mardi 5 avril 2011

177. Coeur de fer - Joël Champetier

Ce court recueil de cinq nouvelles qui ne sont pas inédites a été publié chez un éditeur français en 97. Il n'est plus disponible et n'a pas été repris depuis, ce qui est bien triste si vous voulez mon avis.

Ce que Hercule est allé faire chez Augias, et pourquoi il n'y est pas resté. Une mission spatiale militaire est en route vers Constance pour y réprimer les velléités des colons. Mais les chiottes du vaisseaux se bloquent, il y a sabotage et, ceci menant à cela, la mission cafouille... Sous un titre improbable et à partir d'une prémisse rigolote en forme de défi  (pourquoi ne voit-on jamais les toilettes dans les séries sf ?), Champetier a concocté une petite nouvelle tout à fait réjouissante au développement logique. Tout est bon : l'intrigue, l'atmosphère, les dialogues, les personnages, leurs relations. Petit bémol pour les tout derniers paragraphes qui amènent une rupture de ton intempestive. 8 / 10
Visite au comptoir dénébolien. Pour leur premier contact avec les Terriens, les Dénéboliens ont établi un comptoir de vente au fin fond de l'Abitibi et ont invité le gratin local pour l'inauguration. Le rédacteur en chef d'une revue de SF québécoise et sa femme, Valérie, y font une visite. C'est une inauguration, disons, précipitée... Faut voir ça pour ce que c'est, une pochade humoristique. Malheureusement le comique demeure banal et prévisible. Ce lecteur-ci pense sincèrement que ce texte ne méritait pas de figurer dans ce recueil. 3 / 10

Survie sur Mars. Louis Deschamps est envoyé sur Mars en remplacement de Lewis Sandler, victime d'un tragique accident mortel. Il est chargé aussi d'évaluer la psychologie des participants qui vivent isolés depuis trois ans loin de la Terre. Ce qu'il découvre, c'est un véritable nid de vipères où sa vie sera mise en danger... Elle est bardée de prix cette nouvelle-là. C'est pas pour rien. Un  texte essentiellement psychologique, noir, vraiment prenant, tout à fait remarquable, avec un dénouement surprenant à la clé. 8,5 / 10

Karyotype 47, XX, +21. Après 11 grossesses involontaires et quatre enfants atteints de trisomie 21 sur les sept survivants, Sylvie Weintraub, elle-même trisomique, a subi une stérilisation à laquelle elle n'a pas consenti, pas plus d'ailleurs que l'Office de la Protection de la Natalité. Un gros procès s'ensuit qui oppose l'avocate Gisèle Bellavance à l'Office sur des questions morales et litigieuses... Champetier admet avoir écrit ce texte par « pur esprit de provocation ». Sur un sujet difficile, il a réussi son pari de provoquer une réflexion (la mienne, en tous cas). Loin d'un manichéisme militant, voilà un texte diablement habile et intelligent où les motivations et les intérêts des personnages ne sont ni blancs ni noirs, mais complexes à souhait. 8,5 / 10

Coeur de fer. Un minuscule trou noir a traversé la Terre et s'est installé dans le noyau de la planète. Selon sa densité, qui est à évaluer, la menace qu'il pose est plus ou moins considérable. À bord de l'Aiguille, le vaisseau le plus lourd jamais fabriqué, coque hyperfluide en cristallotitane, une équipe de trois scientifiques va plonger au coeur de la Terre pour en prendre la mesure... Cette (relativement) courte nouvelle aborde, dans un contexte de SF dure (permettez-moi de ne pas utiliser l'expression SF franche qui me donne de l'urticaire), la crise gnostique et l'analyse psychologique sans céder à la facilité, tout en se révélant un tourne-page de première. Du travail exceptionnel, un texte qui mise sur les personnages d'abord et qui offre à l'intelligence du lecteur un divertissement de qualité. Champetier ne rechigne pas à la besogne. 8,5 / 10

Un entretien de l'auteur avec André-François Ruaud termine le recueil. Avec une économie de mots qu'il faut souligner, l'auteur éclaire ses liens avec la littérature et parle de sa manière d'écrire et de son style. 

La fiction de Champetier est extraordinairement efficace. En ce sens, il est le plus américain de nos auteurs des littératures de l'imaginaire (un raccourci pour « littératures de l'imaginaire » quelqu'un, quelle horreur) révélés dans les années 80.  Voilà un écrivain qui a bien saisi qu'il ne suffit pas seulement d'avoir une bonne idée pour faire un bon texte, il faut que celle-ci soit servi par une mise en scène ingénieuse et un style coulant.

Cote 8 / 10

Coeur de fer
Joël Champetier
Orion, 1997
143 pages

5 commentaires:

Michel Gingras a dit…

Peut-être que Alire le ré-éditera un jour. Il l'on bien fait avec des anciennes éditions de livres de Senécal, Malacci et récemment, Jean-Jacques Pelletier...On peut donc toujours espérer pour celui-ci.

Michel Gingras a dit…

D'ailleurs, j'ai hâte à la sortie de son prochain: Reset, publié chez Alire :) Le résumé est accrocheur.

richard tremblay a dit…

Moi aussi, j'ai hâte !

Pat Isabelle a dit…

Je l'ai "Coeur de fer". Mais j'ai surtout un bon pusher.
Sérieusement, plus je regarde la page couverture, plus je ne comprends pas le dessin. On dirait une douille.

richard tremblay a dit…

La couverture illustre l'Aiguille du Cœur de fer plongeant au coeur du noyau terrestre.