vendredi 25 février 2011

174. Éparpillé - Benoît Roberge

Louis de Gonzague, le printemps venu, met le nez dehors son appart du Plateau, reluque les filles, perd au tennis contre le Slovaque, discute du roman qu'il veut écrire depuis des années avec son ami le Général Tidéchet, tombe amoureux de Marie-Charles, une fille aux lunettes trop grandes, se fait cruiser en conséquence par un serveur gai, et part pour la France sur un coup de tête afin d'y retrouver Marie-Charles. Pas nécessairement dans cet ordre.

Éparpillé est un papillon qui volète sur la brise légère du printemps. Son vol est parfois plein de souplesse et le lecteur s'extasie; il est parfois erratique, et le lecteur soupire, un peu embarrassé.

L'auteur est un jeune verbomoteur, drôle et vif d'esprit, qu'on peut apprécier à la télévision (je suis un fan de ses chroniques bouffe congelé/préparé à La Cantine). Il était aussi la vedette et scénariste (je crois) du très désolant Cas Roberge, un film Plateau que le Plateau a choisi de ne pas aller voir.

Éparpillé est le roman du manque d'effort. Pas du point de vue littéraire, c'est presque impeccable, mais le personnage principal est un de ces enfants rois détestables qui ont toujours eu tout cru dans le bec. Un jeune gars, verbomoteur (lui aussi), qui aime bien rêver sa vie. Plutôt que de la saisir, il la souhaite sans vouloir faire l'effort pour y arriver. Il tombe amoureux en silence des filles auxquelles il rêve, il veut battre le Slovaque au tennis sans pratiquer, il veut écrire un roman mais sans faire l'effort de mettre les mots sur le papier. Louis est un être assez pathétique, finalement, voire typique d'une certaine génération, mais lucide et finalement plutôt sympathique.

C'est léger, printanier, aérien, pleins de bonheurs d'expression et de réflexions amusantes sur la vie, l'amour, et sur les choses qui mènent le monde, fussent-elles passagères... J'ai adoré ce premier roman de Roberge parce qu'il est arrivé à un moment difficile de ma vie et qu'il avait la légèreté nécessaire pour me tirer de mon ornière, qu'il avait la modestie de m'amuser sans forcer le rire. Et si Roberge récidive, je vais être en ligne pour le lire.

Recommandé sans réserve. Il ne faut pas prendre à la légère les livres qui papillonnent.


Cote 6,5 / 10

Éparpillé
Benoît Roberge
Les malins, 2010
196 pages
16,95 $

mardi 22 février 2011

173. Solaris n° 177

Je ne fais pas ça souvent, mais j'ai relu la plupart des nouvelles de ce numéro. Faut dire que la première lecture ne s'était pas faite dans les meilleures conditions : la veille, mon père venait de perdre la vie dans un accident d'auto et nous nous étions réunis, mon frère, ma soeur et moi, dans sa petite maison de La Macaza. Couché seul dans son petit lit vide, je ne trouvais pas le sommeil. Disons que j'avais l'esprit ailleurs et le rêve de la distraction facile que semblait m'offrir Solaris ne s'est pas concrétisé cette nuit-là. Sur le coup, les nouvelles me sont apparues mornes et sans attrait, et je me suis
décidé à les relire.

Or donc, redux (1).

L’heure approche où j’aurai tes yeux de Frédérick Durand. C’est Noël et, au vieux manoir, on s’apprête à recevoir les quatre sœurs du père, dont Geriane qui vient d’être ramenée d’entre les morts. Mais Geriane a une idée derrière le crane… Autant à la première lecture, j’ai détesté, autant à la deuxième j’ai été subjugué. Tout est fin, l’humour, la sensibilité, les personnages. Un beau gros coup de cœur. 8 / 10

