Léon est un petit garçon, un très petit garçon. Dans sa famille, c’est lui qui est le plus petit. Une situation qu’il n’aime pas. Chaque soir il se couche en récitant un mantra : Je veux grandir, je veux grandir, je veux grandir… Et un jour, soudainement, il se met à grandir sans s’arrêter. Il devient grand, surpasse son papa, il ne peut plus entrer en classe tellement il a grandi. Mais grandir n’a pas que des avantages, ça porte son lot de difficultés, comme Léon va se rendre compte rapidement. Au point qu’il va souhaiter retrouver sa taille normale.
Voilà une histoire que l'auteure a inventé pour son jeune fils, Martin, qui voulait grandir le plus rapidement possible, se jugeant trop petit. C'est gentiment raconté, encore que le style soit curieusement inégal, étant tour à tour familier et plus soutenu. C'est une peccadille que le public cible (les 5 à 9 ans) ne relèvera pas, mais qui sautera aux yeux du lecteur le moindrement averti.
Je dois cependant admettre avoir éprouvé un malaise à lire cet album. Parce qu'il y a quelque chose de rétrograde – c'est ce que je pense, hein, je le précise – dans cette mise en garde contre le rêve, contre la volonté de se sortir de son lot de misère. Essentiellement, cette histoire dit que chacun doit apprécier ce qu'il a, quand il l'a, et ne pas souhaiter autre chose, en tout cas ne pas le souhaiter si fort qu'il risquerait de l'obtenir, car les conséquences de ce que l'on souhaite sont souvent bien terribles...
Je me goure sûrement, mais c'est la lecture que j'en fais. Par ailleurs, les illustrations de Caroline Merola sont tout simplement superbes.
Bémol : Comme sur une pancarte de vente de maison, on voit la tête de l'auteure dans le coin supérieur de l'album. Ah là là ! C'est très ordinaire si vous voulez mon avis. Avait-on vraiment besoin de ça ? Ce ne sont certainement pas les enfants qui vont réclamer de voir la tête d'une octogénaire lourdement botoxée – dont ils ignorent même l'existence – sur la couverture de leur livre, il s'agit plutôt d'un incitatif à l'achat pour la clientèle de mamies et de papis pleins de bonnes intentions qui vont demander aux libraires le dernier livre de Janette Bertrand, s'il vous plait !
Bien sûr, il s'agit d'une bibitte personnelle, puisque même cette photo n'a pas empêché Benjamin de beaucoup aimé cet album et de réclamer qu'on lui en fasse la lecture plusieurs soirs de suite. Il lui donne trois cœurs sur trois.
En outre, pour joli qu'il soit, cet album est du genre dispendieux. Perso, je ne le recommande pas, mais Benjamin, si. (Voyez-vous ça, cinq ans et déjà en opposition avec son papa !)
Cote 5 / 10
Cote Benjamin 3 / 3
Ti-Boutte
Janette Bertrand, texte
Caroline Merola, illustrations
Bagnole, 2010
44 pages
21,95 $

5 commentaires:
Syndrome de Napoléon ? Pour avoir assumé être petit, je comprends qu'être plus grand ne m'eut rien apporté...
Étrange lecture en effet... apprécier ce qu'on a, c'est une bonne attitude... mais ne pas souhaiter autre chose... Ça fait "vous êtes nés pour un petit pain"
En tant que Ti-Boutte assumé, c'est pas si pire que ça être petit! :p
La tête "lourdement botoxée". Lol ! Gentil euphémisme.
Quand je vois une binette sur un produit où ladite binette n'a pas sa place, je ne peux m'empêcher de penser aux vinaigrettes Paul Newman. Tellement ridicule...
Des fois la promo pousse un peu fort. Ici, en quatrième de couv', me semble que ça aurait fait la job.
D'autant plus que Mmes Bertrand et Merola fontl'objet en page 2 et 3 de présentations spéciales avec encore des photos.
En page couverture, c'est poussé le bouchon trop loin.
Newman's Own hahaHAhaHA
Ça sent la vieille mentalité québécoise de yes-man, cette histoire là. T'es né petit, c'est parce que t'es fait pour être petit pis pas grand. Sois heureux comme ça.
Voilà quelque chose à ajouter à ma liste de "ne jamais apprendre ça à mes enfants."
J'aurais préféré voir la face à Marcel Leboeuf, sur la couverture - lui, au moins, on est habitué de le voir partout.
"DISPONIBLE EN PHARMACIE. C'EST FACILE, Y'A MA FACE SU'L'PAQUET!!!"
Cré Marcel.
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