En vieillissant, je me rends compte que j'ai de moins en moins de patience avec les livres. Est-ce seulement l'âge, ou alors ai-je trop lu pour me laisser berner par des livres pauvrement faits, médiocrement écrits, ou lourd d'une idéologie trouble ? C'est ce qui arrive avec World War Z.Ce roman a deux très grandes qualités : l'originalité du concept qui se présente comme un recueil de dépositions orales de certains acteurs de la guerre contre les zombis, un peu à la manière des livres sur la seconde guerre mondiale, et l'idée d'un conflit global contre un adversaire pratiquement invincible, qui se nourrit de la mort et dont le nombre semble grossir exponentiellement. Le roman est fait d'une série d'anecdotes qui, s'additionnant, finissent par composer un portrait saisissant de cette guerre.
Ça, ce sont les bonnes choses. Passons aux moins bonnes et commençons par la pire des moins bonnes : le taboire d'ethnocentrisme étatsunien qui vient ruiner un projet pourtant prometteur, c-à-d la présentation d'un portrait mondial du conflit. Mais un auteur US peut-il échapper à la propagande de son propre pays et aux mythes que les Étatsuniens se font d'eux-mêmes ? Pas un auteur de l'envergure de Brooks, en tous cas. De qui parle-t-on le plus dans ce livre, des USA ! Quel pays se lève debout pour lancer la contre-offensive sur les zombis et montrer la voie au monde libre ? Devinez... Ben oui, les USA ! Tous les protagonistes de quelque pays qu'ils soient utilisent des métaphores étatsuniennes pour décrire les aléas de la guerre chez eux, etc., etc. Vraiment chiant cette petite perspective et ça réduit la portée du roman. Vers la fin de ce long livre inégal, ça devient franchement imbuvable.
Autres moins bonnes choses : les récits sont souvent inégaux, en longueur, en intérêt et en plaisir de lecture. Il y a un petit fumet de tirage à la ligne qui s'élève de certains épisodes. Sans oublier l'utilisation massive de stéréotypes culturels pour mieux définir les peuples, ainsi les Japonais sont un peuple de fourmis actives, les Russes sont dépressifs, alcoolisés et suicidaires, les Étatsuniens entreprenants, etc. Brooks ne s'est pas forcé les neurones sur cet aspect-là des choses.
Et pour finir, les incohérences et les invraisemblances. Non, M. Brooks, jamais, jamais, au grand jamais, une organisation militaire va-t-elle demander à des pilotes de chasse de remplacer sans raison majeure des pilotes de transport, un Hercules n'est pas un Raptor. Et enfin, j'aurais aimé en savoir un peu plus sur le virus qui a transformé la race humaine en zombis. Par moment, la conversion par morsure semble être instantanée, à d'autres elle semble s'étendre sur plusieurs jours (selon l'impact dramatique recherché par l'auteur).
World War Z commence sur les chapeaux de roue. Idée originale, concept idoine. Puis, ça devient vaseux. Déception de taille pour ce lecteur.
Cote 5 / 10
World War Z
Max Brooks
342 pages
2 commentaires:
Je n'ai pas encore lu celui là, mais j'avais bien aimé son "Zombie Survival Guide", qui peut difficilement être considéré comme un roman, mais bien comme unu parodie de manuel de survie. L'as-tu lu ? Il décrit quand même pas mal le virus en question (Solacium, ou quelque chose du genre)
J'ai pas adoré WWZ et pourtant je crois que je vais acheter Zombie Survival Guide quand même. Ou l'emprunter si ma bibliothèque l'achète.
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