mardi 10 février 2009

42. Alibis n° 22

Œil pour œil de Nancy Kilpatrick. Une histoire de vengeance longuement ruminée et mise en place, assez improbable pourtant. En effet, comment la fille de la victime peut-elle devenir l'agent de probation du meurtrier ? À lire en laissant sa crédulité au vestiaire. 6 / 10

Une fois le miroir traversé de Christiane Lahaie. Ouille. Une courte nouvelle à chute, dont la chute, justement, tombe complètement à plat parce qu'elle arrive du champ gauche et qu'elle n'a rien à voir avec les tergiversations du meurtrier. Bon climat, gâché par la dernière phrase. 4 / 10

Fin de soirée dans le métro de Martine Latulippe. Tout le contraire de la précédente. Ici, la chute fonctionne parfaitement parce que tout le texte mène vers elle. Excellent, mais si court. 8 / 10

Avis de tempête de Norbert Spehner. Spehner a trop longtemps enseigné la littérature pour en faire un objet plein de gravité et de futures dissertations. Jolie histoire, amusante, pour passer le temps sur un mode léger. 7 / 10

Les voies du Seigneur sont impitoyables de Luc Baranger. Une réjouissante nouvelle qui se passe en Abitibi dans les années trente. La laideur n'empêche pas la mesquinerie, ni la bêtise, et la justice immanente frappe toujours. 8 / 10

Poissons rouges d'Éric Holstein. Percutante, cette histoire ? Like a freight train running through the middle of my head, chantait Springsteen. Sans conteste la meilleure nouvelle d'Alibis jamais lue par ce lecteur-ci. Ce Holstein a du Frederick Forsyth en lui, incontestablement. De qui se réclamer en effet lorsqu'un auteur arrive à rendre palpitant le dispositif de sécurité d'un meeting du Front national lors des présidentielles de 2000 ? La nouvelle est extraordinaire, ancrée dans le présent politique, cynique, amère, avec des personnages puissamment dessinés. Même l'intrusion d'un peu de fantastique dans la résolution ne m'a pas gêné, c'est dire. 10 / 10

Le numéro est complété par un article « alimentaire » de Norbert Spehner, ainsi que par sa Vitrine du crime qui est un incontournable.

Le meilleur Alibis que j'aie lu, avec un texte vraiment bien (Baranger) et une nouvelle monumentale (Holstein).

Cote 9 / 10

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