la ballade avec Morin. 6,5 / 10

La voix qui chantait le coeur du monde d'Élisabeth Vonarburg. Une histoire bien construite, avec une toile de fond foisonnante de détails et de mystères. L'écriture est typiquement Vonarburg, avec tous les tics habituels de l'auteure. Seule la fin sirupeuse à souhait m'a déçu. Autrement c'est bon à s'en lécher les doigts. 8 / 10

Deux articles viennent clore le numéro.

Rien à voir avec la fantasy
de Thibaud Sallé. Ça n'apprendra pas grand chose à un lecteur le moindrement informé et l'auteur padde son texte avec une très longue bibliographie de 4½ pages. Wow, je suis ébloui. Bof.

Mario Tessier livre un autre volet du Carnet du futurible, comme toujours c'est un véritable exercice de futilité et d'érudition. Bravo.

Décidément, Solaris est la meilleure revue littéraire sur le marché. 8 / 10

mercredi 10 décembre 2008

32. Solaris n° 144


Volvox de Marie-Josée L'Hérault. Cette nouvelle absolument géniale de MJL est de celle qui nous renvoie à notre propre médiocrité. On lit ce texte et on se dit qu'on serait bien mieux de se recycler dans la culture des patates plutôt que de tenter d'écrire encore un seul mot. Quel texte ! C'est drôle, fin, mémorable, prenez une gerbe d'épithètes et déposez-la au pied de la page 78, où se termine la nouvelle. Marie-Josée L'Hérault nous propose la suite de Volvox dans les Tatouages d'humeur, parue dans le Solaris 161, tout aussi géniale. Une auteure majeure est née (et son recueil de fiction canonique, en demi-teinte fantastique, Tokyo Express ne se compte pas pour des prunes, si vous voulez mon avis.) Cote 10 / 10

Outcast de Gauillaume Ferber. Après trois pages ce texte n'avait toujours pas su capter mon intérêt. J'ai abandonné. Non-coté.

La tentation d'Adam de Mehdi Bouhalassa. Ben dîtes donc, la direction littéraire de Solaris tient vraiment à me montrer le chemin de la culture des tubercules. L'histoire est ici moins forte et originale que chez L'Hérault, mais elle est dense, maîtrisée et écrite dans une langue irréprochable. Il n'y a que vers la fin où l'auteur précipite un peu trop les choses, où la très grande qualité de l'écriture cède un tout petit peu, la fin apparaît aussi un peu précipitée, mais le chemin pour s'y rendre est envoûtant. Bouhalassa est un auteur à suivre attentivement. 9 / 10

Un des meilleurs numéros de Solaris que j'aie lu, sinon le meilleur toutes catégories. 8 / 10

mardi 28 octobre 2008

25. Solaris n° 168

L'évasion d'Alexandre Babeanu. Une nouvelle atmosphérique et évocatrice... Pas facile de faire passer autant d'informations sans rendre le texte indigeste. Et malgré quelques petites longueurs où l'auteur aurait pu resserrer son propos, on ne s'ennuie pas une seconde. Les subtilités de l'univers imaginé par Babeanu apparaissent par dévoilement successifs et l'intérêt est maintenu jusqu'à la fin. Joli réussite. 7,5 / 10

Sa vie au bout du pinceau de Philippe-Aubert Côté. C'est cute, mais malheureusement anodin. Une nouvelle écrite en une heure (je crois) dans le cadre d'un concours d'écriture. J'imagine que le texte a dû être remanié quelque peu entretemps, mais les contraintes du concours affaiblissent une idée qui a pourtant du mérite. 3 / 10

Le premier de sa lignée de Philippe-Aubert Côté. Si on lui donne la place pour s'exprimer, Côté sait y faire. Une très, très bonne nouvelle de sf apprêtée à la sauce polar noir. La construction est sans reproche, le rythme haletant, en dépit d'une psychologie plutôt conventionnelle. Le talent de l'auteur est indéniable. Un léger bémol, qu'on peut mettre sur le compte de l'inexpérience : manifestement l'auteur est fasciné par le monde qu'il a créé (on parle d'une série de textes à venir) mais c'est comme s'il tentait de tout dire au lecteur, de tout lui montrer. À mon avis, ça aurait gagné à être resserré un tout petit peu. Très bon, on a hâte aux prochains textes de la série. 7 / 10

Voici l'âge de glace de Claude Lalumière. Ici, l'écriture est carrée, raboteuse, sèche, elle donne des coups; à la limite, elle est déplaisante; en tous cas, elle n'a pas plu à ce lecteur-ci. Ce mélange de sf et de fantastique avec la fin qui relève du mythe ou du rêve, on repassera. 3 / 10

