mardi 31 mars 2009

57. Nocturne n° 11

Le site de Nocturne se trouve à cet endroit. Il s'agit d'un fanzine traditionnel, c'est-à-dire que la revue est photocopiée en noir et blanc sur des feuilles 8½ x 14 pliées en deux et brochées. L'aspect est bien entendu rudimentaire mais sympathique.

Ça commence sur une entrevue d'Éric Gauthier par l'Empereur Ghoule. C'est cute et intéressant, en raison surtout du style volontairement ampoulé et gothique de l'Empereur, mais on risque de se fatiguer si c'est comme ça de numéro en numéro. À suivre, donc.

La marionnette d'Éric Bourdon. Une bonne histoire de sorcellerie en Afrique. Bien qu'on sache comment ça va se terminer dès qu'apparait la statuette, reste que l'auteur arrive à créer une bonne atmosphère livrée grâce à une prose irréprochable. 8 / 10

Le chant du cygne de Rachel Gilbert. Des gens au village se mettent à mourir en série, y aurait-il de la sorcellerie là-dessous ? Un homme enquête. Cette nouvelle souffre de deux maux : le premier, une surcharge de détails inutiles (ah la fascination de l'architecture médiévale) ; le second, l'irréparable dichotomie entre les deux parties du texte : la première présente l'enquêteur comptabilisant les morts, la seconde une longue explication sur les motifs de la coupable. Avec pas de lien réel entre les deux. 3 / 10

Ombres d'Alexandre Bocquier. Dans une ville à l'abandon, les Ombres enlèvent femmes et enfants qu'on ne revoit plus. Le ton compassé que le narrateur utilise pour parler de sa femme adorée sonne complètement faux dès le départ et oriente la lecture vers une fin dès lors annoncée. Erreur de débutant. La construction du climat est bien faite. 5 / 10

Le cœur sur la main, 2e partie, de Michaël Moslonka. Je ne sais pas si un résumé de l'épisode précédent m'aurait permis de comprendre un peu plus les événements de cette 2e partie d'une saga. Parce que j'ai à peu près rien saisi. Faut avouer que la construction elliptique et la prose maniérée n'aident en rien. Je réserve mon jugement là-dessus, avec la parution des prochains numéros. Non-coté pour le moment.

Est-ce un tendance lourde ou une simple coïncidence, mais deux des trois nouvelles complètes se terminent sur le protagoniste se donnant la mort, alors que la troisième se termine sur cette phrase, qui incite au seppuku : Vivre était pire que n'importe quelle malédiction. Ouf.

Cote 4 / 10

56. Des gueules d'enterrement - San-Antonio

Pour les noces de son neveu, Bérurier achète un appareil photo aux Puces. Cadeau banal ? Pas si on découvre imprimé sur la pellicule la tête d'un mort... C'est le signal de départ d'une enquête échevelée, mais cohérente, et bien menée.

Publié en 57, ce roman appartient à la fin de la première période de San-Antonio. Les personnages sont presque tous là (manque Mathias qui remplacera Favier, Bérurier ne porte pas encore le double prénom Alexandre-Benoît) et leurs voix respectives sont presque trouvées.

Les romans de la première période (telle que définie par moi) vont jusqu'à En peignant la girafe : c'est la période où les intrigues prennent le pas sur l'anecdote et les digressions, l'auteur cherche le ton juste, les personnages se forment (et se déforment dans le cas de Bérurier et de Pinaud), la dernière guerre, l'occupation et la Libération jouent un rôle encore important dans les histoires. L'univers San-Antonio est un work in progress.

Lentement le ton émerge. Il y en a parfois des fulgurances dans l'image et la métaphore. On rigole pas mal, surtout vers la fin, où l'auteur se démarque un peu, mais il ne faut jamais oublier qu'au-delà de l'humour, les romans du célèbre commissaire sont rodés au quart de tour, pas de temps mort, rien que du rythme et une gallerie de portraits bons pour la postérité. Avec une intrigue béton dans le cas qui nous préoccupe.

J'ai adoré cet opus.

Cote 8 / 10

Des gueules d'enterrement
San-Antonio
Fleuve noir, 1977 (éd. or. 1957)
217 pages

lundi 30 mars 2009

Où est Benjamin ?

Accompagné de Suzanne, Benjamin a participé à une cueillette de pommes en septembre dernier. Les photos officielles viennent d'arriver.
Un coco en chocolat ou un kilo de pommes à celui ou celle qui trouve Benjamin sur chacune des photos. Deux faciles, deux difficiles.





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dimanche 29 mars 2009

55. Miserere - Jean-Christophe Grangé

Deux flics, un à la retraite et l'autre héroïnomane, s'intéressent à une série de meurtres à caractère religieux. Ils vont faire équipe, même si les raisons de chacun sont différentes pour enquêter sur ces crimes. Ce qu'ils vont découvrir est sans précédent.

Grangé écrit de très solides thrillers aux ventes considérables. Miserere est dans la même lignée. L'action est totalement trépidante au point de nous faire oublier les invraisemblances de l'intrigue. Ça carbure au kérosène. Y a pas une seconde pour reprendre son souffle. Et si ce magnifique thriller, qui tisse une toile du Chili de Pinochet aux camps nazis et aux micronations, s'effiloche un peu vers la fin, c'est aussi une pure tradition grangéenne.


