Jean-Louis Fournier et sa femme ont connu le plus terrible de tous les cauchemars de parents, celui d'avoir un enfant handicapé à la naissance, non pas une, mais deux fois.Sur un ton caustique, sardonique par moments, Fournier entreprend de raconter sa vie et ses relations avec Mathieu et Thomas, ses deux fils lourdement handicapés physiquement et mentalement. Ça donne un tout petit livre de 150 pages divisé en petits chapitres de quelques paragraphes ou de quelques lignes seulement. Une lecture en forme de coup de poing tant l'émotion est à fleur de peau.
C'est souvent très drôle, parfois méchant, quelquefois touchant quand on sent la petite émotion du père qui arrive à transpercer le blindage du sarcasme, ainsi quand Thomas ment à son père pour ne pas aller à la plage, petite lueur d'intelligence dans une tête « pleine de paille ».
Dans la presse et sur le web, on a beaucoup épilogué sur la part du vrai et du faux dans ce livre. Est-ce d'ailleurs un roman ou un récit ? Pour un point de vue différent, mais trop bref, on pourra visiter le site de la maman de Mathieu et Thomas, dont Fournier est séparé et qui n'apparaît quasiment pas dans le livre. Le site d'Agnès Brunet, joliment nommé Où on va, maman ?, offre un contrepoids intéressant.
Je crois qu'il faut lire ce livre en une seule séance pour ne pas diluer l'infinie tristesse qui se cache derrière les ricanements. Parce qu'il est absolument évident que l'auteur aime ses deux fils, qu'il souffre d'une culpabilité gigantesque de leur avoir imposé une vie de souffrances et de misère.
Mathieu mourra à quinze ans, Thomas vit toujours.
Il ne faut pas croire que la mort d'un enfant handicapé est moins triste. C'est aussi triste que la mort d'un enfant normal.En somme, un livre qui m'a ému sans bon sens, dans le rire et dans la détresse. Chaudement recommandé.
Elle est terrible la mort de celui qui n'a jamais été heureux, celui qui est venu faire un petit tour sur Terre seulement pour souffrir.
De celui-là, on a du mal à garder le souvenir d'un sourire.p. 90
Cote 9 / 10
Où on va, papa ?
Jean-Louis Fournier
Stock, 2008
155 pages
Prix Femina 2008
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