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mardi 24 mai 2011

Deux livres québécois

Parce que mes commentaires sur ces deux livres devraient paraître dans des revues, je me contente de vous donner mes recommandations sur les romans québécois suivants.

Flyova de Caroline Lacroix : recommandé.

Reset - Le voile de lumière de Joël Champetier : agréable à lire mais banal, je ne le recommande pas.
(MAJ : J'aurais dû écrire « je ne le recommande pas vraiment » ce qui introduit une nuance plus proche de ma pensée.)

jeudi 28 janvier 2010

121. Solaris n° 172

La vie des douze Jésus de Luc Dagenais. Après la multiplication des pains, la multiplication des Jésus. Une bonne idée, un excellent traitement, vif et sarcastique, et pourtant la nouvelle m'a laissé plutôt indifférent. Peut-être parce qu'elle fait appel à un monde, la religion, qui a été évacué de mon univers intellectuel. Aussi, bémol, il y a de légers décrochages dans la narration quand le guide devient très familier avec ses ouailles. 7 / 10

Comme Sasha de Gaël-Pierre Covell. Une puissante créature malfaisante hante le Marais alors que la France est à feu et à sang durant la guerre de Succession d'Autriche. Un texte touffu, lourdaud à de nombreux moments, que j'ai pourtant beaucoup apprécié. 7 / 10

Le masque du clown rouge de Tyler Keevil. On ne fait pas facilement des affaires dans ce Cuba ensorcelé. Une nouvelle banale et sans attrait, un exotisme de pacotille, des personnages incolores, bref, à part une finale assez enlevée, médiocre. 4 / 10

Cold storage de Raymond Dumoulin. Zombies et heavy metal forment ici un très heureux mélange. Le style de Dumoulin me plait énormément. Il a une manière incomparable de créer des ambiances et de mettre ses personnages en scène. Cela dit, je dois avouer que la longue scène de poursuite à la fin était justement ça, longue, voire interminable. La chute est amusante. 8 / 10

La visite du vendredi de Claude Bolduc. Vous avez une petite verrue sur la main ? Ne lisez pas cette excellente nouvelle. Bolduc est un maître. Un texte drôle, une fin grinçante... Vive impression sur ce lecteur-ci. 10 / 10

L'appel de la pluie de Claude Bolduc. Un texte plus atmosphérique (si j'ose dire, compte tenu du titre), de nature plus poétique, auquel je n'ai pas vraiment adhéré. 5 / 10

De l'amour dans l'air de Claude Bolduc.On ne rigole pas avec les philtres d'amour. Mais le lecteur, lui, il rigole bien des mésaventures de Robert, un sceptique de la sorcellerie. Très bonne histoire qui perd un tout petit peu de son rythme à la fin. 9 / 10

Le patient de l'interne Freud de Philippe-Aubert Côté. Dans cette nouvelle, presque tout est bon, bien fait. L'écriture coule, le lecteur est captivé, l'histoire est fascinante et le décor superbement mis en place. Il y a un certain name-dropping auquel l'auteur cède, mais il faut dire que la Salpêtrière, à cette époque-là, était riche en personnalités qui ont fait leur marque par la suite, c'était donc relativement inévitable. Le problème que suscite le name-dropping, c'est que l'esprit du lecteur prend la tangente et se met à vagabonder pendant quelques secondes à chaque fois qu'une personnalité connu fait son apparition, le temps de se rappeler si ses références concordent avec ce que l'auteur nous présente, c'est-à-dire juste assez de temps pour s'extirper du récit un tout petit peu. Rien de rédhibitoire en soi, mais ça aurait gagné à être resserré un peu, là, à mon avis. Ça se gâte seulement à la fin avec une chute intello-littéraire que j'ai trouvé peu convaincante. Pourtant le reste, c'est du bonbon. 7,5 / 10

Deux points pour conclure.

Les derniers mots du commentaire d'Élisabeth Vonarburg sur Suprématie de Laurent McAllister m'ont fait bondir (et dieu sait qu'au poids que j'ai, ça en prend pour me propulser dans les airs). « J'espère, écrit-elle en substance, qu'ayant démontré leur capacité à bien faire du space opera, les auteurs sauront explorer dans leurs prochains romans d'autres concepts, d'autres décors, d'autres problèmes philosophiques et éthiques ». Venant de la part d'une auteure qui depuis longtemps ne fait que de la fantasy (à peu de choses près), on avouera que ça ne manque pas de piquant. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais... Miséricorde ! J'aime mieux lire une bonne histoire de space opera qu'une sempiternelle mouture de fantasy, aussi originale tente-t-on de nous faire croire qu'elle soit (ou qu'elle fut, je ne sais pas trop bien)...

Une bonne note à Joël Champetier pour ce spécial-qui-n'en-est-pas-un-100 %-fiction. J'aime bien la chronique de Mario Tessier, Les Carnets du futurible, érudite et amusante, mais voilà le genre de truc qui pourrait être remisé sans problème dans la version internet de la revue. Moi, je veux des fictions. Beaucoup de fictions. Et, de ce point de vue là, ce numéro 100 % fiction m'a procuré une bien grande satisfaction...

Note 8,5 / 10