La fin du conte de Pascale Raud. Moi qui ne raffole pas du fantastique, j'ai été happé par ce texte. Cette histoire d'écrivain et d'inspiration surnaturelle, on l'a lu des dizaines de fois et la fin ne surprendra pas le lecteur le moindrement aguerri. Pourtant, ça fonctionne : la magie, c'est l'écriture, très achevée, et le rythme et l'atmosphère qu'elle parvient à créer. 7 / 10

Zeitnot d'Ariane Gélinas. La meilleure nouvelle du numéro. Un texte lent, atmosphérique et, en même temps, froid et sans émotions. Un monde détaché, où les gens rêvent à leurs petites passions en privé, mais sont inexorablement broyés s'ils sont surpris à tenter de les vivre. J'ai aimé énormément. 8 / 10

L'affaire de la pension astronomique d'André-François Ruaud. Dans un premier temps, la nouvelle part dans une direction, très sf (qui n'est pas sans rappeler Mercuriale de K.S. Robinson), extrêmement attrayante, pour bifurquer abruptement et donner sa pleine mesure dans une veine plus fantastique et aussi plus, hum, ordinaire. Ce changement de cap est bien fait, mais, pour moi, la première partie était vraiment si bonne que j'aurais préféré que l'auteur y bâtisse toute son intrigue. Sans tout révéler ni trop appuyer, l'auteur esquisse en arrière-plan de sa nouvelle un intéressant portrait géopolitique du monde
et je ne demande pas mieux que de lire d'autres textes situés dans cet univers. 6 / 10

Une nouvelle tête... ou un nouveau corps ? de Sylvie Bérard. Ce n'est pas une nouvelle, c'est un spin-off sur la publicité. Et si c'est complètement réussi dans le genre parodique, je dois admettre n'en avoir saisi ni l'intérêt ni la raison. Ça ressemble à un extrait de roman, à la manière de ceux que John Brunner écrivait dans le temps, Tous à Zanzibar, par exemple. Une réussite, mais qui ne convainc pas : 4 / 10

Dans l'ensemble, un excellent numéro qui nous fait connaître une pléthore de jeunes auteurs. Les textes souffrent un peu de cette jeunesse, mais on ne va pas se plaindre.

Cote : 7 / 10

Ça n'a rien à voir, mais ce billet est le 100e que j'affiche sur mon blogue. Permettez que je me fasse une petite accolade, j'aurais jamais cru me rendre là. Merci à tous ceux et celles qui viennent faire un tour de temps en temps. Vos commentaires sont toujours appréciés.

mardi 15 juillet 2008

6. Solaris n° 167

L'épine de cerf, d'Esther Rochon. Dès le départ, j'ai un problème. Comment parler d'un texte qui est tout à l'opposé de ce qu'on aime en littérature ? Je n'aime ni le fantastique (j'ai essayé, je suis réfractaire sans rémission) ni les allégories. Or l'Épine du cerf est une allégorie fantastique ou un texte fantastique allégorique, comme on voudra. J'aime pourtant Rochon, l'Espace du diamant est l'un des meilleurs romans que j'aie lu (il est dans mon top 25).

Les villes invisibles
, d'Élisabeth Vonarburg. Ce texte-là fait ce qu'il peut pour que le lecteur n'y trouve pas son plaisir. Il est écrit à la seconde personne du pluriel (le vous), ça crée un gouffre entre le texte et le lecteur, un grand espace froid, peu invitant et difficile à combler. La fin est télégraphiée depuis le début (surtout si on connaît un peu l'auteure). N'empêche que j'ai été harponné et, malgré les aspects intello-frigo du texte, j'ai aimé. En dépit de.

Jos Montferrand et le grand brigand des routes
, d'Alain Ducharme. Un conte. Cute. Rien à en dire d'autre.

La machine à raconter des histoires
de Francine Pelletier. Le meilleur texte du numéro. Une bonne histoire, sobrement racontée, plantée dans le décor de Vilvèq, une vie entière offerte au lecteur qui en redemande.

Le dôme de Saint-Macaire, de Jean-Louis Trudel. Après deux nouvelles assez ennuyeuses (Les noms de la proie et La solitude des dieux), Trudel revient en belle forme. Une histoire solide, dynamique, avec un background fascinant. On lui reprochera un peu quelques lourdeurs pontifiantes : « Il caressait toujours les mêmes rêves d'un monde meilleur à bâtir, et ce monde aurait la perfection des rêves qui n'ont jamais été gâchés par l'épreuve de la réalité » et « Mais il avait un rêve plus important que le sacrifice de sa bonne conscience ».

La disparition, de David Dorais.
Youïlle, youïlle. Encore du fantastique, servi par une écriture correcte mais qui n'évite pas la surcharge par moment.

Au bout du compte, un assez bon numéro : un très bon texte, deux bons.

Cote 6,5 / 10