mardi 3 mars 2009

47. Les voyageurs de la nuit - René Beaulieu

Dernier chant. Côté littérature, il y a vraiment peu de choses dont je sois absolument certain, mais de ce qui suit, oui : dans un texte, plus il y a de noms communs avec une majuscule, plus le texte est abscons, c'est-à-dire inutilement difficile, à la limite confus et incompréhensible. Ici, côté majuscule, ça s'impose : Croyant, Hérésie, Avènement, Souvenir, Révélation, Vision, Jeune Monde, Petit-Jeune Monde, Vieux Monde, Grand-Vieux Monde, Révélatrice, Matrice, Éphémère, Ancêtre, Créatrice, Réceptacle, Don, Mère, Espoir, Espérange, Guiméa, Vimia, Rémial, Guérisseur, Sage, Bienheureuse, Espoir, Vision, Gouffre, j'en oublie sûrement quelques-uns et c'est sans compter les déclinaisons : Guérison, Guérir, Guérisseuse, Révéler, Révélation, etc. Trop, c'est comme pas assez. À force de mettre de l'emphase sur autant de mots et de concepts plus ou moins vagues, Beaulieu dilue la force de cet artifice littéraire. Voilà une histoire beaucoup trop longue, surchargée de sens, qui par moment ne semble aller nulle part; et qui n'a vraiment pas plu à ce lecteur-ci. 3 / 10

Inaccessible. Comme point de départ d'une nouvelle, il y a souvent, chez Beaulieu, un homme qui va trouver une femme animé d'un curieux sentiment de culpabilité ou d'inadéquation. Je pense à Fantômes d'amour (Solaris), Sandra (XYZ) et Inaccessible. On se doute bien que la relation homme-femme formera le cœur du texte. Ici, un beau texte sur la perte et l'abandon de l'être aimé, mais vu par la porte de la mort. 8 / 10

À l'est, rien de nouveau (en collaboration avec Serge Mailloux). Ce qui cloche dans cette histoire de guerre, c'est l'approximation du vocabulaire militaire, ainsi que l'absence de la réelle intensité des combats. Faible. Par contre, la fin est jolie et très réussie. 5 / 10

Les survivants envieront les morts
.
Une espèce de fin du monde qui aurait pu être ironique, j'imagine, mais la nouvelle rate son but, coincée par des élans d'une poésie « mystérieuse » et répétitive. 4 / 10

L'autre. Un être et son double tentent tout à tour de protéger et d'agresser une jeune femme qui se trouve être à la fois leur esclave et leur bien-aimée. L'ambiguïté beaulinienne (ça se dit ?) face à la femme, qu'on retrouve dans les nouvelles citées antérieurement, prend ici une dimension plus hard. On notera qu'avec le temps le rapport de l'homme face à la femme dans les textes de Beaulieu passera de la recherche de la domination au malaise. Très bonne nouvelle. 7,5 / 10

Partage. Une nouvelle sur l'acculturation et le phagocytisme. Prévisible mais très réussie au bout du compte. J'ai aimé. 7 / 10

Les voyageurs de la nuit. Un autre thème récurrent chez Beaulieu, c'est l'éveil. L'éveil de la conscience, du moi, au monde, à la vie, à l'autre, etc. Cette nouvelle que Beaulieu tient lui-même pour une des meilleures de la ssfq publiées dans les années 90 ne m'a pas tellement plu. Longuet, le propos a tendance à s'affadir tant il est étiré et à devenir ennuyeux. C'est juste ça, mon problème. 6 / 10

Les textes n'ont pas tous bien vieilli, hélas ! L'impression que j'en garde, le livre terminé, c'est qu'il s'agit de textes appartenant au Beaulieu de la première époque, au moment où il a commencé à publier (en même temps que moi, soit dit en passant, mais Beaulieu, lui, a poursuivi son labeur) – avant que son style ne s'épure et n'acquiert la gravitas qu'il a maintenant. D'ailleurs, à l'exception de Dernier chant et de l'Autre, toutes les nouvelles sont des versions remaniées de textes déjà parus. Les textes les plus courts sont nettement les meilleurs.

En terminant, je dirai que ce recueil a une valeur nostalgique pour les fans de Beaulieu – dont je suis – et une valeur historique pour ceux qui ne savent rien de la sffq des années 80 et 90. Par contre, si vous avez la chance, mettez la main sur Légendes de Virnie, c'est antérieur mais c'est du bon.

Cote 6 / 10

Les voyageurs de la nuit
René Beaulieu
Les éditions de l'À Venir, 1997
123 pages

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