samedi 25 septembre 2010

159. Yupster - Sylvain Raymond

Le blogueur de pointe et expert en communications, Sylvain Raymond doit préparer le party de la compagnie Puma Canada. Il court après un DJ, tente d'organiser la chose tout en étant pris dans un écheveau de relations amoureuses qui ont tendance à rebondir à l'improviste et qui relève plus du fantasme que de la réalité.

En dépit de toutes les faiblesses (elles sont nombreuses et répétitives, l'auteur aurait vraiment eu besoin que quelqu'un relise son texte pour en retirer une masse de scories), j'ai lu ce petit roman en le savourant. C'est comme lire La semaine, les petits potins des vedettes, c'est-à-dire l'illustration d'une pensée égocentrique et superficielle, où le fantasme de la représentation constitue l'essentiel du statut des personnes, un monde où le contenant remplace le contenu. 

Les moins bons aspects
C'est vraiment écrit n'importe comment.
La grammaire est boiteuse et le vocabulaire est mal utilisé, pas tout le temps, mind you, mais trop souvent pour mon gout.
Beaucoup de phrases mal construites qui sont à la limite de l'incompréhensible.
C'est d'un égocentrisme démesuré.

 Les moins pires aspects

Quelques bonheurs d'expression disséminés comme des fleurs dans le fumier.
Mélange parfois décapant (pas toujours) de cynisme et d'ironie.
Quelques scènes franchement hilarantes, y a de l'humour !
J'aime assez ces parenthèses ironiques ou mensongères qui forment un contrepoint au texte. Pas toujours réussies, parfois obscures, mais fascinantes.
Description d'un milieu hautement superficiel, l'auteur lance des flèches corrosives qui atteignent (parfois) leur cible.

En bref :

Misère de ma mère, l'auto-édition dans toute sa gloire et son pathétisme, la cour des miracles de la littérature qui n'a pas trouvé preneur ailleurs.

Faut pas se leurrer, c'est du sous Glamorama (avoué), du Brett Easton Ellis sans talent, avec un égo aussi immense (je sais de quoi je parle, je viens de regarder une interview de lui chez Charlie Rose). Il faut lire le premier chapitre de Glamorama vite vite ça urge, ça a l'air tellement facile à faire, tellement facile à imiter... Sylvain Raymond a tenté sa chance, c'est plus raté que réussi.

Cote 3,5 / 10

Yupster
Sylvain Raymond
À compte d'auteur, 2010
168 pages
(à commander ici : 15 $ édition papier; à votre bon cœur, édition électronique, j'ai donné 5 $ que je ne regrette pas tout compte fait.)

7 commentaires:

Gen a dit…

Lol! À lire le résumé, on dirait que ça a une parenté avec "Le diable s'habille en Prada" :p

En tout cas, tu fais mentir la croyance populaire qui veut que les auto-publiés s'auto-lisent ;)

Less a dit…

***Attention*** commentaire ironique : au moins, la page couv' est belle.

Guillaume Voisine a dit…

Hum, l'auteur décrirait son roman non pas comme autopublié, mais plutôt "Indie" (source : http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/style/201009/09/01-4313870-yupster-un-roman-indie-pour-sylvain-raymond.php ).

Façon originale de nommer ça (et de surfer sur la connotation assez positive que le terme a dans le domaine de la musique), mais ça ne semble changer en rien le niveau de qualité typique à ce genre d'édition.

Gen a dit…

@Guillaume : On est "in" ou on l'est pas! ;p

Cela dit, la BD "indie" se rapproche de la qualité qu'on retrouve dans le domaine de la musique, mais avec la même nuance : qui dit "indie" ne dit pas nécessairement "auto-publié", mais plutôt "édité par une petite boîte".

Le Mercenaire a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Le Mercenaire a dit…

«ça a l'air tellement facile à faire, tellement facile à imiter...»
Cette affirmation pourrait même s'appliquer à la chose littéraire en général. L'écriture - lorsqu'on parle de littérature - semble un travail si facile aux yeux de ces rédacteurs/créatifs de toutes extractions que ceux-ci s'y garrochent sans plus d'exercice ni d'humilité.
Yupster semble être le plus récent exemple de ce genre de phénomène. Ça témoigne de la suffisance que nos hipsters-bacheliers-en-communication ressentent face aux écrivains chevronnés qui ont roulé leur bosse. Mais aussi, c'est le plus récent exemple d'une littérature de plus en plus formatée pour (et inspirée par) les réseaux sociaux et le web 2.0.
C'est à se demander si un jour, les stériles émules qui envahissent les rayons n'effaceront pas de notre mémoire courante les auteurs qu'ils ont pâlement copié.

Sly a dit…

Merci de votre critique, c'est cool de vous lire.

Lorsqu'un groupe de musique décide d'enregistrer un démo grâce à "Garage Band", de publier une page MySpace pour ensuite jouer dans un bar quelconque, on parle de musique indie.

Lorsqu'un producteur découvre ce groupe de musique, ils retournent en studio et enregistrent un album.

Voilà pourquoi il est ici question de publication indie, et non à compte d'auteur. Je ne suis pas (encore) un auteur.

Merci encore pour votre critique. J'espère que ceux qui en parlent, se risqueront également à le lire.

Au plaisir