vendredi 26 mars 2010

135. L'homme qui m'aimait tout bas - Éric Fottorino

Le 11 mars 2008, le père d'Éric Fottorino se tue d'une balle à la tête. Il avait soixante-dix ans, une santé splendide, aucun signe de déchéance autre que des difficultés d'argent sur le point de se régler. Pourquoi alors commettre l'irréparable ?

Le livre de Fottorino est un hommage émouvant à ce père peu loquace mais toujours présent et qui lui a donné, en l'adoptant, ce nom de famille dont il est si fier.

Le livre n'est pas une enquête sur les raisons du suicide de son père. L'auteur ne s'y attarde pas beaucoup, ce n'est pas son but. Ce que Fottorino veut montrer ce sont des réminiscences pleines de joie ou de nostalgie, souvent très courtes, parfois extraordinairement touchantes (comme lorsque le nouveau papa adoptif demande à son fils s'il veut bien l'appeler dorénavant papa, pour toute la vie), des tranches de vie, de sagesse, de tendresse entre un fils et son père. Ce père qui lui a inculqué, entre autres, l'amour du vélo. Sans prétention aucune, Fottorino montre la place que son père occupe dans la fiction qu'il écrit, fondamentale et discrète, comme il l'était...

L'homme qui m'aimait tout bas est un livre qui va plaire à tous ces hommes qui ont eu une relation exceptionnelle avec leur père. Il a plu aussi à ce lecteur-ci qui, pourtant, a vécu une relation inexistante avec un père qui l'a pris en grippe dès son enfance. Chaudement recommandé.

Note 8,5 / 10

L'homme qui m'aimait tout bas
Éric Fottorino
Gallimard, 2009
148 pages
28,50 $

La mariée est obèse. Hip hip hourra !

La dot de ce concours va me coûter une fortune à expédier, c'est un problème heureux que je n'avais pas entrevu. Alors, disons-le, la mariée est belle et elle pèse de plus en plus lourd. En effet, Alain Gagnon (son blogue est ici) nous fait le plaisir d'offrir trois de ses livres pour les Mille mots de l'ermite : Chroniques d'Euxémie, Cornes et Kassauan. Un recueil de nouvelles et deux polars à la sauce paranormale et amérindienne. Dire que je ne peux pas participer. L'année prochaine, je change ce règlement. Merci Alain.

Rappelons que les modalités du concours se trouvent ici. En bref, il s'agit d'un concours de nouvelles inédites de 1000 mots et moins. C'est ouvert à tous, sauf moi. Vous avez jusqu'au 18 avril à 23h59 pour participer. Envoyez vos textes à nouvelles.ermite@yahoo.ca.

jeudi 25 mars 2010

Une ondée d'incipits

J'ai tant adoré cette idée lancée par Émilie, paix à son âme, que je la reprends ici même. Voici donc une petite pluie d'incipits perso:

Quand on fait le métier que je fais, et avec les besoins que j’ai, il faut toujours s’éloigner du groupe, travailler en solitaire le plus possible, se déporter un peu. Ce matin, Milou avait faim. Ta mission, Jim, si tu l’acceptes, c’est de buter la grosse plotte à tatous au bar, là-bas. Hier, nos Maîtres ont décrété que nous serions la dernière génération d’humains sur Terre. Son cœur, dans ma main, s'est mis à battre subitement. Maman est sur la galerie arrière du bungalow, elle crie à qui veut l’entendre, mais surtout en ma direction. Le lieutenant Vogel est entré au moment où Josef finissait le juif avec le marteau. Le corps de Julie est un palimpseste des douleurs qui le traversent. Que faire s’il ne venait pas chez lui ce soir ? Mes lèvres se posent sur les siennes, entrouvertes; sa langue glisse sur la mienne, louvoie tout autour, se replie, s’attarde, tout ça lentement, bien lentement, comme si ce baiser devait durer l’éternité. Élaine a trente-deux ans, la stature moyenne, les cheveux bruns à la garçon, une sœur jumelle habitant la Côte-Nord et qui ne lui ressemble en rien; Élaine souffre de myopie, de spasmes métamorphiques incontrôlables et d'hypoglycémie, comme quoi... May est passé devant moi en disant ne regarde pas sous ma jupe, elle a souri et s'est mise à grimper les barreaux de l'échelle de métal. Aujourd'hui, la carlingue a disparu. Nous sommes entrés au Belgrade, Uranus en bélier. On ne retrouvera jamais le cadavre de papa. Chaque soir, par un interstice des stores de sa fenêtre, je vois le gros homme de la maison d'en arrière lire un livre bien assis dans son fauteuil à dossier noir. C’est en examinant son visage après son rasage matinal qu’Étienne Fredette découvrit à la limite de sa chevelure et du front une toute petite lésion en forme de virgule renversée. Il faut croire à la permanence des choses. Je suis venu par mes propres moyens, voyageant le plus souvent à pieds et en solitaire, accompagné parfois d'un chien errant qui s'attachait à mes pas sur les hauteurs des plateaux pour me quitter à l'approche d'un village dans les vallées. Au quatrième jour de sa descente dans l'hystérie meurtrière, Joshua Thériault demanda à l'infirmière une bassine d'eau et du savon. Aujourd'hui M. Bonjour est en position très basse. Je vais tenter d’expliquer comment nous en sommes venus là, à nous retrouver sur un radeau de bois flotté, au beau milieu du lac St-Jean, nos portables à la main, nos poches remplies de stylo et de bloc-notes, la barre de navigation appuyé sur les hanches plutôt larges du cadavre de la directrice de l’atelier d’écriture. Luigianino Mazabehra a finalement publié son grand roman.

mercredi 24 mars 2010

L'omelette de Benjamin

Ce midi, après m'avoir aidé à concocter de la pouding au pain, Benjamin a décidé de faire *sa* recette comme il le dit si bien.

Je l'ai laissé faire, ne rechignant devant aucun ingrédient de son choix, me contentant de lui suggérer les quantités. Or donc, voici l'omelette de Benjamin, une recette originale d'un grand chef de 4 ans et demi :
  • deux œufs battus
  • deux gouttes de vanille
  • une pincée d'épices à couscous
  • une pincée de gros sel
  • du poivre
  • deux gouttes de jus de citron
  • une petite poignée de mozzarella râpé
Faire cuire dans une poêle chaude. Servir. Se régaler.

(En dépit de la bizarrerie de certains ingrédients, c'était absolument délicieux ! Foi d'ermite et d'ermiton.)

Concours de nouvelles : la dotation s'améliore encore

Les prix n'en finissent plus de s'accumuler, et c'est tant mieux. Un grand merci à François-Bernard Tremblay (1) qui offre un abonnement d'un an (trois numéros) à la revue Clair/Obscur, dédiée à la littérature de genre.

Nous en sommes à 27 textes reçus. On en avait 28, mais l'un d'eux a été retiré pour cause de publication en anthologie; ce qui est bon signe en diable, car si les textes qu'on soumet aux Mille mots sont bons pour être pris en livre, c'est que la compétition est forte.


(1) Officiellement, aucun lien de parenté, mais comme tous les Tremblay d'Amérique descendent d'un seul et même ancêtre, ça fait de nous des cousins très très lointains.

J'aime ça de même...

Je viens de commander chez Archambault :

Le dossier Déïsis de Patrick de Friberg  (29,95) $ et
Un temps pour vivre, un temps pour mourir d'Erich-Maria Remarque (14,95 $)

Grâce à la carte-cadeau de 50 $ gagnée dans le cadre de Côté Blogue, ces deux livres m'ont coûté la pharaonique somme de 30¢, taxe et livraison incluse. Oui môssieu, un gros 30 ¢.

J'encourage vraiment tout le monde à s'inscrire sur Côté Blogue. C'est simple, et si vous faites déjà un peu de commentaires sur votre blogue, ça ne demande qu'une aptitude au copier-coller ! Par-dessus le marché, ça peut rapporter. Depuis dix mois, j'ai acheté pour 500 $ de livres et de CDs gratis.

vendredi 19 mars 2010

Son premier modèle réduit

Cette semaine, Benjamin a commencé à construire son premier modèle réduit. Notre attention s'est attardé sur le Su-33B Flanker, la version aéronavale du Su-27, le plus formidable chasseur russe. Un grosse bête, dont j'avais la boîte Trumpeter à l'échelle 1/350.

