Lorsque la Pologne est envahie par les Nazis en 39, Ilona a neuf ans. Après quelques discussions familiales, certains membres de la famille étendue choisissent de rester au pays, tandis que le père et la mère d'Ilona décident de fuir la Pologne et se réfugient à Vilnus en Lettonie où ils vont tenter de refaire leur vie. Cette accalmie sera relativement brève, puisque en 41, les Allemands envahissent l'URSS et les pays baltes. La famille d'Ilona se réfugie alors en URSS où elle est prise en charge par les autorités et dirigée dans un village perdu du fond de l'Ouzbékistan. Vont suivre quatre années difficiles faites de déménagements continuels pour tenter de se rapprocher des grandes villes, là où la vie est quand même un rien plus facile, les emplois meilleurs, et où il se trouve souvent des communautés juives ou polonaises organisées.Ce n'est qu'en 44 que les choses prendront enfin un tour pour le mieux alors que le père parvient à les installer à Moscou. Père et mère se trouvent des emplois intéressants et Ilona étudie dans un établissement de qualité. Et quand bien même la guerre se nourrit de centaines de milliers d'hommes au front, la vie à l'arrière retrouve un air de normalité. Ilona fréquente le théâtre, le ballet, le cinéma...
La guerre terminée, la famille retourne en Pologne. Les nouvelles qu'ils glanent sur leurs proches sont désastreuses, beaucoup ont péri dans les ghettos ou les camps; plus chanceux, quelques-uns ont pu trouver refuge hors de l'Europe. Quand ils reviennent à la maison, finalement, ils y trouvent une famille qui s'y installée depuis longtemps et qui n'a pas l'intention de la rendre.
En 68, l'auteure émigre au Québec. Ilona Flutsztejn-Gruda est la mère de la journaliste Agnès Gruda.
Un très joli livre, bien senti, toujours juste. L'auteure a neuf ans au début de la guerre et quinze quand elle se termine. Tout au long des pérégrinations de sa famille, elle a les préoccupations d'une fillette de son âge : les amies, les études, plus tard les garçons. La guerre ne la concerne pas beaucoup. Sa famille et elle sont loin du front, ils subissent surtout le rationnement, les obligations de travail en usine ou au kolkhoze pour le père, les nouvelles confuses de la guerre, la difficulté de communiquer avec les leurs...
L'auteure nous montre un aspect inédit de cette terrible guerre, le « front du travail » loin derrière les lignes. La vie quotidienne, c'est-à-dire, l'école, les examens, le marché, le tissu qu'on sauve, le petits bois ramassé pour le poêle, les bouses et les crottins recherchés pour alimenter le feu, la savon rare, mais les fruits et les légumes parfois abondants parce que toutes les familles font du moindre centimètre carré disponible un potager, et la phénoménale richesse que peut représenter une poule ou, mieux encore, une truie.
Cote : 7 / 10
Quand les grands jouaient à la guerre
Ilona Flutsztejn-Gruda
Actes Sud, 1999
222 pages