Les anneaux de Saturne de Guy Genest. Le colonel SS Otto Braun écoute du jazz et boit de la vodka pour se détendre après une longue journée de travail à régler le cas de petites Juives. Il boit beaucoup. On cogne à son appartement, on défonce sa porte, mais qui donc sont toutes ces personnes qui entrent chez lui ?... Difficile de soutenir l’intérêt du lecteur quand on télégraphie la fin dès la deuxième page. Heureusement, c’est court. Se lit sans déplaisir, mais ne laisse aucun souvenir. 5,5 / 10

Le tunnel de Denis Dallaire. Encore une fois, François ne pourra tenir les promesses faites à son fils et à sa fille. Là, il a une bonne excuse : il est coincé dans un bouchon de circulation monstre dans le tunnel Hippolyte-La Fontaine. Se sentant coupable, il décide de sortir de son véhicule et de tenter de sortir à pied… Une jolie nouvelle, plus sympathique que véritablement réussie, mais qui joue bien du symbolisme rat-culpabilité. 6 / 10

Question d’équilibre de Claude Bolduc. Julien fait un cauchemar qui est aussi une nouvelle réalité… Difficile de résumer ce texte fichtrement onirique, qui ne répond qu’à la logique des rêves. J’ai eu beau le relire deux fois plutôt qu’une, je n’ai pas réussi à embarquer. J’étais comme un passager qui regarde un incident sans se sentir concerné. 6 / 10

Ombres jumelles d’Ariane Gélinas. La soeur jumelle de Floriane vit dans sa penderie, à l’abri des regards de la famille. Elles grandissent côte à côte. Devenue femme, Floriane abandonne sa jumelle pour un amoureux. Floriane revient quelques mois plus tard au plus grand bonheur de la jumelle qui jure bien que cette séparation ne se produira plus jamais… Champetier souligne dans son éditorial que, parmi les auteurs de la relève, Ariane Gélinas est la voix féminine la plus personnelle, la plus facile à reconnaître depuis Nathasha Beaulieu. Il a parfaitement raison. Et cette nouvelle étrange, au dénouement implacable, est l’illustration de son talent considérable. 8 / 10

L’horloge vivante de Philippe Roy. Pierre est un artiste qui fabrique des installations horlogères. Un jour, son ami Jason lui demande de surveiller sa villa pendant qu’il va en Europe avec sa femme. Pierre se présente à la maison, qui est verrouillée, découvre sa première installation horlogère, Nevermore, et le cadavre de la femme de Jason… Une nouvelle fantastico-policière assez réussie, ma foi, qui a tenu mon intérêt en éveil jusqu’à la fin. Le mélange fantastique-policier n’est jamais évident à prime abord (pour moi, en tous cas), mais ici ça fonctionne. 6,5 / 10

La plage de Sylvain Johnson. Pour contrer un criminel dangereux qui sévit dans une petite localité, la police fait appel à un second monstre homicide afin de deviner ses intentions. Mais le plan déraille... Cette courte nouvelle va droit au but, efficacement, sans effusions inutiles (péché mignon qui guette souvent les auteurs de fantastique). Sans être génial, le résultat est satisfaisant. 6 / 10

En prison de Dave Côté. Thomas perd son père dans un accident de voiture. Bientôt un trou lui apparait dans le dos et tout se complique… Je me suis promis en ce début d’année de noter plus sévèrement les textes que je lis. Ben là, je craque. Une très belle nouvelle de littérature générale (c’est la lecture que j’en fais, hein, mais on pourrait la lire comme une nouvelle d'horreur ou de fantastique; c'est aussi la beauté de la chose, ces interprétations à étage) sur l’incommunicabilité et les manques et les erreurs d’un père vis-à-vis de son fils (deux fois répétées ici). C’est absolument sensationnel. Avec Ariane Gélinas, Dave Côté est le meilleur jeune auteur de la relève québécoise; même qu'à vrai dire je ne vois personne qui puisse rivaliser, au jour d'aujourd'hui, avec leur manière de faire de la littérature et leur capacité particulière à imaginer. 9 / 10

Mon journal pendant la drôle de crise de Jean-Pierre Laigle. Un homme écrit son journal personnel alors que le monde autour de lui se pulvérise à la vitesse de l'éclair, que les crises économiques et politiques se métamorphosent sous ses yeux en crises militaires... La seule nouvelle de SF du numéro, et une excellente histoire, haletante, bien maîtrisée, qui court vers sa fin ultime à toute vapeur. C'est la meilleure nouvelle de Laigle que je connaisse. 7 / 10

Je passe sous silence les Carnets du futurible que je n'ai pas été capable de terminer. 