Nous avons assemblé le fuselage, la double dérive (dont une penche dangereusement pourrait-on croire, mais Benjamin et moi aimons à dire que nous avons amélioré le design de Sukhoï), placé la verrière et deux des trois pattes du train d'atterrissage (on a perdu la dernière sous la table et on la cherche encore). Reste à installer les ailerons repliables, les canards, l'armement et les décalques, sans compter un beau travail de peinture. Pour l'instant, l'appareil a l'air un peu bancal, mais la dernière photo montre ce dont il aura l'air une fois terminé (gros comme un dollar cependant).

Fiston suit les traces de papa. Yé.



Moins d'un mois !

C'est le 18 avril à 23 h 59 que se terminera la première édition du concours de nouvelles Les Mille mots de l'ermite. Tout juste moins d'un mois.

Pour participer, rien de plus simple. Il suffit d'envoyer une nouvelle de mille mots pas plus, tous genres littéraires confondus, à nouvelles.ermite@yahoo.ca.

Le règlement est ici.

Pour le moment, vingt-sept nouvelles sont en compétition. Ajoutez la vôtre ! Qui ne risque rien n'a rien ! Et les prix sont alléchants...

mercredi 17 mars 2010

Je suis timide, mais je ne me soigne pas...

J'ai le gout de faire un truc mais j'ai la trouille de passer pour présomptueux, de me faire traiter de ti-coune par des gens que je ne connais pas (si on me connait, ça va). Voici donc :

J'ai pris goût au service de presse du Marchand de feuilles et j'aimerais étendre mon réseau. Le problème, c'est comment m'y prendre. J'ai tenté le coup avec les Six Brumes (1) pour l'ensemble de leur production et je pense m'y être plutôt mal pris.

Qu'est-ce que j'ai à offrir ? Un  blogue personnel et deux autres vitrines : Côté Blogue et Amazon.ca.

  • 55 000 visites.
  • 1650 commentaires de lecteurs, ce qui semble montrer que les gens y trouvent un certain intérêt.
  • 134 critiques de livres sur le blogue - dont 98 québécois (74 %).
  • 157 critiques sur Côté Blogue.
  • 57 sur Amazon.ca (je tente de rattraper mon retard).
  • La littérature québécoise occupe une place primordiale.

Je réfléchis à ça intensément depuis quelques semaines, mais je ne me décide pas. Je tente de rassembler mon courage. Mathieu m'a refilé un tuyau à La courte échelle. Pas facile. C'est toujours le premier pas qui bla bla bla...


(1) Ça ne me gêne pas du tout de les nommer. Si la maison accepte, merveilleux; si elle refuse ou ne répond pas, c'est ma présentation qui manque de conviction. Pour elles, il s'agit une décision strictement commerciale.

Vieilles crudités

Les plus curieux d'entre vous auront déjà remarqué l'ajout dans la colonne de droite d'un lien nommé Vieilles crudités.

Que je vous explique. J'ai toujours ressenti une forme de frustration, voire d'inadéquation, à ne pas être capable de bien me souvenir des lectures que je fais, à ne garder de celles-ci que des impressions fugaces et parfois même absolument rien. J'en ai déjà parlé dans ce billet. Pour tenter de corriger cette situation, j'ai entrepris dans le milieu des années 90 de faire des résumés et des commentaires exhaustifs des livres que je lisais. Comme ça, me disais-je, je vais me souvenir, je n'aurai qu'à relire ce que j'ai écrit et tout va me revenir à la mémoire.

Ha !

Je relis quelques-uns des résumés/commentaires de livres lus il y a une quinzaine d'années et que dalle la mémoire. Sauf quelques cas particuliers, je ne garde aucun souvenir de ces livres. Dire que j'ai bossé là-dessus quelques années...

Tout ça pour dire qu'ayant découvert récemment que mon scanner possède une fonction OCR (Optical Character Recognition - Reconnaissance optique de caractères), je me retrouve donc en mesure de scanner mes critiques et de les afficher sans devoir les recopier au clavier.

Sauf exception, je n'ai pas l'intention d'encombrer ce blogue-ci avec ces 250-300 commentaires de livres dont je ne garde à peu près aucun souvenir. Je les ai donc mis sur un blogue séparé qui sera actualisé au gré de mon intérêt, pour le moment les entrées se font par ordre alphabétique, donc ça va prendre un peu de temps avant de voir apparaître Vonarburg. Par contre ces commentaires se retrouveront tous sur Côté Blogue parce que je suis un mercenaire de la critique, si j'ose dire, et que Money makes the world go round, the world go round....

Pour découvrir de bons et de moins bons livres, allez-y faire un tour de temps en temps. Vous verrez à quel point j'étais prolixe à l'époque, surtout en ce qui concerne les résumés.

lundi 15 mars 2010

L'ermitaine

Bientôt, bientôt, mais je ne sais pas quand, il y aura un nouvelle addition aux commentaires de livres de l'ermite. En effet, les commentaires de sa compagne, l'ermitaine (ha ha), seront affichés avec les siens.

En effet, l'ermitaine lit beaucoup, souvent les mêmes livres que l'ermite, et ses commentaires sont généralement bien pourvus en GBS ultraconcis. Par exemple, voici ce qu'elle a pensé de Brigitte des Colères : « Le plus intéressant dans ce livre, ce sont les coins arrondis. On ne peut pas se faire mal. » Ça dit tout, c'est bref, et c'est méchant.

À suivre.

134. Mortes-Eaux - François Aussanaire

De cet auteur, je ne connaissais que la très bonne Horn parue dans Alibis 29.  Dans ce petit recueil-ci, François Aussanaire se révèle un maître de la courte nouvelle à chute. Je vais déroger un peu à mon habitude car, comme il y a trop de textes pour les noter individuellement, je vais simplement survoler les plus marquants.

Horn. Il n'y a rien de plus triste qu'un hospice pour vieux... mais alors quand les vieux commencent à mourir en rafale, rien ne va plus. Une nouvelle pas triste du tout. Mordante, ironique. Un pur régal. 10 / 10

Square de l'Atlantique. Dans un square rachitique face à l'océan, un vieux observe les gens. Ce n'est pas tant la chute de cette nouvelle qui saisit que le ton nostalgique et empreint d'humanité que déploie l'auteur pour faire parler ce vieillard grincheux. 9 / 10

Je hais les cyclistes. Un homme déteste tant et si bien les cyclistes qui engorgent les routes où il adore rouler, qu'il décide de prendre les moyens pour s'en débarrasser. D'une rare méchanceté et d'une totale mauvaise foi, ce narrateur cynique. Quelle nouvelle, avec une chute digne d'une médaille. 10 / 10

Le coureur des grèves. Parce qu'il opère un petit commerce pour lequel il n'a pas tous les permis requis, un homme est talonné par l'Administration. Un étonnant cri du coeur que cette nouvelle qui oppose la liberté personnelle à la bureaucratie tenace. Une réussite atypique de l'auteur. 8,5 / 10

Lutte des classes. Le grand patron d'un consortium en métallurgie est pris en otage et va être exécuté. Ah ! l'ironie de la chute imprévisible m'a jeté par-terre, et j'ai rarement autant ri. 10 / 10

Rue des Suicidaires. Cet inspecteur placide commet un impair irréparable lors de la reconstitution d'une scène d'homicide et, par conséquence, prend la décision d'en finir avec ses jours. On dirait presque du Simenon par la grisaille, la vie vue par le petit bout de la lorgnette. Après la pluie vient le crachin, dit le proverbe brestois. 9 / 10

Cercle polar. Un écrivain publié à compte d'auteur se voit refuser une invitation au Salon du polar et décide de se venger. Dans cette nouvelle noire et hilarante, ce sont les lecteurs qui se régalent. Le plus long texte du recueil, une merveille. 10 / 10

Presque rien. Trois vols de banque audacieux commis le même après-midi par un seul homme. L'homme cache son trésor, se fait attraper pour une babiole, purge deux ans en taule, sort de prison et retrouve son butin considérable. Le crime parfait, une fin heureuse ? Vous ne connaissez pas Aussanaire qui trouve moyen de broyer l'espoir de son personnage... 9 / 10

Il y a quelques textes plus faibles, avec des chutes peut-être plus prévisibles ou une tonalité moins heureuse. Mais huit excellentes nouvelles sur quatorze, c'est vraiment impeccable. Mortes-eaux est un formidable recueil de nouvelles par un auteur qui ne sera pas méconnu encore longtemps, foi d'ermite !

Note 9 / 10

Pour commander ce livre, allez sur la page des éditions Nouvelles Paroles.

Mortes-Eaux
François Aussanaire
Nouvelles Paroles, 2009
138 pages
12 € (19,60 $)

vendredi 12 mars 2010

133. Mamba - Jean Beaudry

Alors que les préparatifs du rassemblement populaire de la St-Jean-Baptiste au Stade olympique vont bon train, un mamba s'échappe du cargo sur lequel il avait été embarqué dans un panier de fruits et va semer la terreur à Montréal. Un journaliste enquête, la police est sur les dents, le maire de la ville ne sait plus où donner de la tête. Un affrontement terrible se prépare...

