Louis de Gonzague, le printemps venu, met le nez dehors son appart du Plateau, reluque les filles, perd au tennis contre le Slovaque, discute du roman qu'il veut écrire depuis des années avec son ami le Général Tidéchet, tombe amoureux de Marie-Charles, une fille aux lunettes trop grandes, se fait cruiser en conséquence par un serveur gai, et part pour la France sur un coup de tête afin d'y retrouver Marie-Charles. Pas nécessairement dans cet ordre.
Éparpillé est un papillon qui volète sur la brise légère du printemps. Son vol est parfois plein de souplesse et le lecteur s'extasie; il est parfois erratique, et le lecteur soupire, un peu embarrassé.
L'auteur est un jeune verbomoteur, drôle et vif d'esprit, qu'on peut apprécier à la télévision (je suis un fan de ses chroniques bouffe congelé/préparé à La Cantine). Il était aussi la vedette et scénariste (je crois) du très désolant Cas Roberge, un film Plateau que le Plateau a choisi de ne pas aller voir.
Éparpillé est le roman du manque d'effort. Pas du point de vue littéraire, c'est presque impeccable, mais le personnage principal est un de ces enfants rois détestables qui ont toujours eu tout cru dans le bec. Un jeune gars, verbomoteur (lui aussi), qui aime bien rêver sa vie. Plutôt que de la saisir, il la souhaite sans vouloir faire l'effort pour y arriver. Il tombe amoureux en silence des filles auxquelles il rêve, il veut battre le Slovaque au tennis sans pratiquer, il veut écrire un roman mais sans faire l'effort de mettre les mots sur le papier. Louis est un être assez pathétique, finalement, voire typique d'une certaine génération, mais lucide et finalement plutôt sympathique.
C'est léger, printanier, aérien, pleins de bonheurs d'expression et de réflexions amusantes sur la vie, l'amour, et sur les choses qui mènent le monde, fussent-elles passagères... J'ai adoré ce premier roman de Roberge parce qu'il est arrivé à un moment difficile de ma vie et qu'il avait la légèreté nécessaire pour me tirer de mon ornière, qu'il avait la modestie de m'amuser sans forcer le rire. Et si Roberge récidive, je vais être en ligne pour le lire.
Recommandé sans réserve. Il ne faut pas prendre à la légère les livres qui papillonnent.
Cote 6,5 / 10
Éparpillé
Benoît Roberge
Les malins, 2010
196 pages
16,95 $


