Précision : Ce livre est un récit de voyage et non un roman. Papa a acheté un camping-car -- une famille, trois continents, sept mètres carrés. Titre et sous-titre amusants, on croit qu'on va bien rigoler à suivre les aventures désopilantes d'une famille légèrement dysfonctionnelle sur les routes des Amériques et de l'Afrique. La photo de la couverture illustre bien cette idée.
Erreur, on ne s'amuse pas dans ce livre. C'est dû, en grande partie, à la personnalité de l'auteur. Il essaie bien de faire rigoler, d'amuser le lecteur avec les péripéties de son voyage, mais Althabégoïty est un homme entièrement tourné sur lui-même, sur ses petites préoccupations, sur ses petits malheurs, en résumé, il est égocentrique, méprisant et mesquin.
Ça commence mal : la famille est mal préparé à ce long voyage de neuf mois. Le but est d'atteindre la pointe supérieure de l'Alaska en traversant le Canada, puis de redescendre vers l'Amérique centrale, passer en Afrique et remonter vers Toulouse, le lieu de départ. Mais ils n'ont pas songé au froid (Yukon et Alaska, youhou quelqu'un, réveillez-vous), aux moustiques, à la désolation des paysages qu'ils devront contempler des jours et des jours entiers, à la promiscuité de vivre à quatre dans un petit camping-car...
Dans les cent premières pages, l'auteur passe son temps à se plaindre, avec à peine une trace d'auto-dérision. C'est bête à mourir et on a le goût de lui flanquer des baffes devant le traitement qu'il fait subir à sa famille : car sa femme s'occupe de tout, ménage, alimentation, divertissement des enfants, une fillette de cinq ans et un garçonnet de deux ans. Lui, il conduit, chiale et ronchonne contre sa femme qui lui fait des « crises ». Une couple de baffes pour ce connard à lunettes !
Althagoïty est le roi du cliché : les Québécois sont bien entendu gentils, encore qu'ils aient un accent « épouvantable », les Américains sont obèses et obsédés par le matériel, les Mexicains sont des canailles... Althagoïty assène clichés par-dessus clichés; de ce côté-là, il ne craint personne.
Comble du comble, ce gars-là est pingre comme c'est pas permis (à noter qu'une étude internationale vient corroborer que les Français sont considérés les touristes les plus pingres du monde...) Cheap. Du genre à vider sa tank à marde n'importe où -- même dans des aires à pique-nique !! -- à la condition que pouvoir le faire gratuitement. De façon générale, il est tout fier de laisser des pourboires microscopiques et de ne pas payer pour les services utilisés. Quel minable !
Pire, il y a une méchanceté inhérente chez cet individu qui se réjouit constamment du mauvais sort qui afflige les autres, notamment lorsque de jeunes mariés au Mexique ratent leur repas de noces. Il jubile du malheur des autres. Quel taré !
Aussi, je mentionne brièvement les anglicismes dont on raffole tant outre-Atlantique : les Rockies, la Yukon River, l'Alaska Highway... Bientôt, je le jure, y a un Français qui va nous chier un livre tout en anglais, pour aller jusqu'au bout de son raisonnement. Par contre, j'ai appris que l'espace pour coucher au-dessus de l'emplacement du siège du conducteur s'appelle une capucine. C'est joli, une capucine.
Cerise sur le gâteau, ce lecteur-ci décerne virtuellement un coup de pied au cul de l'éditeur qui a fait un travail de cochon sur ce livre : coquilles, mots manquants, mots tronqués, mots concaténés, tout ça en assez grande quantité pour que ça se remarque sans effort... Chou à Laffont.
Il y avait très peu de joie dans ce périple. Il n'y en a pas eu du tout dans le cœur ni la tête de ce lecteur-ci.
Cote 3 / 10
Papa a acheté un camping-car
François Althabégoïty
Robert Laffont, 2008
230 pages, avec cartes et photos