(Comme tout le monde sait, le mamba est un serpent au venin extrêmement toxique et au comportement territorial agressif. Ce n'est pas le genre de bestiole qu'on garde chez soi avec minet et pitou dans le but de le cajoler sur ses genoux le soir devant la télé.)

Les personnages sont en papier à bricoler. Ils sont animés de réactions consternantes. Les personnages principaux ne laissent pas une forte impression dans l'imaginaire du lecteur. Ce sont des clichés ambulants.

Quant à l'intrigue, elle est cousue de fil blanc. De la première à la dernière ligne. Avec une finale télégraphiée qui ne surprendra personne. 

Ce thriller d'horreur s'embourbe dans de longues scènes inutiles qui exaspèrent le lecteur le plus indulgent plutôt que de faire haleter; c'est donc l'antithèse d'un thriller.

Ce qu'il faut souligner de Mamba, c'est le désir de l'auteur d'insérer une intrigue sociopolitique dans l'histoire. Ce n'est pas réussi (loin de là), mais il se mérite un bon point pour avoir essayer.

En somme, c'est mal écrit et mal foutu. On oublie de le lire.

Note 2 / 10

Mamba
Jean Beaudry
Héritage, 1979
173 pages

132. Brigitte des Colères - Jérôme Lafond

Dans les mornes plaines agricoles de Sainte-Scholastique, Brigitte rêve d'une adolescence qui serait loin d'être drabe : elle rêve de grands incendies, d'amours lesbiens, de tueurs en série et, par provocation, signe ses travaux scolaires du nom de Ted Bundy. Elle ne s'ennuie pas, elle pimente sa vie.

D'emblée, j'avoue avoir eu du mal à adhérer au propos de ce roman. Le principal problème est que les références auxquelles s'identifie Brigitte ne  m'apparaissent pas comme étant celles d'une ado de 14-16 ans : Twilight Zone, Nirvana, Sophia Loren, Wynona Ryder, etc. Pour moi, ça ressemble au panthéon d'une trentenaire, pas d'une adolescente.

L'écriture est allègre et sans bavure, on ne s'ennuie pas une miette. Lafond a du talent, encore que certaines formulations – rares – soient forcées, faussement naïves, par ex. quand l'auteur écrit « qu'une salle de bains tente de survivre dans un coin. »  Lorsque je lis un truc comme ça, je tique, je n'y peux rien.

Il faut prendre Brigitte des Colères comme une déambulation dans l'imaginaire et les préoccupations d'une adolescente mal dans sa peau, ou, pour dire plus moderne, mal dans son être. Roman promenade. Ce qui explique que plusieurs ficelles ne soient pas nouées à la fin : au premier chef, les meurtres... Le roman est constitué d'anecdotes qui rendent le récit vivant au détriment de sa cohérence interne. C'est comme l'itinéraire d'une abeille qui butine de fleur en fleur sans jamais revenir sur ses pas.

Comme le lecteur peut s'y attendre, le destin va frapper assez rudement Brigitte. Elle aura une espèce d'épiphanie noire lorsque la douleur et la mort la rattraperont. Ce délire pyromane sont les meilleures pages du livre à mon avis.

Pour terminer, j'y ai appris une jolie formule pour dire qu'on est au bout de son rouleau : en être au dernier pain de sa fournée. C'est joli, non ?

Note 6,5 / 10

Brigitte des Colères
Jérôme Lafond
Marchand de feuilles, 2010
178 pages

jeudi 11 mars 2010

Un abonnement d'un an à Solaris par-dessus le marché

Gros merci à Joël Champetier qui offre un abonnement d'un an à Solaris pour le concours Les Mille mot de l'ermite.

Participez ! Encore 38 jours !

Modalités de participation ici.

Puisque Phil en parle...

Sur son blogue, Phil a mis un billet sur Martha, le roman de Marie Laberge, une étrange bête (le livre, pas l'auteure) livrée par correspondance à chaque deux semaines. Je ne veux pas commenter ce roman, ne l'ayant pas lu, juste raconter cette petite anecdote.

Quand Marie Laberge a fait l'annonce de ce roman et de la façon très particulière dont il allait être produit, j'ai aussitôt abonné ma mère. Elle adore la lecture et les grands romans ne l'intimident pas. Donc, cet abonnement s'imposait...

Je ne lui ai rien dit, je voulais qu'elle soit surprise. Fait que je l'abonne, pis j'attends que l'effet de surprise se manifeste. J'attends, j'attends... et j'oublie... Quelques mois plus tard, ça me revient à l'esprit et je lui demande ce qu'elle pense de ce roman, si c'est bon, intéressant, etc. « De quoi tu parles ? » me demande-t-elle, perplexe.

Je lui explique tout : le roman,  l'abonnement, la surprise... Elle avoue n'en avoir aucune idée. Elle a jamais vu ça. J'explique à nouveau mais avec plus de détails : Ce sont des lettres qu'elle aurait dû recevoir, adressées à elle, qui raconte l'histoire de Martha et de sa famille...

Une petite lumière s'allume. Oui, oui, ça lui dit quelque chose... mais quoi, elle ne s'en souvient pas. Finalement, après quelques minutes de remue-méninges un peu chaotique, le chat sort du sac.

Elle avait bien reçu les lettres. Elle avait lu la première, une lettre étrange, adressée à son nom, mais qui parlait d'une autre famille dont elle ignorait l'existence, et d'une nommée Martha qui racontait sa vie sur un ton familier. Croyant à une erreur, maman avait mis la lettre de côté, et les lettres suivantes aussi, qu'elle destinait au recyclage.

Surprise ! Quelle surprise en effet ! Heureusement, elle n'avait encore rien jeté, de sorte qu'elle a pu récupérer toutes les lettres et lire le roman dont nous n'avons pas encore parlé.

lundi 8 mars 2010

Les Mille mots de l'ermite - la dot augmente !

Dominic Bellevance (son blogue) offre les 4 premiers volumes de la série Alégracia (la série est présentée ici) pour le concours. Cette série connaît un grand succès. Merci à Dominic.

Pour le moment je ne sais pas si je vais attacher cette nouvelle commandite au Grand prix lui-même ou si je vais créer un second prix. Il y a pas mal de textes (j'avoue que je craignais de ce côté-là) et la qualité ne pose vraiment pas problème.

D'autre part, je signale que j'ai fait quelques démarches auprès des revues que nous connaissons tous (Zinc, Alibis, Biscuit chinois, Solaris, etc.) et même auprès de Côté Blogue pour bonifier le concours. J'attends les réponses. On verra. La rédaction XYZ a eu la gentillesse de répondre, même si c'était pour signifier son refus. Côté Blogue étudie...

Maison d'édition, revue, jeune auteur en mal de faire connaître vos livres, votre revue ou vos œuvres : ne vous gênez pas, pensez à commanditer le concours de nouvelles Les Mille mots de l'ermite !

Il reste 42 jours pour participer. C'est simple : vous pouvez soumettre jusqu'à trois textes d'un maximum de 1000 mots chacun. Et vous expédier le tout à nouvelles.ermite@yahoo.ca avant le 18 avril 23h59.

Modalités et description du Grand prix : Les Mille mots de l'ermite.

dimanche 7 mars 2010

131. L'Inconvénient n° 39

L'Inconvénient s'ouvre sur une série de courts essais socio-philosophiques qui n'ont pas soulevé mon intérêt à l'exception du texte de David Dorais sur l'idéologie «petite madame», humoristique, railleur et drette sur le piton.

