En 2033, dans une société hypersexuée où le terrorisme écologique fait les manchettes pour ses coups sanglants et meurtriers, Frank tombe amoureux de Juillet, une web-actrice qui produit du porno romantique pour la cause écologiste. Juillet aime Frank en retour, mais, en même temps, elle est follement amoureuse de Lol, une itinérante qu’elle accueille à la maison après s’être masturbée devant elle, dans le train, en lisant un poème de Frank.
Juillet, Frank et Lol vont cohabiter, baisant sans relâche, mais, curieusement, sans se faire d’illusions sur la sincérité de leur amour. Bientôt quelques tensions viendront troubler la trinité: Lou, le meilleur ami de Frank, compliquera les choses en devenant amoureux silencieux de Lol, ceci sans oublier la présence de Raoul, technicien et biteman de service pour les saynètes pornos mettant en vedette Juillet et Lol… Pour brouiller un peu plus les choses, Frank refuse de coucher avec Lol, qu’il considère comme la petite sœur de Juillet, ce qui déçoit les deux filles.
Au bout du compte, Lol se révèle être une écoterroriste qui ira jusqu’au bout de son délire. Qu’adviendra-t-il de Juillet qui l’aimait d’amour, de Frank qui aime Juillet d’amour et de Raoul qui, de tous, est celui qui a les pieds les mieux ancrés sur Terre et qui tentera de faire entendre raison à Juillet ? Juillet sera-t-elle sauvée d’elle-même ? Et Frank, là-dedans ? Le lecteur devra lire jusqu’au dénouement pour connaître le sort que l’auteur réserve à ceux-ci…
Dans sa courte postface, Benoît Quessy explique avec éloquence d’où lui est venue l’inspiration de ce roman et les intentions qui se dissimulent à l’intérieur… Il avoue avoir souhaité amalgamer érotisme, écologisme et anticipation, sur le thème de l'abandon. Disons qu’il se révèle plus persuasif dans cette postface que dans l’œuvre elle-même, car le lecteur doit bien se rendre à l’évidence: la mayonnaise ne prend tout simplement pas.
On oubliera assez rapidement l’élément « anticipation », qui se résume à situer l’action du roman en 2033, avec quelques petits gadgets à la clé: solbus, costumes polymorphes, Tact, écran 3D… Ça reste du domaine du superficiel, hélas.
Par ailleurs, l’écologisme est devenu une force brutale qui n’hésite pas à employer les armes de la terreur pour faire avancer son message. Écoterrorisme kamikaze, paradoxal, rien de moins. C’est l’aspect le plus fascinant du livre. Pourtant, c’est une déception. En effet, l’auteur manque l’occasion d’exploiter un filon vraiment intéressant et se contente d’aligner quelques généralités sans les approfondir.
Quant à l’érotisme, on est presque dans le roman de midinettes. Roman épicé, certes, mais convenu en diable. Le sexe y est cru, oui, mais tendre et romantique. D’ailleurs, le site Web de Juillet connaît un succès colossal en raison surtout du romantisme des saynètes qu’il met en scène. Ici, pas d’excès, pas de violence, pas de choses immorales, on ne semble pas se trouver dans l’axe des excès de la pornographie qui se fait actuellement. Les descriptions sexuelles sont un mélange de clichés cucul (« son sexe émouvant », ose écrire Quessy) et d’une vulgarité bon chic bon genre (Quessy n’est pas Édouard Hardcore Bond tout de même.
Un joli premier roman, un peu salace, un peu cucul, pas mauvais mais pas très satisfaisant. La prose y est esthétique; la SF, rare.
Note 5,5 / 10
À Juillet, toujours nue dans mes pensées
Benoît Quessy
Québec-Amérique, 2009
168 pages
16,95 $

4 commentaires:
Que pensez-vous de cette collection "Première Impression" de Québec-Amérique? Car outre le roman de Quessy, qui n'est pas parfait j'en conviens (quoi que je vous trouve un peu dur avec le jeune homme), il me semble qu'elle est plutôt relevée pour une série dédiée uniquement aux premières oeuvres, ne trouvez-vous pas?
Je ne peux me prononcer car je n'ai pas lu d'autres livres de cette collection.
J'avais été attiré par le roman de Quessy à cause de son aspect *anticipation*. J'ai été un peu intransigeant avec le livre car cet aspect ne fonctionnait pas très bien.
Quand j'y repense, mon souvenir est meilleur que la déception que j'ai éprouvé après l'avoir lu.
C'est drôle que vous dites cela, car j'ai eu moi aussi la même réaction que vous. Je me rappelle être demeuré sur mon appétit suite à la lecture de cette première oeuvre un brin maladroite (ce que je pardonne toujours au nouveaux auteurs, cela dit). Je trouvais ce livre trop axé sur le sexe et pas suffisamment sur l'écologie, alors que je croyais que les intentions de l'auteurs étaient inversées. Cela dit, le souvenir de cette lecture est vite devenu brumeux et sa relecture fut fort agréable. Je vous le reconseille.
Et par la bande, je vous suggérerais une (coutre) traversée de la collection Première Impression. Le roman de Quessy, que je ne déteste pas, est probablement le moins achevé du groupe. Un ami à moi, Pierre-Marc Drouin (un jeune auteur de 25 ans tout juste!) publiera dans cette collection en septembre, alors je me suis mis à la découverte des autres livres de P.I. et franchement, il y a de petits bijoux là-dedans! "Compter jusqu'à cent", de Mélanie Gélinas, par exemple, est une oeuvre impressionniste de qualité supérieure, dont on peine à croire qu'il s'agisse d'une première oeuvre.
Je prends bonne note du Gélinas, et du Drouin quant à y être. Merci de l'info.
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