J'aime la démesure de Grangé, ses intrigues complexes et com
pliquées, son côté touristique, ainsi que ses protagonistes qui portent souvent une blessure intérieure dont ils ignorent tout, mais dont la source est rigoureusement mixée à l'histoire. Tout ça donne un roman haletant, que ce lecteur-ci avait bien de la difficulté à mettre de côté le soir venu. Il y a même deux authentiques moments d'effroi qui ont fait se dresser les cheveux de plus en plus rares de ma tête. Wow, ça fait longtemps qu'un livre ne m'avait pas flanqué une vraie frousse (de celle qui vous fait laisser les lumières allumées la nuit).

Comme
tout roman de Grangé, Miserere se termine de manière un peu garrochée et pas satisfaisante à 100 %, c'est sa faiblesse, ça, Grangé, la fin de ses romans. Mais enfin. Que du plaisir.

Cote 8 / 10

Miserere
Jean-Christophe Grangé
Albin Michel, 2008
528 pages

54. Noirs dans les camps nazis - Serge Bilé

Le sort fait aux Noirs dans les camps nazis ne se distingue en rien de celui fait aux autres : même monstruosité, même démesure, même implacabilité. C'est seulement que jusqu'à présent on en a très peu parlé et que la bibliographie sur le sujet est quasi inexistante. Même après si longtemps, les faits de l'Holocauste continuent de surprendre. On croit tout savoir, on s'aperçoit qu'il y a de larges territoires totalement méconnus.

Dans son petit livre, Serge Bilé fait œuvre de pionnier en français du moins, car il semble y avoir quelques études en allemand. Il commence par l'historique un peu ironique du premier Konzentrationlager construit en 1904 par les Allemands pour emprisonner et exterminer le peuple herero de Namibie. En un an, 60000 d'entre-eux seront tués, soit 80 % de la population totale. Un véritable génocide, le premier du 20e siècle, reconnu comme tel en 2004 par le gouvernement allemand et pour lequel des excuses officielles ont été présentés (sans compensation cependant).

Le livre de Bilé est unique et essentiel, malgré une tendance à râtisser trop large. On prendra pour exemple cette asssez longue introduction à l'enfer nazi via le massacre des Hereros, et une fin qui fait un lien assez gros avec le racisme que les Noirs subissaient aux États-Unis à la même époque où les camps étaient libérés. Le racisme américain est un sujet sulfureux en soi, mais un peu à côté de la track quand on l'associe au nazisme.

Ne pouvant étayer son propos sur à peu près aucune matière statistique, ni grandes études, et pour cause, ce champ de l'histoire est encore à faire, Bilé livre une série de témoignages personnels de survivants ou de leurs compagnons de camps. C'est peu de chose pour le moment, pourtant ce livre est indispensable.

Cote 8 / 10

Noirs dans les camps nazis
Serge Bilé
Le serpent à plumes, 2006
147 pages

jeudi 26 mars 2009

J'y vais ou je reste à la maison ?

Je suis allé une seule fois à un congrès Boréal. C'était vers 83 ou 84, ma mémoire flanche, à Montréal ou Longueuil, l'année même où Michel Bélil publiait Greenwich puisqu'il m'en avait dédicacé une copie à sa table de vente. Peu de choses émergent de mes souvenirs, sinon le fait d'avoir rencontré les célébrités locales de l'époque : Sernine, Bélil, Sauvé, Vonarburg, Spehner...et d'en avoir été diablement impressionné.

En fait, j'étais si mal à l'aise, tellement gêné, que lors de l'inscription j'ai fait une faute dans mon nom ! Il fallait alors remplir soi-même son badge et j'avais écrit Rinchard. Cherchez l'erreur. Ça avait bien fait rigoler Élisabeth qui croyait que j'avais volontairement mis : ringuard. Enfin bon. Tout ça pour dire que l'annonce pour Boréal 2009 vient de sortir et que, surprise surprise, l'ermite est tenté de sortir de son antre. Il est tiraillé par le désir de voir du monde, de rencontrer des gens, peut-être même de leur parler (encore que sur ce point l'ermite se connait suffisamment pour savoir que parler ne se produira pas).

Mais ce tiraillement joue à la souque à la corde avec ma timidité. Dans la locution Ermite de Rigaud, il y a le mot ermite, c'est pas pour rien. De plus, je suis du genre à refaire une faute dans mon prénom. Tout ça laisse augurer du pire.

Je réfléchis, je pense, je médite, je pèse le pour et le contre. Bref, comme je me connais, je vais tellement y penser que la date du congrès va passer et que je serai encore en plein questionnement.

(Ce billet est le 200e à paraître sur le blogue. J'aurais jamais cru.)

mercredi 25 mars 2009

53. Les derniers millénaires 2. Terram - Guillaume Lemée

Devenu le Sbire du Temps suite à un quiproquo meurtrier qui a rien de moins que détruit la Terre, le jeune Francis Craig 13 ans doit se préparer à affronter les Octopods qui veulent détruire l'ensemble des Bipèdes vivant dans toutes les transréalités. Gros projet pour les vilains, mais le Sbiiirre du Temps veille au grain.

(Il y a une connotation un peu ti-coune au mot « sbire », et pas seulement à cause du Capitaine Bonhomme, je ne sais pas si l'auteur est au courant...)

Ce qui frappe d'abord dans ce roman, c'est à quel point il ne se passe rien malgré les apparences. Oh il y a bien quelques scènes d'action, accompagnées de combats intenses et d'armadas manœuvrant dans l'espace. Mais autrement les personnages ont la manie de la parlotte. Les uns et les autres s'expliquent par le menu et le détail les tenants et aboutissants des enjeux militaires et politiques de la lutte entre les Octopods et les Bipèdes. On perd beaucoup de temps à se révéler des choses, plutôt qu'à les vivre.