Crawl de Paul Kodama. Dans un pays sud-américain qui pourrait être la Colombie, les élites locales s'accommodent le mieux possible de leur statut inconfortable entre les indigènes rabroués et les Yankees honnis. Il est formidable ce texte, une fois passé les deux ou trois premières pages un peu trop franchouillarde à mon goût. Le thème est magistralement exploité, toujours en filigrane et ce lecteur-ci a beaucoup, beaucoup apprécié. 9 / 10  

Le trophée de Geneviève Blouin. Un homme est en proie au doute après avoir tué son adversaire dans l'arène. Une bonne nouvelle noire à tendance psychologique qui se termine avec un retournement assez joliment réussi. Mais les événements se bousculent (trop) au portillon et j'ai fini par ne plus croire à ce qui se passait. La fin est surprenante, certes, mais l'ultime couleuvre est dure à avaler. L'écriture est atmosphérique et attentive aux détails. 8 / 10

Une vieille carabine de Nicolas Charette. Lors d'une conversation téléphonique, deux amants séparés par la distance retombent dans les mêmes patterns manipulateurs. Ici, c'est la manière dont cette histoire est racontée qui m'a agacé prodigieusement. Ce narrateur qui s'adresse constamment à son interlocutrice, en paroles et en pensées, je l'aurais fait s'exprimer différemment. C'est personnel. 6,5 / 10 

Le principe d'inertie d'Amélie Desruisseaux-Talbot. La présence d'une très jolie étudiante trouble un professeur de physique mécanique. Voilà une nouvelle que ce lecteur-ci trouvait vraiment excellente, la meilleure du numéro, jusqu'à ce que l'auteure s'enlise à récapituler longuement l'épisode où la femme du professeur tente de tomber enceinte. Un texte qui aurait eu besoin d'être sérieusement resserré. Autrement, c'est fin, fichtrement bien écrit, congruent en diable, et je vais inscrire l'auteure sur ma liste des jeunes écrivains à surveiller. 7,5 / 10

Basé sur la lecture de cet unique numéro, mon impression est que L'Inconvénient est une revue de courts essais socio-philosophiques auxquels se greffent des nouvelles de nature essentiellement littéraire. Sans être balayée du revers de la main, comme le prouve la présence de la nouvelle de Geneviève Blouin, la littérature de genre n'est pas privilégiée indûment. Dans l'ensemble, ce sont de bons textes, bien écrits, sagement narrés, sans excès, sans débordements  : une littérature proprette et académique. Ça reste un débouché intéressant pour les auteurs.

Une série de chroniques vient clore L'Inconvénient. De celles-ci, je retiendrai le très drôle Un sandwich de poésie de David Dorais (décidément une découverte pour moi) sur certains excès du Festival international de littérature.

Note 7,5 / 10

vendredi 5 mars 2010

Le congrès national des ermites du Suroît

Hier, à Rigaud, s'est tenu le Congrès national des ermites du Suroît. On y retrouvait l'élite de la région avec la présence de l'ermite de Valleyfield, à gauche sur la photo, et de l'ermite de Rigaud. On les voit ici à l'attention pendant l'hymne national.

De vives discussions portant sur différents sujets ont meublé la plénière de la journée.

Merci à Pat et à Kathleen de leur visite. Merci à Benjamin pour la photo.

 
Un ermite à gauche, un ermite à droite
 
B et K

AaaaAAaaarrrgGHhhh !

Maudit gros piochon de crétin de triple buse d'idiot désorganisé !

Je viens d'effacer définitivement un gros fichier de plus de cent pages. Pesage de mauvais pitons à marde, tous trop proches les uns des autres. Je suis un diplodocus téméraire qui ne sauvegarde pas en mode automatique ! Et pas moyen de récupérer un fichier qui a été modifié et fermé. C'est sans espoir.

Mon fichier, c'était pas grand chose, juste un truc dans lequel je recopiais des citations, des bons mots, des phrases qui me plaisent. Je fais ça depuis longtemps, je les accumule à l'ordi et quand j'en ai l'équivalent de 300 pages, j'imprime. Depuis que j'ai un ordinateur en fait, 1989, j'en ai deux gros cahiers. 600 pages.

Tout à l'heure, j'en avais environ 130 pages-écran. Là, il ne me reste qu'un fichier sur lequel on trouve le mot tronqué « tre ». Dérisoire.

Allez coucher les enfants que je dise un gros mot : osti.

mardi 2 mars 2010

Norbert Spehner à La Presse

MISE À JOUR JANVIER 2011


Norbert Spehner a repris du service à La Presse. Ces imbéciles ont corrigé leur erreur. Tant mieux !

J'apprends d'une source généralement bien informé que la direction de La Presse a mis fin à la collaboration spéciale de Norbert Spehner au cahier Lectures (ou à ce qui en tient lieu dorénavant). Quelle chouette décision ! On applaudit d'une seule main les imbéciles qui ont décidé de se départir du meilleur chroniqueur de polars au Québec pour une économie de quelques dollars par chronique.

 N'ayant pas de photo de Norbert sous la main, j'ai mis celle de Poe qui lui ressemble comme un frère. Imaginez-le avec moins de cheveux, et blancs, et toc, on s'y croirait...

Avec le départ volontaire de Chantal Guy à la tête du cahier Lectures, la grande émasculation se poursuit.

Bravo. Bravo. Bravo.

NB
  • Le titre est accrocheur, han ? Mais Norbert n'est pas mort, je vous l'assure.
  • Avec l'autre main, on leur donne des coups de pied au cul, rien de moins.
 
Finalement, ils ne se ressemblent pas. Oubliez ça.

    lundi 1 mars 2010

    130.Toujours vert - Jean-François Poupart

    En 2018, les icônes du rock qui n'ont pas encore succombé à leurs années de sex, drugs and rock 'n' roll sont des vieillards. Leur maison de retraite : Evergreen, une gated community du sud de la Floride, ultime rempart de l'éternelle jeunesse et du faux-semblant. Lorsqu'un matin on découvre le cadavre de Jon Lord dans la piscine de Lou Reed, le maire décide de faire appel à un enquêteur : le caractériel Mike Burns. Son mandat ? Démontrer qu'il s'agit d'un accident. Déjà qu'on aime pas mourir à Evergreen, s'il fallait en plus qu'on y soit assassiné... (Extrait de la 4e de couverture)

    Ce lecteur-ci n'a pas été capable d'accrocher à cette histoire pourtant prometteuse. Tant à cause du narrateur qui n'a pas emporté mon adhésion que par le ton général du roman qui oscille entre cynisme implacable, petits potins à la Échos Vedettes et une enquête qui n'est pas toujours un modèle de limpidité (à cause de la mémoire défaillante du narrateur et des procédés litotiques employés par Poupart).

    Certaines descriptions sont incisives, certaines observations sont bang sur la cible. Il y a un déboulonnage par moments jouissif du culte de la vedette (pour ne pas dire du cul de la vedette, lisez, vous comprendrez, bien que la fesse soit un élément négligeable du roman). Mais ce déboulonnage sombre parfois dans la surenchère cynique, voire dans une espèce de règlement de comptes avec ces immenses icônes populaires, et là, trop c'est comme pas assez. L'auteur aurait été bien inspiré de moduler son registre un tout petit peu.

    Et les trips de drogue, la réalité altérée longuement décrite, encore là, trop, c'est trop. Modération, svp. En somme, un roman qui aurait tout eu pour être férocement original et mémorable, et qui finalement se révèle être une gourmandise appétissante mais beaucoup trop acidulée pour qu'on souhaite la partager avec des amis.

    Quand même, il y a du bon ici. Recommandé avec réserve.

    Cote 6,5 / 10

    Toujours vert
    Jean-François Poupart
    Coups de tête, 2009
    109 pages

    Du nouveau sur les nouvelles

    J'ai mis à la rubrique Pages dans colonne de droite, le titre des 17 nouvelles soumises à ce jour pour le concours des Mille mots de l'ermite. Cette page sera mise à jour régulièrement. Le noms des auteurs n'apparaîtra pas pour des raisons évidentes.

    Bien sûr, les titres seuls ne révèlent rien; encore que ça peut vous titiller l'imaginaire, vous ouvrir inconsciemment des portes et des pistes. Pour le moment, tous les genres sont représentés : polar, sf, absurde, humour, noir, horreur, fantastique, analyse psychologique, etc.

    Si vous ne retrouvez pas le titre de votre texte dans cette liste, svp faites-moi en part au plus tôt à richard.suzanne@gmail.com.

    vendredi 26 février 2010

    L'apocacalypse

    Coeurs sensibles s'abstenir. Ce qui suit n'est pas fait pour vous. Et encore, je vais faire bref, parce qu'avec ce genre de sujet on ne veut vraiment pas s'étaler.

    L'apocacalypse,
    ou Ce qui sépare l'homme de sa déchéance, c'est une demi-seconde

    Or donc, l'autre samedi, nous revenions de Saint-Clet, Benjamin, Suzanne et moi, la voiture chargée de sacs de grains pour les chevaux. Je vous mets en contexte : entre Saint-Clet et Rigaud, il n'y a rien sinon quelques maisons éparpillées le long de la 201. Une fois parti de la coop agricole, le prochain stop, veut veut pas, c'est la maison. D'un point à l'autre, il y a 20 minutes à tout prendre en roulant à 90.

    Là, on roule plutôt lentement car il pleut à boire debout et l'automobiliste devant moi est craintif. Cinq minutes après avoir quitté St-Clet, une crampe vient me pincer les intestins. Oh oh, me suis-je dit, v'là l'orage ! (Je me connais, j'ai l'intestin fragile.)

