mardi 28 février 2012

188. Quand les grands jouaient à la guerre - Ilona Flutsztejn-Gruda

Lorsque la Pologne est envahie par les Nazis en 39, Ilona a neuf ans. Après quelques discussions familiales, certains membres de la famille étendue choisissent de rester au pays, tandis que le père et la mère d'Ilona décident de fuir la Pologne et se réfugient à Vilnus en Lettonie où ils vont tenter de refaire leur vie. Cette accalmie sera relativement brève, puisque en 41, les Allemands envahissent l'URSS et les pays baltes. La famille d'Ilona se réfugie alors en URSS où elle est prise en charge par les autorités et dirigée dans un village perdu du fond de l'Ouzbékistan. Vont suivre quatre années difficiles faites de déménagements continuels pour tenter de se rapprocher des grandes villes, là où la vie est quand même un rien plus facile, les emplois meilleurs, et où il se trouve souvent des communautés juives ou polonaises organisées.

Ce n'est qu'en 44 que les choses prendront enfin un tour pour le mieux alors que le père parvient à les installer à Moscou. Père et mère se trouvent des emplois intéressants et Ilona étudie dans un établissement de qualité. Et quand bien même la guerre se nourrit de centaines de milliers d'hommes au front, la vie à l'arrière retrouve un air de normalité. Ilona fréquente le théâtre, le ballet, le cinéma...

La guerre terminée, la famille retourne en Pologne. Les nouvelles qu'ils glanent sur leurs proches sont désastreuses, beaucoup ont péri dans les ghettos ou les camps; plus chanceux, quelques-uns ont pu trouver refuge hors de l'Europe. Quand ils reviennent à la maison, finalement, ils y trouvent une famille qui s'y installée depuis longtemps et qui n'a pas l'intention de la rendre.

En 68, l'auteure émigre au Québec. Ilona Flutsztejn-Gruda est la mère de la journaliste Agnès Gruda.

Un très joli livre, bien senti, toujours juste. L'auteure a neuf ans au début de la guerre et quinze quand elle se termine. Tout au long des pérégrinations de sa famille, elle a les préoccupations d'une fillette de son âge : les amies, les études, plus tard les garçons. La guerre ne la concerne pas beaucoup. Sa famille et elle sont loin du front, ils subissent surtout le rationnement, les obligations de travail en usine ou au kolkhoze pour le père, les nouvelles confuses de la guerre, la difficulté de communiquer avec les leurs...

L'auteure nous montre un aspect inédit de cette terrible guerre, le « front du travail » loin derrière les lignes. La vie quotidienne, c'est-à-dire, l'école, les examens, le marché, le tissu qu'on sauve, le petits bois ramassé pour le poêle, les bouses et les crottins recherchés pour alimenter le feu, la savon rare, mais les fruits et les légumes parfois abondants parce que toutes les familles font du moindre centimètre carré disponible un potager, et la phénoménale richesse que peut représenter une poule ou, mieux encore, une truie.

Cote : 7 / 10

Quand les grands jouaient à la guerre
Ilona Flutsztejn-Gruda
Actes Sud, 1999
222 pages

lundi 27 février 2012

187. Noir azur - Dave Côté

Un homme se réveille dans un monde qu'il ne reconnait pas. Il n'a aucun souvenir. Pire il ne sait qui il est, mais tout le monde autour semble le connaître et attendre quelque chose de lui. Mais son éveil est intermittent, il apprend qui il est par bribes, notamment qu'il s'appelle Ryle.

Peu à peu la lumière commence à se faire : il a été un joueur de hockey renommé qui a abandonné un sport malade de violence, c'est la raison pour laquelle on l'adule ici dans ce village. Il porte aussi en lui un secret : il sait où se trouve le ciel bleu. Il l'a vu. Cette connaissance lui confère un statut si important au sein de la communauté qu'on lui pardonne ses « excès ».

Mais Ryle se rend compte d'une autre chose, aux conséquences terrible, le corps qu'il habite, il le partage en alternance avec un autre esprit qui a des vues diamétralement opposées sur comment vivre. Chantage et tordage de bras psychologiques sont au programme !

Le monde dans lequel se réveille Ryle représente pour lui une nouvelle vie, une renaissance dans un monde poqué. Ce qui est peut-être mieux que rien considérant qu'il ne sait même pas d'où il vient. Sa quête personnelle sera interrompue par ses confrontations avec l'autre Ryle, et elle se métamorphosera en une quête plus vaste, qui confronte toute la société, avec poursuites et rebondissements, vers un Éden inaccessible dont il fait croire à tous qu'il possède la clé.

