mardi 28 octobre 2008

25. Solaris n° 168

L'évasion d'Alexandre Babeanu. Une nouvelle atmosphérique et évocatrice... Pas facile de faire passer autant d'informations sans rendre le texte indigeste. Et malgré quelques petites longueurs où l'auteur aurait pu resserrer son propos, on ne s'ennuie pas une seconde. Les subtilités de l'univers imaginé par Babeanu apparaissent par dévoilement successifs et l'intérêt est maintenu jusqu'à la fin. Joli réussite. 7,5 / 10

Sa vie au bout du pinceau de Philippe-Aubert Côté. C'est cute, mais malheureusement anodin. Une nouvelle écrite en une heure (je crois) dans le cadre d'un concours d'écriture. J'imagine que le texte a dû être remanié quelque peu entretemps, mais les contraintes du concours affaiblissent une idée qui a pourtant du mérite. 3 / 10

Le premier de sa lignée de Philippe-Aubert Côté. Si on lui donne la place pour s'exprimer, Côté sait y faire. Une très, très bonne nouvelle de sf apprêtée à la sauce polar noir. La construction est sans reproche, le rythme haletant, en dépit d'une psychologie plutôt conventionnelle. Le talent de l'auteur est indéniable. Un léger bémol, qu'on peut mettre sur le compte de l'inexpérience : manifestement l'auteur est fasciné par le monde qu'il a créé (on parle d'une série de textes à venir) mais c'est comme s'il tentait de tout dire au lecteur, de tout lui montrer. À mon avis, ça aurait gagné à être resserré un tout petit peu. Très bon, on a hâte aux prochains textes de la série. 7 / 10

Voici l'âge de glace de Claude Lalumière. Ici, l'écriture est carrée, raboteuse, sèche, elle donne des coups; à la limite, elle est déplaisante; en tous cas, elle n'a pas plu à ce lecteur-ci. Ce mélange de sf et de fantastique avec la fin qui relève du mythe ou du rêve, on repassera. 3 / 10

La fin du conte de Pascale Raud. Moi qui ne raffole pas du fantastique, j'ai été happé par ce texte. Cette histoire d'écrivain et d'inspiration surnaturelle, on l'a lu des dizaines de fois et la fin ne surprendra pas le lecteur le moindrement aguerri. Pourtant, ça fonctionne : la magie, c'est l'écriture, très achevée, et le rythme et l'atmosphère qu'elle parvient à créer. 7 / 10

Zeitnot d'Ariane Gélinas. La meilleure nouvelle du numéro. Un texte lent, atmosphérique et, en même temps, froid et sans émotions. Un monde détaché, où les gens rêvent à leurs petites passions en privé, mais sont inexorablement broyés s'ils sont surpris à tenter de les vivre. J'ai aimé énormément. 8 / 10

L'affaire de la pension astronomique d'André-François Ruaud. Dans un premier temps, la nouvelle part dans une direction, très sf (qui n'est pas sans rappeler Mercuriale de K.S. Robinson), extrêmement attrayante, pour bifurquer abruptement et donner sa pleine mesure dans une veine plus fantastique et aussi plus, hum, ordinaire. Ce changement de cap est bien fait, mais, pour moi, la première partie était vraiment si bonne que j'aurais préféré que l'auteur y bâtisse toute son intrigue. Sans tout révéler ni trop appuyer, l'auteur esquisse en arrière-plan de sa nouvelle un intéressant portrait géopolitique du monde
et je ne demande pas mieux que de lire d'autres textes situés dans cet univers. 6 / 10

Une nouvelle tête... ou un nouveau corps ? de Sylvie Bérard. Ce n'est pas une nouvelle, c'est un spin-off sur la publicité. Et si c'est complètement réussi dans le genre parodique, je dois admettre n'en avoir saisi ni l'intérêt ni la raison. Ça ressemble à un extrait de roman, à la manière de ceux que John Brunner écrivait dans le temps, Tous à Zanzibar, par exemple. Une réussite, mais qui ne convainc pas : 4 / 10

Dans l'ensemble, un excellent numéro qui nous fait connaître une pléthore de jeunes auteurs. Les textes souffrent un peu de cette jeunesse, mais on ne va pas se plaindre.

Cote : 7 / 10

Ça n'a rien à voir, mais ce billet est le 100e que j'affiche sur mon blogue. Permettez que je me fasse une petite accolade, j'aurais jamais cru me rendre là. Merci à tous ceux et celles qui viennent faire un tour de temps en temps. Vos commentaires sont toujours appréciés.

6 commentaires:

Ariane Gélinas a dit…

Je suis très touchée par ce commentaire à propos de ma nouvelle... Merci !

Philippe-Aubert Côté a dit…

Pour combler votre interrogation, le concours d'écriture sur place consiste à donner à tous les participants des mots inducteurs -- cette année c'était "Aux armes!" -- et à écrire une histoire en une heure à partir de ces mots, totalement à froid. Le texte gagnant est publié sans aucune retouche -- dura lex sed lex --, en dehors bien sûr de l'orthographe. Ce texte est donc un premier jet totalement improvisé en moins d'une heure, il faut le prendre ainsi. C'est un exercice intéressant et beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît. Mais dans le futur, quand j'aurai récupéré les droits d'auteurs, il y a sûrement matière à en faire quelque chose d'autre. À classer dans mes cartons...

Pour "Le Premier...", merci du commentaire. :-)

richard tremblay a dit…

(Vous me permettrez de vous tutoyer tous les deux; si ça vous gêne, vous rétablirez les vv d'usage.)

AG: C'est la première nouvelle de toi que je lis, n'ayant pas encore ouvert mon Zinc. Mais j'ai lu les extraits de texte que tu as mis en ligne, et Zeitnot vient renforcer mon impression que, wow, on a affaire à une écrivaine ici. Que les mots parlent plus sous ta plume qu'ailleurs... Qu'il faut continuer.

PAC : Je ne savais pas que la nouvelle était publiée telle quelle; tu n'en as que plus de mérite. Mon point, au fond, c'est qu'il s'agit d'un embryon prometteur et que tu as, à ce que je vois, la carrure d'un écrivain capable d'en tirer un meilleur profit (littéraire).

Tu as besoin d'espace, comme le démontre bien ton autre nouvelle.

Anonyme a dit…

Merci pour votre commentaire sur "La Fin du conte" : c'est pour moi un commentaire d'autant plus positif que vous partez avec un a priori négatif pour le fantastique. ;-) C'est d'autant plus précieux, donc...

Pascale Raud

richard tremblay a dit…

I call them as I see them !

baboulebou a dit…

Ah bin je viens de découvrir ton blogue (mieux vaut tard que jamais n'est-ce pas?).

Merci pour la critique, ça fait bien plaisir :). En ce qui me concerne, mes premiers jets font toujours le double de la longueur maximale autorisée (quelle que soit la longueur d'ailleurs), alors effectivement, les petites longueurs sont en "work in progress" :).

Je vais essayer de trouver tes textes maintenant...