En somme, un fort bon numéro à la thématique presque entièrement fantastique. 6,5 / 10

AJOUT : La couverture de Solaris ne fait pas l'unanimité, mais moi j'aime bien ce mélange d'art primitif et naïf vivement coloré. Par contre, la disposition des noms des auteurs : pas fort.


(1) Chuis pas tellement sûr que ça s'applique, mais j'aime la sonorité du mot, alors je le garde.

dimanche 13 février 2011

Tel père, tel fils

Ma gastro est terminée, c'est maintenant Benjamin qui l'a chopée. La nuit s'annonce longue, pour lui comme pour nous.

Je ne sais pas si je dois m'en réjouir, mais Benjamin a le même problème que son  paternel à bien viser la lucarne après une course de cinq mètres, les culottes aux chevilles, si on voit ce que je veux dire.

Misère de misère.

vendredi 11 février 2011

Évacuation massive

Je n'entrerai pas dans les détails mais j'ai une gastro canon, c'est la raison principale de mon relatif silence. Dès que ça passe, je reviens.

Un conseil, quand on a une gastro, je recommande de ne pas péter, ça salit.

lundi 7 février 2011

Pour Guillaume

Voici un extrait d'une nouvelle que j'ai écrite :

Pour beaucoup des hommes de la 331e section antichar, spécialement les Tatars et les Sibériens arrivés en remplacement, il s’agit d’un premier vrai contact avec l’ennemi.

Essaie d'éviter de lire ça :-)

Moins trois égale huit

Trois des textes soumis au concours ont été retirés par leur auteure pour cause de publication papier. Comme quoi, les Mille mots de l'ermite mènent à tout !

Toutes mes félicitations à Michèle Bourgon !

dimanche 6 février 2011

Et de onze

Un nouveau texte s'ajoute au concours les Mille mots :

  • La Tortue

vendredi 4 février 2011

Et de dix

Un dixième texte participant pour les Mille mots de l'Ermite.
  • Bricoleur du dimanche 

    mercredi 2 février 2011

    172. Brins d'éternité n° 28

    Sous une assez jolie couverture quasi monochrome, où les noms de certains auteurs (April et Isabelle) sont presque impossibles à lire, le lecteur a droit à un large éventail de nouvelles d'où on peut extraire un thème vaguement dominant: celui de la dé-responsabilisation personnelle de la nature criminelle de l'Homme. Ce thème est présent dans les textes de Pat Isabelle, de Jean-Pierre Laigle et de Martin Lessard.

    Le vieil homme et la Lune de Valérie Larouche. Papy Oscar raconte des histoires de la Lune à ses petits enfants, des histoires à propos d'un âge dorée sur un monde meilleur... La technique de l'auteure n'est pas tout à fait au point, c'est une nouvelle d'apprentissage. C'est un peu sous-standard côté écriture, mais la fin est assez jolie. 4,5 / 10

    Confidences de Pat Isabelle. La confession d'un robot que les humains ont mené à sa dernière extrémité... Je ne noterai pas ce texte, ayant commenté une version préliminaire pour mon ami Pat. Mais disons que j'aime toujours beaucoup la manière distancée qu'utilise l'auteur pour raconter ses histoires, même si celle-ci ne casse pas la baraque.

