De la fin de la seconde guerre jusqu'au début des années 90, la Werhmacht a bénéficié d'un traitement de faveur dans l'opinion publique occidentale. Pour les besoins de la guerre froide, le rôle qu'elle a joué dans le génocide des Juifs et des Tsiganes, l'assassinat de masse des populations civiles soviétiques et le traitement criminel des prisonniers de guerre russes, n'a jamais été questionné sérieusement.
Sa responsabilité a été balayé sous le tapis grâce à la complicité des Américains qui, dans le cadre de la guerre de l'espionnage qui s'amorçait, avaient besoin d'hommes connaissant bien l'ennemi, à la fois le terrain et la machine militaire de l'URSS. Et quoi de mieux que les commandants de la Werhmacht (spécialement ceux de l'Ostheer) qui venaient de combattre durant quatre ans dans les territoires appartenant à l'ennemi. Ces hommes-là ont occupé des postes de commandament prestigieux dans la nouvelle armée allemande, la Bundeswehr, et à l'OTAN. Il ne fallait pas que le passé déteigne sur la « cause », ce qui fut fait. La couleuvre de l'innocence de la Werhmacht fit aussi l'affaire de l'Allemagne abattue, puisqu'elle montrait que ce n'étaient pas tous les Allemands qui étaient coupables, que la Werhmacht avait fait une guerre dure, mais chevaleresque.
Il est singulier de constater que le rôle et l'innocence de la Werhmacht n'ont été remis en question qu'à partir des années 90, à l'effondrement de l'Union soviétique, effondrement qui marque la fin de la guerre froide. Il est aussi singulier de penser que la guerre froide a été gagné en partie grâce à des criminels de guerre et des génocidaires. Depuis ce moment les historiens remettent en question « l'innocence » de l'armée allemande et interroge les liens entre les directives hitlériennes, l'aide apportée aux unités d'extermination SS et la prise en charge des bataillons de la police.
Alors que les preuves s'accumulent contre les groupes d'armées Nord et Centre, Antonio Munoz entreprend de montrer la connivence factuelle, mais inavouée, du groupe d'armées Sud (dans l'axe Kiev-Odessa-Rostov) avec les Einsatzgruppen C et D et les diverses forces policières allemandes et nationales de l'arrière-front.
Je dois admettre que si la démonstration apparaît solide et bien faite, elle est par contre extrêmement difficile à lire car l'auteur utilise un mélange touffu de pédanterie et de statistiques de déplacement et d'assignation. À sa décharge, il faut admettre que la nature de ce style d'ouvrage est plutôt technique, basé en grande partie sur des rapports de mouvements de troupes.
En somme, un ouvrage nécessaire mais exigeant.
Cote 6,5 / 10
Army Group South
Rear Army Security and the Holocaust 1941-1943
Antonio J. Muñoz
Academic Publishing Group, 2009
140 pages
photos, illustrations et cartes
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire