Il n'y a pas vraiment d'intrigue dans ce court roman, seulement une épiphanie; celle de Pauline qui, la première nuit de la rentrée scolaire, trouve le courage de se regarder dans un miroir, sans préjugés, et de s'accepter finalement telle qu'elle est. Quarante-huit heures dans la vie de cette femme joviale et bonne que son obésité empêche de vivre pleinement.
Tout l'art de l'auteure, et il est considérable si on tient compte de l'absence d'un arc narratif fort, est de tisser le quotidien de Pauline avec habileté et d'attirer le lecteur dans l'univers émotionnel et psychologique de cette femme qui a toutes les difficultés du monde à s'aimer et à s'imaginer être aimée. Son quotidien nous est minutieusement décrit, tout comme ses états d'âme. Le style est coulant, plaisant et Queen Size est l'oeuvre d'une écrivaine en pleine possession de ses moyens.
Pourtant l'auteure n'évite pas un impair qui aurait sans doute coulé une auteure moins habile qu'elle. Au dernier tiers du roman, la narration simple, jusque-là orientée sur le point de vue de Pauline, passe à une narration où l'auteure intervient directement dans le récit, avec notamment des encouragements dans le style : « Il ne faut lâcher, ma Pauline ! » Oh la la... Normalement, là, de dépit, j'aurais dû arrêter ma lecture en lançant le livre à bout de bras dans mes plants de tomates. Mais non, je ne l'ai pas fait. Tremblay-D'Essiambre survit à cet impair difficilement pardonnable, par son seul talent. Qu'on me comprenne, l'impair n'étant pas tant l'intervention de l'auteure dans son récit, il s'agit là d'un choix narratif parfaitement justifiable, que son irruption inopinée au beau milieu du roman; chez quelqu'un de moins talentueux, ça aurait donné l'impression d'un auteur maîtrisant mal ses procédés. Ici, ça passe; ça se remarque, mais ça passe.
Malgré deux bémols, le second étant le ton mélo de la fin, je recommande ce roman. Une bonne lecture pour la midinette en soi (part que j'assume pleinement, merci).
Cote 7 / 10
Queen Size
Louise Tremblay-D'Essiambre
Guy S-Jean, 1997
192 pages

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