J'applaudis :- la cohérence de l'univers concocté par Pelletier;
- l'écriture souple et compétente, presque sans faute (on y reviendra);
- l'analyse des personnages;
- la complexité de l'arrière-plan géopolitique;
- le rythme lent (j'aime);
- les péripéties nombreuses et variées;
- l'intrigue très tight (excusez mon latin), élégante même dans la disposition des échos et des renvois de la thématique : le mensonge, la mémoire et la rédemption;
- la fin, absolument prenante, qui m'a mis les larmes aux yeux.
Je fronce les sourcils sur :
- le titre poche et la couverture franchement laide;
- la pauvreté de l'imaginaire (ce qui n'est pas en contradiction avec la cohérence de l'univers) : en effet, ce roman est supposé se passer en 2452, mais on dirait que nous sommes en 2020 tout au plus tant le monde que décrit Pelletier est similaire au nôtre, à l'exception de quelques bidules comme les médicaides, les mekkas et le Monde; nous sommes censés être 400 ans dans le futur et on n'y croit pas une seconde;
- le roman est un peu trop long, il y a un certain nombre de scènes plutôt inutiles, qui ne font progresser ni l'histoire ni les personnages, et qui donc ne servent à rien. C'est un dérapage incontrôlé de l'auteure qui, portée par l'enthousiasme, veut tout nous montrer de la vie sur San Cristobal, y compris ce qui n'est pas pertinent, et le lecteur se lasse un peu. On aurait pu facilement couper 20-30 pages sans rien enlever au texte;
- la manière de présenter et de nommer les personnages dans la narration. (Il y a certainement un terme littéraire pour ça, mais je ne le connais pas.) Ils sont toujours présenter par leur titre, la docteure Gurtu, toujours la docteure Gurtu, jamais Gurtu, jamais « elle » (troisième personne du singulier, pronom simple et facile d'emploi), jamais simplement la docteure, toujours la docteure Gurtu au long s'il vous plait... Les exemples foisonnent. Ça m'énerve au point de gâcher irrémédiablement mon plaisir de lecture. C'est un tic qui abonde chez les écrivains québécois, spécialement ceux qui, comme Pelletier, ont beaucoup écrit pour la jeunesse, où il faut répéter constamment la position sociale ou familiale des personnages pour les jeunes lecteurs. Je vois ça comme une insulte à mon intelligence de lecteur. Et j'arrête là avant de faire une vraie montée de lait...
Pour finir :
Un point m'a furieusement chicoté en lisant Si l'oiseau meurt. Pourquoi ne vient-il pas à l'idée de Manuel, ou de ceux à qui il se confie, que les souvenirs qui lui reviennent en mémoire puissent être de faux souvenirs? Peut-être cette idée ne peut-elle pas venir à Manuel qui vit de l'intérieur ce flot de souvenirs qui ressurgit, mais les autres, pourquoi n'envisagent-ils pas cette hypothèse ? Hého, là-bas, les personnages, vous êtes bardés de diplôme de médecine, mais incapables de penser au syndrôme des faux souvenirs ? Hu-hum.
Un dernier point, le seul crime dont Manuel est assurément coupable, c'est la pédophilie. C'est aussi le seul qui n'est pas nommé expressément.
Il y a plein de bonnes choses dans ce roman et pourtant ce que j'en retiens ce sont les choses qui ne m'ont pas plu. C'est moche de ne pas être capable de voir le bon et de le garder en mémoire, au-delà de ce qui déplaît. Mais bon, à l'âge où je suis rendu, je ne vais pas me changer. D'autant que, comme je le disais sur un billet tout récent (World War Z), je n'ai plus la patience que j'avais ni la charité de ne pas bougonner quand je trouve ça moins intéressant.
Cote 5,5 / 10
Si l'oiseau meurt
Francine Pelletier
Éditions Alire
334 pages
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