Tout ceci serait relativement mineur si le vocabulaire de l'auteur n'était si pauvre et les concepts qu'il tente de faire comprendre aux lecteurs si nébuleux. Je mets au défi n'importe qui de lire le premier chapitre et de le résumer clairement en quelques lignes. Le discours de Lemée est parsemé d'idées proches de la sf mais apprêtées à la sauce nouvelle-âgeuse. Et les distinguos qu'il établit entre les différents paliers de la Réalité et de la Transréalité (ah oui, Lemée souffre aussi du syndrome de la Majuscule Révélatrice) relèvent plus d'un embrouillamini personnel que d'une véritable matière romanesque. Concepts nébuleux, théorie insensé et explication fumeuse.

Le lecteur va de confusion en maladresse dans ce très mauvais roman. Il n'y a que vers la fin que ça bouge enfin un peu, mais c'est pour mieux annoncer une suite (hélas !). Je n'ai pas lu le premier tome et je ne le lirai pas, comme je ne lirai pas ceux qui restent à venir. Parce qu'il y a des limites, franchement.

Cote jeunesse 0 / 10
Ferais-je lire ce roman à Benjamin s'il en avait l'âge ? Non.

Les derniers millénaires
2. Terram
Guillaume C. Lemée
La semaine, 2008
220 pages

dimanche 22 mars 2009

52. Ian Flibus 1. L'Île aux Treize Os - Alain Ruiz

Au Québec, les séries jeunesse pleuvent et, s'il s'en trouve de bonnes, il y en a aussi de moins bonnes pour dire les choses, hum, charitablement. Ian Flibus, l'écumeur des mers appartient à la seconde catégorie; ce qui ne devrait pas empêcher son succès, je crois, tout simplement parce que ce qui rend la série vraiment très quelconque risque de séduire nombre de fans amateurs d'anachronismes et de jeux de mots insipides.

Résumons l'intrigue. Rêvant de devenir pirate, le jeune Ian Flibus s'engage sur le brigantin Fleur de Lys où il devient le second du capitaine Kutter. À peine en mer, le navire entre en collision avec une épave et l'équipage doit subir l'assaut de forces surnaturelles malveillantes. Mais les hommes du Fleur de Lys sont pleins de ressource et, grâce aux deux savants qui les accompagnent, ils viendront à bout des embûches.

C'est long à lever l'ancre. Si tous les personnages se retrouvent sur le pont de la Fleur de Lys dès les premières pages, le vaisseau, quant à lui, ne quittera ses amarres que vers la moitié du livre. Pour des supposés bourlingueurs des mers, ces pirates-ci semblent plutôt sédentaires !

Il y a force calembours, rarement heureux, des anachronismes à la pelletée, un pavillon aux réparties « savoureuses », et des personnages en bois flotté (en carton-pâte ils ne résisteraient pas à l'eau de mer). C'est grotesque, clownesque, une véritable auberge espagnole de l'humour, avec le résultat final qu'à trop vouloir en faire l'auteur devient franchement pathétique.

C'est plutôt nul si on demande mon avis.
Ferais-je lire ce livre à Benjamin s'il avait l'âge ? Non.

Cote 2 / 10

Ian Flibus, l'écumeur des mers
1. L'île aux Treize Os
Alain Ruiz
Boomerang, 2008
301 pages

Pop-up publicitaire

Quelqu'un me signale que lorsqu'il accède à ce blog, une fenêtre pop-up publicitaire tente de s'ouvrir.

Quelqu'un d'autre a-t-il ce même problème ? Si oui, faites-le moi savoir. C'est un truc que je vais tenter de corriger rapidement.

samedi 21 mars 2009

Assis au soleil, une demi-fesse sur le bord de la boîte à déchets

Little darling, it's been a long cold lonely winter
Little darling, it feels like years since it's been here
Here comes the sun, here comes the sun
and I say it's all right


Après avoir fini le train vendredi matin, Benjamin et moi sommes descendus sur le bord de la route chercher le journal. Il y a un bon bout à faire, plus d'une centaine de mètres, et Benjamin descend toujours avec son gros camion benne jaune et une petite pelle de plastique qui lui sert à remplir de neige la benne. Descendre pour lui, c'est courir comme un fou en poussant son camion et en criant des Haaa haaa haaaa comme si cette pente était le plus grand manège au monde. Il ne manque pas d'enthousiasme, mon garçon.

Sur le bord du chemin, nous disposons d'une grosse boîte de bois peinte en vert dans laquelle nous laissons nos sacs de rebuts en attendant le prochain passage des éboueurs. Chaque hiver, c'est pareil, elle est totalement recouverte de neige et un des premiers signes du printemps, c'est le fait qu'elle commence à réapparaître sous le monticule.

Aujourd'hui, il y avait un espace dégagé sur lequel j'ai pu poser une fesse, à vrai dire une demi-fesse seulement parce que cet espace totalisait à peine quelques pouces carrés. Il y avait un soleil splendide dans le ciel tout bleu (quelques nuages, dont un en forme de dinosaure comme me l'avait fait remarqué Benjamin), pas de vent, pas de bruit, et une bonne chaleur au soleil malgré la température.