Si j'ai bien compris, ce roman est un texte écrit depuis quelques années, accepté aux Six Brumes après un long délai, retravaillé et publié quelque temps après que la carrière de l'auteur se soit amorcé avec quelques publications remarquées chez Brins d'éternité, Solaris et ici-même aux Mille mots (autopromotion, autopromotion, comme caquetait naguère une diva de ma connaissance). C'est donc le roman de jeunesse d'un jeune auteur. Ce qu'il faut garder à l'esprit.

Noir Azur est un roman touffu et... malheureusement confus. Ce qui frappe au premier chef c'est l'absence de direction claire et bien définie dans l'arc romanesque principal. L'intrigue semble improvisée et se trouve par le fait même déconcertante. Je pense à l'élément « hockey », prometteur, mais abandonné abruptement. Pourquoi alors l'y avoir mis ?

Le roman souffre aussi d'une maniérisme stylitisque agaçant, celui de la répétition de mots ou d'expressions, exemple :
Rester.
Rester.
Rester.
Rester.
Rester.
Rester.
Rester.
Ça crée un  effet, certes. Encore faut-il ne pas en abuser, tentation à laquelle l'auteur ne résiste pas. Trop c'est comme pas assez.

Du côté réussite, il faut noter les jolies trouvailles que sont les prénoms commercialisés, la topographie mouvante, les lacs qui pleuvent, la toile sur le ciel... Tout ça crée des éclairs surréalistes et un climat fortement onirique par moments.

Je mets aussi dans la colonne réussite le fait que le personnage principal soit antipathique sans rémission : c'est un salaud, un manipulateur, un type prêt à tout pour se défaire de l'autre Ryle...C'est une idée intéressante, bien rendue.

Noir Azur n'est pas un roman entièrement satisfaisant. On peut penser qu'une direction littéraire plus efficace aurait permis à l'auteur de mieux centrer son roman et d'en resserrer les éléments. Mais, bien sûr, cela relève de l'hypothèse.

On ne peut pas dire que le roman soit raté, même s'il souffre des faiblesses évoquées plus haut, dont la plus sérieuse est l'absence d'une direction bien définie de l'arc dramatique. On pourrait tout aussi bien soutenir que les capacités cognitives du vieux croûton qui écrit ce commentaire ne sont plus tout à fait ce qu'elles étaient. Il n'est pas exclu que je n'aie rien compris à Noir Azur, ce ne serait pas la première fois.

Insatisfaisant ou pas, chacun aura son idée là-dessus. Ce qui est indéniable cependant, c'est qu'on trouve dans ce roman des traces du véritable écrivain que Côté devient petit à petit.

Cote 4,5 / 10

Noir azur
Dave Côté
Six Brumes, 2011
176 pages
13 $

dimanche 26 février 2012

Toupie et Binou

Vendredi soir, en pleine tempête de neige, nous sommes allés voir le spectacle pour enfants Toupie et Binou chantent sur la lune au théâtre Saint-Denis. Il y avait du péquenot en quantité, parterre et balcon débordaient de bambins tout émoustillés.

À vue d'oeil, les garçons semblaient en majorité. Peut-être Toupie et Binou sont-ils des créatures plus intéressantes pour les gars que pour les filles... mais c'était peut-être aussi un effet du hasard, ou de mon œil déficient.

En lui-même, le spectacle est totalement charmant. Composé presque totalement de chansons amusantes dans une variété surprenante de style. Ça prône l'amitié, la curiosité, l'imagination... Benjamin a beaucoup aimé et en a reparlé abondamment par après.

Ça dure une heure et vingt, avec l'entracte (l'équivalent de deux épisodes entrecoupés par une pause de vingt minutes). C'est juste assez long pour ne pas ennuyer le public cible.

Un bon point : les bidules que l'on vend au kiosque sont parfaitement abordables : 20 $ le t-shirt, 10 $ la baguette d'étoiles, et, hum, 35 $ les poupées Toupie, Binou et Monsieur Mou. Disons que nous sommes un peu loin des arnaques dysneysiennes dont nous avons souffert les assauts précédemment.

La salle était bondée. Gros succès. En comparaison, les deux spectacles de Disney et celui de Thomas la locomotive auxquels nous avons assisté jouaient devant des salles remplies à demi ou aux deux-tiers à tout cassé, et sans balcon.

Bref, ce fut une bonne soirée que nous avons terminé au St-Hubert juste en face du théâtre, à manger du poulet, discuter du spectacle et écouter sur écran géant l'équipe favorite de Benjamin se faire crémer solide par Washington. Pas fou, mon garçon, il aime le Canadien mais prend toujours pour l'autre équipe !

