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lundi 2 novembre 2009

108. Voyeurs, s'abstenir - François Gravel

La Passion selon Charles Pellerin est le quatrième roman du narrateur, et son plus grand succès. La raison en est qu'il a bâti son personnage principal sur Carl Vaillancourt, ce self-made man québécois, milliardaire, laid comme un pou, mystérieux, et constamment dans la mire populaire. Suite à ce grand succès de librairie, le narrateur (innommé) a reçu de nombreux commentaires qui l'amènent à réfléchir sur le personnage qu'il a recréé dans son roman. De cette réflexion, il tire un autre ouvrage, Voyeurs, s'abstenir, où il tente de départager le vrai du faux, la réalité de la légende bâtie autour de Carl Vaillancourt...

En dépit d'une carrière commencée en 85 et marquée d'une cinquantaine de romans (dont 14 pour les adultes), Gravel est un écrivain encore assez peu connu, je trouve. Il a pourtant trois très grandes œuvres derrière lui, et quelques autres devant encore, sans aucun doute. Ses incontournables sont Bonheur fou (1990), Ostende (1994)
et Fillion et frères (2000). Et il faut ajouter que le reste de sa production pour les adultes n'est pas banale non plus, à l'exception peut-être de Vous êtes ici (2007) qui était un pari fou celui de faire de la littérature sur de bonnes intentions et conséquemment raté.

Voyeurs, s'abstenir est un très bon roman encore qu'éloigné par la forme des romans auxquels l'auteur nous a habitué, lui plutôt traditionnel. Mais si la forme est inhabituelle, la manière, elle, c'est du Gravel pur fruit. L'histoire ? Cette fois, il n'y en a pas; ou si peu. Il y a juste le narrateur qui tente de reconstituer la vérité autour du financier et industriel Carl Vaillancourt, une énigme baignant dans le mystère comme on dit, un homme insaisissable qui n'est pas sans rappeler Pierre Péladeau (ne serait-ce que pour la laideur, l'amour des Laurentides et son attirance pour les femmes). C'est un fil romanesque ténu puisqu'il ne s'agit que de ça : la reconstruction d'un personnage à propos duquel les témoignages varient
et se contredisent.

L'auteur aime les personnages qu'il crée. Il y a dans ses livres, même dans les moments les plus durs, une tendresse qui traverse tout. C'est ce que j'aime, c'est ce qui fait que je reviens toujours à Gravel et que je le tiens pour un des meilleurs auteurs au pays.

Recommandé par ce lecteur-ci. 7,5 / 10

Voyeurs, s'abstenir
François Gravel
Québec Amérique, 2009
240 pages

lundi 5 octobre 2009

101. Mañana - Louis-Thomas Pelletier

Dans un petit village québécois, deux frères un peu simples d’esprit attendent le moment propice pour cambrioler la Caisse populaire. Prêt à intervenir, un jeune policier ambitieux attend qu’ils passent à l’action. Mais voilà… nos deux criminels en puissance ont un grave problème de procrastination: ils remettent tout au lendemain, y compris leur crime. Déguisant alors son ambition en altruisme, notre jeune héros devra s’improviser travailleur social pour enseigner à ces deux zigotos les vertus d’agir aujourd’hui. (4e de couverture)

J'aurais bien voulu montrer plus d'enthousiasme pour ce roman. Il est plein de bonnes choses : personnages bien esquissés, intrigue légère mais bien mise en place, situations cocasses et découpage serré. Et puis le genre comique est assez rare au Québec. Mais voilà, je suis un vieux crouton difficile à satisfaire. La petite bête noire, je la débusque, quels que soient les atours dont elle se pare. Yes, sir !

Or donc : Je n'ai pas cru à la naïveté de Fred Masson, le personnage principal. Or il faut y croire à cette naïveté pour accepter les détours de l'intrigue. Fred devient subitement très nono quand ça sert l'auteur, très nono dans ses interventions desquelles va surgir la comédie. C'est simple, j'ai pas adhéré à 100 %. Le comique est parfois
télégraphié, parfois forcé, parfois même expliqué pour que le lecteur comprenne bien. J'ai l'air dur, là, pourtant, j'ai lu Mañana d'une traite avec plaisir, sans en être totalement satisfait après-coup. Et j'ai mis les autres romans de Pelletier dans ma liste des livres sur lesquels jeter un coup d'oeil.

Nonobstant cela, l'ensemble est super sympathique. Beaucoup plus sympathique que drôle, d'ailleurs. Ça nous fait un quatre-vingt-dix minutes d'une lecture au-dessus de la moyenne, très correcte et amusante... En somme, un roman parfait pour se désennuyer sans se fêler un neurone.

Note 6,5 / 10

Mañana
Louis-Thomas Pelletier
Les intouchables, 2006
167 pages