Fiston emplissait sa benne en jasant de tout et de rien. Il aime donner son avis, Benjamin. Puis soudain il est revenu vers moi, m'a demandé de le prendre. Je l'ai assis sur ma cuisse et il s'est collé contre moi, très fort. Il a dit : Bébé a froid, papa... Je l'ai serré dans mes bras, nous sommes restés comme ça pendant cinq ou dix minutes, sans parler, sa tête contre ma poitrine, dans notre petite bulle de chaleur à tous les deux.

Je crois que le monde s'est vraiment arrêté pendant ces quelques minutes-là. Rien n'est venu troubler notre sérénité. Pas une voiture, pas un avion, pas un jappement de chiens. Que la sainte paix, le silence total, le soleil dans le ciel et un nuage en forme de dinosaure.

Puis, réchauffé, Benjamin s'est désengagé, a repris sa pelle et s'est appliqué à mettre de la neige dans sa benne. Lentement, on a repris le chemin de la maison.

C'était mon anniversaire de naissance
qui coïncidait avec l'arrivée du printemps et la fonte des neiges.

Little darling, I feel that ice is slowly melting
L
ittle darling, it seems like years since it's been clear
Here comes the sun, here comes the sun
and I say it's all right

vendredi 20 mars 2009

51. Pourquoi j'ai tué mon père - Bryan Perro

C'est un commentaire de Pierre Charron sur son blogue qui m'a décidé à lire un roman littéraire de Perro. Il y a quelques années j'ai lu un roman de la série jeunesse Amos d'Aragon, que j'avais trouvé désappointant pour le moins. Je cherchais donc Mon frère de la planète des fruits. Mon libraire n'avait que ce titre en magasin, alors c'est celui-ci que j'ai acheté.

Pourquoi j'ai tué mon père raconte le marathon que le jeune narrateur va courir en compagnie de son père à Montréal en 1980. Ce marathon sera à la fois l'aboutissement d'une réflexion sur l'autorité paternelle, la consécration de la résistance et la mise à mort rituelle et symbolique du père.

Dans une courte préface, Perro avoue que ce roman est largement autobiographique, écrit pour faire la paix avec de vieux démons. La mort y est omniprésente, et pourtant ce n'est pas un roman sinistre. L'imagination de Perro est constamment sur le qui-vive. Le lecteur s'amuse beaucoup, sans doute parce que cette relation conflictuelle entre le père et le fils est assez universelle pour faciliter l'identification au narrateur.

Qui plus est, pour agrémenter son propos, Perro utilise une métaphore animale très amusante; et les liens qu'il parvient à créer entre les hommes et les gnous sont, à la fois, pertinents et utilisés avec beaucoup d'imagination.

Un livre étonnant qui montre bien que Perro est un excellent écrivain. Un livre que je recommande sans réserve.

Cote 8 / 10

Pourquoi j'ai tué mon père
Bryan Perro
Les Intouchables, 2008 (éd. or. 2002)
193 pages

mercredi 18 mars 2009

50. Chroniques du jeune Houdini 1. Le magicien de rue - Denis Ramsay

Une autre série jeunesse québécoise il en pleut lancée comme c'est la mode maintenant : les quatre premiers titres sont disponibles simultanément dans un joli présentoir et le premier est offert à prix spécial. Idée que je trouve géniale, qui me permet de monter une bibliothèque jeunesse (pour Benjamin, éventuellement !) à prix modique.

La singularité de cette nouvelle série est d'être de nature « réaliste » (par opposition aux séries sf ou fantasy), relativement moderne (l'action se déroule à la fin du 19e siècle) et d'être absolument sans connexion avec le Québec. Ça change et j'aime.

De l'auteur je ne sais rien sinon que sa plume est diablement efficace et son style maîtrisé. L'histoire raconte les premières aventures du grand magicien Harry Houdini, alors qu'il avait 14 ans en 1888. Arrivé à New York pour ramener à la maison un ami de son père débarqué d'Europe, Harry sera pris contre son gré dans la tourmente de la grande ville, dans une guerre des gangs sans merci, et seule sa magie pourra le sauver, lui et ses deux amis.

La construction est simple, et le roman avance sans coup férir. C'est de la bien belle ouvrage. Il n'y a que vers la fin où ça se défait un tout petit peu, mais c'est mineur, et le public cible risque de ne pas remarquer les quelques écarts langagiers (mégaspectacle, par ex.) assez rares.

Évidemment, c'est aussi à la fin que le climat de violence atteint un paroxysme
et la petite aventure guillerette de Harry Houdini prend une tournure plus lourde et plus sociale. Ça rappelle le film de Scorsese « Gangs of New York », pour le climat et pour le lieu, en partie parce que l'action se déroule aux Five Points.

Ce premier tome profite d'un bon ancrage historique. Ça m'a donné le goût d'en savoir plus sur le personnage et sur l'époque; ce que j'ai fait grâce à wiki. Même l'intrigue secondaire sur les cornichons est intéressante
faut quand même le faire !

Un portrait réaliste d'une époque dure et violente. Very interesting !

Cote jeunesse 7 / 10



Chroniques du jeune Houdini
1. Le magicien de rue
Denis Ramsay
LER (Les éditeurs réunis), 2009
190 pages

mardi 17 mars 2009

49. Un oeuf d'acier - Yves Meynard

Toute l'enfance de David Mayer s'est déroulée à l'ombre des tours de Maïor-Akassin, une Cité-État soumise à un régime totalitaire qui s'est appliqué à effacer tout souvenir de l'Histoire récente de la conscience de ses citoyens. Dans ce monde oppressant survivent les vestiges d'une antique technologie : les matrices. Celles-ci peuvent procurer des rêves sur commande, reprogrammer l'esprit des opposants au régime et même abriter l'âme d'une personne après son décès. Le destin de David le mènera parmi les tours de la ville, au centre de la toile mortelle tissée par les matrices.

