samedi 4 septembre 2010

154. J'irai me crosser sur vos tombes - Édouard H. Bond

Engagé par le gros Robillard pour réaliser une trilogie porno avec un budget de 4000 $, François Martineau fait appel à Ed Hardcore pour lui pondre un scénario sur mesure. Hardcore écrit J'irai me crosser sur vos tombes. On se prépare à tourner, la vedette des films, la wannabe pornstar Marissa Cherry nous est présentée dans un chapitre écrit par Mélodie Nelson (une jeune auteure qui n'a pas la langue dans sa poche, mes amis, croyez-moi).

À la veille du tournage, Martineau flaube tout l'argent sur un party de « sachets » avec sa sœur. Apprenant ça, Robillard décide de donner une leçon à Martineau et lui fait câlisser une  volée monumentale par ses hommes de main. La pauvre soeurette est sérieusement amochée. L'irresponsable réalisateur perd un œil dans la bagarre, mais retrouve un semblant de dignité.

En effet, toute sa vie, Martineau a fuit, mais là, devant le mal fait à sa sœur, il décide de prendre sa revanche. Il emprunte le gun à Ed Hardcore et s'en va au bureau de Robillard. Il tire et tue à qui mieux mieux, et finalement réussit à pogner Robillard pour un showdown final dans la salle du cinéma où l'on joue justement un de ses films... Je n'en dis pas plus, sinon que le duel final devant un écran de cinéma porno ne déplairait pas à Quentin Tarantino.

En passant, pour ceux à qui ça échapperait, le titre de ce roman est un hommage à J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian.

J'irai me crosser sur vos tombes marque une évolution par rapport aux deux autres romans de l'auteur. (J'espère qu'ils ont été écrits dans l'ordre où ils ont été publiés, sinon je vais encore avoir l'air d'un moron). Ici, au-delà du sordide et de la drôlerie (les deux sont en quantité considérable dans le roman), l'accent est mis sur la psychologie des personnages, qui sont moins caricaturaux que dans Prison de poupées et Maudits. Bond a donné suffisamment de chair à Martineau pour que le lecteur parvienne à s'identifier à lui.

Par certains côtés, ce n'est pas le meilleur des romans de l'auteur (quant à moi, c'est Maudits). J'y ai senti une certaine précipitation dans l'action, avec une tension dramatique moins forte, moins prenante; mais la psychologie vient enrichir considérablement le roman. L'auteur passe à un autre niveau, tout en habitant le même univers. Le lecteur familier de l'œuvre retrouvera St-Jean-de-Matha, son infâme prison des femmes et l'alter ego de l'auteur, Ed Hardcore. Dans un moment absolument décapant, on apprend que Ed souffre de dysfonction érectile !

Et pis, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval un auteur capable de décrire un personnage ainsi :
Julie, simplement vêtue d'une camisole sale pis d'une culotte slaque, avait le regard creux d'un cadavre, les traits tirés d'un vieillard pis la joie de vivre d'un cochon à l'abattoir.
En terminant : Bond aime les points d'exclamation. Treize à la douzaine ! Normalement, ce n'est pas ma tasse de thé, mais je dois avouer qu'il y a un tout petit paquet d'auteurs qui en maîtrise le placement, alors, ici, j'aime bien !

Fortement recommandé. Le blogue à trois têtes de l'auteur est ici.

Note 8 / 10

J'irai me crosser sur vos tombes
Édouard H. Bond
Robert ne veut pas lire, 2009
122 pages
(format électronique seulement)
4 $

1 commentaires:

c. majuscule a dit…

Aaargh, j'arrive pas encore à me résoudre à le lire, celui-là... Ça sonne comme un désir infantile de provoquer en mettant du sang et du sexe un peu partout sans raison, comme s'il y avait quelque chose de révolutionnaire là-dedans. Comme l'écriture orale, d'ailleurs. J'ai tendance à faire confiance à ton jugement, mais j'avoue que je vais encore procrastiner un peu avant de me taper Bond.