mercredi 3 novembre 2010

165. Solaris n° 176

Trois nouvelles seulement, dont une massive. L'illustration de la couverture est superbe, évoquant Blade Runner et Cinquième élément. Par contre, la nomenclature des auteurs fait pic-pic avec sa typographie maigrichonne et ses boulets de retour à la ligne.

Pour l'honneur d'un Nohaum de Philippe-Aubert Côté. Un groupe de Néomorphes doit mener une expédition de repérage dans une Moscou dévastée. Ils y trouveront une colonie d'humains qui s'acharnent à rester en vie... Côté nous offre un texte long et ambitieux, la création d'un monde dans toute sa complexité. L'arrière-monde est longuement élaboré et, en apparence, parfaitement cohérent. Beaucoup d'inventivité dans les détails, et une fin bien enlevée et réussie.

Par ailleurs, cette longue nouvelle souffre de quelques problèmes. Le premier, c'est la prose elle-même : correcte et bien sage, certes, mais sans éclats, sans passion, et terne à souhait. Conséquence de cette prose monotone, les enjeux dramatiques sont tous exposés  sur le même registre, sans qu'on puisse bien les distinguer les uns des autres, ainsi l'adoption de Renardeau présente la même importance dans le texte que les massacres d'humains de Ter-Holf et les problèmes maritaux d'Arhiann. Et, en raison de cette prose appliquée et du manque de relief des enjeux, le texte dégage un ennui certain...

Aussi, l'auteur semble véritablement fasciné (trop ?) par l'arrière-plan du monde qu'il crée – à trop vouloir en faire, il se perd dans les détails. Tenant absolument à nous faire partager sa passion, Côté livre une masse d'information pas nécessairement pertinentes à l'histoire qu'il raconte – je pense ici à l'épisode Renardeau, joli mais un peu inutile, qui permet cependant à l'auteur de nous livrer quelques notions de mythologie néomorphe qui n'ajoutent rien à son texte, sinon de la couleur locale.) Pour l'honneur d'un Nohaum souffre d'un surpoids d'information, une forme pernicieuse d'infobésité morbide. Tout au long de cette histoire, je me demandais sans cesse : cette nouvelle est-elle trop longue ou trop courte, livre-t-elle trop d'information ou pas assez ? En dépit de la longueur de ce texte, le lecteur se demande s'il n'est pas en train de lire le canevas d'un roman, si l'auteur n'a tout simplement pas manqué d'espace pour exprimer ses idées. En tous cas, c'est l'impression que ça m'a donné.

Dernière chose, rédhibitoire celle-là : la psychologie des personnages, on nage dans le cliché.

On dira : quel long commentaire pour une seule nouvelle de Solaris ! C'est inusité. La longueur inhabituelle du texte (54 pages, soit, au pif, de 22 à 25 milles mots) justifie à elle seule ce long commentaire; mais il y a aussi que nous sommes en présence d'un jeune auteur plein d'ambition et de talent, à qui il ne reste qu'à trouver en lui les ressources nécessaires pour injecter dans ses textes de la vie et des émotions. Il en est capable, les dix dernières pages de Pour l'honneur d'un Nohaum le prouvent. 6 / 10

Le double d'éternité de Frédéric Vacher. Dernier grand peintre de l'humanité, Ernesto Garcia Perez est extirpé de son éternité numérisée par un milliardaire qui cherche à faire revivre la civilisation humaine sur Mars longtemps après la destruction de la Terre... Ce texte-là m'a soufflé. Une réflexion pas banale sur l'art et l'apparence, sur la volonté et la contrainte, menée par une écriture sans faille. Prenant, totalement brillant. Premier texte publié de Vacher, je vous dis qu'il faut dorénavant surveiller ce jeune auteur. 8,5 / 10

L'art du dragon de Sean McMullen. Un jour apparaît dans le ciel un gigantesque dragon métallique qui va de ville en ville bouffer les grandes œuvres d'art de l'humanité  Variation très amusante sur le thème du conte de fées et de bien autres choses, en plus. Comme pour le texte précédent, il s'agit d'une réflexion sur la présence de l'art dans la culture humaine, mais sur un registre complètement différent, very tongue in cheek. Bravo pour cette trouvaille. 8,5 / 10

Deux longs articles complètent le numéro, le premier sur la revue Amazing Stories par Marc Ross Gaudreault et les Carnets du futurible de Mario Tessier. C'est intéressant, oui, mais je réitère qu'à mon avis les Carnets devraient apparaître dans la version en ligne de Solaris afin de laisser la place à une fiction supplémentaire. Après tout, si j'achète Solaris, c'est pour la fiction.

Nonobstant ça, un très fort numéro avec deux excellentes nouvelles et une bonne. 8 / 10

3 commentaires:

Gen a dit…

J'me fais faire le même reproche d'écriture "sur le même ton" par Élisabeth. J'pense que je vais acheter ce Solaris et lire la nouvelle de Phil juste pour comprendre ce que ça veut dire! lolol!

(Je déconne : le numéro est déjà commandé et devrait arriver bientôt)

richard tremblay a dit…

Tu me diras ce que tu en penses. Il y a une grisaille autour de la prose de PAC, ça marchait bien avec le patient de Freud, ici moins. Mais c'est juss mon avis.

Pat a dit…

La page couverture est hallucinante.