Ce résumé de quatrième de couverture ne donne aucune idée de la richesse thématique et stylistique de cette novella. Le monde que l'auteur crée est fascinant, entre la sf et une fantaisie médiévalisante; et l'écriture qui le soutient est riche, soutenue et pourtant sans effet, d'une simplicité exemplaire. L'amateur a de quoi se régaler tant c'est bon. On se rend vite compte qu'on a affaire ici à un véritable écrivain, c-à-d qu'on entend un propos personnel portée par une voix unique, tout ça maîtrisé à la perfection.

Sur le schéma de base somme toute assez convenu du rite de passage à l'âge adulte (découverte de l'amour et de la duplicité des apparences, dépassement de soi, intégration au nouveau monde, etc.), Meynard a réussi le pari de raconter une très belle histoire pleine de retenue et de mystère. J'ai été envoûté.

Notons en passant que Yves
Meynard est la moitié lyrique de l'écrivain bicéphale Laurent McAllister.

Recommandé sans réserve par ce lecteur-ci.

Cote 8,5 / 10

Un œuf d'acier
Yves Meynard
Vents d'Ouest, 1997
112 pages

dimanche 15 mars 2009

Nathan en chair et en os

Aujourd'hui, Suzanne, Benjamin et moi avons été rendre visite à Alexandrine et Stéphane, heureux parents de Nathan. C'était la première fois que nous le voyions, Nathan est vieux de quatre jours. C'est fou, mais je l'imaginais plus gros et ça m'a déconcerté. À neuf livres trois onces, il fait plus du double du poids de Benjamin à la naissance, mais c'est une différence si mince qu'elle n'existe plus pour ainsi dire.

Il est très beau, mon petit neveu, avec une belle bette ronde et rubiconde et sa capine bien fournie de cheveux noirs. Il a dormi comme une bûche durant toute notre visite, ne s'éveillant vers la fin que pour honorer notre présence d'un beau caca et d'une bouteille de lait. Ma mère et Suzanne ont changé la couche tandis que Suzanne lui a donné le biberon.


Benjamin était extrêmement intimidé. On l'a mis en contact avec Nathan mais sans exagérer.

Un Benjamin qui force sa joie fait la rencontre d'un Nathan pas tellement heureux d'être manipulé comme ça.

Dans les bras de son arrière-grand-mère, Nathan dort paisiblement.

Mère une fois, mère toujours... et qui sait peut-être mère à nouveau dans pas grand temps, on se le souhaite !

mercredi 11 mars 2009

Gigapan - un gadget pour nos caméras numériques

C'est Évelyne-la-coquine, une blogueuse pleine de curiosité, qui m'a mené vers ce site absolument hallucinant. La photo de demain, dirais-je, si elle n'était pas déjà là. Faut voir ça, incroyable. Il faut plonger dans les photos, la navigation se fait comme avec Google Earth, plonger et foncer, le niveau de détails est proprement phénoménal.

Cliquez : Gigapan

(ajouté 12 mars)

Nathan est arrivé !

Alexandrine, ma nièce unique et préférée, a donné naissance ce matin à un gros bébé d'un peu plus de neuf livres, Nathan, qui se faisait désirer depuis quelques jours. Tout ça est encore un peu flou car je viens de l'apprendre mais...

...son grand-oncle est bien fier. J'ai bien hâte d'aller le voir et de le prendre dans mes gros bras poilus. En attendant, félicitations à Alexandrine et Stéphane. Si vous pensiez que vous étiez fatigués avant, attendez voir un peu.


Il y aura pléthore de photos d'ici peu.

(Nathan est né à 10 h 43 le 11 mars 2009. Il pesait 9 lbs 2 on, et mesurait 22 pouces. Ça va nous faire un solide gaillard, ce garçon.)
Stéphane, Alexandrine (déjà debout) et Nathan (merci Francine pour la photo)

lundi 9 mars 2009

Benjamin, la grosse ville et quelques papillons

Suzanne et Benjamin ont profité de ce beau dimanche, hier, pour aller voir les papillons au Jardin botanique de Montréal. Tant qu'à être dans le coin, ils ont sauté dans le funiculaire et monté au sommet du mât du Stade du parc olympique.

Benjamin et la grosse ville à ses pieds.

Moi qui n'aime pas les hauteurs, j'ai les bijoux de famille qui se ratatinent juste en regardant ça.

On distingue le centre-ville dans le lointain.

C'est quand même beau une ville vue de haut. Au loin, on voit, dans l'ordre : le mont St-Hilaire, le mont St-Bruno et le mont Rougemont, trois des cousins montérégiens du mont Royal.

Cherchez le papillon.

Cette photo-là, quand même...

dimanche 8 mars 2009

Hourra pour Dubya !

Ce président à juste titre honni, détesté et ridiculisé a au moins pris une excellente décision dans son double mandat à la tête des États-Unis. En effet, en 2005, c'est son gouvernement qui pour des raisons économiques a devancé au premier week-end de mars le changement d'heure. Merci à lui.

Aujourd'hui, c'était justement le printemps, et ça avait un air d'éternité avec le jour qui n'en finissait plus. Je dis le printemps comme ça, mais en fait c'était une journée qui ressemblait à l'été, avec des bancs de neige sur le côté. Le monde en t-shirt et en running shoes, pour un peu on aurait imaginé les feuilles revenant dans les arbres et les Dairy Queen ouvrant leurs guérites.

