vendredi 8 janvier 2010

Papa est pas ben ben intelligent, han ?

   Ce matin, on se prépare à aller faire le train, c-à-d donner le grain aux chevaux, assurer l'approvisionnement d'eau, distribuer du foin, ramasser une brouette de marde, ouvrir les accès et, finalement, descendre sur le bord de la route chercher La Presse. J'habille Benjamin au complet, bottes, manteau, foulard, tuque et deux gants de la même couleur.
   Au moment où on va sortir de la maison, Benjamin dit :
   - Oh oh, papa oublie quelque chose...
   Je lui demande ce que j'oublie au juste.
   - Papa a oublié d'attacher mon manteau, dit-il avec les yeux pétillants de malice. Il adooore me prendre en défaut et me signaler mes erreurs.
   C'est bien vrai. Je le zippe donc en roulant des yeux devant ma bourde, comme quoi c'est pas la fin du monde. On rigole et on sort.
   On performe notre petit boulot à la plus grande joie des chevaux à qui on donne, à la suggestion de Benjamin, palefrenier de son état, des poivrons verts.
   Soudain, alors que je zigonne pour fermer la porte arrière de l'écurie prise dans la neige, Benjamin me dit :
   - Papa est pas ben ben intelligent, han ? C'est lancé sur le ton d'une affirmation, pas d'une question.
   - Comment ça, papa est pas ben ben intelligent, mon ti-tchou.
   - Ben, papa y oublie toutte tout le temps !

   Quoi ajouter à ça, sinon que Benjamin n'aura pas à résoudre son complexe d'Oedipe à l'adolescence puisqu'il assassine son papa un petit peu à chaque jour. Et moi je suis maso, parce que j'aime mon bourreau.


Photo de l'assassin

2 commentaires:

Elisabeth a dit…

Y'a des bourreaux plus agréables que d'autres ;)

richard tremblay a dit…

Je me souviens encore de la journée où il m'avait dit qu'il ne m'aimait plus pour la première fois. Ça a été une des pires journées de ma vie, j'ai braillé comme une Madeleine.

Puis on s'est réconciliés et quand cette fois-là il m'a dit qu'il m'aimait encore, j'ai encore braillé. Décidément. Un enfant c'est des rires et des larmes.