    Premier acte de Jean-Pierre Laigle.La Terre est une arène où s'affrontent violemment les forces de l'Anneau et de l'Étoile... Ouf, voilà, l'humanité n'est pas responsable de son lourd passé violent, ce sont les aliens qui nous manipulent depuis l'aube des temps. Un texte fluide, bien écrit, mais une idée qu'on a lu vingt mille fois minimum. 3 / 10

    Home, sweet home de Claude Bolduc. La maison de Jean-Robert Duval lui donne des soucis, elle semble lui en vouloir...Ha ha ha. Quelle nouvelle délicieuse ! Comment résister. Je me suis bidonné tout au long de ma lecture. Et j'ai même ri – chose rarissime quand je lis. Bolduc a un sens de la dérision absolument phénoménal. En plus, côté écriture, c'est impeccable. Y a que la fin finale qui m'a semblé un rien précipitée, voire inachevée.  8 / 10

    L'âme soeur de Martin Lessard. Celui qui est en possession de la Pierre entre dans une frénésie homicide transmise par l'objet. Tout le monde est à la recherche de Max Tremblay, le frère du narrateur qui vient justement de tuer... La plume de Lessard est alerte et le texte coule de source. De plus, il arrive à faire vivre un monde peu connu, celui des humoristes. Malheureusement, les intercalaires récapitulatifs de la progression de la Pierre sont beaucoup trop explicites et viennent diminuer l'intérêt qu'on peut prendre à ce texte. 6,5 / 10

    La troisième dimension de Romain Lucazeau. Pendant une panne électrique, une colonie de bactéries devient une civilisation florissante dans un dépôt de confiture. Eugène125 voit bien les limites d'une telle dépendance à la Mer Sucrée et envisage un plan B... La littérature est une bien belle chose quand elle parvient à me surprendre de cette façon. C'est délicieux, léger, rigolo, totalement maîtrisé. Avec une fin ironique. Lucazeau est un écrivain de infiniment petit, puisque il est aussi l'auteur de Quatre étoiles au firmament dans Brins d'éternité n° 19, une histoire qui m'avait complètement séduite. Ce lecteur-ci en redemande. 9 / 10

    Seidhr de Marie-Claude Bourjon. Y a des vampires, y a des soeurs jumelles, y a de la poésie... Ce court texte de quatre pages m'est tombé trois fois des mains. Faut être fait fort pour lire de la poésie; c'est pas moi, ça. Je ne note pas.

    Mécanique de ta disparition de Thomas Geha. La blonde de Madec disparaît sans laisser de trace. Il va tout faire pour la retrouver, jusqu'à recréer une espèce de monde idéal, une fois qu'il connaîtra la vérité... Le rythme lent, l'émotion cérébrale et cette narration où le personnage principal s'adresse à la deuxième personne du singulier à sa disparue me m'ont pas accroché. Du bel artisanat, propre et bien fait, un peu long, un peu ennuyeux. 6,5 / /0

    Le numéro se termine sur l'essai : Ma SF est-elle de la science-fiction ? de Jean-Pierre April. Lisant cet essai ô combien personnel, et au-delà de la réflexion (parfois) stimulante de l'auteur, mais furieusement datée (youhou, les années 70, quelqu'un ?), je me disais in petto : Ma foi du bon Dieu, ce gars-là doit chier des étrons d'or pour avoir une si haute estime de sa propre personne ! Ça a pas de maudit bon sens ! Le problème de ce texte, c'est plutôt que de stimuler la réflexion des lecteurs, ceux-ci en resteront à prime abord à discuter des plumes du paon. Ne me croyez pas sur parole, lisez, c'est anthologique... Mais, bon, il y aura la deuxième partie dans le prochain Brins, et c'est alors qu'on se formera un jugement autre que stupéfait...

    mardi 1 février 2011

    Quinze mots par jour !

    Je vous signale qu'il vous reste encore 67 jours pour inscrire vos nouvelles au concours des Mille mots de l'ermite. Parlant de ça, nous avons reçu un neuvième texte :
    • Le vieil homme
    Ça se termine le 18 avril, n'oubliez pas. Mille mots en 67 jours, c'est une moyenne de 15 mots par jour. À moins d'être sérieusement dyslexique, ce n'est pas titanesque.

    Pensez-y – mieux encore : écrivez !