En mai 1941, après des mois de tergiversations, Staline se rendait finalement aux arguments de son état-major prônant une attaque préventive contre les Allemands le plus tôt possible, c’est-à-dire dès l’instant. Les Soviétiques étaient convaincus que l’armée allemande ne pouvait se lancer à l’attaque avant l’été 42 et que, s’ils frappaient immédiatement, ils déstabiliseraient les préparatifs d’Hitler.
L’ordre des préparatifs d’attaque est alors donné. Les divisions soviétiques montent en position, les réserves et les approvisionnements sont amenés au plus près du front, et les lignes défensives assurant l’arrière sont abandonnés. Ce qui fait que lorsque les Allemands lancent l’opération Barbarossa, l’invasion de l’URSS, le 22 juin 1941, ils prennent de court les Soviétiques et trouvent devant eux une Armée rouge en plein mouvement de repositionnement, sans aucune ligne défensive en profondeur. Le front russe est alors facilement enfoncé, les divisions encerclées par paquet, et tout s’effronde. L’avance allamande est spectaculaire, les Soviétiques n’ont aucune position de repli, les villes tombent les unes après les autres…
Dans son ouvrage, Pleshakov argumente que, contrairement à la croyance populaire, Staline et son état-major n’ont pas été surpris par Barbarossa, mais par son déclenchement précoce. Ce livre, basé sur de l’information nouvelle, est diablement intéressant et raconte les premiers jours de Barbarossa selon le point de vue des Soviétiques, alors que la débâcle menace le pays et que la Wehrmacht semble invincible. L’auteur a su construire un essai remarquable, plein de vie, en dépit de deux petits bémols.
Le premier, la langue de l’auteur a tendance a devenir un petit peu fleurie par moment, ce qui étonne et m’a agacé. Le second, c’est que plutôt que d’utiliser le système habituel d’appellation des armes allemandes, l’auteur utilise le système russe, ce qui fait que Pz.I et Pz. II deviennent T-I et T-2; Ju-88, U-88, etc.) C’est très mineur, pas rédhibitoire le moins du monde, juste un peu bizarre.
Recommandé.
Cote 7,5 / 10
Stalin’s Folly
The Tragic First Ten Days of WWII on the Eastern Front
Constantine Pleshakov
283 pages
Mariner Books, 2006

6 commentaires:
Noté! ;-)
Ah, ça a l'air intéressant comme point de vue ça! :)
Ce que je trouve le plus ironique dans la Deuxième Guerre, c'est le nombre de fois où des pays, pourtant informés, se sont fait surprendre : ici on a Staline, qui savait que les Allemands allaient attaquer, mais qui se dit que ce sera pas tout de suite.
Plus tard, on aura les Américains qui se diront "Hein? Une attaque sur Pearl Habor? Voyons donc, les Japonais peuvent pas se rendre : un avion peut pas embarquer assez de carburant pour un aller-retour"... ;p
Et y'avait un troisième exemple mais je m'en souviens plus...
Le débarquement de la Normandie?
Les Allemands croyaient dur comme fer que les alliés allaient débarquer dans le pas-de-calais et par beau temps.
Les Français avaient été mis au fait à l'avance de la date et de l'endroit de l'invasion (mai 40, les Ardennes), ce qui ne les a pas empêché de se faire déculotter royalement. Mais eux, c'était moins le « quand » que le « où ».
Il vient un moment où chaque pays sait que l'inévitable est imminent et qu'une attaque . Un des problèmes, c'est de déterminer la capaxcité de son adversaire de livrer un combat et à quel endroit.
Les Soviétiques ne croyaient pas que les Allemands seraient prêts avant 42 - d'ailleurs certains Allemands de l'OKH croyaient être prêts seulement en 43, c'est dire -, et leur indécision leur a coûté cher.
Les États-Unis savaient que l'attaque était imminente, la flotte du Pacifique était sur un pied d'alerte, la preuve est que les porte-avions n'étaient plus dans la baie de Pearl Harbor au moment de l'attaque. Mais une flotte et une armée ne peuvent rester en prime alerte très longtemps. Et puis Pearl Harbor, c'était hautement improbable, les Japonais ont fait preuve d'une audace rare.
Bon, j'ai acquis le livre sur les conseils de l'Ermite qui le recommande, j'espère ne pas être déçu ;)
Que de pression sur moi-même ;-)
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