Ah la la, qu’est-ce que je me suis fait avoir. Ce livre est présenté sur Amazon comme une biographie et les très nombreux commentaires positifs des lecteurs sont, a posteriori, d’un enthousiasme suspect. J’aurais dû me méfier. Une telle unanimité pour un livre obscur, loin d’être un chef d’oeuvre de la littérature générale, aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Je suis tombé dans le panneau et j’ai commandé le livre. D’autant qu’un examen plus attentif de la jaquette montre que ce sont des G.I modernes qui illustrent les “mémoires” d’un sniper nazi. Idiot que je suis ! Mais il faut dire que l'auteur a fait preuve de beaucoup de détermination en galvanisant lui-même les commentaires sur son livre, utilisant pour ce faire une longue série d'avatars et de pseudonymes. Sur son site, il se vante d'avoir vendu 10 000 exemplaires de Grandfather's Tale. Bravo l'auto-marketing !
D’abord et avant tout, ce n’est pas une biographie. Il s’agit d’un livre de fiction ayant un lointain rapport avec la réalité de la Seconde Guerre mondiale. En fait il s’agit de l’équivalent papier d’un jeu vidéo, un First Person Shooter (les initiés comprendront), dans le style Call of Duty. C’est débordant d’action. Le maigre talent de l'auteur réside dans sa capacité à mettre sur pied un engin littéraire pareil à une locomotive lancée sur ses rails et qui avance sans ralentir -- et tout aussi subtil.
Au-delà, il n’y a rien. Rien de rien. Dire que les personnages sont stéréotypés, c’est faire insulte à tous les personnages stéréotypés de la littérature. Réalisme : zéro. Par exemple, Erenberger imagine que les snipers allemands étaient amalgamés au sein d’unités intégrés indépendantes d’une trentaine d’individus. Pour lui, les snipers se déplaçaient en groupe, se cachaient tous ensemble dans un coin, et ensemble, à eux trente, repoussaient les hordes soviétiques lancées contre eux. Le livre est rempli jusqu’au goulot d’actions massivement répétitives, d’erreurs factuelles et historiques, d’un nombre considérable de coquilles, et de bien mauvaise prose anglaise.
Ce livre publié à compte d’auteur est absolument horrible. L’auteur est même incapable d’écrire le nom d’Adolf Hitler correctement. Faut être poche pas à peu près.
La gars a tout simplement reproduit en livre les aléas d’un jeu vidéo. Au niveau le plus simple, vous êtes juste là, avec Gregor (le “grand-père” de l’histoire), bien assis dans une tranchée et vous faites feu à tire-larigot sur des tombereaux de soldats ennemis (russes pour la plupart). À la fin de chaque mission, pardon, chapitre, Gregor trouve une cache d’armes de meilleure qualité, qu’il maîtrise instantanément. Les munitions ne lui manquent jamais. Il est promu, il va sur tous les théâtres d’opérations et participe à toutes les batailles d’importance. À la fin de la guerre, Gregor survit.
Honnêtement, c’est le pire livre que j’aie lu de ma vie. Et j’en ai lu des verts et des pas mûrs en quarante et quelques années. Le pire.
Cote 0 / 10.
Zéro est faible : il faudrait que j'invente une cote négative, un 0 Kelvin, juste pour ce torchon.
Grandfather's Tale : The Tale of a German Sniper
Timothy Erenberger
Writer's Club Press, 2000
279 pages
20 $ bou hou hou, de la bonne argent jetée aux orties