Merveilleux.

samedi 7 mars 2009

Rectificatif

Dans mon billet précédent, je parlais de Richard Brandon comme si on avait élevé les cochons ensemble. Que l'intimé daigne m'en excuser. Il s'agit bien sûr de Sir Richard Brandon.

vendredi 6 mars 2009

Bande de crosseurs !

C'est le cri qui a fusé de ma gorge mardi après-midi et dont vous avez sans doute senti les répercussions sous forme de vibrations dans vos demeures. Vos tasses n'ont pas tintinnabulé toutes seules, vous savez.

C'est que j'ai reçu un cellulaire de remplacement de Virgin. En effet, le modèle LG-150 est l'objet d'un rappel masssif et Virgin offre en échange un LG-160. Bon, je le reçois et j'entreprends de l'activer. C'est à ce moment que les choses se gâtent. Je suis pas un fan du cellulaire, mais j'aime la sécurité qu'il m'apporte, spécialement quand je suis en voiture avec fiston et, en campagne profonde comme là où nous vivons, c'est un bidule qui s'impose. Je l'ai depuis presque un an, et je n'ai pas encore quarante minutes de conversation.

Donc j'active mon nouveau cell via le site de Virgin Mobile pour me rendre compte qu'il y a un crédit de 152 $ dans mon compte. Stupeur et tremblements, comme dit Amélie. J'appelle et ça va comme suit : Dites donc, madame, c'est quoi ça, ce 152 $ ? Ben, monsieur, à chaque mois, on prélève 15 $ sur votre carte pour les appels. Mais comment ça, je croyais que le prélèvement ne se faisait que si je manquais d'argent dans mon compte. Mais non, mon cher monsieur, le prélèvement se fait à chaque mois, que votre compte soit plein ou archi-plein. Botte, botte, botte, ai-je balbutié en anglais car j'étais complètement flabbergasté. Regardez là, mon cher monsieur, sur la page d'explications, il y a un astérisque, cliquez dessus. (Je clique.) Bon dans cette nouvelle page, mon cher monsieur, en bas, il y a un autre astérisque, cliquez dessus. (Reclic.) Ben là, en bas de la page, il y a un lien. Où ça, madame ? Là, en bas, complètement en bas, un petit bidule rouge à peine visible. Attendez je prends ma loupe. (Clic). Là, mon cher monsieur, c'est écrit noir sur blanc, on ne peut pas le manquer. C'est bien vrai, madame, ben oui, mais vous avez en-ti-è-re-ment raison, quel idiot je fus de n'avoir pas écumé de fond en comble votre site de merde pour trouver les définitions et les engagements auxquels je suis astreins, ha ha ha... Ben bon pour vous, mon cher monsieur, il faut toujours lire les renvois et les petits caractères. (NB J'ai utilisé une certaine license poétique pour reproduire ce dialogue édifiant...)

Richard Brandon peut bien avoir son osti de sourire arrogant perpétuellement accroché dans sa tite face de mangeux de marde à toupet peroxydé. Il m'a fourré solide.

C'est une situation inextricable où je ne peux pas gagner, si je me désengage de Virgin, je perds le 152 $. Si je change de forfait, je perds mon argent. En fait, il n'y a aucune autre façon de récupérer mon argent qu'en conversant comme une pie.

Laissez-moi vos numéros de téléphone, j'ai à peu près 8 heures de conversation avant d'épuiser mon crédit.

jeudi 5 mars 2009

48. Premier roman pour Momo de Sinro - Écrire en toute liberté - François Barcelo

4e de couverture : Un écolier peut-il écrire un roman ? Bien sûr ! La preuve : Momo aura bientôt rédigé le sien. Une écrivaine est venue à son école, elle a parlé de son métier et donné quelques conseils aux élèves. Momo, qui rêve de devenir auteur lui aussi, s'est ensuite mis au travail.

Premier roman pour Momo de Sinro
est la neuvième aventure de Maurice Monette, dit Momo, de Saint-Romain-des-Champs. Un garçon d'une dizaine d'années, curieux, rigolo, avec une propension à se mettre les pieds dans les plats. François Barcelo a eu la main heureuse avec ce personnage dont toutes les aventures sont intéressantes et écrites avec verve et l'humour particulier de l'auteur.

Ici, ce qui est super intéressant, c'est que Barcelo, l'air de rien, parle du métier d'écrivain, des étapes de l'élaboration d'un roman, des conditions d'écriture, de la vie des écrivains. Avec humour, bien sûr, ce n'est pas un roman didactique. J'ai 53 ans et je ris toujours avec Momo de Sinro. En prime, le lecteur a droit à l'oeuvre de Momo à la fin du livre, un roman de sf intitulé La planète plate.

Barcelo a déjà donné le meilleur livre sur l'écriture au Québec lorsqu'il a fait paraître Écrire en toute liberté aux Éditions Trois-Pistoles en 2001. Chiffres à l'appui, car Barcelo ne cache rien des sommes en jeu, ni des tirages, ni des relations avec les éditeurs, ce court essai jette un regard lucide sur ce que c'est que de vivre de son clavier quand on ne s'appelle pas Perro ou Laberge. Pas facile. Barcelo a publié plus d'une quarantaine de livres, incluant les jeunesses, c'est un auteur connu, reconnu, et pourtant ses romans qui sont tous grand-public tirent encore à 2000 exemplaires à peine. Une misère.

