Une autre superbe présentation graphique de l'équipe de Brins d'éternité. On se demande comment ils arrivent à maintenir une telle qualité de numéro en numéro, sans faillir. Le passage à la reliure allemande donne un air extraordinairement professionnel à la revue. Petit bémol quand même, (j'ai acheté une grosse boîte de petits bémols au magasin à une piasse, alors je vous les refile gratos) : le nom de la revue est difficile à lire (ça ne paraît pas sur l'image à droite, mais dans la réalité, c'est autre chose) et le grand nombre de police de caractères utilisée sur la couverture crée un peu de confusion graphique, ou d'anarchie typographique, comme on voudra... C'est vraiment mineur, avouons-le, parce que lorsqu'on en est rendu à critiquer cet aspect des choses...Du haut des toits immaculés de Carl Rocheleau (blogue). Laurence veut devenir tueur à gages comme papa. Le métier a beau être légal, il n'est pas sans danger. Une très habile narration d'une histoire finalement assez linéaire, mais brillamment mise en scène et découpée par Rocheleau. J'ai tout aimé, et goulûment, en dépit de quelques petites ficelles qui m'ont semblé mal nouées à la fin. Mais ce sont des broutilles, puisque j'en aurais repris. 9 / 10
L'art du temps de David Hébert (blogue). Le professeur Nisteen découvre la Loi universelle, qui révèle rien de moins que le futur de l'humanité. Mais comment savoir si l'avenir va vraiment se produire tel qu'on l'a peut-être vu ? Au-delà de l'interrogation philosophique sur le sujet, cette nouvelle vaut pour le pastiche amusé d'une certaine science-fiction d'un autre siècle, riche en scientifiques géniaux et en idées gigantesques. Avec personnages de circonstance et dialogues émerveillés et explicatifs à la clef. Une très jolie réussite. 8,5 / 10
Le ver de François-Bernard Tremblay (blogue). Parlant de pastiche de science-fiction d'une autre époque. Tremblay fait preuve d'une belle maîtrise en proposant un texte comme on n'en fait plus aujourd'hui (à mon chagrin, d'ailleurs). Cette histoire de space-opera met en scène des races qui, après d'être longuement affrontées, vivent une paix difficile et pleine d'embûches. Long préambule historique tout à fait dans le ton de ce genre de récit, dialogues savoureux, la twist de la fin n'est peut-être pas géniale, mais la jubilatoire dernière ligne de la nouvelle m'a réjoui au cube. 8 / 10
L'expédition de Sébastien Odasso. Les membres d'une expédition archéologique disparaissent les uns après les autres. Y a-t-il un lien avec le site qu'ils explorent ? Nouvelle d'ambiance très classique racontée de façon exemplaire, de sorte que le lecteur ne s'ennuie pas une seule seconde même si la fin est télégraphiée. La structure est bâtarde un peu, avec ce passage au narrateur neutre vers la fin qui permet à l'auteur de bien expliquer ce qui se passe. Autrement, c'est un bon texte. 7 / 10
Ensuite le silence de David B. Lachance (blogue). La science a mis au point un sérum qui élimine toute espèce de velléité artistique, on assiste à ses effets sur deux cobayes. Bonne création d'atmosphère mais un petit bémol (je liquide, là), il y a quelques erreurs de vocabulaire qui m'ont agacé (rassasier pour désaltérer, par ex.), en fait, rien qu'une lecture attentive avec un gros dico à la main n'aurait pu prévenir. 6,5 / 10
Possession de Caroline Lacroix (blogue). David a mis au point un programme IA qui permet d'accéder au cortex cérébral d'une personne. Les possibilités en psychologie sont infinies. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres... Alors là, un énorme coup de cœur pour cette nouvelle sans faille, prenante, dense, riche en émotions; en un mot, absolument superbe (oui, je sais, deux mots). Ça fait longtemps que je n'avais pas été aussi pris, saisi, investi par une histoire. De la sf solide, bâtie autour de personnages en chair et en os, avec de l'ambiguïté et un étrange triangle peut-être amoureux. Chapeau à l'auteure. 10 / 10
Julien un jour...de Martin Lessard (blogue). Qu'y a-t-il après l'instant fatidique de notre mort ? Quel est le choix à faire pour vivre heureux après la vie ? Et, au bout du compte, qu'est-ce que le bonheur éternel qu'on nous promet ? L'humour est une chose particulière et extrêmement personnelle. Je ne me suis guère trouvé de résonance avec ce personnage, sa verve m'a semblé factice et la nouvelle longuette pour le propos. 4 / 10
En somme, un très bon numéro où les nouvelles de Lacroix et Rocheleau dominent, avec Tremblay et Hébert sur leurs talons. 9 / 10
( Neuf sur dix ! Ma foi du bon dieu, la vieillesse m'amollit-elle ? [Oui, dit l'ermitaine, narquoise.] Ce qui est certain, c'est que je deviens dithyrambique avec l'âge – indéniablement.)