    Cette crampe ne m'a pas laissé. Z'au contraire, elle s'est mise à me cisailler l'intérieur. Je me tortillais sur mon siège, cherchant une position de confort qui ne venait pas. Bon, bref... on imagine la suite. Moi, me convulsant au rythme des trépidations de cette maudite crampe infernale. Aah ! la brûlure insensée ! Pis l'autre tapon qui avançait à pas de tortue et que je n'arrivais pas à doubler. Une fois sur le chemin Saint-Georges, j'ai tenté d'accélérer le plus possible, mais là, pas moyen non plus, le chemin est tortueux et la pluie ajoutait au danger.


    Enfin à la maison. Je me précipite hors du véhicule, direction la salle de bains.

    Tout ça pour dire que je n'ai pas eu le temps de m'assoir correctement sur l'abattant avant de larguer les amarres en plein vol (si on me suit bien). Ça a fait, pflouiiff, une demi-seconde avant que mes fesses ne fassent contact avec le siège. Ça a l'air de rien une demi-seconde, mais il y a eu du dégât en sacrament!

    Y en avait partout, ou presque. Sur le réservoir, sur la cuvette, sur l'abattant, sur le mur de côté (juste un peu quand même), une trace sur le plancher; j'en avais le cul beurré mur à mur, ça m'était remonté dans le bas du dos...

    Une demi-seconde : quand on a la diarrhée, c'est tout ce qui nous sépare de l'apocacalypse.

    (Ce billet va donner des munitions - comme s'ils en avaient besoin - à ceux qui disent que la blogosphère, c'est vraiment n'importe quoi. Je ne peux, hélas, les contredire aujourd'hui. L'homme n'est pas qu'un roseau pensant...

    D'autre part, vous ne pourrez pas dire que je ne vous tiens pas au courant de tout, non ?

    jeudi 25 février 2010

    Appréciation, statistiques, rappel

    Le Grand prix des Mille mots de l'Ermite s'apprécie. En effet, François Bélisle (son blogue est ici) offre la trilogie des Moufettes au grand complet, soit Les Moufettes attaquent au crépuscule, les Moufettes livrent de la pizza et les Moufettes tirent la langue au chat (à paraître en avril). Comme le soulignait un ami blogueur cette semaine, ça va prendre un camion FedEx pour livrer tout ça.

    Jusqu'ici, dix auteurs ont soumis quatorze textes pour le concours. Le plus long fait 999 mots, le plus court 317.

    Il reste encore 54 jours pour participer. Les modalités sont ici : Les Mille mots de l'Ermite

    dimanche 21 février 2010

    Benjamin, tel qu'en lui-même


    Ça fait  longtemps qu'on n'a pas vu la binette de mon rejeton. Or donc, à la demande générale de son papa : voici quelques photos :
    Fais un sourire ! Et toc, papa...


    Un artiste qui aime se prendre comme sujet de photo...
     Dur, dur, d'avoir quatre ans...

    Avec sa mamie qu'il adore


    Cousin Nathan - pas tout à fait un an


    Chanel sur la gallerie, photographié par Benjamin


    Nala, le chat de Nathan, photographié par Benjamin

      
    Robert Stevenson a fait à Benjamin le bonheur de sa journée,
    le faisant monter à bord de son tracteur et déneigeant la cour avec lui à ses côtés.
      
    Allo maman, allo papa !
      
    Nous sommes vraiment entourés de bon monde.

    vendredi 19 février 2010

    Le Grand prix prend du poids !

    Au Grand prix du concours de nouvelles Les Mille mots de l'Ermite s'ajoute un abonnement d'un an à Katapulpe, le fanzine de la relève littéraire. Merci à Denis Bégin.

    Blogue de Katapulpe.

    mercredi 17 février 2010

    Le stade Olympique

    Aujourd'hui, l'antre de l'ermite a reçu sa cinquante millième visite. C'est l'équivalent du stade Olympique. Ça m'impressionne en diable. Merci à mes douze lecteurs d'être revenus si souvent sur le site !

    Saperlipopette, ça en fait du monde !  Dieu sait combien il y en aurait si j'écrivais des choses intelligentes !

    mardi 16 février 2010

    Cossins en vrac

    .1.
    Elle en parlait depuis longemps, mais je ne la prenais pas vraiment au sérieux. Mais là, c'est fait, Suzanne nous a booké tous les trois sur une croisière. Nos premières vacances depuis une fin de semaine à North Hampton en 89. On sort pas souvent, han ? Et où allons-nous cette fois ? Indice : deux grandes oreilles rondes et beaucoup d'eau ? Une croisière Disney !  My, my, on ne rigole pas. Sept jours, trois nuits au DisneyWorld d'Orlando et trois nuits sur le Disney Wonder, un Liberty Ship de la seconde grande guerre, quatre fois torpillés par les Japonais mais rafistolé et reconverti en « paquebot » de luxe, à condition que l'odeur de diesel ne vous dérange pas.

    Je blague. Ça a l'air bien. Benjamin en parle à tous les jours : Quand est-ce qu'on va sur le bateau ? C'est quand le bateau ? Il est impressionné par l'île où le navire accostera, des milles et des milles de plage, et par les piscines à bord du rafiot.

    Ce matin, j'ai été porté mes papiers dûment remplis pour obtenir mon passeport. Ça va être deux premières pour moi : prendre l'avion et monter sur un bateau plus gros qu'une chaloupe. J'ai hâte mais je crains.

    .2.
    En revenant du bureau des passeports, j'arrête à l'épicerie. Je n'ai pas besoin de grand chose, juste du lait au chocolat, du nettoyant, du dentifrice pour Benjamin et de la litière pour les félins. Une heure plus tard, je sors enfin ! Les épiceries me rendent fous ! Alors, là, lâché lousse chez Loblaws, avec l'estomac vide, j'en suis ressorti avec des plats congelés, deux pots de sauce à spaghetti, un livre pour Benjamin, des chips, des jus, deux revues, des bananes, un gâteau en spécial, des smoothies aux carottes, quatre sortes de salades préparées, de l'eau minérale, des trempettes végé... bref, une orgie de dépenses qui m'a secoué le portefeuille de 149 $. En plus, j'ai oublié le dentifrice et la litière... Faut que j'y retourne bientôt.

    .3.
    J'ai retrouvé deux gros cahiers qui me servaient dans les années 90 à ranger les résumés et commentaires de livres que je faisais à cette époque. Au total, au moins 300 commentaires sur papier, peut-être 350. J'avais commencé ça avec l'idée que ça m'aiderait à me rappeler de mes lectures. J'en ai relu quelques-uns hier et avant-hier, et ça ne me rappelle absolument rien dans la majorité des cas. Ce fut donc une perte de temps de ce point de vue, mais, d'un autre côté, cet exercice m'a permis de structurer ma pensée un tout petit peu. Donc, un bilan mitigé.

    Par contre, chacun de ces commentaires va prendre le chemin de Côté Blogue. Je ne les posterai pas sur mon blogue, sauf exception, car j'aurais de la difficulté à défendre ici une œuvre dont je ne garde aucun souvenir. En en postant une dizaine par mois sur CB, en plus de mes lectures courantes, je crois que je viens de me donner une sérieuse option de gagner la carte-cadeau mensuelle pour un bon bout de temps. Rien ne se perd, disait Chose

    lundi 15 février 2010

    129. Station Fiction n° 4

    Pour son quatrième numéro, Station Fiction (le blogue) nous offre un spécial 99,9 % québécois. La présentation est assez peu attirante, un camaïeu de gris qui donne un titre difficile à cerner.


    Silence et oubli de Dominic Bellavance (son blogue). Texte paru et lu dans Brins d'éternité n° 19. Je disais : Une nouvelle rudement bien écrite, feutrée et subtile. Mais il faut sans doute être familier avec l'univers d'Alégracia pour en apprécier toute la finesse. 8,5 / 10

    Requiem de Jonathan Reynolds (son blogue). Inédit. Jonathan Reynolds a publié un roman aux éditions Àlire, le malheur, c'est que personne n'a connaissance desdites éditions. Un texte dont le but est d'amuser en créant un malaise et qui atteint pleinement son objectif. 8,5 / 10.