Premier roman pour Momo de Sinro s'inscrit dans une certaine continuité avec Écrire en toute liberté.

Ce lecteur-ci recommande les deux livres. Si vous écrivez, ou souhaitez écrire, le second est indispensable

Cote 8 / 10
Premier roman pour Momo de Sinro
François Barcelo
Québec Amérique, 2008
186 pages

Cote 10 / 10
Écrire en toute liberté
François Barcelo
Trois-Pistoles, 2001
124 pages

mercredi 4 mars 2009

Histoire d'O

Vraiment pénible et niaiseuse cette histoire qui vient de me gâcher la soirée. Tout allait bien à l'ordinateur, super bien, quand soudain la lettre O me lâche. Pitonne dessus, pitonne doucement, pitonne durement, pitonne sur les coins, pitonne à répétition : rien n'y fait.

Il semble qu'un petit morceau de quelque chose (1) bloque le fonctionnement de la touche, que je me résigne à enlever. Pour ceux et celles qui n'ont jamais tenté l'expérience, c'est pas évident. Faut forcer - même si on n'ose pas mettre trop de pression. Alors on applique de la force en douceur.

Tout à coup : craac bzzziiinng maudit câlice... Première onomatopée : un ti-bout de plastique qui a cédé; deuxième onomatopée, c'est la touche et les deux morceaux du levier qui partent dans trois directions différentes; troisième onomatopée, moi exprimant ma joie de vivre.


Je raboudine tant bien que mal, en fait plus mal que bien, mais la touche tient maintenant, après de longues minutes d'une escarmouche sans merci.

Voilà, c'est tout. Putain de clavier. J'en ai assez pour ce soir.

(1) Admirons la précision de la prose. On sent l'écrivain qui ne se casse pas la tête.

mardi 3 mars 2009

Appelez la DPJ quelqu'un !

Pauvre petit pichou que ses parents chaussent au Village des valeurs. Son pauvre petit pied gauche dans une chaussure droite et son pauvre petit pied droit dans une chaussure gauche. Une vraie honte.
Et ils en veulent un deuxième maintenant.

Pour l'apprenti écrivain, les 3 lois de Richard-le-lecteur

1. Évite le point d'exclamation. C'est la ponctuation de l'analphabète.

2. Évite les majuscules au début des noms communs. Si tu as besoin d'une majuscule pour indiquer que ton mot est « spécial », choisis-en donc un autre.

3. N'écris pas en majuscules. On n'est pas sur l'internet.

47. Les voyageurs de la nuit - René Beaulieu

Dernier chant. Côté littérature, il y a vraiment peu de choses dont je sois absolument certain, mais de ce qui suit, oui : dans un texte, plus il y a de noms communs avec une majuscule, plus le texte est abscons, c'est-à-dire inutilement difficile, à la limite confus et incompréhensible. Ici, côté majuscule, ça s'impose : Croyant, Hérésie, Avènement, Souvenir, Révélation, Vision, Jeune Monde, Petit-Jeune Monde, Vieux Monde, Grand-Vieux Monde, Révélatrice, Matrice, Éphémère, Ancêtre, Créatrice, Réceptacle, Don, Mère, Espoir, Espérange, Guiméa, Vimia, Rémial, Guérisseur, Sage, Bienheureuse, Espoir, Vision, Gouffre, j'en oublie sûrement quelques-uns et c'est sans compter les déclinaisons : Guérison, Guérir, Guérisseuse, Révéler, Révélation, etc. Trop, c'est comme pas assez. À force de mettre de l'emphase sur autant de mots et de concepts plus ou moins vagues, Beaulieu dilue la force de cet artifice littéraire. Voilà une histoire beaucoup trop longue, surchargée de sens, qui par moment ne semble aller nulle part; et qui n'a vraiment pas plu à ce lecteur-ci. 3 / 10

Inaccessible. Comme point de départ d'une nouvelle, il y a souvent, chez Beaulieu, un homme qui va trouver une femme animé d'un curieux sentiment de culpabilité ou d'inadéquation. Je pense à Fantômes d'amour (Solaris), Sandra (XYZ) et Inaccessible. On se doute bien que la relation homme-femme formera le cœur du texte. Ici, un beau texte sur la perte et l'abandon de l'être aimé, mais vu par la porte de la mort. 8 / 10

À l'est, rien de nouveau (en collaboration avec Serge Mailloux). Ce qui cloche dans cette histoire de guerre, c'est l'approximation du vocabulaire militaire, ainsi que l'absence de la réelle intensité des combats. Faible. Par contre, la fin est jolie et très réussie. 5 / 10

Les survivants envieront les morts
.
Une espèce de fin du monde qui aurait pu être ironique, j'imagine, mais la nouvelle rate son but, coincée par des élans d'une poésie « mystérieuse » et répétitive. 4 / 10

L'autre. Un être et son double tentent tout à tour de protéger et d'agresser une jeune femme qui se trouve être à la fois leur esclave et leur bien-aimée. L'ambiguïté beaulinienne (ça se dit ?) face à la femme, qu'on retrouve dans les nouvelles citées antérieurement, prend ici une dimension plus hard. On notera qu'avec le temps le rapport de l'homme face à la femme dans les textes de Beaulieu passera de la recherche de la domination au malaise. Très bonne nouvelle. 7,5 / 10

