Mes neurones étaient en verve puisqu'ils ont accouché de deux petites idées de nouvelles dans les dernières quarante-huit heures. Deux idées reliées par les fils ténus du temps et du lieu, c-à-d de l'Histoire et de l'Allemagne. Deux passions de cet écrivaillon-ci.
La première n'est vraiment rien qu'un germe encore, une couleur, une atmosphère, un fantôme entrevu, tout juste une possibilité évanescente... Titre provisoire : Les squelettes de Saint-Florian où l'on voit le cadavre d'Anton Bruckner s'adresser aux six mille Huns enterrés comme lui sous l'église de Saint-Florian. Ça parlera de musique, d'histoire, de destin, et des symphonies majestueuses et interminables de Bruckner, l'avant-dernier des grands symphonistes allemands, de ce qui passe et de ce qui reste de nos vies. Ça a l'air de rien, mais il y a quelque chose qui m'interpelle dans cette histoire-là : la musique de Brucker, sans doute, austère et apaisante, d'une extrême subtilité quand on sait bien l'écouter, en opposition à la vie rustre et brutale des Huns, tous ces gens mis dans le même caveau...
Le titre provisoire de la deuxième est Le prisonnier au crépuscule. En mai 45, Hitler rate son suicide, la capsule de cyanure qu'il croque est éventée et la balle qu'il se tire dans la tête fait des dégâts impressionnants sans mettre un terme à ses jours. Personne dans le bunker n'ose l'achever. La guerre se termine; les vainqueurs hésitent à le juger à Nuremberg en raison des séquelles psychologiques qui, dans des conditions normales, le rendraient inapte à procès. Il est jugé quand même (le prix à payer aux Russes) et condamné à mort sans que la sentence ne soit exécutoire (le prix à payer aux Américains). On retrouve donc H quelque vingt-cinq ans plus tard, au dernier soir de sa vie, assis dans un grande chaise de bois près du jardin qu'il entretient seul dans une prison spécialement construite pour lui, entouré de ses chiens, l'esprit errant, vacillant, mêlant tout, en plein délire, et il va s'éteindre tout simplement comme ça, en ruminant sa vie, à coups de répétitions, de détails et de nuances, un peu à la manière de Molly Bloom sombrant dans le sommeil. Encore que je doive dire que cette histoire est surtout redevable au Général dans son labyrinthe de Marquez qui me hante depuis bien longtemps...
Et voilà, deux histoires que je n'écrirai probablement pas, mais qui me font leur cinéma dans ma petite cervelle survoltée.
7 commentaires:
Ce serait dommage que tu ne les écrives pas il me semble!
Mais bon, il y en a des comme ça (des idées qui nous occupent, sans pour autant manifester la bonne volonté de se laisser coucher sur papier)
Dommage pour le 2e sujet, je le trouvais très intéressant.
C'est le fun de connaitre quelqu'un qui lit et se passionne pour les mêmes choses (l'Histoire et les guerres ne sont pas des thèmes passionnants pour la plupart des gens).
Je suis d'accord ! Si tu les écrivais, je serais la première à les lire.
Petite, j'avais une peur innée de toutes les sirènes d'alarme : pompier, police, exercice d'incendie à l'école... Et cette peur viscérale m'a suivie jusqu'à l'âge de 13 ans ! Eh oui ! Plusieurs années ont passé avant que j'en découvre enfin la raison, et cela, grâce à deux ou trois rêves dans lesquelles je fuyais les Allemands en courant dans des champs. À mon avis, car je ne peux le prouver scientifiquement, c'est lié à la Deuxième Guerre Mondiale, époque durant laquelle j'aurais peut-être vécu, avant...
Je t'écris, là, et je pense, en me parlant : « Tu pourrais en écrire une histoire, non ? » Peut-être...
De ton côté, ce serait bien que tu écrives tes deux nouvelles, elles semblent super intéressantes, mais comme le dit Gen, il y a de ces histoires qui occupent nos esprits, mais qu'on ne couche pas nécessairement sur papier ou à l'écran.
À toi de voir ! :-)
Des ébauches prometteuses, j'ai hâte de lire ça!
C'est ce que j'appelle avoir de l'inspiration pour une histoire.
Laisses la vivre dans tes pensées ...jusqu'à temps que tu n'en puisses plus....pour notre grand plaisir :)
Ça fait longtemps que je ruminais la manière et le contenu du Général dans son labyrinthe sans savoir comment l'aborder à ma façon, puis hier ou avant-hier, il y a eu cette discussion sur le blogue de Gen à propos de la ponctuation et combien tout le monde détestait les textes imponctués et je me suis rappelé à quel point j'aivais aimé le long soliloque de Molly Bloom, totalement imponctué, dans Ulysse (qu'on se rassure, je n'ai lu que le soliloque).
Et puis, kazaam, les deux patentes ont fusionné brutalement et en quelques minutes l'embryon de cette histoire gisait là devant mes yeux.
Je pense que si je m'y attaque un jour, ça va être bon. (Dites donc, le gars ne se compte pas pour une prune ce soir... Vilain péché d'immodestie, tsk tsk.)
En effet, ton général dans son labyrinthe, ça me semble un cas approprié pour un texte imponctué.
:)
Comme quoi même les déconnages les plus futiles peuvent donner des idées! :D
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