mercredi 1 avril 2009

58. Une gourmandise - Muriel Barbery

C'est le plus grand critique culinaire, le Pape de la gastronomie... Demain, il va mourir. Il le sait et il n'en a cure : aux portes de la mort, il est en quête d'une saveur qui lui trotte dans le cœur, une saveur d'enfance ou d'adolescence... Alors il se souvient. Il vogue au gré des méandres de sa mémoire gustative, il plonge dans les cocottes de son enfance, il en arpente les plages et les potagers, entre campagne et parfums, odeurs et saveurs, fragrances, fumets, gibiers, viandes, poissons et premiers alcools... Il se souvient - et ne trouve pas.

L'histoire est banale : sur son lit de mort, un critique culinaire tente de se rappeler une saveur qui a marqué son enfance. Il évoque donc par courts chapitres les repas et les mets qui l'ont marqué dans sa vie. Chacune de ses évocations est coupée par un chapitre où un enfant, un membre de la famille, sa femme, la bonne, un restaurateur, le chat, un buste de bronze (mais si) et d'autres encore, viennent donner leur appréciation de l'homme derrière le critique. Pas beau, cet homme. Il a tout sacrifié à son Art et à son Ambition, et les gens ne le regretteront pas. C
ette séance de bitchage est assez jouissive et nous réserve les meilleures pages du livre.

Si l'histoire est ordinaire et fut souventes fois l'objet de romans, l'emballage, lui, est remarquable. Car il y a beaucoup de jolies phrases dans ce court roman. En fait, la prose est riche, variée, poétique, sucrée, suave attendez que j'ouvre Antidote, oui, voilà : fastueuse, opulente, copieuse. C'est un régal ! C'est un festin ! Bon... cessons de faire l'andouille ! (Ciel que je m'amuse.)

Remarquable, si, encore que... On y trouve aussi de bien vilains canards : « Sur la table de marbre patientaient une assiette de porcelaine et un verre de cristal... » Ah oui ?!? Une assiette qui patiente et un couteau à beurre qui s'énerve, peut-être. Pas forte l'image. L'auteure aime aussi se jouer de petits solos de flûte ; ainsi, parlant du pain que l'on mange, elle écrit : « L'attaque, qui se heurte d'emblée aux murailles de la croûte, s'ébahit, sitôt ce barrage surmonté, du consentement que lui donne la mie fraîche » et aussi « Ce qui en fait [du pain], sans l'ombre d'un doute, l'instrument privilégié où nous dérivons en nous-mêmes à la recherche de nous-mêmes. » Tsoin tsoin tsoin. Manifestement, mâââme Barbery aime s'entendre causer. C'est son droit.


En somme, pour ce lecteur-ci cette Gourmandise, ç'a été comme manger du chinois. Sur le coup, c'est le bonheur, c'est bon, sucré, juste assez exotique, on a l'impression que ça nous rassasie en totalité ; puis une heure après, on a encore faim. C'est idem et ibidem.

La critique de Loïc à propos de l' Élégance du hérisson (second roman de l'auteure, gros succès dont on a beaucoup parler) m'incite à l'éviter. Barbery n'est pas ma tasse de thé, manifestement.


Cote 6 / 10

Une gourmandise
Muriel Barbery
Folio, 2002 ( éd. or. 2000)
166 pages

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