    Tous les échos de Guillaume Voisine (son blogue). Texte paru et lu dans Zinc n° 15. Je disais : Une excellente nouvelle, superbement écrite et racontée, où la psychologie des personnages sert de moteur à l'histoire. Je le maintiens. 10 / 10

    Vol au-dessus d'une illusion d'Émilie C. Lévesque. Inédit. Lors d'un voyage en avion, un homme est pris d'étranges illusions. Ça commence plutôt mal avec un anglicisme gros comme un éléphant, des erreurs factuelles, et une prose bancale dans certains détours. Les deux premières pages sont bien décourageantes. Puis un miracle se produit, ça se cristallise. L'auteure arrive à faire lever sa pâte et nous offre au bout du compte une nouvelle qui a très bien fonctionné pour ce lecteur-ci. Une réussite. 7,5 / 10

    La maison de Saëlle de Mathieu Fortin (son blogue). Texte paru dans Nocturne n° 4. Un jeune gars passe une nuit atroce dans une demeure abandonné qui a une bien vilaine réputation. Une histoire conventionnelle, correctement racontée mais avec trop de longueurs pour emporter complètement mon adhésion. 5,5 / 10

    Un article d'Ariane Gélinas et de Carmélie Jacob sur Boréal 2009 termine le numéro.

    Une excellente cuvée. Pour qui est au fait de la production québécoise, on peut être déçu par le nombre de reprises (encore que le choix soit excellent). Il n'y a que deux inédits seulement, mais ils sont fort bons tous les deux. On applaudit l'initiative de Sébastien Clarac (son blogue) (qui a gentiment dédicacé mon exemplaire, je le remercie pour cette petite attention) pour faire connaître en Europe l'exceptionnelle qualité des nouvelles qui s'écrivent ici.

    Note 8,5 / 10

    Les Mille mots de l'Ermite - petit rappel, mais pas dans le genre Toyota

    Il reste encore 63 jours pour participer au concours de nouvelles Les Mille mots de l'Ermite. Ça fait moins de 16 mots par jour. Pensez-y !

    Neuf textes ont déjà été soumis.

    Les règlements sont à cet endroit, et là aussi.

    Les prix sont tellement beaux que j'ai le goût le prendre un pseudonyme et d'envoyer des textes, trois maximum. Malheureusement, les pseudonymes ne sont pas acceptés. Ça ira une autre année.

    dimanche 14 février 2010

    128. À Juillet, toujours nue dans mes pensées - Benoît Quessy

    En 2033, dans une société hypersexuée où le terrorisme écologique fait les manchettes pour ses coups sanglants et meurtriers, Frank tombe amoureux de Juillet, une web-actrice qui produit du porno romantique pour la cause écologiste. Juillet aime Frank en retour, mais, en même temps, elle est follement amoureuse de Lol, une itinérante qu’elle accueille à la maison après s’être masturbée devant elle, dans le train, en lisant un poème de Frank.

    Juillet, Frank et Lol vont cohabiter, baisant sans relâche, mais, curieusement, sans se faire d’illusions sur la sincérité de leur amour. Bientôt quelques tensions viendront troubler la trinité: Lou, le meilleur ami de Frank, compliquera les choses en devenant amoureux silencieux de Lol, ceci sans oublier la présence de Raoul, technicien et biteman de service pour les saynètes pornos mettant en vedette Juillet et Lol… Pour brouiller un peu plus les choses, Frank refuse de coucher avec Lol, qu’il considère comme la petite sœur de Juillet, ce qui déçoit les deux filles.

    Au bout du compte, Lol se révèle être une écoterroriste qui ira jusqu’au bout de son délire. Qu’adviendra-t-il de Juillet qui l’aimait d’amour, de Frank qui aime Juillet d’amour et de Raoul qui, de tous, est celui qui a les pieds les mieux ancrés sur Terre et qui tentera de faire entendre raison à Juillet ? Juillet sera-t-elle sauvée d’elle-même ? Et Frank, là-dedans ? Le lecteur devra lire jusqu’au dénouement pour connaître le sort que l’auteur réserve à ceux-ci…

    Dans sa courte postface, Benoît Quessy explique avec éloquence d’où lui est venue l’inspiration de ce roman et les intentions qui se dissimulent à l’intérieur… Il avoue avoir souhaité amalgamer érotisme, écologisme et anticipation, sur le thème de l'abandon. Disons qu’il se révèle plus persuasif dans cette postface que dans l’œuvre elle-même, car le lecteur doit bien se rendre à l’évidence: la mayonnaise ne prend tout simplement pas.

    On oubliera assez rapidement l’élément « anticipation », qui se résume à situer l’action du roman en 2033, avec quelques petits gadgets à la clé: solbus, costumes polymorphes, Tact, écran 3D… Ça reste du domaine du superficiel, hélas.

    Par ailleurs, l’écologisme est devenu une force brutale qui n’hésite pas à employer les armes de la terreur pour faire avancer son message. Écoterrorisme kamikaze, paradoxal, rien de moins. C’est l’aspect le plus fascinant du livre. Pourtant, c’est une déception. En effet, l’auteur manque l’occasion d’exploiter un filon vraiment intéressant et se contente d’aligner quelques généralités sans les approfondir.

    Quant à l’érotisme, on est presque dans le roman de midinettes. Roman épicé, certes, mais convenu en diable. Le sexe y est cru, oui, mais tendre et romantique. D’ailleurs, le site Web de Juillet connaît un succès colossal en raison surtout du romantisme des saynètes qu’il met en scène. Ici, pas d’excès, pas de violence, pas de choses immorales, on ne semble pas se trouver dans l’axe des excès de la pornographie qui se fait actuellement. Les descriptions sexuelles sont un mélange de clichés cucul (« son sexe émouvant », ose écrire Quessy) et d’une vulgarité bon chic bon genre (Quessy n’est pas Édouard Hardcore Bond tout de même.

    Un joli premier roman, un peu salace, un peu cucul, pas mauvais mais pas très satisfaisant. La prose y est esthétique; la SF, rare.

    Note 5,5 / 10

    À Juillet, toujours nue dans mes pensées
    Benoît Quessy
    Québec-Amérique, 2009
    168 pages
    16,95 $

    La St-Valentin !

    En ce beau jour spécial, j'ai réussi à surprendre Suzanne en lui offrant une boîte de chocolat décorée par Benjamin avec des autocollants, un ti-cœur en mousse et des mots d'amour écrits partout ! Elle, elle a oublié ! C'est du jamais vu dans l'histoire de l'humanité, je crois, une femme qui oublie la St-Valentin.

    C'est moi qui ai cet exemplaire unique. Et merveilleux.

    En ce beau jour spécial, j'ai mis toutes les chances de mon côté : j'ai pris ma douche, je me suis brossé les dents, j'ai rasé ma barbe et,  pour reprendre les mots du regretté Édouard Bond,  « je me suis lavé la graine ».

    Bonne Saint-Valentin à tous et toutes !

    Parlant de chocolat, menoum menoum :

    vendredi 12 février 2010

    Une visite chez Archambault en-ligne

    À l'instar d'Isabelle des Carnets de la nuit, j'ai magasiné chez Archambault (le site) et je me suis commandé les livres suivants avec mes deux dernières cartes cadeaux. On se rappellera peut-être qu'avec les cartes précédentes, je m'étais payé le boxset des CD remastérisés des Beatles. Dure, dure, la vie..

    Il était une fois les Expos, tome 1 de Marc Robitaille et Jacques Doucet
    Zoélie du Saint-Esprit, de Dynah Psyché
    Rouge-Gorge, de Jo Nesbo
    Eleanor Rigby, de Douglas Coupland
    Silence, le cd de Fred Pellerin

    Y a fallu que je débourse sept dollars de ma poche pour payer le surplus. Mais hé, 7 $ pour tout ça, c'est une sacrée aubaine.

    127. Pour le Dr House en soi...


    Une référence indispensable à prix abordable. Le livre de toutes maladies et autres pathologies de l'organisme humain.

    Vous êtes auteur et vous cherchez un truc bizarre pour agrémenter votre récit ? Ne cherchez pas plus loin. Vous trouverez ici toute l'information nécessaire pour concocter un épisode de Trauma ou de House. Pensez aux belles morts surprenantes dont vous pouvez pimenter votre polar, ou les maladies incapacitantes dont vous pouvez affubler votre personnage principal : dyschézie ou autres pulpites. Ha ! Jetez de la poudre aux yeux à vos lecteurs.

    Reste que c'est une sorte d'indispensable de la maladie. Les articles, innombrables, font le tour de la question : symptômes, diagnostics et traitements. Le corps humain est absolument fascinant pour la variété de maladies qu'il peut abriter. Un excellent livre quand on a quelques minutes de lecture devant soi.

    Absolument pas recommandé aux hypocondriaques, sauf aux hypocondriaques masochistes.

    Pour référence seulement. (À noter que le Merck Veterinary Manual est disponible pour consultation en ligne ici, very interesting aussi).