La salle est pleine, parterre et balcon.

Le rideau va bientôt se lever...

Suzanne, émue aux larmes, et Benjamin, subjugué...

Garçonnet ayant  bu un verre de vinaigre.

Individu mal léché et mal rasé ayant retrouvé son âme d'enfant et arborant un sourire idiot

Le même individu, marqué aux fers bleu, vert et rouge par un démoniaque garçonnet.


Démoniaque garçonnet en pleine crise. Vite un exorciste !



dimanche 19 février 2012

Les Mille mots VI

Trois nouveaux textes ont été soumis :
  • À la recherche de mon identité
  • Alerte au dromadaire volant
  • Le tour de danse du clown missionnaire

En plus, la cagnotte a pris du poids, rien que dans la soirée d'hier (dont on reparlera demain) :

Daniel Sernine nous offre des copies de
  • Chronoreg
  • Boulevard des étoiles (l'édition française, avec en supplément une interview de l'auteur)
  • Concerto pour six voix

et Jonathan Reynolds offre aux gagnants des exemplaires de
  • La nuit du tueur
  • Mes parents, des monstres ?
  • Épitaphes
Merci à Daniel et à Jonathan.

Saperlipopette, ça commence à faire lourd !

Je rappelle qu'il reste moins de deux mois pour participer. Voir les modalités et tout ça dans la partie supérieure de la colonne de droite.

mercredi 15 février 2012

Macédoine

Primo
Un appel à textes intéressant de la Maison des viscères qui cherche des micro-nouvelles de moins de 300 mots ! On voit ça à cet endroit. Comme la première anthologie de cette maison d'éditions était plus que sympathique (Agonies), alors pourquoi ne pas tenter le coup ? En tous cas, je vais être sur les rangs !

Secundo
Fini l'orthophoniste pour Benjamin. Après 18 mois de séances hebdomadaires, puis bimensuelles, le voilà à niveau avec les jeunes de son âge. Ses difficultés d'élocution sont choses du passé. Tout le monde respire un peu mieux, sauf Benjamin qui aimait bien Amanda.

 
Benjamin avec Amanda, l'orthophoniste avec laquelle il a fait les meilleurs progrès. La thérapie par le jeu, pour un bambin de six ans, ça fonctionne.

Tertio
Il reste 63 jours pour les Mille mots !

samedi 11 février 2012

186. Maxwell's Silver Hammer - The Beatles

 

Lennon qualifiait cette toune de McCartney de chanson de matante (granny song). Il la méprisait tant qu'il n'a participé à son enregistrement pour l'album Abbey Road, encore qu'on le voit la jouer en répétition dans le film Let It Be. (Sur le sujet de sa non participation à l'enregistrement de MSH, il y a des désaccords historiques entre les témoins, mais j'adopte la version de Geoff Emerick qui était l'ingénieur de son pour nombre d'albums des Beatles, y compris Abbey Road.)

Pourtant, il faut reconnaître à cette chanson le mérite de raconter une solide histoire de bout en bout, et une histoire policière qui plus est. Une toune polar, donc.

Premier couplet : Présentation de la victime, Joan, qui étudie la pataphysique à la maison (déjà on admettra qu'elles sont rares les chansons où l'auteur réussit à y glisser le mot « pataphysical », je ne vois que Neil Peart de Rush qui pourrait y prétendre -- si ce n'est déjà fait).

Deuxième couplet : On nous présente le meurtrier, un étudiant de médecine nommé Maxwell Edison. Il passe un coup de fil à Joan pour l'inviter au cinéma. Quand elle va répondre à la porte, la soirée se termine abruptement pour elle. Maxwell est là avec son marteau d'argent. Bang bang !

Troisième couplet : Comme si de rien n'était, Maxwell est de retour en classe où il fait le guignol au plus grand déplaisir de sa professeure. Elle le met en retenue. Erreur. Au moment où elle lui tourne le dos, Maxwell récidive. Le temps d'un couplet, Maxwell est devenu un meurtrier en série.

Quatrième couplet : Avec un sens de l'ellipse remarquable, on retrouve Maxwell au banc des accusés. Un policier (PC 31) le déclare dangereux, tandis que Rose et Valerie, folles de lui, craquent et réclament en hurlant sa libération. Pas de ça, rétorque le juge. Ce seront ses dernières paroles...

En romancier compositeur judicieux, McCartney ne nous dit pas ce qu'il advient de Maxwell. On peut craindre pour lui, parce qu'assassiner un juge en pleine cour, ça risque de lui coûter cher...

