Son astronef n’obtenant plus de contrat, Frédérique Laganière accepte sans gaieté de cœur de transporter Nicola Piccino et sa cargaison vers Arkadie à bord du Gagneur. Piccino est un individu un peu louche, et le fret qu’il emporte est-il bien du matériel agricole? Frédérique est habitée par un doute sur la légitimité du cargo et de son affréteur, mais il faut bien vivre…L’intuition de Frédérique se confirme lorsqu’à peine arrivé en orbite d’Arkadie, Piccino sort un pistolet et menace de faire exploser le Gagneur et son équipage (Frédérique et sa pilote Cristane) si la cargaison n’est pas détournée de sa destination initiale. Posée en catastrophe, la barge est aussitôt capturée par des mercenaires à la solde des loyalistes qui mettent la main sur Piccino et le soumettent sans plus attendre à une torture brutale.
Piccino, Frédérique et Cristane seront libérés par des nationalistes lors d’une action militaire menée contre les mercenaires. À l’abri dans les grottes où se terre un groupe de nationalistes dissidents, Frédérique sera mise au courant des relations pas très claires que la planète entretient avec les grandes puissances de Cristobal, l’Hindustan et le Zhongguo, ainsi que de la complexité de la politique arkadienne, divisée entre loyalistes, fidèles à l’ancienne administration des compagnies minières, et nationalistes, eux-mêmes scindés en rebelles, qui revendiquent l’autonomie d’Arkadie et son détachement des pouvoirs des compagnies minières).
Les sympathies de Frédérique et de Cristane se portent d’emblée vers les nationalistes rebelles. Les deux Cristobaliennes feront équipe avec eux jusqu’à la fin de la lutte. Ce qui amène le lecteur à conclure que toutes les deux sont atteintes du syndrome de Stockholm, avec une mention spéciale à Frédérique; non seulement embrasse-t-elle la position idéologiques des rebelles qui la séquestrent « pour son bien », mais elle en pince très sérieusement pour le chef présumé de ceux-ci, Nicola Piccino lui-même (alias Nikolaï, alias Ouri), un homme qui lui a menti, et l’a kidnappée et brutalisée en la menaçant de mort. Mais il est si séduisant !
Jusqu’à ce point, le roman a un certain élan, une tension soutenue par l’écriture lente et mesurée de Pelletier qui est une sacrée conteuse. Mais à partir du moment où Frédérique se retrouve dans le repaire des rebelles, l’élan est coupé net et le roman devient essentiellement statique. Il y a bien quelques sursauts d’action dans la dernière moitié, cependant le lecteur est emprisonné dans un filet de paroles, d’explications et de laborieuses descriptions de déplacements. Par ailleurs, dans la mesure où la vraie vie de guérilla doit justement ressembler à ça : beaucoup de parlotte, de coupage de cheveux en quatre et d’arguties théoriques, mêlés à quelques actions violentes assez rare, on pourrait dire que l’aspect mimétique du roman de Pelletier est parfaitement réussi. Et pourtant, je me suis ennuyé, parfois considérablement, et la tentation d’en sauter des bouts m’a souvent tourmenté.
En entrevue télévisée, Francine Pelletier avouait avoir simplement cherché à écrire un roman d’aventures dénonçant la guerre. La question se pose donc à savoir si elle a réussi son pari. Hélas, il n’y a pas que l’enfer qui soit pavé de bonnes intentions, les romans ennuyeux le sont aussi. Un tour en Arkadie est un roman où l’aventure est terne, répétitive et relève pour l’essentiel de la discussion. Quant à la dénonciation de la guerre, il est remarquable – en même temps que pervers – de constater que les scènes de combat soient les plus réussies, les plus fougueuses et certainement les plus emballantes du roman (ce qui n’est certes pas nouveau en soi, puisque c’est généralement le destin de la plupart des œuvres antimilitaristes, je ne vois que Paths of Glory, le film de Kubrick, à ne pas entrer dans ce moule).
Le matériau romanesque sur lequel Un tour en Arkadie est bâti est trop ténu pour un ouvrage de cette longueur. Ramassé, ça aurait pu être un court roman soutenu. Bien sûr, on se s’attend pas d’un roman de Francine Pelletier qu’il soit plein d’actions, de poursuites et de dialogues percutants. Pelletier est maîtresse des atmosphères feutrées, du mystère, du non-dit… Mais avec ce roman est tout simplement long et ennuyeux.
Un dernier point, plus sérieux car il est l’âme du matériau romanesque, concerne le personnage principal. Frédérique Laganière est une jeune femme dont les épaules ne sont pas assez larges pour supporter l’intrigue du roman. Elle n’a ni la prestance, ni l’intellect, ni la maturité pour être héroïne de roman. Il y a, en elle, trop d’innocence (dans tous les sens du terme) et d’ingénuité pour que le lecteur adhère au personnage. Contrairement à son père, Manuel, qui était le héros de Si l’oiseau meurt…, le précédent roman de cette série, et qui devait faire face à des problèmes similaires, mais qui lui était porté par la quête de sa propre identité; dans Un tour en Arkadie, Frédérique Laganière est tout simplement ballottée par des mouvements sociaux qu’elle comprend à peine et dont elle ne saisit pas toujours la portée. Elle devient donc l’observatrice immature d’une société qu’elle est incapable d’appréhender.
J’aime beaucoup Francine Pelletier, et je suis généralement sensible à l’esthétique et à la thématique de ses romans, mais là, je dois admettre qu’elle a tout écrit un roman qui n’a pas fonctionné pour ce lecteur-ci.
Cote 6 / 10
Ce commentaire de lecture est initialement paru (sans pointage) dans Brins d'éternité n° 23.
Un tour en Arkadie
Francine Pelletier
Àlire, 2009
334 pages