    Merck Manual of Medical Information
    Second Home Edition
    Pocket Book, 2003
    1767 pages
    10,99 $

    jeudi 11 février 2010

    126. Montre & magouilles - Gilles Massicotte

    Donald Berger est détective au service de police de Val-d'Or. Pour souligner ses 25 ans de service, ses collègues lui ont préparé une soirée bien arrosée où on lui remet une montre en or. Sur le bracelet, il y est inscrit : « Donald Berger, un quart de siècle ». À la suite d'un meurtre, Berger se trouve sur les lieux du crime. À côté du corps, les policiers découvrent la montre du détective. C'est alors que l'enquête se retournera contre lui... (Quatrième de couverture)

    À lire le résumé précédent, on croirait que Donald Berger est le personnage principal de cette histoire. Eh non. Il apparaît dans le premier chapitre, puis il est mis en prison et on n'en reparle plus tant que ses collègues ne complètent pas l'enquête.

    Bien qu'il soit presque totalement raté, ce court roman se révèle au bout du compte plutôt sympathique. Pourquoi ? Sans doute parce son auteur est un policier à la retraite et qu'il y a du véridique qui se glisse dans son récit, que l'auteur ne tente pas d'épater la galerie avec une intrigue surfaite mettant en scène des personnages tourmentés par un passé lourd et complexe et un criminel aux motivations tarabiscotées à l'extrême.

    L'intrigue est assez ténue et l'enquête extrêmement décousue, mais ceux d'entre nous qui ont des membres de la famille travaillant comme policiers-enquêteurs sauront que les enquêtes se terminent le plus souvent de la manière que l'auteur décrit : sans cris, sans tractations, mais par des aveux souvent imprévisibles du coupable. De ce point de vue, voilà un roman qui colle à la réalité quotidienne des policiers. (Mon père était lieutenant-détective aux enquêtes criminelles de la CUM.) Ce n'est pas palpitant, mais c'est véridique.

    Quelques bémols : ce n'est pas une bonne idée de mettre des amis de la vraie vie comme personnages de roman, les points de vues sont quelque peu flottants, et le vocabulaire vacille. Tout de même, comme je l'ai dit plus haut, l'ensemble demeure sympathique et se mérite une petite recommandation.

    Cote jeunesse : 5 / 10
    +14 ans

    Montre & magouilles
    Gilles Massicotte
    Z'ailées, 2009
    62 pages

    mercredi 10 février 2010

    125. Twilight of the Gods - Erik Wallin & Thorolf Hillblad

    Twilight of the Gods sont les mémoires de guerre d'un jeune fasciste suédois volontaire dans la 11e division d'infanterie motorisée SS Panzergrenadier "Nordland" sur le front de l'Est en 44-45. Ce qui les rend intéressants, c'est le fait qu'ils ont été recueillis tout juste à la fin de la guerre en 45 alors que l'auteur (Erik Wallin, Hillblad est le journaliste qui recueille ses propos et les met en forme) est encore tout imbu de l'idéologie nazie qu'il a assimilée mur à mur.

    Ce type-là est vraiment convaincu de la justesse de la cause nationale-socialiste. Je dois admettre avoir été un peu ébranlé. C'est une chose de lire un essai sur le nazisme, ou les mémoires édulcorés des commandants d'état-major, mais ici on est dans le vif du sujet, avec un jeune homme véritablement convaincu de la supériorité de la race aryenne sur les Untermenschen bolchéviques et sur les hordes asiatiques. Haine qui va croissante alors que les forces soviétiques, composées en bonne partie de combattants Tatars, Mongols, Kirghizes et autres, refoulent l'armée allemande jusqu'à Berlin avant de lui donner le coup de grâce. La haine est palpable, réelle en même temps qu'irréaliste, et soixante-dix ans après le fait, son intensité donne le frisson. Cela dit, il ne faut pas confondre le Waffen-SS, qui était volontaire et politisé, avec le conscrit de la Wehrmacht, sans toutefois nier la prévalence de l'idéologie raciale dans la psychologie des individus.

    Ces mémoires se distinguent aussi sur le plan de la description des combats et de la vie au front. Sur le strict plan militaire, il faut noter la part que l'auteur donne à l'aviation soviétique dans le harcèlement des troupes allemandes. On parle relativement peu du rôle de l'aviation russe dans les livres relatant la guerre sur le front de l'Est, les historiens se concentrant plutôt sur l'inconcevable domination soviétique en troupes, blindés et artillerie et mettant de côté l'omniprésence des Yak et des Chtourmovik et le rôle dominant de la VVS (Armée de l'air soviétique).

    Dans un style naïf et ampoulé, plein de romantisme racial, les scènes de combat sur le terrain sont parmi les mieux décrites que j'aie lues. Comme Wallin faisait partie d'un compagnie de reconnaissance (et de harcèlement), la vie au front était trépidante pour le moins, constamment sur la ligne de feu quand ce n'est pas au-delà, toujours au contact de l'ennemi et parmi les dernières troupes à décrocher. Sans répit de décembre 44 à mai 45.

    Le livre se termine avec la chute de Berlin et la fuite des SS paniqués, et la chance que l'auteur a de se retrouver à l'ambassade suédoise pour être rapatrié in extremis. Une fois de retour dans son pays d'origine, Wallin sera brièvement jeté en prison pour crimes de guerre.

    Cote 9 / 10

    Twilight of the Gods
    A Swedish Volunteer in the 11th SS Panzergrenadier
    "Nordland" on the Eastern Front
    Erik Wallin; Thorolf Hillblad
    Stockpole, 2009 (éd or. 1945)
    134 pages
    cartes, photos
    24,95 $

    mardi 9 février 2010

    124. Méchants voisins - Monique de Gramont

    Tarcicius Dejours, dit Cicius, est professeur de littérature à l'université. Il tombe amoureux d'une belle anthropologue qui parcourt sans cesse le monde, se lie d'amitié avec une vieille libraire esseulée qui lui lègue son commerce à son décès. Mais le pire guette Cicius qui ne cherche pourtant qu'à vivre une vie calme et douce : la famille Crispa va investir la maison voisine de la sienne, ce sont des immigrés tapageurs et sans pudeur. Un règne de terreur s'abat sur lui.

    On peut faire de ce roman deux lectures toute aussi désagréable l'une que l'autre. La première est de nature xénophobe. Ici, les gens qui font irruption dans l'univers de Cicius, petit bourgeois blanc du Plateau, ils viennent d'ailleurs (des étranges comme on dit), sont bruyants, fatigants, gueulards, véhéments, ils n'ont aucun respect pour les conventions morales et sociales du pays qui les a adopté, et, ô horreur, ils se reproduisent comme des bêtes ! En somme, ils menacent la populace des alentours en refusant totalement et obstinément de s'intégrer. Le calme ne revient sur le quartier que lorsque leur maison passe au feu et qu'ils doivent déménager par la force des choses. Donc, la paix revient sur la société quand les étrangers quittent la région.

    On peut aussi en faire une lecture sociologique. Ces gens qui déboulent dans ce beau quartier habité par une faune de bourgeois argentés (professeurs d'université, médecins, etc.) sont des gens sans aucune classe, une grosse famille italo-espagnole avec un père qui travaille dans la construction. On voit de quoi il s'agit. Des prolétaires, en somme, qui se reproduisent comme des bêtes. Leur seule présence sème l'inquiétude dans les foyers douillets. Leur incapacité de s'intégrer va générer des querelles sans fin.

    Tiens, on pourrait aussi y voir une métaphore sur l'irruption du primitivisme, voire de la barbarie, dans notre époque bénie. Ou aussi une métaphore sur le féminisme tonitruant qui a déboulé dans la société avec la délicatesse d'un bulldozer. Etc. Les niveaux d'interprétation ne manquent pas, car il s'agit d'un roman simple, à la structure grossière, qui se livre facilement.

    Mais, au-delà de ça, le roman ne fonctionne pas pour plusieurs raisons :

    Primo, les personnages sont inexistants, l'auteure ne parvient pas à les rendre vivants, ni Cicius, ni Sidonie, la belle anthrologue, ni même les nombreuses greluches de la famille Crispa.

    Secundo, le langage est tellement affecté qu'il en est involontairement drôle : « Le jasmin [...] est en pleine floraison. Le parfum pénétrant de ses minuscules fleurs blanches se baguenaude dans la maison à la recherche de mon nez.» Pages après pages.

    Tertio, le roman est lent à démarrer. Le lecteur doit se cogner 150 pages de monologue (le narrateur aime se parler à lui-même à haute voix, et en termes fleuris) avant de voir débouler les méchants voisins, qui sont surtout des méchantes voisines. À la page 158, elles arrivent. On espère que ça va enfin commencer.

