(Comme ça se passe essentiellement sur et à cause de Facebook, les néophytes risquent de s'y perdre, je le crains.)
Parce que mon petit commentaire va dissoner dans le concert unanime de louanges que ce roman s'attire depuis sa parution, je risque bien d'avoir l'air d'une trace de brake dans le cul de la robe de la mariée. Mais tel est mon destin, et je l'assume.
Première constatation, Toi et moi, it's complicated appartient à la chick lit. De la chick lit écrite par un gars, plus crue, plus génitale et directe, mais reste que Bellavance reprend à son compte certains des grands thèmes de ce genre littéraire, à plat, sans les sublimer : l'obnubilation du dating, les rencontres fortuites, le commérage, etc. Mais peut-être est-ce dû tout simplement au fait qu'à mon avis Facebook m'apparait être une extension naturelle de la chick lit, c-à-d une littérature faite de papotage et de jérémiades, de positivisme bon aloi, d'impressions fugaces et de réflexions sans portée. Dans ce cas, on pourrait dire que l'auteur a tenu son pari de représenter le réel avec beaucoup de... réalisme !
Comprenez que je ne reproche pas à Bellavance d'avoir écrit de la chick lit. C'est un jeune gars qui sait ce qu'il fait. Son écriture est allègre et le style est fluide. Pas de faux pas dans ce roman. Ça coule et ce lecteur-ci a apprécié la beauté graphique de la mise en page, qui est très appropriée et l'humour même s'il est parfois forcée et burlesque. J'ai lu ce roman sans déplaisir et sans ennui.
Une poignée de bémols, cependant. J'ai vraiment eu de la difficulté à m'attacher à Daniel, le narrateur. C'est un faux jeton. Il est fourbe, (mauvais) calculateur, incapable de s'assumer et de prendre ses responsabilités. Antihéros antipathique. Il est manipulé et il tente de manipuler. Il porte en lui quelque chose d'odieux, bien que je doive avouer que ses partenaires de romans ne valent guère mieux : les filles ne donnent pas leur place. Bellavance nous présente le portrait de facto d'une jeunesse particulièrement retorse, qui calcule et manipule et est manipulée. Dans un autre contexte, et en plus étoffé, ce petit livre aurait pu devenir un roman d'espionnage.
Aussi, il est de bon ton dans la littérature québécoise bcbg de donner aux personnages les plus vils une langue parlée grossière qui beurre épais dans le vernaculaire. À ce chapitre, Toi et moi, it's complicated n'évite pas ce cliché, comme en témoigne le personnage d'Anne-Sophie. On aurait souhaiter, je ne sais pas, autre chose...
D'une curieuse façon, même si elle est en porte à faux avec le ton badin du roman, la fin est l'élément le plus détonnant du roman. Elle est étonnante et détonante, mais insatisfaisante.
À propos de ce roman, j'adhère à ce que Frédéric Raymond en dit sur son blogue: « Lisez-le dès maintenant, parce que plusieurs des références culturelles pourraient sembler datées dans quelques années. » On ne saurait mieux dire.
Pour un plaisir évanescent. Recommandé avec une petite réserve.
Cote 6 / 10
Toi et moi, it's complicated
Dominic Bellavance
Coups de tête, 2010
126 pages
14,95 $

6 commentaires:
Toute une consécration que d'être cité par l'Ermite! Haha! Je suis bien d'accord avec ta critique, même si les failles que tu soulignes ne m'ont pas dérangé lors de la lecture.
J'ai bien aimé ce roman. Cet humour sarcastique et cette caricature pas si cariturisé !
Mais, je re rejoins sur un point: La fin qui détonne, un peu trop même.
Sans blague, j'ai plusieurs amis masculins qui disent que l'avantage du Grand Livre des Face, c'est que maintenant ils ont accès à tous les potins sans avoir besoin de leur blonde pour les recueillir.
Faut croire que Dominic a vraiment saisi cette essence des choses.
Merci beaucoup pour ta critique, Richard!
À quand une critique de Noires Nouvelles et de l'Ancienne famille? J'ai bien hâte de voir ce que vous en avez pensé !
Michel J.
Michel : pour NN, ça s'en vient. Mais j'ai pas encore lu AF encore qu'il soit dans mon kindle :-)
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