mardi 24 août 2010

152. Le peignoir - Suzanne Myre

Mon seul credo dans la vie, c'est qu'il n'est jamais trop tard pour devenir moins niaiseux. Découvrir un nouvel auteur, même après que tout l'univers l'ait déjà fait, ça rend moins idiot. En raison du battage publicitaire autour de la sortie de Dans sa bulle, et parce qu'elle a un petit air effronté et rigolard sur ses photos, j'ai donc emprunté un recueil de nouvelles de Suzanne Myre à la bibliothèque de Rigaud.

Nom d'une Bobinette ! Dans les années 60, les petites Québécoises souffraient de Bobinomania et s'identifiaient à l'hilarante et contestataire Bobinette. En plus, elles tombaient souvent amoureuses de Bobino. Tiens, parlant de Bobinette, faudrait d'ailleurs l'inclure dans les précurseures du féminisme au Québec, mais là, je digresse. Une nouvelle drôle empreinte de nostalgie sur le désir, avec une fin douce-amère assez saisissante. 8 / 10

Gingembre salvateur. Infirmière, la narratrice possède un sens olfactif de qualité supérieure. Les odeurs l'agressent, les effluves la lassent. Le Man of Passion de son chum lui pue au nez. Rien de va plus. Jusqu'à ce qu'elle découvre Steve, humble vadrouilleur de l'hôpital, qui sent bon le gingembre. On retrouve dans ce texte deux préoccupations importantes de l'auteure : l'odorat et la stratification sociale. Ici, l'un permet de transgresser l'autre. Le texte le moins intéressant du lot, parce que verbeux en diable. 6,5 / 10
 
Le peignoir. La nouvelle qui donne son titre au recueil est la pierre angulaire du livre. C'est la plus longue, la plus complexe, la plus satisfaisante aussi pour ce lecteur-ci. Manon va chercher l'inspiration pour ses toiles dans un spa très au-dessus de ses moyens où sa kleptomanie se manifeste. Elle y est accompagnée par Christian, son conjoint souffre-douleur. Le peignoir est une novella de 85 pages au ton incisif. L'incomparable sens de  la répartie de l'auteure accompagne une très fine analyse des couples, du vieillissement, du désir et du sens créatif, tout ça emmêlé d'une manière douce et prenante. 9,5 / 10

Le moustique erre. Vous recherchez le calme, le silence. Vous empruntez donc le chalet de votre amie Rachel pour le weekend pensant ainsi vous éloignez de la famille et des bruits de la ville. Ah-ha ! Clownesque, pittoresque, drôle, une nouvelle vraiment réussie qui met en vedette une narratrice, un chat, un moustique et une famille dont on ne se débarrasse pas facilement. Décapant. 8,5 / 10

Tendres tendons.La narratrice en utilisant l'exerciseur elliptique de son presque chum, ce qui donne l'occasion à l'auteure de décortiquer les petits travers de la vie quotidienne. Longuet, avec des dialogues qui tirent à la ligne. 7 / 10

La massothérapeute. La vie d'Hedwidge est fade et sans intérêt et, sous les conseils de son amie Martine, elle décide de remédier à la situation en se prenant une massothérapeute qui lui prescrit un régime militaire sans faille. Mais Hedwidge arrive à percer le mystère de sa masso, car mystère il y a. Un texte plein de finesse, où la drôlerie réside dans les actions de la protagoniste plutôt que dans son sens de la répartie qui tue. Un peu détonnant dans ce sens, mais j'ai beaucoup apprécié que l'auteure change de registre. 8 / 10

Ce recueil, qui parle sur un ton ironique de la solitude et du rapport avec les autres, des sens (ouïe, toucher et surtout odorat) et de la vie quotidienne est une totale réussite qui a donné à ce lecteur-ci le goût de lire les autres livres de l'auteure, question de rattraper son retard. Périple littéraire qui se poursuit en ce moment avec Dans sa bulle, dont on se reparle incessamment.

Vivement recommandé pour une lecture ravigotante. On ne s'ennuie pas une seconde avec Suzanne Myre.

Cote 8,5 / 10

Le peignoir
Suzanne Myre
Marchand de feuilles, 2005
175 pages

3 commentaires:

Gen a dit…

J'ai lu deux autres recueils de Suzanne Myre et à chaque fois j'ai adoré. Je crois que je vais aller chercher celui-là! :)

Pierre H.Charron a dit…

Là tu me donnes le goût de la lire. J'hésitais, mais là je n'hésite plus

savantefolle a dit…

J'ai lu des nouvelles de Suzanne Myre dans Virages, et c'est à se rouler par terre!