Partage. Une nouvelle sur l'acculturation et le phagocytisme. Prévisible mais très réussie au bout du compte. J'ai aimé. 7 / 10

Les voyageurs de la nuit. Un autre thème récurrent chez Beaulieu, c'est l'éveil. L'éveil de la conscience, du moi, au monde, à la vie, à l'autre, etc. Cette nouvelle que Beaulieu tient lui-même pour une des meilleures de la ssfq publiées dans les années 90 ne m'a pas tellement plu. Longuet, le propos a tendance à s'affadir tant il est étiré et à devenir ennuyeux. C'est juste ça, mon problème. 6 / 10

Les textes n'ont pas tous bien vieilli, hélas ! L'impression que j'en garde, le livre terminé, c'est qu'il s'agit de textes appartenant au Beaulieu de la première époque, au moment où il a commencé à publier (en même temps que moi, soit dit en passant, mais Beaulieu, lui, a poursuivi son labeur) – avant que son style ne s'épure et n'acquiert la gravitas qu'il a maintenant. D'ailleurs, à l'exception de Dernier chant et de l'Autre, toutes les nouvelles sont des versions remaniées de textes déjà parus. Les textes les plus courts sont nettement les meilleurs.

En terminant, je dirai que ce recueil a une valeur nostalgique pour les fans de Beaulieu – dont je suis – et une valeur historique pour ceux qui ne savent rien de la sffq des années 80 et 90. Par contre, si vous avez la chance, mettez la main sur Légendes de Virnie, c'est antérieur mais c'est du bon.

Cote 6 / 10

Les voyageurs de la nuit
René Beaulieu
Les éditions de l'À Venir, 1997
123 pages

lundi 2 mars 2009

46. Le magasin des Suicides - Jean Teulé

Depuis dix générations, les Tuvache ont pignon sur rue avec leur Magasin des Suicides. Les affaires vont rondement même si on ne rigole pas dans la business. Michima Tuvache et sa femme, Lucrèce, ont trois enfants. Les deux plus vieux sont sans joie et dépressifs, broyant constamment du noir pour la plus grande joie de leurs parents. Mais le troisième, le petit Alan, est un jeune garçon doué pour le bonheur. Cet enfant, c'est un véritable oiseau de malheur !

Heureuse trouvaille que ce petit roman d'un auteur que je ne connaissais pas. Sur un sujet qui aurait pu être difficile, Teulé réussit une merveille d'humour qui rappelle l'humour noir anglais, style Arsenic and Old Laces. Le roman est composé de minuscules tableaux (150 pages divisés en 34 chapitres), pleins d'une vitalité souvent macabre (l'emploi fait le larron), avec des personnages bien composés, humains et rigolos.

Un roman qui, avec l'air de parler de tout autre chose, nous cause de destinée, de bonheur et d'échappées belles.

Cote 7,5 / 10

Le magasin des Suicides
Jean Teulé
Pocket, 2007
157 pages

Ce que Benjamin et moi écoutons à la télé

C'est maintenant devenu un rituel : l'après-midi, Benjamin et moi, nous nous étendons l'un contre l'autre sur le divan du salon, une petite couverture remontée jusqu'au cou, et on écoute ensemble notre émission de télé préférée : Bunnytown.

SuperBunny

Bunnytown ? Je vous entend dire que ce n'est pas très sérieux, c't'affaire-là. Vous avez raison. Comme son nom l'indique, Bunnytown est un petit village peuplé de lapins. Les personnages sont absolument craquants. Ce que j'aime, moi, c'est que cette émission n'a d'autre prétention que de divertir. C'est pas lourdement pédagogique comme Little Einsteins ou sucré à la guimauve comme Handy Manny. Les raisons pour lesquelles Benjamin aime cette émission sont bien entendu différentes des miennes, mais elles tiennent, tout comme les miennes, dans le fait que nous l'écoutons collés l'un à l'autre, au chaud, et dans les rires que nous partageons. La série se veut drôle, et elle l'est, même pour un adulte (encore que de l'écouter avec un bambin de 3½ ans au rire facile, ça aide à stimuler le grand zygomatique).


Bunnytown Hop

Quand je sens le petit c
orps (38 pouces, 33 livres) de mon fils tressauter de rire parce que les oreilles de Super Bunny se redressent en vol alors qu'il détecte la présence de Little Bad Bunny, son pire ennemi, je me dis que je suis le plus heureux des hommes.



Le show est toujours divisé de la même manière. L'introduction chantée, puis une série de sketchs en forme de running gag qui reviendront généralement trois ou quatre fois dans l'épisode, un sketch avec Red and Fred (humour à la Laurel et Hardy), une chanson (souvent le Bunnytown Hop, absolument entraînante), running gag, sketch avec la sémillante Pinky Pinkerton et ses Super Silly Sports, conclusion du running gag, suivi de la chanson du générique.
Il y a de nombreux personnages récurrents : King Fluffy IV, Lester the Jester, Captain Dan et ses deux sbires (amateurs de disco), Super Bunny et Little Bad Bunny, Surprising Harold, un magicien particulièrement peu doué mais toujours surprenant (c'est mon personnage préféré), Space Bunny, qui s'ennuie dans l'espace parce que, quand on y pense, l'espace contient plus de vide que de matière...

Les créateurs ont souhaité faire un show de variétés pour les enfants d'âge préscolaires (et leurs papas !), soit des sketchs et des chansons en s'inspirant, dans le désordre, du Rowan & Martin Hour, Monty Python, Sesame Street... Mélange hétéroclite, mais réussite totale.