Au final, Maxwell's Silver Hammer est un sing-along simple et guilleret sur un sujet haut-le-coeur. Le couplet final est absolument remarquable; en quelques lignes, l'auteur prête voix à la police, aux groupies du meurtrier, au juge, et remet le couvert pour Maxwell.

À propos de l'orchestration, on notera surtout la présence de la batterie de Ringo, accordée très basse et avec peu de cymbales, typique de sa manière. C'est elle qui impose le rythme et crée, avec le martèlement de l'enclume, le côté irrésistible de cette toune de matantes !

(Dans un prochain billet, je me mouillerai solide et pointerai du doigt les deux pires chansons des Beatles, ainsi que la plus sous-estimée. Pour les pires, il y en a une qui vient immédiatement à l'esprit de tous les fans, quant à l'autre, je  vous laisse deviner.)

vendredi 10 février 2012

185. Alibis n° 41

Alibis n° 41 nous offre sept nouvelles. Six québécoises, dont une en traduction, et une française. Allons-y voir, comme disait l'éléphant.

La colère d'Hämmerli de Richard Ste-Marie. Monsieur Hämmerli est un tueur occupé à trucider à contrat diplomate et petits truands, jusqu'à ce qu'un cas nouveau vienne bouleverser ses habitudes... Ce texte est une vraie bénédiction du ciel. Qu'est-ce c'est bon ! L'histoire est excellente et les intrigues secondaires aussi. M. Hämmerli est un personnage qu'on pourrait trouver répugnant s'il ne maniait pas avec autant de brio l'ironie et la désinvolture. On en redemande, et vite ! 8 / 10

Le choix de la direction de Denis Dallaire. Après le suicide d'un des directeurs de l'Entreprise, Christian est promu à son poste. Bientôt, les choses prennent une tournure glauque... Malheureusement cette nouvelle, autrement correcte, et même un peu kafkaïenne au début, ne se remet pas d'un style qui manque de coulant et d'une fin télégraphiée dès les premières lignes. 5 / 10

Les parents préfèrent leurs enfants vivants de François Leblanc. L'interrogatoire de police d'un jeune excité de la route suite à un cas funeste de road rage montre une vie de mensonges, de rage et d'irresponsabilité... Un très court texte, entièrement dialogué, qui ratisse large côté psychologique (mensonge, irresponsabilité, culpabilité, solidarité, amitié...) mais qui manque de punch, en raison surtout de ce verbiage intensif et incessant. 4,5 / 10

La fiancée de Ted Bundy de Caroline Rouleau. Alors qu'un tueur en série sévit dans la région, une femme prend conscience du lien qui les relie l'un à l'autre... Une très forte nouvelle, où se mêlent angoisse et trouble. C'est tout en finesse et en intériorité. Parfaitement maîtrisée.7,5 / 10

Saint-Valentin de Jean-Pierre Favard. Un gars qui a du talent pour la cuisine prépare un repas gastronomique la Saint-Valentin... Si la partie gastronomique m'a intéressé, la chute m'a laissé pantois. Tout ça pour ça ? Une nouvelle de fanzinat qui n'a pas sa place ici. 3,5 / 10

Un enlèvement de pros de Jean-Pier Boisvert. Ed et Harry sont des kidnappeurs professionnels plutôt idiots et malhabiles, bien que l'opinion qu'ils aient d'eux-même soit impeccable. Leur nouvelle aventure sera semée de difficultés imprévues... Ce texte, c'est un peu John Dortmunder refaisant Fargo. C'est réussi et rigolo. On ne s'en plaindra pas, les occasions de rire étant plutôt rares. 6,5 / 10

Ted et sa collection de Claude Lalumière. Initié à la taxidermie par son voisin, le jeu Ted commencera une collection très particulière qui donnera un sens à sa vie... Ça commence super bien. Avec la création en quelques paragraphes d'un climat trouble et limite bizarre. Mais, avec la disparition du voisin, le texte prend une tournure très ordinaire. Ordinaire et long, un cocktail soporifique. 3,5 / 10

Le numéro se termine sur une rencontre avec Patrick Senécal, sympathique et riche de renseignements divers sur le métier d'écrivain. Il est suivi par le compte-rendu de Pascale Raud sur le Festival QuébeCrime 2011. Ce n'est pas inintéressant, mais les photos sont si microscopiques que, pour bien faire, il aurait fallu mettre la chose sur le site internet de la revue, pas dans ses pages.

Un fort bon numéro, divertissant à souhait, avec les textes de Ste-Marie, Rouleau et Boisvert qui se démarquent. 6,5 / 10