    Quarto : l'auteure fait parler Esmeralda Crispa un français qui tient plus du bulgare que de l'espagnol natif du personnage. Ce lecteur-ci n'a jamais lu un accent aussi raté.

    Cinquo : il n'y a pas de progression dramatique. On assiste à une série d'anecdotes burlesques entre Cicius et ses amazones, mais sans que ça mène nulle part. D'ailleurs, la résolution de « l'intrigue » est tellement poche que les bras m'en sont tombés : Mme Crispa gagne une croisière et sa maison brule alors qu'elle n'y est pas. La belle anthropologue globe-trotter achète alors le terrain et se fait construire une belle maison 100 % écologique à côté de celle de son chum : exit donc, les prolos, les barbares, les bruyantes féministes, les étranges, selon votre interprétation de la chose.

    J'ai eu un malaise face à ce roman qui navigue les eaux ambigües du mépris xénophobe ou sociologique. Et, à maintes reprises, je me suis surpris à penser, à l'instar du protagoniste, qu'il fallait « en finir, une fois pour toutes, avec cette pathétique saga ».

    Un bon point pour l'auteure, elle reprend à la suite de Robert Merle un mot de vieux français, très joli, qu'il faudrait employer plus souvent dans nos vies : s'occocouler, dont je vous laisse trouver la définition tout seul comme des grands.

    Note 2 / 10

    Méchants voisins
    Monique de Gramont
    Hurtubise, 2009
    449 pages
    28,95 $

    lundi 8 février 2010

    Faque c'est platte

    Édouard Bond annonce qu'il arrête ses activités littéraires : blogues et romans. Il a l'air sérieux. J'aurais mieux fait de rester couché ce matin.

    Pour faire une joke platte, on peut dire qu'Édouard nous fait faux Bond.

    vendredi 5 février 2010

    123. Solaris n° 173

    Sous une couverture colorée montrant le sourire béat d'une jeune exaltée du pinceau venant de recevoir son catalogue Omer De Serres, le 173e numéro de Solaris nous propose deux textes à relais. En passant, vous verriez cette fille sur la rue, vous changeriez immédiatement de trottoir, elle a l'air inquiétant de Glenn Close dans Fatal Attraction, en moins jolie.

    Lupercalia de Guillaume Voisine, Pascale Raud, Philippe-Aubert Côté, Ariane Gélinas et Mathieu Fortin. Ça ne se résume pas, parce que ça part dans toutes les directions. Un échec global. Voisine tente de mettre l'histoire sur les rails, Raud de lui donner une dimension psychologique, Côté relance (avec assez de succès) un texte qui n'allait nulle part, Gélinas introduit le viagra et Fortin termine avec force rebondissements et pim pam poum dans la gueule. Totalement disparate. La psychologie des personnages, embarrassante par ses rationalisations et son incohérence, est rédhibitoire en diable.

    Terminalia de Francine Pelletier, Daniel Sernine, Jean-Louis Trudel, Esther Rochon et Élisabeth Vonarburg. Ça pourrait se résumer, mais à quoi bon. Les aïeux ont beau avoir un métier incroyable, le résultat de leur concoction forme une masse qui ressemble à du jello toute sorte de couleurs et à peu près aussi savoureux. Pour développer leur histoire, les jeunes loups s'en sont tenu au schéma de base, s'attardant à approfondir la psychologie de Grey; les vieilles savates (expression employée ici avec tout le respect que ces nobles personnes méritent, wink wink), elles, accumulent les personnages, chaque auteur amenant le sien. On en a une vraie cohorte à la fin. Pelletier jette les bases, Sernine (avec la meilleure prestation de toutes) lance véritablement l'histoire, Trudel recentre le texte vers la science, Rochon introduit le point-virgule et Vonarburg réussit à force de double-back-flips à ficeler l'histoire. Ouf.

    Les jeunes loups se font pas le poids contre les ancêtres. C'était à prévoir. Les loups ont sous la ceinture un seul roman pour adultes (les 120 pages du Protocole Reston) et quelques dizaines de nouvelles. Les aïeux ont chacun une dizaine de livres pour adultes et, à eux tous, plusieurs milliers de pages publiées.

    Chaque fois que Saul meurt de Sylvie Bérard. Un homme raconte à une fillette les circonstances de sa vie et de l'apocalypse qui s'est abattu sur le monde. Est-une pièce de théàtre en un acte ? Un simple monologue avec des indications de mise en scène ? La forme même rend le texte statique. Le style de l'auteure a beau être fluide et plein de subtilités, reste que ça demeure un monologue, avec ses redites et ses digressions. S'il y a de très beaux moments et des passages émouvants, parfois ça semble n'aller nulle part et on s'ennuie un tout petit peu. Aurait gagné à être raccourci de quelques paragraphes. Quand même, mémorable : 8 / 10

    Montée de lait :
    Si je veux m'abonner à une revue qui me propose des textes amateurs, sans direction littéraire, acceptés tel quel, d'une médiocrité consternante, je vais envoyer mon argent ailleurs. Sacrament, j'ai payé le prix pour un abonnement à une revue de qualité et voilà ce que m'envoie Solaris : de la mauvaise littérature, du flattage de bedaines d'auteurs. Des fictions incohérentes, médiocres, inacceptables...

    Dans un articulet précédant les textes à relais, Mario Tessier explique que le texte à relais (round-robin) est une tradition anglo-saxonne qui remonte à la nuit des temps en SFF. Fort bien. Ce qu'il omet commodément de dire, c'est qu'à l'âge d'or des magazines et des round-robin, il y avait une pléthore de revues sur le marché, que c'étaient des pulps à 10 cents, et que si le truc n'intéressait pas le lecteur, il y avait suffisamment de matière première sur le marché pour passer outre sans se scandaliser. Et que peut ajouter le fait que ce soit une tradition ? En sf et fantastique, il y a aussi une longue tradition pulp de publier des textes minables, mal fichus, médiocre et en-dessous de tout, alors on ne va pas s'y mettre aussi, han. Solaris, câlisse(1), c'est pas un pulp, ou alors qu'on le dise.

    On fait valoir l'aspect ludique de l'exercice, la célébration de la communauté, patati patata. Bouillie pour les chats. Je paie pour une revue qui me présente des textes de qualité, je casque 30 $ par année pour ça, c'est quand même pas de la marde, je suis le cochon de consommateur. Si la direction veut se payer du bon temps, qu'elle le fasse en-dehors de la revue. Cet exercice de *ludisme* et de *communauté* aurait très pu se produire dans le cadre de Boréal (où il aurait pris tout son sens, non ?) Chaque auteur aurait eu une heure pour écrire son bout d'histoire et, à la fin de la journée, on photocopie l'ensemble, on vend les textes 5 $ la shotte et tout le monde est content. Je les aurais acheté sans rechigner ces deux textes-là. Pour le plaisir et pour encourager. Quand on ne tente pas de me faire prendre des vessies pour des lanternes, je suis bon joueur. Là, dans ce numéro de Solaris, je dis que c'est un abus de confiance. Je me suis fait floué. Pour paraphraser George Carlin  : Penches-toi par en avant, consommateur, j'ai une nouveauté à t'introduire dans l'oeil de bronze.

    Un dernier mot : Solaris publie quatre numéros par année. C'est, avec Brins d'éternité, la seule revue SFF de niveau professionnel au Québec. Pis là, on assène au lecteur confiant un numéro composé de deux longs textes qui, s'ils avaient été signé par un seul auteur, n'auraient jamais -- JAMAIS -- été publié dans cet état.

    Longue montée de lait, largement édulcorée, je vous l'assure. Excusez-la.

    Je tiens à souligner que je ne jette le blâme sur personne, ni sur Tessier qui a proposé l'idée, ni sur Champetier et Pettigrew qui l'ont accepté, et surtout pas sur les auteurs qui se sont prêtés au jeu avec plaisir (j'imagine). Je dis seulement que Solaris est le moins bon support pour ce genre de fantaisie.

    Note : 2 / 10 (Bérard, la Halak de ce numéro, empêche l'humiliation du zéro).

    (1) Uniquement pour la rime.

    mercredi 3 février 2010

    Ça boume !

    Il y a maintenant cinq textes soumis pour les Mille mots de l'Ermite. Un sixième a été retourné parce qu'il était trop long.

    Ça se termine le 18 avril, n'oubliez pas.

    Le règlement, pas compliqué pour deux sous, est ici : concours.

    Encore !

    Pour le 8e mois d'affilée ! C'est la manne !